Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la mobilisation de la jeunesse européenne en faveur de la construction de l'Europe des citoyens, Paris le 31 mars 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur la mobilisation de la jeunesse européenne en faveur de la construction de l'Europe des citoyens, Paris le 31 mars 1995.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : XIème Assemblée générale du forum jeunesse des Communautés européennes

ti : Mesdames, mesdemoiselles, messieurs,
- J'ai accepté votre invitation avec plaisir. C'est pour moi une tradition depuis déjà de nombreuses années, bien avant mon élection à la présidence de la République, que de prendre part, chaque fois que je le peux, aux manifestations européennes et particulièrement à celles de la jeunesse.
- Il me semble et ce que vous venez de dire, monsieur le Président, le montre bien, que, quels que soient l'intérêt et même l'enthousiasme que montre la jeunesse à l'égard de l'Europe, une grande partie de la jeunesse en tout cas, le lien ne soit pas véritablement établi, que vous n'ayez pas été vraiment admis à entrer dans les institutions, que vous êtes là comme des assistants ou des témoins et pas comme des acteurs.
- J'ai voulu par ma présence proclamer mes propres convictions : à savoir qu'il serait fou pour l'Europe comme pour tout autre forme de société de se séparer de sa jeunesse.
- Je l'ai déjà souvent rappelé, pardonnez-moi de le faire encore, mais je me souviens de cette belle journée de 1948, il y aura bientôt un demi siècle, où se réunit à La Haye le premier congrès européens : informel, naturellement, produit seulement de la bonne volonté et d'une sorte d'idée confuse qui commençait de se répandre dans les premières années qui ont suivi la deuxième guerre mondiale. On se disait : cela ne peut pas continuer. Moi-même, j'étais né pendant la première guerre, j'avais fait le deuxième, j'avais eu sous les yeux le spectacle qu'elle me proposait.
- C'est Winston Churchill qui présidait, le même qui avait proposé deux ans plus tôt, c'est-à-dire en 1946, à Zurich, ce qu'il appelait le "remède souverain" contre le retour aux vieux démons nationalistes et guerriers. Ce remède, s'était-il exclamé, je le cite : "il est de recréer la famille européenne et de la doter d'une organisation qui lui permette de se développer dans la paix, dans la sécurité et dans la liberté". Voyez ce que disait dès 1946 l'un des principaux acteurs de la seconde guerre mondiale, l'une des voix les plus hautes et les plus autorisées de l'époque, venant d'un pays qui a priori ne nous apparaissait pas comme le mieux disposé à l'égard de ce type d'organisation.
- Jeune parlementaire, j'assistais à cet événement. Je me souviens de mon propre enthousiasme. Là se trouvaient tous les fondateurs de l'Europe, de cette génération-là, de Robert Schuman à De Gasperi. Là se trouvaient beaucoup de parlementaires et d'organisations que personne n'avait mandatés, qui venaient simplement offrir au monde, en tout cas à l'Europe, une réponse à ses maux : une Europe ravagée, vous l'imaginez bien, déchirée par les pires épreuves. On ne comptait plus les ravages, les morts, que l'on ne pouvait même plus estimer, des millions et des millions, les désastres matériels, qui ne sont pas encore réparés ou guéris. Je vous imagine vous-même, à cet âge là et dans ces circonstances. Comment auriez-vous réagi ? Va-t-on déjà préparer la troisième guerre mondiale ? L'Europe va-t-elle continuer de s'autodétruire, comme en un suicide collectif ? Et pourquoi ? D'abord pour des intérêts, c'était le cas de 1914, ensuite pour des idéologies simplistes et violentes, c'était le cas de 1939. Alors, ne faut-il pas se dresser, pas simplement protester, se dresser, s'organiser, inventer une autre forme d'organisation de notre continent.
Cela a été fait, bien ou mal, plutôt bien que mal, avec des lenteurs, avec des reculs, et le hasard de la vie a voulu que je puisse vivre chacun de ces moments-là.
- Cela a été le Traité de Rome, et puis ensuite une longue période d'incertitude, pour savoir si le veto de chaque Etat pouvait empêcher les autres d'avancer.
- Et puis un nouveau départ : un parlement européen, un conseil européen, les accords très importants qui ont abouti au marché unique qui devait automatiquement entraîner d'autres traités - sans quoi le marché unique eût ajouté à lui seul de nouveaux désordres et de nouveaux reculs, bien qu'en soi ce fut une idée forte - et donc le traité de Maastricht que j'ai moi-même négocié et dont j'ai soumis la ratification au peuple français en 1992, ne sachant trop si un résultat favorable serait acquis, mais estimant qu'il convenait d'engager le peuple lui-même et pas seulement ses parlementaires ou certaines de ses élites.
- Aujourd'hui, l'Europe est quand même, d'une certaine manière, de nouveau freinée : elle se freine elle-même, il faut le dire, très souvent. Cela explique la manière dont a été conduite la mise en place d'institutions qui sont apparues comme trop tatillonnes, comme ayant des perspectives trop étroites, comme installant une bureaucratie, avec une énorme tête à Bruxelles et ailleurs ; en oubliant tout simplement qu'existaient aussi des peuples, des citoyens et dans ces peuples et parmi ces citoyens les jeunes, sans lesquels rien ne peut être construit, parce que, comme vous l'avez dit tout à l'heure, vous ne pouvez pas être exclus du temps que vous allez y vivre. C'est une des pensées les plus fortes qu'on puisse exprimer.
- Aujourd'hui, on discute d'une société, celle du début du XXIème siècle, dans laquelle je ne vivrai pas. J'en discute, cela m'intéresse. Ce n'est pas parce que je n'y vivrai pas que cela ne m'intéresse pas. Mais vous, c'est vous qui la vivrez, cette période, qui en souffrirez ou qui en bénéficierez. Et comme nous sommes dans un continent où les institutions sont généralement assez développées, vivre une époque cela veut dire aussi y participer, y prendre part, avoir son mot à dire, être présent, pas simplement par un bulletin de vote une fois de temps en temps, mais par une présence active comme vous le démontrez vous-même aujourd'hui.
On peut mesurer le chemin parcouru depuis les temps que j'évoquais. On peut se réjouir de l'immense route accomplie, depuis le pool charbon-acier jusqu'aux récentes décisions de l'ouverture des frontières, jusqu'à la décision d'une politique étrangère commune qui conduira nécessairement à une politique de défense commune. Tout cela n'étant pas suffisamment préparé, se heurtant, il faut le dire et c'est légitime et parfaitement compréhensible, au poids des nations qui ont derrière elles toute une histoire et qui ne peuvent pas être abolies.
- Bref, il y a beaucoup de contradictions à dominer. C'est ce qui fait que l'Europe est contestée dans beaucoup de milieux moins qu'on ne le dit, à mon avis. Quand on a fait notre référendum de 1992, je savais bien qu'il était admis que tout le monde était européen. Au Parlement, si j'avais donné la loi à voter au Sénat et à l'Assemblée nationale, le texte aurait obtenu 90 % des suffrages. C'aurait donc été très facile. Les milieux que l'on rencontre quand on est responsable politique, les autres responsables politiques, les dirigeants d'associations, de syndicats, de grands organismes, tous ceux qui, à l'intérieur de nos villes grandes et petites ont, par leur profession, la possibilité ou la nécessité de voyager, tous ceux qui ont vu l'Europe, tous ceux là savaient bien qu'il fallait la construire. Ils y avaient eu des raisons fondamentales d'y contribuer.
- Mais pourquoi voulez-vous que des ouvriers ou des employés, obligés de se battre pour leur très modeste salaire, pour leur emploi, avec le développement du chômage, pour leur sécurité, pour leur santé, pour l'éducation de leurs enfants, préoccupés par tout ce qui vient les assaillir chaque jour, pourquoi donc auraient-ils eu un réflexe européen ? Dans la mesure où cela leur paraissait un objectif un peu plus lointain que leur nécessité du jour, cela passait au deuxième plan. Ensuite, on commençait à penser également que de cet état social sous-développé où vivent trop des nôtres, l'Europe y était pour quelque chose. Ces gens-là ne s'exprimaient pas dans les journaux, ne faisaient pas de congrès. Quand on les interrogeait dans des sondages, par exemple, ils répondaient : "l'Europe, mais oui, je suis pour".
- Qui était contre ? Mais dès lors qu'il s'agissait de définir des intérêts et de choisir parmi ces intérêts, des intérêts parfois contradictoires, l'intérêt européen passait au second plan. Il s'en est fallu de peu que nous ne l'emportions pas, alors qu'initialement tous les pronostics, sauf le mien - moi j'avais dit que cela serait très difficile - présentaient la consultation comme une formalité.
Vous vous trouvez dans une situation comparable, à mon avis. Vous pouvez enregistrer des avancées et des succès, comme ceux dont j'ai parlé - nous n'en sommes pas quand même à la veille du Traité de Rome, nous ne sommes pas en 1957, il existe maintenant des institutions, des lois, un marché, des politiques communes -, mais il y a comme une sorte de cran d'arrêt et si on ne réussit pas les prochaines étapes, on risque de remettre en question les étapes précédentes. Alors, voilà votre travail à vous, votre responsabilité.
- Heureusement, nous commençons à sortir de la seule conception de l'Europe du marché. C'est vrai que l'on a commencé comme cela et je ne pense pas que cela ait été maladroit de la part des fondateurs : ils ont réuni des intérêts, sur le fonds du décor que je vous ai décrit tout à l'heure. Mais nous avons connu ensuite une période de libéralisme - à mes yeux, je parle en mon nom - tout à fait déraisonnable, d'abandon de l'Etat et de la puissance publique, d'une façon qui nie absolument tous les besoins de nos sociétés : avec une soif de dérégulation, un triomphe de l'individualisme. Moi, je suis un individu et j'aime que l'on m'écoute en tant qu'individu. Mais je ne peux pas faire de l'individualisme la philosophie d'une société, c'est contradictoire même dans les mots. Or, c'est ce qu'a fait le libéralisme absolument éperdu qui s'est développé au cours des dernières décennies.
- Le marché commun, c'était la base de l'Europe et je l'ai approuvé, je continue de l'approuver. Mais on ne pouvait en rester là. L'Europe, simple espace économique n'aurait mobilisé personne. Et cependant pour passer de l'un à l'autre, il a fallu dix à quinze ans. Et comme l'on commençait à constater le détachement, la désaffection des masses, des populations, cela rendait la tâche encore plus difficile.
- C'est parce que l'Europe simple espace économique ou l'Europe des marchandises et des capitaux, ce n'est pas très exaltant. Cela fait l'affaire de quelques-uns, de très belles affaires même, mais pas du plus grand nombre. Une sorte de nouveau dieu, de veau d'or s'est installé sur un piédestal au carrefour de chacune de nos villes. On a oublié que l'homme n'était pas conduit uniquement par cela, loin de là, qu'il lui fallait des valeurs plus profondes : sans quoi il ne s'engage pas. Seuls ceux qui ont un intérêt évident le font. Mais les autres ? Il faut bien qu'ils fournissent le travail, qui sert les intérêts de quelques-uns, et fournir le travail, surtout quand il est mal payé et mal garanti, ce n'est pas très exaltant.
On a de plus en plus pensé qu'il fallait fonder une Europe sur un certain nombre de valeurs, pour obtenir cette adhésion, pour réveiller cet enthousiasme ou disons pour donner un sens à la vie. Quelles sont ces valeurs ? Je pourrais vous en dire quelques unes, vous les devinez déjà : mais vous devez vous, être porteurs de ces valeurs pour le demi-siècle qui vient. Après des siècles de guerre, de conflits sociaux, de répressions violentes, certains droits ont fini par s'imposer, il n'y a pas si longtemps d'ailleurs. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes : il est reconnu par la société internationale, mais il est souvent bafoué. Le respect des minorités : vous voyez bien que chaque jour qui se lève, des armées partent pour réprimer les révoltes, empêcher les minorités de disposer de leur culture, du minimum d'autonomie dont elles ont besoin. La tolérance : c'est facile à dire, moins facile à faire. Le pluralisme : il se développe, il y a beaucoup plus de pays qu'hier, en particulier en Afrique, où l'on trouve des institutions avec multiplicité des partis, avec liberté de la presse, avec élections libres, mais ce n'est pas acquis autant qu'il le faudrait. La démocratie politique, les libertés politiques : dans combien de pays y a-t-il encore des prisonniers politiques, c'est-à-dire des gens frappés pour délit d'opinion ? L'égalité des chances : cela intéresse en particulier la jeunesse. La solidarité, la protection des faibles, la primauté - on en revient toujours au même point - de l'intelligence et de la création humaine sur le simple poids, la seule valeur des marchandises.
- Alors l'Europe doit assurer des devoirs sociaux, des ambitions culturelles, elle doit veiller à combler ce que l'on appelle - terme à la mode - les déficits de la démocratie : elle en souffre, dans beaucoup d'endroits, et aucun de nos pays ne peut s'estimer exempt de ce reproche de déficit démocratique.
- Et ce n'est que si l'Europe se donne pour tâche d'atteindre ces valeurs, de les protéger, qu'elle redeviendra intéressante et que vous aurez envie de vous engager : pas simplement de vous engager, vous, en tant que tels, puisque vous êtes déjà des militants, mais d'entraîner les autres.
- Cette Europe-là, que je suppose démocratique, celle qui tout de même a réussi au cours de ces quarante dernières années, et de ces six dernières années surtout, à inspirer l'Europe, comment fonctionne-t-elle ? Vous êtes vous-mêmes les représentants des conseils nationaux de la jeunesse dans toute l'Europe, vous êtes vous-mêmes les acteurs de cette vie associative, ce qui vous confère une responsabilité particulière. Mais êtes-vous sûrs de représenter authentiquement ceux dont vous portez le flambeau ? J'ai connu cela dans mes différents mandats politiques : on est sensé représenter une collectivité et quand on regarde derrière soi, on s'aperçoit que sur le chemin cela s'égrène et que finalement, il n'y a plus personne. On se flatte dans les discours, on parle au nom des autres et personne ne vous entend.
Il me semble que la construction européenne donne trop souvent l'impression aux citoyens de rester prisonnière de structures administratives. Je ne veux pas entrer dans les débats qui occupent l'actuelle campagne présidentielle en France, mais c'est vrai que l'on ne peut pas faire l'Europe simplement avec des experts. Tout cela parait trop lointain aux citoyens qui vivent leur vie quotidienne aux prises avec les immenses difficultés que vous avez décrites.
- Et je me demande qui pourrait mieux que vous, si vous savez vous faire entendre, transmettre ce message, qui peux mieux que vous apporter la force de sa conviction, le poids de son enthousiasme ?
- Vous représentez vous-mêmes l'une des composantes de la démocratie européenne. Avec les partis politiques, les syndicats, les associations, les organisations de toutes sortes, voilà un élément essentiel de l'expression et de la représentation des femmes et des hommes de nos pays. Il faut à la démocratie des foyers tels que le vôtre, qui animent, qui illuminent l'action collective, qui tissent des liens entre les citoyens et les institutions.
- Vos associations, vos mouvements d'éducation populaire sont aussi des écoles de citoyenneté. De génération en génération, on se passe le témoin pour ce qui est encore l'apprentissage de la démocratie. Il faut donc que, de plus en plus, on soit capable de remplir sur notre continent les missions éducatives essentielles. Il faut que l'on entende votre voix : vous en avez envie d'ailleurs. On n'en a pas toujours le moyen et le moyen il se forge, il ne vous sera jamais accordé, il ne vous sera jamais donné. Rien n'est jamais donné d'ailleurs, on l'a chanté, il y a des poèmes là-dessus, et il faut bien vous dire que dans la vie publique comme dans la vie privée, rien n'est jamais donné, accordé, tout doit être gagné à la force du poignet, c'est-à-dire à l'énergie, à la volonté, à la persuasion.
- Voyez comme l'Europe a mis du temps à faire entendre la voix de sa jeunesse. Il a fallu attendre 1978, soit plus de vingt ans après la signature du Traité de Rome, pour que la communauté européenne instituât le Forum jeunesse et lui donnât des moyens d'actions : vous n'existez que depuis peu. Vous avez parlé des sujets qui sont propres à votre génération, en raison du malheur des temps : formation, emploi, insertion professionnelle, racisme, comme vous auriez pu parler des problèmes de drogue, des moyens de la lutte contre la pauvreté, des moyens de préserver la santé, des nouvelles épidémies, tout ce qui fait la trame de notre vie quotidienne. Sur des questions aussi importantes, vous avez une opinion : exprimez-la. L'Union européenne à laquelle j'ai participé beaucoup depuis un demi-siècle, en tous cas depuis qu'elle existe, est très loin de ces problèmes de la vie quotidienne. Elle a avancé dans beaucoup de domaines, pas dans celui-ci. Il y a donc un creux et il faut que vous le remplissiez. Si vous ne le faites pas, je ne vois pas qui s'avancera pour le faire.
Remarquez que tout cela doit nous rassurer aussi, parce que nous n'en sommes qu'au début. L'Europe, jusqu'ici, cela a été l'affaire d'une génération, qui s'en va. Elle sera désormais l'affaire d'une deuxième génération. Deux générations, ce n'est pas beaucoup, vous savez - vous n'êtes peut-être pas encore au moment où vous constatez que le temps passe vite - si l'on fait le compte des déboires, des difficultés ou même des malheurs rencontrés par l'Europe. Mais, monsieur le Président, il ne suffit pas de dire qu'il ne faut plus de Bosnie, qu'il ne faut plus de guerre d'Algérie. Comment faire ? Il faut trouver le moyen. L'un des moyens les plus évidents, c'est d'avoir une organisation dotée de moyens, de la diplomatie et de la force. La Société des nations s'est perdue parce qu'elle est restée uniquement - ce qui était déjà très bien - sur le plan du droit, et qu'à aucun moment elle ne s'est dotée des moyens de faire respecter le droit. Les Nations unies sont allées plus loin : mais pas très loin.
- Donc, construisez, persévérez, poursuivez votre mission, avec confiance je l'espère. Il faut que vous atteigniez et que vous convainquiez des millions de consciences européennes. Ouvrez très grandes à toutes les jeunesses les portes de vos organisations et finalement celles de l'Union européenne. Que ce ne soit pas un objet inanimé, une belle construction de l'esprit ou simplement une multiplication d'assemblées dans lesquelles fleurissent les mandats, que ce ne soit pas simplement une affaire de professionnels. La vie est, là, en profondeur. Les femmes, les hommes adhèrent lorsqu'au dedans d'eux, existent une foi, un besoin, une nécessité, lorsque leur esprit prend le pas sur le reste : autrement, rien ne tient. La connaissance de la matière par le développement de la science exige que la recherche, dans tous les pays, soit la priorité des priorités. Je le répète chaque jour et je voudrais bien être entendu dans mon propre pays : parce que le rôle de l'homme c'est de dominer ce qui l'entoure. Pour dominer, il faut comprendre ce que c'est que ce monde sur lequel nous sommes, cette planète d'abord où tout est étrange, ces éléments, ces minéraux. On n'y comprend rien. On est capable de rechercher leur composition, de comprendre un peu le comment des choses, mais le pourquoi non. Et cette espèce de petite planète, dans cet immense espace.. Tout le monde a fait déjà ce type de description.
Mais c'est une tâche tellement immense, tellement considérable que vous ne pouvez l'entreprendre que si vous y croyez, que si vous sentez que cela vaut la peine d'y consacrer une part de votre vie, une grande part de votre vie. Autrement, vous pouvez rentrer chez vous, il y aura toujours quelque chose à faire. Il y a toujours des objets à réparer. Il y a toujours des fenêtres qui ne sont pas fermées, des enfants qui viennent tout casser. Il ne faudrait plus de fenêtres. Il ne faudrait plus de portes, il ne faudrait plus d'enfants. Peu à peu, il ne faudrait plus rien du tout. Comme le monde serait beau s'il n'y avait pas de courants d'air, ni l'eau, ni le feu, ni les microbes, ni les virus. On peut construire un monde admirable : un peu ennuyeux peut-être. Mais vous n'enthousiasmerez personne avec cela, c'est du papier glacé |
- L'Europe, elle, elle a la chance d'être vivante, de pouvoir l'être plus encore, même quand elle s'essoufle au bout de 400 mètres, alors qu'il lui reste à faire 8 kilomètres. C'est ce souffle-là que j'attends de vous. Gardez-le bien, ou récupérez-le si vous l'avez perdu.
- J'ai participé aux conseils européens pendant quatorze ans. J'ai suivi leurs travaux dans les années précédentes. Je sais comment cela marche. Je vois assez bien pourquoi cela ne marche pas toujours. J'ai toujours été surpris de constater que dans les moments d'échec les plus évidents - vous savez au moment de la discussion sur le marché unique à Luxembourg, en 1985, c'était perdu, au moment de la discussion de Maastricht en 1992, c'était perdu - dix minutes avant la fin, alors que vous pouvez me croire, tout était cassé, tout était brisé, il y a eu un sursaut. Les pays qui faisaient obstacle cédaient. C'était comme une grande lumière qui soudain éclairait le monde où nous étions, la lumière de l'évidence, de la nécessité, peut-être celle de l'Histoire.
- A vous maintenant de porter haut ces convictions. Je vous souhaite bonne chance.

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