Déclarations de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur le développement économique et social de la Martinique, l'égalité sociale et les acquis de la départementalisation, à Fort-de-France, Le Lorrain et Morne rouge le 13 avril 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclarations de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur le développement économique et social de la Martinique, l'égalité sociale et les acquis de la départementalisation, à Fort-de-France, Le Lorrain et Morne rouge le 13 avril 1996.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Déplacement dans les départements français d'Amérique (Martinique, Guadeloupe, Guyane) du 11 au 15 avril 1996 ; en Martinique le 13 avril

ti : Déclaration d'arrivée

Fort-de-France – Martinique – 13 avril 1996


Messieurs les Parlementaires,
Messieurs les Présidents,
Mesdames et Messieurs,


Je retrouve avec un immense plaisir ce magnifique département de la Martinique. Cette population et cette île, je les connais bien et je m'en sens très proche. La présence de nombreux visages amis et la chaleur de l'accueil ne me surprennent pas mais, pour ma première visite en qualité de Premier Ministre, cela me va droit au coeur. Soyez en chaleureusement et sincèrement remerciés ainsi que, par votre intermédiaire et celui des caméras, chacun de mes concitoyens de Martinique auxquels j'adresse un salut amical et personnel.

Dans un calendrier aussi chargé que vous pouvez l'imaginer, j'ai tenu sans trop tarder, à venir vous rendre visite.

Il y a à cela deux raisons principales :

La première est liée au calendrier, qui nous rassemble à un moment symbolique de l'histoire des Antilles françaises, puisque nous célébrons le 50ème anniversaire de la départementalisation. Dans cette Martinique qui compte parmi ses plus illustres représentants le rapporteur du projet de loi de 1946, Monsieur Aimé Césaire à qui je rendrai visite demain matin, il m'a paru important de venir débattre avec les responsables locaux du développement de l'île. Je m'intéresse aux anniversaires et surtout lorsqu'ils sont l'occasion de se projeter en avant, en s'appuyant sur l'expérience acquise. Les acquis de la départementalisation me paraissent constituer désormais le socle sur lequel les martiniquais peuvent édifier leur avenir, économique, social et culturel, au sein de la communauté nationale et dans le respect de leur identité caribéenne. C'est la voie qui a été tracée, pour chacun des départements d'outre-mer, par le Président de la république, Jacques Chirac, dans son intervention du 19 mars dernier. Le statut départemental n'est pas un carcan, il est au contraire un formidable espace de paix, de liberté et de progrès.

Progrès social bien sûr, mais aussi progrès économique, qui me tient tout autant à coeur. C'est la seconde raison de ma visite. La Martinique compte, sur tout son territoire, des entreprises dynamiques et performantes. Les exploitations agricoles restent ses véritables poumons. Toutes ces entreprises- méritent, pour elles mêmes, pour l'emploi et pour la jeunesse, pour l'équilibre du département, la plus grande attention des pouvoirs publics. Je vais donc, tout au long de mon séjour, aller à leur rencontre, voir leurs responsables aussi bien que leurs salariés, pour parler de leurs difficultés et de leurs ambitions.

L'ambition, c'est aujourd'hui ce qui caractérise le mieux la politique de l'Etat à l'égard de l'outre-mer. La volonté du Chef de l'Etat, nous appelle tous à un véritable esprit de conquête, économique, sociale et culturelle. C'est mon approche et celle de Jean-Jacques de Peretti qui, à son poste de ministre de l'outre-mer, est l'animateur très dynamique de la politique gouvernementale. La Martinique n'est vouée à aucune stagnation. Elle a une population jeune, instruite, elle a une identité culturelle d'une richesse que je n'hésite pas à qualifier d'exceptionnelle et qui est reconnue dans tout le monde francophone et nord-américain, elle est une composante à part entière de la Nation des droits de l'homme, elle s'appuie enfin, dans un monde où il faut savoir s'allier, sur la puissance économique de l'Union Européenne.

Tout cela représente de formidables atouts. A nous, tous ensemble, de les valoriser et c'est cela mon ambition pour la Martinique. Quelles que soient nos difficultés, prenons-les à bras de corps, dialoguons, soyons solidaires et attentifs à ce que chaque partenaire peut apporter au progrès commun.

Voilà ce que j'appelle de mes voeux : une Martinique citoyenne et ambitieuse dans une France ouverte et solidaire.

-------
Inauguration des installations de la société COLIBRI CHIPS

Martinique – 13 avril 1996


Je suis très heureux de me trouver aujourd'hui parmi vous pour inaugurer les installations de la société COLIBRI CHIPS dont le dynamisme symbolise la vitalité de l'esprit d'entreprise en Martinique.

Créée en 1982, cette société, qui fabrique et distribue des produits de grignotage a, d'une manière exemplaire, rassemblé les conditions indispensables à son développement et à son succès commercial.

Rachetée par la SOMES en septembre 1994, l'entreprise qui emploie 9 personnes, a su s'implanter dans un environnement à la hauteur de ses ambitions. La qualité des locaux où nous nous trouvons en est la preuve.

Elle a diversifié ses productions en créant de nouvelles références correspondant aux exigences des consommateurs.

Elle a su enfin profiter des potentialités de sa société-mère et notamment de sa structure d'exportation pour étendre ses parts de marché au-delà des mers.

De ce fait, en 1995, la part des exportations a représenté plus de 30 % du chiffre d'affaires total, en progression de plus d'un quart par rapport à l'année précédente.

Grâce à sa filiale KARUCHIPS, basée en Guadeloupe, elle occupe dans cette région une part importante du marché des produits de grignotage. Les efforts consentis par la SOMES en 1995, devraient lui permettre de s'implanter demain sur les marchés de Sainte-Lucie, de la Barbade, de Saint-Domingue, de Guyane et de Floride.

Cette stratégie, tournée vers l'exportation, doit s'appuyer aussi sur une amélioration permanente de la qualité des produits fabriqués, condition sans laquelle, vous le savez bien, il serait illusoire de vouloir se développer, tant localement que sur les marchés d'exportation.

Implantée dans une île dont la position stratégique au sein des Antilles lui permet d'être au contact des marchés sud et nord-américains, disposant de locaux adaptés à un environnement et à un outil de production ultramoderne, COLIBRI CHIPS est la preuve que les PMI françaises ont la capacité, en élargissant leurs bases économiques, de gagner des parts de marché.

Elles contribuent à nous aider, chacune à leur échelle, à gagner la bataille de l'emploi.

-------

Morne Rouge (Martinique) – 13 avril 1996


Monsieur le Député-maire,
Mesdames, messieurs, chers amis,


Je n'aurais pas imaginé de me rendre en Martinique sans venir vous rencontrer, ici, à Morne Rouge. D'abord, parce que c'est probablement dans votre commune, véritable trait d'union entre le Nord Caraïbe et le Nord Atlantique, que l'on perçoit le mieux la diversité de votre île.

Si le cadre est grandiose et laisse deviner au premier regard les atouts qu'un tel environnement peut offrir en termes de développement touristique, il révèle aussi ses contraintes en termes d'aménagement du territoire, sans oublier les menaces de la nature et du volcan.

Ensuite, cher Pierre Petit, parce que le maire que vous êtes est, non seulement l'une des personnalités les plus marquantes de la Martinique et des Antilles françaises, mais également l'incarnation des valeurs et de la force du gaullisme.

La droiture de vos engagements politiques, votre attachement à l'intérêt public, celui de la Martinique et celui de la France, votre volonté sans faille, votre sens remarquable du dialogue vous valent une estime qui dépasse très largement les limites de votre famille politique et celles de la Martinique. C'est cela le gaullisme et je vous remercie d'en être une si belle et si vivante incarnation. Sachez que le Président de la République, Jacques Chirac, très attaché comme vous le savez à ce département, a pour vous une amitié- et une estime qui sont à la hauteur de la fidélité que vous lui portez.

Vous venez d'ailleurs, en me souhaitant la bienvenue, de témoigner de l'intérêt actif que vous portez à tous les grands sujets relatifs à l'évolution de l'outre-mer. Vous avez notamment évoqué deux réformes en cours, celle relative au pacte de relance pour la ville et celle qui concerne la coopération régionale dans la Caraïbe. S'agissant de la ville, je vous confirme que la Martinique se verra appliquer toutes les dispositions nationales et notamment, - cela va concerner très certainement votre circonscription -, la mise en place d'une zone franche urbaine. Pour ce qui est de la coopération régionale, vos propositions sont intéressantes et pourront être prises en considération dans le cadre de la réforme en cours.

Ici, dans votre commune, Monsieur le député-maire, votre tâche est aussi lourde qu'exaltante : offrir à la population de votre commune et plus largement de votre circonscription les conditions d'un développement harmonieux en surmontant les contraintes de l'enclavement et les difficultés des économies de montagne.

C'est, pour vous qui êtes si attaché au progrès, économique et au bien être de vos concitoyens, un défi quotidien dont je mesure l'ampleur. Les objectifs que vous poursuivez revêtent d'ailleurs une importance déterminante pour l'équilibre économique et surtout social de tout le département. En effet, même si la superficie de la Martinique est réduite, elle connaît, à son échelle, un exode rural, source de très réelles difficultés dans l'agglomération foyalaise.

Il nous faut donc oeuvrer avec vous pour que, dans une Martinique plus solidaire, le Nord-Caraïbe bénéficie des moyens nécessaires à son développement et au maintien sur place de ses filles et de ses fils.

L'Etat apporte et continuera d'apporter sa contribution à cet indispensable rééquilibrage. Aux côtés des collectivités locales, il entend par sa politique d'aménagement du territoire favoriser le développement économique de cette partie de la Martinique.

Nous allons, je crois, le constater dans quelques minutes, l'imagination, l'énergie et le sens de l'innovation vous permettent de tirer profit de vos ressources agricoles et naturelles. Les unités d'embouteillage d'eau de source et de fabrication de chips que je vais visiter sont l'illustration de ce que l'on peut réaliser grâce à des efforts portant sur la qualité et la commercialisation. L'eau de source de la Montagne Pelée est désormais sur les tables presque partout sur le continent et permet à quelques uns d'entre vous non seulement de "rester et vivre au pays" mais encore de faire vivre votre pays.

Par ailleurs, la mise en valeur de votre environnement naturel, grâce à une action de préservation des sites, conjuguée avec une politique d'amélioration des capacités d'hébergement, de transport et d'accueil, jette les bases d'un développement de l'économie touristique, prometteur et déjà perceptible, à Saint-Pierre notamment.

L'Etat, et j'y veille personnellement, entend accompagner ces politiques. Il attache, vous le savez, une attention particulière à la procédure de révision de la charte du parc naturel régional, au coeur duquel nous nous trouvons et qui doit, plus encore que dans le passé, favoriser cette nécessaire articulation entre un patrimoine naturel exceptionnel et des activités humaines adaptées et créatrices d'emplois.

Sur le plan financier, avec le concours des fonds communautaires, l'Etat soutient massivement les investissements destinés à restaurer le patrimoine culturel, architectural et historique du Nord-Caraïbes.

La réhabilitation du vieux Saint-Pierre bénéficie ainsi d'importants crédits de la part de l'Etat et de l'Europe.

Des projets d'infrastructures d'accueil adaptées sont également soutenus dans des conditions identiques. Ces projets à taille humaine ont pour vocation le développement touristique et le respect de l'environnement. C'est en multipliant les initiatives de ce type, bien ciblées que l'on créera le tissu économique et social de demain où les emplois s'inscrivent dans une logique d'harmonie sociale.

Au total, avec le nouveau programme de développement local dont le Nord Caraïbes est le principal bénéficiaire, c'est plusieurs dizaines de millions de francs que l'Union européenne versera en complément des fonds nationaux. Voilà, je le crois, une bonne illustration de l'intérêt que présente, pour la Martinique, l'établissement de liens de partenariat forts et durables avec l'Europe.

Présentés de façon générale, ces liens paraissent toujours très technocratiques et, parfois mêmes, ils inquiètent. Sur le terrain, lorsque les équipes locales sont dynamiques et qu'elles savent en tirer parti, ont voit que les aides européennes sont des leviers puissants et concrets. Je connais votre attachement, Monsieur le député-maire, à voir l'Europe prendre, mieux encore, en considération les spécificités de l'outre-mer. Dans le cadre de la conférence intergouvernementale qui s'est ouverte, il y a quelques jours à Turin, le Gouvernement français s'est fixé pour objectif d'obtenir la consolidation, dans le Traité de l'Union européenne, des principes du POSEIDOM et, plus généralement, des dispositions spécifiques que la situation particulière des départements d'outre-mer justifie. C'est une affaire que nous suivons avec la plus grande attention et vous savez que nous bénéficions de l'appui résolu du Chef de l'Etat.

L'Etat doit également, ici, au contact du terrain et des acteurs locaux, avoir pour objectif prioritaire de faciliter la vie administrative et de simplifier les procédures. Le Chef de l'Etat l'a souligné dans son discours du 19 mars dernier et j'y veille tout particulièrement.

Nous en avons un bon exemple dans cet arrondissement, avec la convention de gestion des 50 pas géométriques, signée récemment entre l'Etat et la commune de Saint-Pierre et qui donnera à cette collectivité les moyens juridiques de maîtriser son développement urbain. Je demande au préfet de poursuivre dans cette voie, et de veiller à ce que tout ce qui peut, dans l'organisation des services de l'Etat, favoriser le développement local soit mis en oeuvre avec vigueur. Vous avez évoqué les assises du développement que j'ai lancées à Paris le 9 février dernier: je sais que les travaux se poursuivent activement au sein du département et j'en attend, dans les meilleurs délais, des résultats concrets.

Plus généralement, l'Etat veille à offrir au Nord-Caraïbes une organisation administrative conforme à ses ambitions et ses besoins.

L'arrondissement Nord Caraïbes existe désormais : il reste à réaliser concrètement la construction de la sous-préfecture de Saint-Pierre. Le projet est en bonne voie les crédits sont en place et les postes seront créés. Dans quelques mois, avant la fin de l'année, donc, un sous-préfet sera nommé qui se consacrera essentiellement à la promotion des investissements et au développement.

L'essor économique repose aussi sur la jeunesse et sur la formation. Le projet de lycée de Saint-Pierre, envisagé par la région et inscrit au contrat de plan, sera accompagné par l'Etat tant au niveau de l'investissement que des personnels enseignants dès qu'il sera en phase de mise en oeuvre.

Monsieur le député-maire, tous ces espoirs, vous avez su les faire naître avec votre inlassable travail de défense des intérêts de l'outre-mer et de la Martinique en particulier. Grâce à votre détermination, je ne doute pas que vous saurez les faire aboutir. Pour cela, vous pouvez compter sur le soutien sans faille du Gouvernement qui, de son côté, se félicite d'avoir toujours pu compter sur votre appui.

-------

Discours de M. Alain Juppé à la profession agricole

Martinique - le 13 avril 1996


Je suis venu à la rencontre du monde agricole, des agriculteurs et des responsables des organisations professionnelles pour confirmer l'intérêt porté par le Gouvernement à l'agriculture antillaise, à son développement pour favoriser la création d'emplois et améliorer le revenu des agriculteurs.

Cette action déterminée de l'Etat en faveur du monde agricole s'appuie ici en Martinique sur deux orientations essentielles :

- la première vise à aider les producteurs de bananes et leurs groupements à relever le défi de l'OCM.
- la seconde orientation consiste à aider tous les autres producteurs en dehors du secteur de la banane à mieux vivre de leurs productions, à maintenir et à créer, eux aussi, des emplois.

La première approche a nécessité l'implication personnelle du Président de la République et du gouvernement pour que la banane communautaire prenne sa vraie place dans la nouvelle organisation du marché, instaurée en 1993.

Je vous confirme mon souci constant de veiller à ce que cette organisation ne soit pas dénaturée par les attaques répétées des grands groupes américains.

L'Etat est intervenu systématiquement devant la cour de justice des Communautés européennes pour soutenir la Commission et défendre l'OCM, chaque fois que celles-ci étaient attaquées.

Je vous rappelle également les mesures exceptionnelles décidées à la demande de la France et mises en oeuvre par la Commission, à la suite des tempêtes des années 1994 et 1995.

Cette vigilance, n'en doutez pas, sera maintenue : nous ferons bloc, avec nos alliés sur ce dossier, pour nous opposer à la proposition récente d'augmenter la part du contingent d'importation des bananes réservée aux opérateurs multinationaux.

L'accompagnement de l'Etat se manifeste aussi à travers le financement des investissements réalisés pour la modernisation du secteur et l'amélioration de la qualité.

C'est ainsi que le DOCUP a prévu un important volet "Banane" consacré à la "modernisation de la filière banane" : 350 MF d'investissements seront réalisés sur la période 1994-1999 dont près des trois quarts de fonds publics (FEOGA, Etat, Région, Département, FIDOM, ODEADOM) pour les actions de modernisation de la filière : le drainage, l'irrigation, les hangars, la mécanisation, la technique des vitroplants, le contrôle de la qualité, les câbles de transport..

En outre, un complexe de préréfrigération des conteneurs a été réalisé pour améliorer encore la qualité des bananes martiniquaises, pour un montant de plus de 40 MF.

Toutes ces actions ont commencé à produire des effets bénéfiques. Ainsi, la confiance retrouvée des producteurs a permis la création de plus de 600 emplois au cours de ces deux dernières années dans la filière "banane" qui offrait déjà plus de 7.000 emplois directs et indirects.

On m'a dit, et je m'en félicite, que les rendements moyens s'améliorent et permettent de rattraper une partie du handicap de compétitivité par rapport aux plantations latino-américaines. S'agissant des coûts de production, la récente hausse, justifiée au plan politique, du SMIC, est plus que neutralisée par les effets de la loi Perben.

Il en résulte que les surfaces cultivées en banane se sont rapidement développées au cours des derniers mois, ce qui témoigne du dynamisme de ce secteur. Pour autant, il ne faudra pas oublier les problèmes de maîtrise de l'eau que ce développement pourrait engendrer à terme : une concertation est nécessaire avec l'ensemble des acteurs sur ce sujet.

Certes, tous les problèmes n'ont pas encore été résolus, en particulier à cause des conséquences des tempêtes tropicales dont la Martinique a souffert trois années consécutives.

La menace d'une nouvelle maladie est une menace réelle que l'Etat prend très au sérieux. Des mesures draconiennes ont été prises, avec une participation financière, qu'il faudra inscrire dans la durée.

Il est plus que jamais important de souligner la détermination de tous les acteurs de la filière, relayant celle de l'Etat, pour que le secteur de la banane soit toujours un des piliers du développement économique de l'île.

S'agissant de la seconde orientation, il faut rappeler qu'on ne saurait limiter l'agriculture martiniquaise à la monoproduction : nombre d'hommes et de femmes vivent dans le département d'une agriculture diversifiée approvisionnant pour l'essentiel le marché local, mais s'ouvrant aussi sur l'extérieur. Ces hommes et ces femmes, outre le métier de producteur, jouent un rôle essentiel dans le maintien de la ruralité martiniquaise, dans la préservation de son environnement, dans le maintien des équilibres sociaux entre la ville et la campagne. Il importe qu'ils soient soutenus par les pouvoirs publics.

Il est indispensable d'aider la filière canne-sucre-rhum et ses 2 400 emplois directs et indirects. L'Etat s'est engagé résolument ici à côté des professionnels pour stabiliser la filière sucre, en doublant notamment le montant de sa participation à l'aide à la balance, en obtenant de l'Union Européenne le maintien d'un régime fiscal dérogatoire au bénéfice des Rhums des DOM et en initiant une démarche qualitative visant à faire bénéficier le rhum agricole martiniquais d'une appellation d'origine contrôlée.

L'obtention d'une AOC n'est plus maintenant qu'une question de quelques semaines. Cette reconnaissance officielle salue aussi bien la qualité du produit que votre travail constant.

Pour obtenir une stabilisation à long terme de la filière, l'Etat a proposé à tous les acteurs de s'engager sur un protocole qui pose les conditions du soutien des Pouvoirs Publics à cette composante essentielle du paysage agricole de l'île, permettant de surmonter les crises à répétition du passé. Il importe maintenant que chacun mesure ses responsabilités et s'engage sur le long terme. L'Etat et l'Europe l'ont déjà fait, l'importance des fonds publics mobilisés au bénéfice de la filière sur les récentes années (220 MF depuis 10 ans) est là pour en témoigner.

Des mesures importantes ont également été prises en faveur des filières dites de "diversification" :

D'abord en inscrivant dans le DOCUP d'importants crédits pour l'encadrement technique des agriculteurs. Cela permettra aux organisations professionnelles de mieux se structurer, de mieux former les agriculteurs pour améliorer a compétitivité de ces filières et pour affronter un marché local où domine la grande distribution et le marché européen d'importation.

L'objectif poursuivi est de développer, une gamme de produits spécifiques ou typiques reconnus et appréciés du consommateur martiniquais et européen et qui trouveront leur place dans la grande distribution en complément des productions de masse. Pour relever ce défi, l'agriculture martiniquaise doit s'organiser, poursuivre l'amélioration de sa qualité et garantir la régularité de ses livraisons.

L'Etat a prévu des aides significatives à l'investissement individuel et collectif : plus de 60 MF seront ainsi mobilisés sur la période 1994-1999 pour la diversification des culture.

Pour ces mesures, nous avons obtenu de la Commission européenne des taux de financements particulièrement favorables (près des 4/5ème des dépenses éligibles) ainsi que de nombreuses dérogations sectorielles (lait, volailles, viande porcine).

Enfin, il s'agira de mettre en oeuvre, les améliorations substantielles négociées à la fin de l'année 1995 par le gouvernement, dans le cadre du POSEIDOM agricole, dont certaines des mesures concernent directement la Martinique : les compléments de primes à l'élevage, l'aide au produit pour le lait, l'aide à la commercialisation contractuelle des fruits et légumes sur le marché local ou l'aide aux livraisons de produits frais ou transformés vers la métropole.

Les compléments indispensables au premier POSEIDOM sont en cours de finalisation au sein des ministères concernés, en étroite concertation avec les organismes professionnels agricoles.

La grave crise qu'a traversée la banane ces dernières années, illustre la nécessité d'intensifier et d'encourager la diversification des productions martiniquaises pour permettre au monde agricole d'aborder le troisième millénaire avec confiance. Je sais que les services de l'Etat et les professionnels, se mobiliseront ensemble pour accompagner cette mutation.

Je vous fais confiance pour atteindre ces objectifs qui nous sont communs et je vous assure du soutien entier et sans faille du gouvernement pour vous accompagner dans ce combat.

------

Mairie du Lorrain (Martinique), le 13 avril 1996


Monsieur le Maire,
Messieurs les parlementaires,
Mesdames et Messieurs,


J'ai particulièrement apprécié l'accueil qui m'a été réservé au Lorrain et c'est avec un vif intérêt que je vous ai écouté, monsieur le maire. Votre souci de réaliser un développement harmonieux de votre belle commune et de l'ensemble du nord de l'île, dans le cadre d'une intercommunalité bien pensée, rejoint les actions soutenues par le Gouvernement en matière d'aménagement du territoire en Martinique.

Cette partie de l'île a le sentiment, je le sais, d'être isolée. Elle recèle pourtant de réelles potentialités de développement, fondées sur l'artisanat, le tourisme vert, l'amélioration des services offerts à la population.

Vous devez également pouvoir compter sur des services publics de qualité.

Vous avez, à cet égard, appelé mon attention sur la vétusté de l'hôpital du Lorrain. Cet équipement a effectivement une grande importance pour la population locale.

Sa reconstruction progressive est engagée, les premiers crédits sont disponibles et je demande au Gouvernement et au préfet de veiller à ce que cette opération se déroule dans les meilleures conditions.


Nous allons évoquer tout à l'heure, dans votre commune, beaucoup des préoccupations concrètes des Martiniquaises et des Martiniquais et notamment celles des jeunes.

L'équilibre social des départements d'outre-mer est au coeur de mes préoccupations. Il repose en premier lieu sur l'égalité.

L'égalité sociale, inscrite dans le statut départemental, était incomplète il y a encore un an. Le Président de la République s'est engagé à ce que les différences de traitement qui subsistaient disparaissent rapidement (c'était une affaire de justice et de dignité). Le travail remarquable réalisé par Jean-Jacques de Peretti a permis au Gouvernement d'aboutir en quelques mois. Le SMIC, dans les départements d'outre-mer, est enfin porté à son niveau national et l'ensemble des prestations familiales sera aligné, d'ici quelques jours, lorsque le Parlement aura définitivement adopté le texte de loi, sur le régime métropolitain. Cette décision d'alignement prend effet au 1er janvier 1996. D'une France d'outre-mer décalée nous passons, en cette année symbolique, cinquante ans après la départementalisation, à une France ressoudée.

La satisfaction, la fierté aussi, que je ressens à voir ainsi notre pays concrétiser, jusque dans ses départements d'outre-mer, ses idéaux et conforter de la sorte la cohésion de la communauté nationale, ne me donne pas pour autant le sentiment d'un aboutissement.

L'égalité sociale pleine et entière était une priorité, elle est acquise. Nous devons avoir désormais, dans chaque département d'outre-mer, une ambition de progrès social.

Le progrès social, tel que je le conçois, repose sur trois exigences : celle de la solidarité, celle de l'insertion par le travail, celle du dialogue social.

La solidarité tout d'abord. J'insisterai, tout au long de ma visite, sur la nécessité de soutenir les entreprises qui innovent, qui gagnent des marchés, dans de nombreux secteurs porteurs d'avenir. Je crois à la réussite économique des Antilles et de la Guyane. Mais s'il faut soutenir ceux qui gagnent, il faut aussi venir en aide à ceux qui trébuchent et qui restent en marge du progrès. L'avenir appartient aux peuples solidaires et la cohésion sociale est le meilleur atout du développement économique.

Pour donner corps à la solidarité il faut d'abord garantir un minimum de ressources à chacun. C'est ce que permet le RMI dont bénéficient près de 100 000 personnes dans les quatre départements d'outre-mer. Mais c'est une situation dont nous ne pouvons nous satisfaire puisqu'elle témoigne de la précarité de la situation de nombreuses familles.

C'est la raison pour laquelle, au-delà de la solidarité, l'insertion dans le monde du travail revêt une importance primordiale.

Les procédures d'insertion, telles qu'elles étaient définies à l'origine du RMI, n'étaient pas satisfaisantes. Pour progresser réellement, une réforme en profondeur était indispensable. Elle est intervenue dans le cadre de la loi Perben du 25 juillet 1994.

Ses objectifs sont clairs : renforcer les moyens mis en oeuvre et ouvrir la voie à une véritable insertion par l'emploi. Elle a créé deux instruments puissants, dont il nous appartient de faire le meilleur usage, les agences départementales d'insertion et le fonds pour l'emploi dans les départements d'outre-mer. Les premières ont pour vocation d'animer, dans chaque département, une politique très dynamique d'insertion, ayant notamment pour objectif de proposer aux bénéficiaires du RMI de véritables contrats de travail, les contrats d'insertion par l'activité. 10 000 contrats de ce type doivent être signés cette année dans les quatre départements.

Axés sur les tâches d'utilité sociale, ils complètent les deux autres dispositifs que nous avons mis en place : les contrats emploi solidarité, qui concernent principalement les jeunes dans les collectivités locales, et les contrats d'accès à l'emploi, qui aident les entreprises à embaucher des chômeurs de longue durée et des Rmistes.

Ces contrats d'accès à l'emploi ouvrent donc directement sur le secteur productif et vous savez l'importance que j'accorde à ce que solidarité sociale et développement économique aillent de pair. Nous avons décidé d'ouvrir ces contrats, qui comportent une formation, à tous les jeunes en difficulté, selon des modalités proches de celles des contrats initiative emploi de métropole.

Dans le cadre des assises de l'égalité sociale active et du développement, organisées l'initiative de M. de Peretti, il a été prévu que 3 000 de ces contrats pourraient être signés dès cette année.

Toutes ces mesures d'insertion active sont financées par le Fonds pour l'emploi dans les départements d'outre-mer qui regroupe tous les financements, auparavant éparpillés, dans un souci d'efficacité. Au total, ce fonds permet d'offrir près de 60 000 solutions individuelles d'insertion. Jamais un tel effort n'a été fait. Mais pour qu'il porte les fruits que nous en attendons, il faut qu'ici, sur le terrain, tous les partenaires concernés se mobilisent. Je lance donc à vous tous, élus, responsables administratifs, chefs d'entreprises, responsables syndicaux et associatifs, un appel pressant et solennel : si nous voulons donner au progrès social aux Antilles, en Guyane et à la Réunion, une réelle crédibilité, retroussons nos manches, conjuguons nos forces et mettons les instruments mis à notre disposition au service d'une réussite collective.

Dans le jugement que portera sur notre action, dans quelques années, la jeunesse d'outre-mer, les responsabilités seront communes succédant à la génération des bâtisseurs de la départementalisation, je voudrais que nous soyons à leurs yeux, à ceux de l'histoire, celle qui aura réussi à donner corps à un nouvel équilibre économique et social.

Ce nouvel équilibre repose également sur d'autres éléments que je rappellerai rapidement.

D'abord, bien sûr, notre politique du logement social, à laquelle il faut continuer à consacrer des financements prioritaires. Le ministre de l'Outre-mer, qui est gestionnaire de ces crédits depuis cette année, a fait aboutir des réformes qui nous permettent d'intervenir encore plus efficacement, qu'il s'agisse de la déconcentration, donc de l'accélération des procédures, ou du financement de l'accession à la propriété. Sur toutes ces questions, qui sont aussi déterminantes que le volume des crédits disponibles, je souhaite que les réflexions soient poursuivies, avec un double objectif : simplifier et accélérer les procédures de décision et de réalisation des programmes immobiliers.

La politique de la ville est un autre volet essentiel de notre action. Dans les quartiers défavorisés, marginalisés, l'exclusion d'une partie de la population menace tout l'équilibre social des départements d'outre-mer. J'ai tenu à ce que le pacte national de relance pour la ville soit, pour cette raison, immédiatement et pleinement applicable ici. Toutes les mesures nouvelles qui vont intervenir concerneront les départements d'outre-mer, qu'il s'agisse des créations d'emplois, de la relance des activités économiques, de l'accompagnement scolaire ou de l'amélioration des services publics de proximité. Dans chaque département sera également créée prochainement une zone franche urbaine, en concertation avec les collectivités concernées.

J'ajoute qu'existent également, outre-mer, des dispositifs particuliers, adaptés au contexte local. C'est le cas des conventions locales de développement social qui concernent les quartiers des villes moyennes. Cinq de ces conventions ont ainsi été signées en Martinique l'année dernière, dont une ici, au Lorrain, ce dont je me réjouis.


Voilà, Mesdames et Messieurs, ce qui nous permet d'envisager avec optimisme l'avenir de l'équilibre social de nos départements d'outre-mer. C'est pour moi, pour tout le Gouvernement, je le répète, une préoccupation de premier rang. Je veille à ce que nous donnions les moyens de réussir et je compte sur la contribution et la détermination de chacun de vous.

J'insisterai, pour conclure, sur ce qui me paraît être la dernière exigence du progrès social, le dialogue entre les partenaires du monde du travail.

Le dialogue social, reconnaissons-le honnêtement, n'est pas toujours facile dans nos départements d'outre-mer. Nous manquons, dans ce domaine, de tradition et de sérénité. Les préoccupations des partenaires sociaux s'expriment, trop souvent encore, sous forme de conflits ouverts là où des échanges, plus précoces, permettraient de rapprocher les positions. D'incontestables progrès ont été accomplis ces dernières années et c'est une évolution très positive. Je souhaite vivement que toutes les organisations représentatives, professionnelles et syndicales, poursuivent dans cette voie du dialogue et de la concertation. Il n'y a rien dont, ont ne puisse parler et il est rare qu'on ne puisse aboutir, sinon à un accord, du moins à un rapprochement des positions. C'est affaire de bonne volonté réciproque, bien sûr, mais aussi d'habitude. Il nous faut, en la matière, réaliser une espèce de révolution culturelle.

Ce sera faire preuve d'une maturité sociale qui, s'ajoutant à la maturité de nos institutions départementales, sera le meilleur gage du nouvel équilibre que nous voulons tous pour nos sociétés d'outre-mer.

-------

Diner du Premier ministre, M. Alain JUPPE

avec les socio-professionnels

Martinique – 13 avril 1996


L'année 1996 restera une importante année pour les départements d'Outre-mer et pour la Martinique en particulier.

Elle aura tout d'abord vu se réaliser, cinquante ans après la loi de départementalisation du 19 mars 1946, l'égalité sociale complète avec la Métropole.

Cette réalisation, qui tient, vous le savez, particulièrement au coeur du Président de la République, s'est traduite par l'alignement du SMIC et des prestations familiales versées dans les départements d'Outre-mer sur le niveau national.

Au delà des exigences élémentaires de justice et de solidarité, ces décisions du gouvernement traduisent la reconnaissance de la place des populations d'Outre-mer au sein de la communauté nationale.

Pour tenir compte du contexte économique ultra-marin, elles ont fait l'objet d'un plan d'accompagnement qui exonérait les départements d'Outre-mer de la hausse de 2 points de TVA intervenue en métropole et leur étendait, pour la plupart des secteurs d'activité, la mesure d'exonération des charges sociales sur les bas salaires, dans la limite d'un plafond fixé à 1,2 fois le SMIC.

Je tiens au demeurant à rappeler que cette exonération est entrée en application plusieurs mois avant l'alignement du SMIC sur le niveau national, car le gouvernement a fait de l'emploi, de sa défense et de sa promotion, l'axe majeur de son action.

La lutte contre le fléau du chômage, première source d'inégalités entre les Français, demeure en effet, en métropole comme dans les départements d'Outre-mer, ma priorité absolue.

Vous connaissez mieux que quiconque la situation difficile de votre département dans ce domaine, avec un taux de chômage supérieur à 27 %. Malgré les créations nettes d'emplois intervenues ces dernières années, et à un rythme – cela mérite d'être souligné, car ce phénomène traduit le dynamisme des entreprises locales - très supérieur à celui que connaît la métropole, le nombre des sans emplois augmente en raison d'une forte pression démographique.

C'est pourquoi le gouvernement a mis en place dans les départements d'Outre-mer une politique active d'aide à l'embauche, visant tout particulièrement les catégories les plus exposées.

C'est le cas, en partenariat avec les entreprises et les collectivités locales, du système de préretraite pour les salariés du bâtiment et des travaux publics, qui devrait permettre l'embauche de nombreux jeunes sous contrat à durée indéterminée.

De même, dans le secteur essentiel de la formation, la prime forfaitaire annuelle versée à l'occasion du recrutement d'un apprenti sera portée de 13 000 F à 15 000 francs.

En complément de ce dispositif, une action vigoureuse est engagée en matière d'insertion, en faveur des 20 000 allocataires du RMI que compte la Martinique.

Dans le cadre de l'agence d'insertion qui s'est mise en place il y a quelques mois, ceux-ci se verront proposer des contrats d'insertion par l'activité assurant aux intéressés un véritable contrat de travail rémunéré au taux du SMIC et leur permettant d'exercer des tâches d'utilité sociale au service de la collectivité.

Cette mesure importante, qui constitue une réponse à certains besoins collectifs encore insatisfaits faute de financements, favorisera la transformation des dépenses actuellement inactives de RMI en dépenses actives et, surtout, redonnera confiance et dignité aux exclus du marché du travail. Je ne me résignerai jamais à vouer les générations actuelles et futures à une existence d'assistanat et d'inactivité !

Cette politique sociale ne produira cependant son plein effet que si elle s'inscrit dans un contexte de développement économique soutenu, car, vous le savez mieux que tout autre, il n'y a pas de progrès social durable sans accroissement de la richesse collective, qui est avant tout le fait des entreprises.

Dans le contexte de la bataille économique mondiale à laquelle la France participe activement, le schéma de développement traditionnel des économies d'Outre-mer, caractérisé notamment par la forte injection de fonds publics venus de métropole, le décalage entre le niveau de la consommation et celui de la production, la protection vis-à-vis de la concurrence extérieure, ne peuvent être maintenus en l'état.

Il faut donc passer d'une logique de rattrapage à une nouvelle étape, celle du développement organisé autour d'activités productives, celle d'une croissance plus forte génératrice d'emplois solides.

Je sais parfaitement que cela rencontre les préoccupations des dirigeants de PME des Antilles et de Guyane qui misent à l'avenir sur un mode de développement construit sur l'ouverture économique et non sur les transferts financiers de la métropole.

C'est le sens du "Pacte de développement" en faveur des départements d'Outre-mer que j'ai annoncé, avec Jean-Jacques de PERETTI, ministre délégué à l'Outre-Mer, à l'occasion des "Assises nationales de l'égalité sociale active et du développement" qui se sont tenues le 9 février dernier à Paris.

Permettez-moi de souligner qu'en complément du "Plan PME-PMI" dont les dispositions sont pleinement applicables aux départements d'Outre-mer et ont été largement rappelées par le président Rebuffel dans son discours, des actions adaptées à la situation de ceux-ci seront lancées.

En premier lieu, la rénovation du système financier des départements d'Outre-mer. Elle est d'autant plus nécessaire que les entreprises locales sont confrontées à de multiples difficultés de financement. Dans ce cadre, outre une réflexion complète engagée à la suite de la mission de l'Inspection générale des finances que j'ai commandée, des mesures visant à l'abaissement du coût du crédit et à l'amélioration de la couverture des risques seront rapidement engagées.

Ensuite l'adaptation du dispositif de défiscalisation des investissements. Il a constitué depuis 10 ans, j'en suis convaincu, un élément essentiel du développement et de la création d'emplois Outre-mer. Il représente un moyen par lequel I'Etat peut compenser les handicaps structurels des économies ultra-marines. Il sera donc maintenu, et même étendu aux secteurs du matériel et de la manutention portuaire, ainsi qu'au domaine du logement locatif, le taux étant porté de 25 à 50 % pour les particuliers et fixé à 100 % pour les entreprises, ce qui devrait favoriser le redémarrage de l'activité du bâtiment et des travaux publics, et considérablement réduire l'état de sujétion des entreprises de ce secteur que le Président Rebuffel vient de dénoncer.

La priorité doit aussi être donnée à l'implantation d'activités nouvelles dans le cadre d'une stratégie d'exportation audacieuse, visant en particulier à abaisser le coût du travail pour les entreprises qui en seront bénéficiaires.

Dans le secteur important du commerce et de l'artisanat, un emploi de délégué régional au commerce et à l'artisanat sera très rapidement crée au profit de la Martinique et de la Guadeloupe. Cela permettra aux commerçants et aux artisans antillais d'avoir un interlocuteur qualifié à l'écoute de leurs problèmes spécifiques.

Pour que ce dispositif produise pleinement les effets recherchés en termes d'activité et d'emploi, il est indispensable que le tissu économique local fasse preuve d'une grande capacité d'adaptation.

Je sais que la Martinique, qui compte de nombreuses entreprises dynamiques, dispose d'atouts considérables pour relever avec succès les défis qui s'annoncent.

Ainsi, Madinina, l'île aux fleurs, que la nature a doté d'une végétation luxuriante, d'un climat généreux et de sites exceptionnels doit elle pouvoir tirer pleinement profit de ses potentialités touristiques. Je me félicite tout particulièrement de la prise de conscience, par la population et ses représentants, du caractère vital du tourisme pour le développement de la Martinique. Je tiens donc à saluer les initiatives prises par l'ensemble des professionnels pour mieux faire connaître les enjeux de ce secteur d'activité et j'espère que le contrat d'études prospectives signé récemment entre l'Etat et l'ensemble des partenaires concernés permettra de donner une nouvelle impulsion à la formation professionnelle dans cette branche.

Par ailleurs, la Martinique a su consolider son agriculture en améliorant sensiblement la qualité de ses productions. J'ai eu l'occasion de m'en entretenir longuement aujourd'hui avec les représentants des professions agricoles, qu'il s'agisse de la banane, du rhum qui sera très prochainement distingué par une AOC ou des productions fruitières et légumières.

Enfin, il n'est sans doute pas besoin d'insister sur le fait que la Martinique, Département français d'Amérique, dispose d'une variété et d'une qualité d'infrastructures de toutes natures, bien supérieures à celles des Etats voisins des Caraïbes. On peut citer notamment l'aéroport international du Lamentin, dont les nouvelles installations ont été inaugurées il y a quelques mois, et qui place votre île au tout premier rang de la région. D'autres chantiers sont d'ores et déjà prévus pour les années à venir, dans le cadre des grands documents contractuels que l'Etat a signés et dont il assure la gestion avec ses partenaires locaux (région, sépartement) et avec l'Union Européenne. Entre le Contrat de Plan Etat-région, le document unique de programmation et le programme d'initiative communautaire REGIS II, ce sont plus de 4,5 milliards de francs de crédits publics qui sont mis au service du développement économique de la Martinique jusqu'au prochain millénaire, dans les secteurs du tourisme, de l'industrie, du commerce et de l'artisanat, de l'agriculture, de la valorisation des ressources humaines, du désenclavement et de l'amélioration du cadre et des conditions de vie des Martiniquais.

Vous pouvez ainsi constater, comme l'a rappelé le président de la République lors de son récent voyage à la Réunion, que l'Europe est un atout pour l'Outre-mer français dont il faut assurer la consolidation, notamment par la pleine reconnaissance de la notion "région ultra-périphérique" par l'Union européenne.

Néanmoins, si l'Etat et l'Europe demeurent des acteurs économiques majeurs, par les règlements qu'ils élaborent et les financements qu'ils apportent, ils ne peuvent assurer seuls le développement.

Celui-ci repose avant tout, et reposera de plus en plus sur les Martiniquais eux-mêmes, et en premier lieu sur vous, qui êtes à la tête d'entreprises dynamiques et performantes.

Je sais pouvoir compter sur votre esprit d'initiative et de responsabilité pour conduire la Martinique et les Martiniquais sur la voie d'un développement solide et durable.

Rechercher