Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations bilatérales avec la principauté d'Andorre et sur l'instauration d'un Etat de droit souverain et démocratique, Paris le 24 avril 1995. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. François Mitterrand, Président de la République, sur les relations bilatérales avec la principauté d'Andorre et sur l'instauration d'un Etat de droit souverain et démocratique, Paris le 24 avril 1995.

Personnalité, fonction : MITTERRAND François.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Réception offerte en l'honneur des autorités de la principauté d'Andorre à l'Elysée le 24 avril 1995

ti : Mesdames et messieurs,
- Je vous remercie d'abord d'avoir bien voulu faire ce long déplacement pour cette rencontre à laquelle j'ai attribué quelque importance.
- En effet, pendant de longues années j'ai pu m'entretenir avec les représentants des élus, les administrateurs de tous ordres qui soit représentent Andorre, soit s'occupent de ses intérêts, et j'en garde le meilleur souvenir. Les équipes ont changé, ce qui est normal dans toute démocratie. Vous avez le désir d'ouverture, d'évolution et le progrès qui l'a emporté sur tout le reste, cela vous est dû essentiellement car changer de statut à l'intérieur et sur le plan international n'était pas chose aisée. Vous avez maintenant une pleine responsabilité, une pleine responsabilité populaire et une pleine responsabilité internationale. C'est une évolution déterminante depuis l'origine. Certes le rôle des co-princes n'est pas terminé, vous l'avez désiré vous-mêmes et cela peut-être un élément d'équilibre utile pour l'avenir. Mais vous savez qu'avec Monseigneur Marty nous avons pris le parti délibéré d'ouvrir au maximum les portes de l'avenir ; à vous maintenant d'en disposer.
- C'est une responsabilité difficile pour un petit pays qui doit faire montre de ses qualités désormais avec des responsabilités et des charges auxquelles il n'était pas accoutumé. J'ai bien souvent constaté la bonne qualité des citoyens d'Andorre et donc leur capacité à gérer leurs affaires. Il n'empêche que l'évolution du temps, la démographie, le mouvement des populations vous créeront de plus en plus de problèmes parce qu'il y a les vrais Andorrans puis il y a ceux qui ne sont pas tout fait vrais et ce n'est pas toujours facile à démêler.
- Votre population bénéficiera dans peu d'années d'équipements extrêmement modernes, de moyens de communication complètement changés. Vous serez de plus en plus mêlés à la vie de l'Europe, par là à la vie du monde et en même temps vous tenez à garder votre personnalité. Il faudra donc à la fois être ouvert sur le monde extérieur, d'ailleurs vous n'y échapperez pas, et rester vous-mêmes. Cela c'est une responsabilité politique qui vous appartient et dont on peut penser qu'elle nécessitera un sens profond de la justice et de l'équilibre.
- Je n'ai eu qu'à me louer pendant ces quatorze ans de la coopération de vos élus. J'ai même grand plaisir à connaître les personnalités diverses qui ont été chargées par votre peuple de la conduite de ses affaires. Je suis allé en Andorre pas très souvent mais enfin quelques fois, je peux me représenter les lieux et les personnes et je garde beaucoup d'affection pour Andorre pour ses communes qui veillent d'ailleurs jalousement à maintenir entre elles un équilibre aussi strict que possible. Il faut déjà avoir un certain aperçu des relations internes d'Andorre pour ne pas s'y tromper : attention à ne pas passer dans une commune sans s'y arrêter | C'est à près tout normal, tout cela remonte à des siècles et des siècles d'hommes et de femmes libres, très jaloux de leur liberté, de leur égalité de commune à commune et qui, tout en étant des gens plongés dans le monde moderne, n'en restent pas moins très attachés à la réalité historique et démographique de leur patrie. Vous voici maintenant appelés à prendre part à des assemblées internationales, à dire votre mot, à jouer votre rôle. Tout cela, permettez-moi de vous le dire, nous l'aurons voulu. Je ne crois pas que vous ayez trouvé du côté de la France un frein à vos souhaits : je considérais comme normal que votre communauté fût représentée selon son droit.
- J'ai été très flatté de voir que l'attachement des Andorrans à nos traditions à l'égard des co-princes avait fait qu'ils avaient finalement désiré préserver la permanence de cette institution.
L'avenir vous appartient désormais. Vous connaîtrez et vous connaissez tous les avantages et les inconvénients d'une bonne démocratie. La démocratie a un inconvénient majeur, c'est qu'il y a des élections. Mais c'est difficile de s'en passer, ce qui veut dire que l'on est constamment soumis au regard et à la critique de ses concitoyens. Pour vous, c'est particulièrement difficile car vous êtes constamment sous leur regard. Votre collectivité est trop restreinte pour qu'il puisse y avoir, de la part de quelque responsable que ce soit, une sorte de vie en dehors de sa communauté. C'est donc très difficile et j'espère beaucoup en vous. Je vous fais tout à fait confiance mais je ne vous dissimule pas que vous avez là entrepris une tâche très lourde et qui va peser sur vos épaules. C'est un souci honorable et louable, les citoyens libres qui veulent être maîtres de leur liberté, je crois que c'est un facteur de civilisation et que nul n'avait le droit, et en particulier pas la France, d'y apporter quelque gêne que ce fût. Alors j'ai souhaité avant de quitter mes fonctions pouvoir vous rencontrer, vous recevoir, et vous le dire.
- Un certain nombre de fonctionnaires ont été formés aux relations entre Andorre et la France. Je vais veiller à ce que la transition avec mon successeur, - à partir du 10 ou 12 mai, je ne sais pas quel jour exactement, à partir du moment ou seront proclamés les résultats de l'élection présidentielle française - à ce que vous n'ayez pas à souffrir, ni personne, d'un hiatus quelconque. Je chargerai quelques fonctionnaires que vous connaissez déjà, quelques responsables, de continuer leur tâche jusqu'à ce que le futur Président de la République puisse en disposer à son tour. On veillera à ce que les choses se passent le mieux possible. Non seulement, vous Andorrans, mais aussi un certain nombre de personnalités extérieures nous ont donné un bon coup de main, et je tiens à les en remercier, ceux qui étaient à mes côtés, où ceux qui tenaient à apporter leur science juridique et leur capacité institutionnelle, pour que nous réussissions cette phase extrêmement difficile, une transformation radicale, après des siècles et des siècles d'un statut qui désormais a changé.
- Sachez que je partirai d'ici en gardant le meilleur souvenir de ce que m'a apporté Andorre, de ce que m'ont apporté ses représentants, de leur état d'esprit, de leur amitié, - je crois pouvoir le dire le plus souvent -, de leur fidélité et une certaine conception des rapports historiques qui nous lient. On ne vit pas que de souvenirs, mais il est bon d'avoir des souvenirs féconds qui permettent, sans aucun plan d'avenir, de garder des fonctions essentielles que l'on a rempli dans sa vie, le souvenir de quelque chose d'utile. C'est le sentiment que vous me laissez.

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