Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle de M. Burnel au sein de l'Union nationale des associations familiales et sur la politique de la famille, Paris le 3 juin 1996. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur le rôle de M. Burnel au sein de l'Union nationale des associations familiales et sur la politique de la famille, Paris le 3 juin 1996.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Remise de la médaille de la famille française à l'Elysée le 3 juin 1996

ti : Monsieur le Président,
- Mesdames et messieurs,
- Permettez-moi avant de commencer, monsieur le Président, de vous présenter mes très sincères condoléances et celles des pouvoirs publics pour la disparition subite du trésorier de l'UNAF, qui a donné tant de lui-même à la cause qui est la vôtre, et je vous demande de bien vouloir transmettre ces condoléances à la famille de votre trésorier.
- Je voudrais vous dire aussi, monsieur le Président Burnel, combien je suis heureux de vous accueillir, une nouvelle fois, dans ce Palais de l'Elysée. Je dis une nouvelle fois comme si j'en avais une longue habitude, ce n'est pas tout à fait le cas, la vôtre est beaucoup plus longue, mais c'est tout de même la deuxième.
- J'en suis heureux en raison de tout ce que représente dans notre pays, depuis un demi-siècle, l'Union Nationale des Associations Familiales. Je crois bien connaître l'immensité de votre tâche, et à travers vous, je voudrais remercier toutes ces nombreuses associations, ces milliers de délégués qui, dans toute la France, militent avec coeur, avec courage, souvent avec dévouement, toujours pour la famille. Je voudrais exprimer ma gratitude aux mères et aux pères de famille ici présents et qui ont bien mérité la distinction que je vais avoir le privilège de leur remettre. Notamment à celles et ceux d'entre vous auxquels cette médaille est donnée à son niveau le plus élevé et qui sont celles et ceux qui ont apporté le plus finalement à notre pays.
Mais ce rendez-vous traditionnel, l'un des plus attachants probablement du calendrier républicain, est empreint aujourd'hui, et vous l'avez tout juste évoqué, monsieur le Président, d'une raison particulière d'émotion.
- C'est en effet, monsieur le Président Burnel, vous l'avez dit, la dernière fois que vous y prenez part, du moins en votre qualité de Président de l'UNAF. Dans quelques jours, parce que vous l'avez souhaité et décidé ainsi, l'Union Nationale des Associations Familiales se donnera un nouveau Président.
- Au moment où vous quittez vos fonctions, je souhaite, monsieur le Président, vous rendre un hommage à la fois fort et sincère. Saluer votre vie de convictions, d'engagements, de combats courageux. Mesurer avec vous le chemin parcouru. Evoquer ces longues années au cours desquelles, avec l'ardeur, la fermeté, l'énergie que chacun ici connaît, vous n'avez cessé de défendre et de promouvoir la famille, d'exprimer ses attentes, ses inquiétudes, ses espoirs. Avec pour seul horizon, la dignité, l'épanouissement et le bonheur de chacun.
- Cette foi militante, vous l'avez, je crois, éprouvée très tôt. Elle vous a tout naturellement conduit au syndicalisme étudiant, au mouvement familial. Parallèlement à vos hautes responsabilités professionnelles dans l'industrie et le conseil, vous vous consacrez à l'UNAF dont vous accompagnerez les grands changements en contribuant à lui faire épouser son temps. Administrateur dès 1964, secrétaire général, vice président, vous devenez président en 1976, pas loin c'est vrai de trois septennats. Grâce à vous et à ceux qui, pendant toutes ces années, se sont dévoués à vos côtés, l'UNAF représente désormais toutes les familles de France dans toute leur diversité, et notamment, la France profonde, à laquelle je le sais vous êtes également attaché. Elle rassemble aujourd'hui près d'un million de familles, je crois, 8500 associations, plus de 150000 bénévoles. Rien ne peut se décider qui touche à l'avenir des familles sans que ne se fassent entendre, haut et fort, le point de vue et la vigilance de l'UNAF.
- Depuis vingt ans, toutes celles et tous ceux qui ont en charge la politique de la famille ont pu apprécier chez vous l'homme de terrain, l'homme d'expérience, l'homme de coeur, l'homme d'ouverture. L'homme de savoir aussi et de culture, sensible aux grands mouvements à l'oeuvre dans notre société. L'homme de coeur, je le répète, généreux, un homme aussi au parler vrai et parfois dru.
- Monsieur le Président, vous déclariez récemment, je vous cite : "on ne renie pas les engagements de sa jeunesse", quand on est homme de qualité, auriez-vous pu ajouter. Connaissant la force et la profondeur de vos convictions, je ne doute pas que vous poursuiviez longtemps cette vie de combats qui pendant cinquante ans fut la vôtre. Sans doute, ne goûterez-vous, dans votre Normandie natale, qu'une semi-retraite assombrie, je le sais, par le deuil qui vous a frappé. Demain encore, les débats, les réflexions menés au sein du Conseil économique et social, au sein du Haut Conseil de la Population et de la Famille s'enrichiront de votre exigence, de votre expérience. Demain encore, vous y ferez valoir votre approche de la famille, et par conséquent demain encore, comme vous l'évoquiez à l'instant nos chemins se croiseront et je m'en réjouis.
La Conférence sur la Famille que le Premier ministre a réunie le 6 mai dernier a donné le coup d'envoi d'une nouvelle politique familiale, que vous et moi voulons ambitieuse, dont nous souhaitons tous qu'elle gagne en simplicité, en efficacité, en équité, en cohérence.
- Depuis un quart de siècle environ, le paysage familial s'est profondément modifié. De plus en plus les mères de famille travaillent ou aspirent à travailler, ce qui est légitime et nous devons les y aider. Pour cela, nous devons mieux concilier l'activité professionnelle et les responsabilités familiales, il faut ainsi repenser notre rapport au temps.
- Nous devons également mieux répondre aux besoins des familles en matière de logement, de transport, de garde d'enfants, en développant les services aux personnes, bien d'autres pistes encore.
- Les prestations, les aides fiscales se sont multipliées et l'on ne sait plus très bien s'y reconnaître. Ces aides, nous devons les simplifier, les clarifier, les rendre plus efficaces et plus justes.
- C'est à tout cela - car la politique familiale, vous l'avez toujours souligné, monsieur le Président, est une politique globale - que nous devons maintenant nous atteler, dans un esprit d'ouverture, avec imagination, lucidité, sérénité, pour que vive cette idée de la famille, généreuse, citoyenne, fraternelle, que, tous ensemble nous défendons et que vous illustrez particulièrement. Cette grande et forte idée qui nous réunit ici aujourd'hui.
- C'est sur le socle de la famille que se construisent nos existences et que se consolident nos valeurs. Ce que nous enseigne la famille - le don de soi, la solidarité, le pardon, la fraternité -, aucune institution ne peut naturellement, mieux qu'elle, les ancrer au plus profond de chacun.
- Nos familles, c'est le dernier rempart contre l'exclusion, c'est la dernière défense contre la solitude et la tentation du découragement. Dans la dureté des temps telle que nous la connaissons, les parents, les grands-parents, les arrière-grands-parents parfois sont souvent là pour épauler ceux qui se lancent avec difficulté dans l'existence, dépanner ceux qui éprouvent des problèmes passagers ou accueillir ceux qui ont tout perdu.
- C'est dire quelle immense responsabilité est aujourd'hui celle des parents. Combien notre avenir dépend d'eux.
-Cette médaille de la Famille Française que je vais maintenant, vous remettre, mesdames et messieurs, vous pourrez, de retour chez vous, y penser avec fierté, avec une très grande fierté. Elle témoigne de sacrifices consentis, mais surtout de trésors d'amour et de disponibilité. Elle témoigne aussi de cette idée de la famille chère au coeur des Français. De ceux qui ont eu la chance d'y vivre des instants de bonheur. De ceux aussi qui, n'ayant pas eu cette chance, s'efforcent aujourd'hui de donner à leurs enfants la tendresse qui leur a manqué. De ceux, enfin, qui paraissent condamnés à la solitude mais qui s'appuient sur des familles amies.
- Elle témoigne, enfin, mesdames et messieurs, de ce que vous avez su faire un choix difficile qui est tout simplement celui de la vie et du don de soi.
- Au nom de la France, je vous en remercie.

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