Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur la protection de l'enfance maltraitée, la prévention, la répression et l'aide aux victimes, Paris le 20 novembre 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur la protection de l'enfance maltraitée, la prévention, la répression et l'aide aux victimes, Paris le 20 novembre 1996.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Journée nationale des droits de l'enfant, Paris le 20 novembre 1996

ti : Mesdames et Messieurs,


Une révolte. Une volonté. Une exigence. Voilà ce qui nous réunit ce matin en cette première journée nationale des droits de l'enfant.


La révolte contre la pire des violences. Et la plus lâche. Celle qui est une offense à l'avenir de l'homme. Celle qui choisit pour victimes les plus faibles, les plus petits, les plus vulnérables. Celle qui s'attaque aux enfants.

Il y a la violence lointaine. Celle des conflits armés. Celle des guerres civiles. Celle des famines. Celle qui sous nos yeux encore prend aujourd'hui pour cibles des enfants au c¿ur de l'Afrique. Cette violence qui est un scandale renouvelé et contre laquelle la communauté internationale doit mieux et plus vite se mobiliser, au lieu trop souvent d'attendre des images intolérables pour enfin agir.

Et il y a la violence qu'illustre trop souvent notre propre actualité. Une violence dont la réalité a été trop longtemps niée, mais qui s'incarne en autant de tragédies dont les chiffres donnent toute l'ampleur.

65 000 enfants en danger dans notre pays en 1995, c'est 65 000 vies peut-être brisées.

5 500 enfants victimes d'abus sexuels, c'est 5 500 innocences souillées.

Une augmentation de 22 %, par rapport à 1994, c'est insupportable.

Les enfants n'attendent de nous ni discours ni savantes analyses, ni gloses sur les causes.

Ce qu'ils attendent de nous, c'est que nous nous révoltions, et que nous agissions. Que nous agissions vite, concrètement, réunis autour d'une même volonté de défendre les enfants maltraités.


Et c'est bien cette volonté d'agir qui nous rassemble ce matin.

J'ai pu constater depuis le mois de septembre lors de mes rencontres avec les associations de protection de l'enfance combien grande était leur détermination et multiples déjà leurs actions. J'ai mesuré encore tout à l'heure sur le terrain comment conçoivent et remplissent leurs missions tous ceux qui se consacrent, professionnellement ou bénévolement, à la protection de l'enfance.

C'est à partir de leur expérience que nous avons voulu avancer. Écouter les acteurs de terrain, travailler avec eux, affiner les actions, pour construire de vrais progrès : voilà la méthode que nous avons suivie depuis le congrès mondial de Stockholm, où nous nous sommes engagés à construire un programme national d'action contre les atteintes à la dignité et à l'intégrité des enfants.

Ensemble, nous avons voulu affirmer ainsi une triple volonté : la volonté de mieux prévenir ; la volonté de réprimer plus efficacement et d'éviter les récidives ; la volonté d'apporter aux victimes toute l'aide que nous leur devons.

Avant toutes choses, prévenir pour faire comprendre aux enfants qu'ils ont le pouvoir de dire non, le pouvoir de crier NON-NON et NON quand "ça leur fait mal" ; ce cri de nos enfants, nous tous adultes devons aussi le reprendre à notre compte et le faire nôtre.

Le faire nôtre, en refusant la fatalité du silence, en considérant que le déni de parole est un déni de justice, en sachant entendre et comprendre, informer et former. Mais tout simplement d'abord en permettant aux enfants de dire l'indicible.

Le faire nôtre, en récusant les formes de progrès qui asservissent l'enfance. Je pense bien sûr à l'utilisation des nouveaux médias, comme le réseau Internet ou le minitel.

Le faire nôtre, en bannissant les formes dévoyées d'un tourisme odieux où la découverte de l'autre se traduit exclusivement par son avilissement.

Le faire nôtre enfin, en refusant la récidive des crimes. Rien en effet n'est plus inadmissible que la répétition, à l'identique souvent de violences et d'atteintes sexuelles contre des enfants par des personnes qui ont déjà connu des condamnations pour de mêmes faits.

Et pour cela, nous devons réprimer. Ne pas simplement alourdir les sanctions et faire évoluer notre droit pour prendre en compte les formes nouvelles de violence et d'exploitation des enfants. Mais éviter que les auteurs d'infraction à caractère sexuel ne puissent se retrouver en contact professionnel avec des mineurs. Et surtout, faire en sorte qu'ils soient tenus à un suivi médico-social qui prévienne le risque de récidive.

Mais il faut aller plus loin. Si nous ne pouvons pas réparer l'irréparable, nous devons en revanche tout faire pour aider les victimes à reconstruire une vie brisée parfois dès le plus jeune âge, les aider à retrouver le goût de vivre et leur redonner espoir.

Dans un instant, Jacques TOUBON et Xavier EMMANUELLI vous présenteront dans le détail les mesures que le Gouvernement a décidées pour donner corps à cette volonté de mieux prévenir, de plus efficacement réprimer et d'éviter la récidive, et de mieux aider les enfants victimes.

Mais vous le sentez bien, ce qui est en jeu ce ne sont pas des dispositifs ou des mesures, aussi nécessaires soient-ils, c'est l'idée même que nous nous faisons de notre société, et des valeurs qui la fondent. Une société protectrice des plus faibles et d'abord des enfants.


C'est bien en effet une même exigence qui aujourd'hui nous rassemble : tout simplement, respecter les enfants, et agir pour eux.

Les considérer comme des personnes titulaires de droits. Les défendre et les protéger. Refuser la violence inadmissible des adultes à leur encontre que facilite parfois une modernité dévoyée.

Ce ne doit pas être seulement la volonté d'un Gouvernement. Cela ne doit pas être seulement l'action des services sociaux. Cela doit être l'ambition et la prise de conscience du pays tout entier que j'appelle à se mobiliser autour de la cause des enfants maltraités.

C'est pourquoi j'ai décidé de faire en 1997 de la protection de l'enfance maltraitée la grande cause nationale, pour qu'ensemble nous gagnions ce combat contre le mal.


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