Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, lors de la cérémonie de remise de la médaille de la famille française, Paris le 22 janvier 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, lors de la cérémonie de remise de la médaille de la famille française, Paris le 22 janvier 1996.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Cérémonie de remise de la médaille de la famille française à Paris le 22 janvier 1996

ti : Messieurs les ministres,
- Monsieur le Président, mesdames, messieurs,
- Parce qu'il en est quelques uns ici, et que s'il n'y avait pas de messieurs, il n'y aurait pas de médaille de la mère de famille.
- Je voudrais tout d'abord Monsieur le Président vous dire combien je suis heureux de vous accueillir et d'accueillir les mères de famille aujourd'hui dans ce Palais de l'Elysée. Combien j'ai écouté avec attention votre propos qui, est comme toujours, un acte de foi dans la famille, même s'il n'avait pas pour objet de rappeler les ambitions qui sont légitimement les vôtres dans le domaine de l'aide de la collectivité aux familles françaises.
- Je crois que vous ne pouvez pas douter de l'intérêt que les ministres responsables, et donc le gouvernement, portent à la cause qui est la vôtre. M. Barrot depuis toujours en est un défenseur. Il a toujours donné dans ses préoccupations, la priorité au respect des valeurs qu'incarne la famille. M. Gaymard, si j'ose dire, a prouvé l'exercice. Je le dis pour les dames qui ne le sauraient pas, et malgré son jeune âge, et le plus jeune âge encore de son épouse, il a déjà sept enfants, et j'ai bien noté l'encouragement du président à faire en sorte que l'année prochaine Clara Gaymard puisse être parmi les récipiendaires de la médaille d'or de la famille française.
- Monsieur le Président, je voudrais d'abord, en un mot rendre hommage à l'institution que vous présidez et donc à son responsable que vous êtes. Un hommage qui n'a rien de convenu, car les cinquante années écoulées depuis sa création ont fait de l'UNAF, une institution essentielle de la République et qui la met au premier rang des défenseurs de la démocratie, mais aussi et plus simplement de notre peuple et des valeurs qu'il incarne.
- Depuis vingt ans, vous dites que votre discours n'a pas changé. Je crois qu'effectivement c'est tout simplement parce que les valeurs ne changeant pas, votre discours n'a pas à changer, ce qui ne vous empêche pas de le prononcer avec beaucoup de foi, en l'adaptant en permanence, bien entendu, aux circonstances et aux évolutions. Vous avez évoqué la Corrèze et Paris, et c'est vrai que j'ai toujours trouvé dans les associations familiales, une aide puissante pour ce qui concerne la gestion des intérêts de nos concitoyens. Vous l'avez évoqué pour la Corrèze, je voudrais le souligner particulièrement pour Paris, Paris étant naturellement plus important et plus exemplaire. L'UNAF de Paris est certainement l'association qui m'a le plus impressionné. J'ai été maire de la capitale pendant dix huit ans et ce qui a été fait, certes insuffisant, l'a été, il faut le dire, toujours grâce à la réflexion et à la capacité de propositions de l'Union départementale, et des réformes qui ont été prises et qui ensuite ont été généralisées sur le plan national l'ont été grâce à la sensibilité, à la ténacité des associations familiales. Je profite de cette occasion pour rendre hommage à l'ensemble de ces associations au travers de l'Union départementale de Paris.
LE PRESIDENT (Suite sur l'UNAF et la famille).- Vous avez dit : "il ne faut pas confondre politique familiale et politique sociale", vous avez raison. La politique familiale représente un objectif en soi permettant de structurer une société, de respecter les cellules vitales de ce corps social. Vous avez dit qu'il ne fallait pas non plus la confondre avec la politique démographique. Vous avez certainement raison dans les principes, mais nous sommes dans une conjoncture, et j'ai beaucoup apprécié un récent appel de la part d'un certain nombre de représentants de la communauté scientifique pour indiquer combien l'inquiétude devait être grande à l'égard de l'évolution de notre démographie européenne et notamment française, où l'on ne peut que constater dans la conception de la politique familiale, qu'il y a aussi une dimension démographique qui s'impose.
- Nos sociétés européennes se dégradent, il faut bien le dire, matériellement et moralement, et on cherche beaucoup de raisons aux crises que nous connaissons. L'une des raisons qui touche notre ensemble européen et son économie, rarement citée, c'est l'insuffisance démographique. La croissance c'est également la démographie, et le fait d'avoir des familles de moins en moins nombreuses, des naissances de moins en moins nombreuses, et ceci sur l'ensemble du territoire européen, montre bien que les conséquences sont inévitables en termes économiques, de travail, de production, donc de chômage et contrairement à ce que parfois certains ont dit, c'est en ayant davantage d'enfants que l'on fera reculer le chômage et non pas le contraire.
- J'ajoute que certaines expériences ont montré qu'il n'y avait pas de fatalité et qu'une politique familiale dynamique pouvait permettre, non seulement de répondre au respect des valeurs que vous évoquez, mais aussi d'améliorer la situation démographique. Je n'en veux que pour preuve, la situation de la Suède qui en quelques années a opéré un redressement spectaculaire de sa démographie en prenant un certain nombre de mesures qui, adaptées naturellement à ce pays et à ses citoyens, avait pour objet de renforcer la cellule familiale et de faciliter son développement.
Je vais maintenant avec vous et les ministres compétents et mon épouse remettre ces médailles. Je voudrais dire que cette remise à un double aspect : l'aspect protocolaire qui s'explique notamment par le lieu et les dorures de cette Salle des Fêtes du Palais de l'Elysée, mais je voudrais vous dire, qu'il y en a un autre qui est le très grand respect que j'ai pour les personnes qui vont être décorées et qui ont apporté finalement le meilleur d'elles-mêmes à la France : que peut-on apporter de plus fort à un pays qu'un enfant, et qui ont eu le mérite malgré les difficultés que l'on sait et que l'on imagine, d'élever plusieurs enfants.
- Ils doivent être remerciés pour ce qui a été fait pour la pérennité de notre pays. C'est sur les enfants qu'elles nous ont donné, que reposera demain la puissance et la grandeur de la France, et donc au-delà même du cercle familial, au-delà du caractère exemplaire de leur vocation exprimée au travers de la famille, il y a quelque chose de plus grand encore que nous devons souligner dans leur comportement. C'est donc avec une très grande reconnaissance, beaucoup de respect, si elles me le permettent de le dire, d'affectueux respects que je vais maintenant, Monsieur le Président, leur remettre ces décorations si bien méritées.

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