Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'intégration sociale, la politique sociale du gouvernement et le rôle des collectivités locales dans la lutte contre l'exclusion, Paris le 23 mars 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'intégration sociale, la politique sociale du gouvernement et le rôle des collectivités locales dans la lutte contre l'exclusion, Paris le 23 mars 1996.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion du Mouvement national des élus locaux (MNEL) à Paris le 23 mars 1996

ti : Madame le Président,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Mesdames et Messieurs les élus,
Mesdames et Messieurs,


J'aurais très vivement souhaité être parmi vous ce matin pour clôturer vos travaux. Cependant, retenu au même moment par d'autres obligations contractées de longue date, j'ai demandé à Monsieur Roger ROMANI de vous transmettre un message d'amitié et de reconnaissance.

Votre Mouvement participe à l'animation de la vie locale de notre pays. On ne dira jamais assez à quel point nos concitoyens sont attachés à leur commune, à leur département, à leur région. On ne soulignera jamais assez le rôle des élus locaux dans l'établissement et l'entretien de ces liens de proximité qui contribuent à la cohésion d'ensemble de notre société.

Organisateurs infatigables, en permanence à l'écoute de la population, ardents défenseurs des collectivités locales dont vous êtes les élus, vous êtes les acteurs d'une démocratie vivante.

Je souhaite féliciter les responsables du Mouvement National des Élus locaux et singulièrement sa présidente d'avoir placé au c¿ur de vos réflexions d'aujourd'hui le thème de l'intégration. Il s'agit d'une superbe et haute ambition qui trouve sa justification dans l'aspiration des individus qui composent la société française à se reconnaître dans la Nation et à partager les valeurs communes qui ont fait la République. Ces valeurs ont pour nom : solidarité nationale, laïcité, tolérance, juste récompense du mérite, égalité des chances, primauté de l'intérêt général sur les intérêts particuliers et impartialité de l'État... Mais l'intégration ne va pas de soi, elle se construit au jour le jour. Elle exige une politique.


La politique mise en ¿uvre par le Gouvernement depuis dix mois maintenant contribue dans tous ses aspects à l'intégration dans notre pays des populations qui y résident.

Notre première action a consisté à remettre en ordre les finances de la France. A la mi 95, la situation de nos finances publiques était préoccupante, ce qui nous a contraints à augmenter certains impôts et à réduire les dépenses initialement prévues. Ces mesures étaient certes impopulaires mais elles étaient nécessaires.

La solidarité et la générosité inhérentes à toute politique d'intégration ne peuvent en effet être mises en ¿uvre de manière durable que dans une situation où l'évolution des déficits publics est maîtrisée. C'est ce que j'appellerai le cercle vertueux : sans situation économique et budgétaire saine, pas de grande politique d'intégration.

Comme vous le savez, tout en conduisant cette remise en ordre de nos finances publiques, le Gouvernement a proposé aux Collectivités locales un pacte de stabilité financière qui leur garantit une évolution des dotations de l'État au moins égale à celle de l'inflation. J'ajoute que la réforme toute récente de la dotation de solidarité urbaine va se traduire par une augmentation très significative des dotations attribuées à ce titre aux communes dans lesquelles se posent de la manière la plus vive les problèmes d'intégration. La rigueur qu'à juste titre l'État a choisi de s'imposer à lui-même, n'a donc pas eu, et j'y ai personnellement veillé, de conséquences négatives pour les Collectivités locales et notamment pour les villes qui abritent en leur sein ce qu'il est convenu d'appeler des quartiers difficiles.

La réussite de la politique d'intégration dépendra aussi de nos succès dans la lutte contre l'immigration clandestine et contre l'insécurité. Chacun le sait, mais il faut sans cesse le répéter, l'immigration clandestine par les réactions de rejet qu'elle suscite et par ses conséquences dommageables, tant sur le plan du chômage que sur celui de la délinquance, constitue une menace d'abord pour ceux des étrangers qui ont choisi de vivre sur notre sol dans le respect de nos lois et avec la volonté de s'intégrer à la société française. C'est la raison pour laquelle le Gouvernement que je dirige, n'a dans ce domaine, qu'un maître mot : la fermeté.

Les lois votées en 1993 ont d'ores et déjà permis de réduire le nombre des immigrants de manière parfois spectaculaire et d'améliorer l'efficacité de la lutte contre l'immigration clandestine.

Beaucoup d'entre vous, confrontés dans ce domaine à d'innombrables difficultés quotidiennes, par exemple dans la gestion des certificats d'hébergements, aspirent à ce que de nouvelles mesures interviennent pour rendre encore plus efficace notre dispositif légal. Une commission d'enquête a été constituée à l'Assemblée nationale et ses conclusions sont attendues pour bientôt. Le Gouvernement en prendra connaissance avec intérêt et en tirera le moment venu les conséquences.

J'ajoute que sur le front de la sécurité un vrai succès a été obtenu en 1995 avec une diminution de plus de 6 % du nombre des crimes et des délits. Il nous faut poursuivre notre effort dans ce domaine, auxquels nos concitoyens sont très sensibles, mais j'ai la conviction que nous allons dans la bonne direction. Le recul de l'insécurité est à la fois le signe des progrès de la politique d'intégration et un facteur de progrès supplémentaire de cette politique.

Le troisième volet de la politique gouvernementale en faveur de l'intégration est le grand effort de solidarité annoncé par le Président de la République pour réduire la fracture sociale.

Cet effort trouve un point d'application privilégié dans deux domaines qui intéressent au premier chef l'intégration, je veux parler du logement social et de l'action en faveur des quartiers difficiles. S'intégrer dans la vie quotidienne, c'est d'abord se loger dans des conditions satisfaisantes. Les dispositions arrêtées par le Gouvernement dès l'été dernier, qu'il s'agisse des logements d'urgence, de cette réforme fondamentale que représente le prêt à "taux 0" ou encore des possibilités de construction ou de réhabilitation de dizaines de milliers de logements sociaux supplémentaires grâce à la baisse des coûts des prêts attribués aux organismes HLM, faciliteront, j'en suis convaincu, le succès de la politique d'intégration.

Le pacte de relance pour la ville que j'ai présenté à Marseille le 18 janvier dernier en compagnie de Jean-Claude GAUDIN et d'Éric RAOULT représente lui aussi un élément clef de notre politique en faveur de l'intégration. Parmi toutes les mesures que comporte ce pacte, la plus significative est sans doute la création d'emplois de ville financés à 55 % par l'État et qui vont permettre aux collectivités locales, que vous avez en charge, ou aux associations, de recruter pour une durée de cinq ans des jeunes qui y trouveront pour beaucoup l'occasion d'une première expérience professionnelle dont nous espérons tous qu'elle sera pour eux décisive. Je me réjouis qu'à travers cette mesure l'État et les collectivités locales puissent coopérer ensemble à l'intégration.

D'autres mesures enfin sont en préparation parmi lesquelles notamment le projet de loi contre l'exclusion dont le Président de la République avait fait l'une des clefs de voûte de son projet présidentiel.


Notre pays aujourd'hui n'est pas seul à faire face aux difficultés économiques et sociales qui touchent beaucoup d'autres pays d'Europe ou du Monde. Depuis quelques semaines l'action conduite par le Gouvernement commence à produire des résultats tangibles. Au travers des réformes de structures déjà engagées ou des mesures de redressement parfois impopulaires et dont certaines sont entrées en vigueur récemment, le Gouvernement que je dirige n'a qu'un seul objectif : ¿uvrer pour le mieux être des habitants de notre pays.

La politique d'intégration qui vise à renforcer notre cohésion nationale participe bien sûr de la même philosophie. Elle ne pourra réussir qu'avec vous, mais l'intérêt que vous avez manifesté pour ces problèmes en les plaçant au c¿ur de votre assemblée générale est à mes yeux un gage supplémentaire de succès de cette politique et je voulais vous en remercier.

Et je voudrais vous en remercier d'autant plus que dans beaucoup d'autres domaines aussi, la politique du gouvernement réussira d'autant mieux qu'elle bénéficiera de votre soutien.

Je pense bien sûr à l'emploi, mais je pourrais citer bien d'autres exemples pour lesquels nos concitoyens comptent sur nous.

Oui, mes chers amis, nos concitoyens comptent sur nous pour améliorer leur condition de vie, pour assurer leur avenir et celui d'institutions auxquelles ils sont profondément attachés et en particulier pour sauver la Sécurité Sociale.

Nos concitoyens comptent sur nous et ils nous ont fait confiance pour relever les défis que doit affronter notre pays.

Et ils nous ont fait confiance parce que nous représentons, ensemble une force politique unie, cohérente, moderne.

Ensemble, nous soutenons l'action du Président de la République.

Ensemble, nous menons au gouvernement la politique courageuse dont notre pays a besoin et que les françaises et les français nous seront reconnaissants d'avoir menée.

Ensemble, nous gérons des régions, des départements et des communes et nous les gérons bien.

Mes chers amis, les hasards du calendrier électoral associeront de façon étroite, à l'avenir, échéances nationales et échéances locales.

Et bien, ces échéances, c'est ensemble que nous lés affronterons et que nous les gagnerons.

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