Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'emploi des jeunes, l'insertion professionnelle et l'apprentissage, Paris le 13 juin 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'emploi des jeunes, l'insertion professionnelle et l'apprentissage, Paris le 13 juin 1996.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Réunion de concertation pour l'emploi et l'insertion des jeunes, à Matignon le 13 juin 1996

ti : Mesdames et Messieurs,


Le 21 décembre dernier, nous nous sommes engagés à faire de l'emploi des jeunes une priorité absolue, et à mettre en ¿uvre tous les moyens nécessaires pour offrir à nos jeunes concitoyens des conditions plus favorables à leur insertion dans la vie active. Dans le relevé de conclusions de cette réunion, nous avions fixé la barre haut en retenant l'objectif de 250 000 emplois supplémentaires offerts aux jeunes pour cette année.

Nous étions également convenus de nous revoir au cours du premier semestre. C'est ce que nous faisons aujourd'hui. Ce rendez-vous d'étape va nous permettre de dresser un bilan de l'action engagée depuis le début de l'année et des moyens mis en ¿uvre pour mobiliser l'ensemble des acteurs sur l'emploi des jeunes.

Lors du sommet de décembre, le gouvernement s'était engagé sur la mise au point de dispositifs nouveaux. Nous avions conjointement défini les orientations sur lesquelles nous voulions avancer ensemble, dans le respect, bien évidemment, des responsabilités de chacun.

Nous avons progressé dans notre action, et la situation s'est un peu améliorée, mais pas dans des proportions suffisantes.

- Le nombre total de demandeurs d'emploi a baissé lors des deux derniers mois,
- Le chômage de longue durée, grâce notamment aux Contrats Initiative Emploi a baissé de 100 000 personnes en un an,
- Le chômage des jeunes a retrouvé une orientation à la baisse, mais la diminution n'a été que de 10 000 personnes en quatre mois. C'est trop peu, même si nous savons que les créations d'emploi des jeunes se font à l'été et à l'automne.

De qui et de quoi parlons-nous en effet ?

Il y a actuellement 8 millions de jeunes entre 16 et 25 ans. Sur ces 8 millions, environ 600 000 sont au chômage, ce qui représente environ 8 % du total.

Ce chiffre de 600 000 correspond à peu près aux jeunes d'une tranche d'âge.

Nous nous situons aujourd'hui à quelques semaines de la fin du cycle scolaire ou universitaire et une nouvelle génération de jeunes va entrer sur le marché du travail. Mon objectif est qu'aucun jeune à la sortie de ses études ne se trouve sans solution d'aide, d'orientation, d'insertion ou d'embauche.


Avant de vous donner la parole, je voudrais vous faire part de quelques réflexions.

- La première relève du bon sens : notre première richesse, ce sont les jeunes. En investissant pour eux, nous investissons pour l'avenir. Nous devons avoir une grande ambition collective en leur faveur, tant il est vrai qu'un peuple qui n'a pas constamment en tête le souci de sa jeunesse est un peuple qui court droit au déclin.

Nous avons pris régulièrement des mesures de fond à leur intention, - Jacques Barrot vous en présentera le bilan détaillé dans un instant -, en favorisant tous les mécanismes d'accès à l'emploi, et en répondant du mieux qu'il est possible aux attentes des jeunes et aux besoins des entreprises.

Nous avons en quelque sorte créé la "boite à outils". Il nous appartient maintenant de nous en servir et de poursuivre activement la mobilisation engagée il y a six mois.

Parmi ces outils, certains ont été mis en place pour soutenir les jeunes qui éprouvent le plus de difficultés. Je veux parler des 100 000 emplois de ville prévus pour les quatre prochaines années dans le cadre du pacte de relance pour la ville. Je veux parler également des contrats initiative emploi qui bénéficient déjà, pour 20 % d'entre eux, à des jeunes de moins de 26 ans et qui sont maintenant ouverts aux jeunes en grande difficulté, sans condition d'ancienneté de chômage.

Outil majeur d'insertion professionnelle : l'apprentissage. Son dispositif a été rénové ; une loi a été votée à cet effet ; elle a été promulguée le 6 mai dernier. Les principaux décrets d'application ont été publiés.

Cette rénovation du dispositif a permis de simplifier considérablement le système des primes d'apprentissage, pour permettre un accès plus aisé des entreprises et en particulier des plus petites.

Je rappelle que l'objectif est de 200 000 embauches d'apprentis et de 300 000 apprentis en centres d'apprentissage à la fin de l'année.

Derniers outils enfin, les contrats de formation en alternance ; conformément aux engagements pris ici même le 21 décembre, le Gouvernement a prolongé les primes pour l'embauche des jeunes en contrat de qualification. L'objectif doit être maintenant une forte reprise de ces contrats. Je souhaite, là aussi, que les partenaires sociaux se mobilisent très massivement, pour assurer une nouvelle expansion à ce dispositif qui a fait ses preuves en termes d'insertion et d'emploi, mais qui a subi une baisse de 15 % l'année dernière.

J'ajoute, d'un mot qu'à ce sujet, le gouvernement a permis l'inscription législative des dispositions permettant aux organismes de collecte de financer des actions de tutorat.

Voilà quels sont les outils dont nous disposons. Pour les utiliser au mieux, les Programmes Régionaux pour l'Emploi des jeunes ont été mis en place.

C'est en effet sur le terrain, très concrètement et quasiment au cas par cas que nous devons travailler pour coordonner nos actions.

Ces programmes ont en particulier un objectif : améliorer l'accueil, l'information et l'orientation des jeunes. Nous le savons bien, le premier contact d'un jeune avec l'emploi est souvent décisif et pour éviter qu'il ne soit traumatisant, il fallait simplifier et rendre plus cohérentes les modalités d'accueil et d'information.

Ces programmes montrent à quel point il est possible d'aller dans la bonne direction lorsque devient effective la mobilisation de tous : partenaires sociaux, responsables locaux, entreprises et pouvoirs publics.

Je me félicite à cet égard des campagnes de communication lancées par le Comité Paritaire National de la Formation Professionnelle (CPNFP), le CNPF et l'AGEFOS-PME, pour ne citer qu'elles.

Nous nous sommes, vous le voyez, dotés de moyens importants et je crois que nous sommes tous d'accord pour les mettre en ¿uvre. Le rendez-vous d'aujourd'hui n'a pas pour objectif de créer un dispositif supplémentaire. Les entreprises et les jeunes ont maintenant besoin d'une vision stable, d'une bonne lisibilité qui permettent de déployer les initiatives dans la durée.


Je souhaiterais, également, que cette réunion nous permette d'avoir une réflexion un peu plus en amont et d'examiner les moyens d'améliorer la relation entre le monde de la jeunesse et le monde de l'entreprise.

Je le constate régulièrement au cours de mes déplacements, il n'existe pas suffisamment de perméabilité entre ces deux univers. C'est pourtant de leur rapprochement constant et systématique que les générations futures pourront voir s'offrir à elles les meilleures chances de s'insérer dans la vie active.

Quelle qu'en soit la forme, la première approche d'un jeune avec une entreprise est souvent irremplaçable.

J'ai pu voir à travers la France de nombreuses et heureuses initiatives qui vont dans ce sens et je suis convaincu qu'il faut une plus grande ouverture du champ des stages, au-delà des filières classiques de l'alternance et de l'apprentissage, vers des filières d'enseignement général. Les stages de sensibilisation à la vie et à la réalité de l'entreprise doivent, à mon avis, devenir partie prenante de l'enseignement des jeunes.

Vous savez qu'à cet égard, et sans anticiper les conclusions des États Généraux de l'Université, je suis partisan d'instaurer des stages longs dans l'université, et pourquoi pas, c'est une piste de réflexion, en les rendant obligatoires pour valider certains diplômes.

Enfin, je terminerai mon propos en évoquant le "rendez-vous citoyen" qui constituera l'un des axes de la réforme du service national, lorsque le Parlement se sera prononcé.

Cette étape importante de la vie du jeune citoyen permettra, entre autres choses, à l'ensemble des garçons et des filles de bénéficier d'un bilan scolaire et socio-professionnel. Ce rendez-vous aura pour vocation d'ouvrir des voies nouvelles pour favoriser l'orientation et l'insertion des jeunes et en particulier ceux qui éprouvent les plus grandes difficultés.

Je suggère donc que nous réfléchissions, d'ores et déjà aux formules les plus appropriées pour faire de ce rendez-vous une véritable chance d'ouverture vers la vie active.


Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais brièvement vous dire avant d'ouvrir nos débats.

Le chômage des jeunes est inacceptable. Il est traumatisant pour toute une génération et peut souvent devenir un facteur d'exclusion. Il constitue un handicap extrêmement lourd au développement des capacités d'initiative et d'innovation de l'ensemble de notre pays.

Lutter contre ce fléau est notre absolue priorité. Le Gouvernement s'y consacre tous les jours. La présence de nombreux Ministres à cette réunion en est l'illustration.

L'État est mobilisé, mais vous le savez, rien ne se fera si nous ne sommes pas convaincus, à tous les niveaux, du caractère nécessairement collectif de notre approche.

Je laisse maintenant la parole à Jacques Barrot qui va, dans le détail, vous exposer le bilan des actions menées depuis le début de l'année.

Anne-Marie Couderc, de son côté, présentera les premières conclusions relatives aux programmes régionaux pour l'emploi des jeunes.

Nous procéderons ensuite à un tour de table, qui permettra à chacun d'exposer son point de vue, et d'évoquer les perspectives des six prochains mois.

Rechercher