Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, en réponse à une question sur l'attentat dans le RER à Port-Royal le 3 décembre et la réactivation du plan Vigipirate, à l'Assemblée nationale le 4 décembre 1996 (en annexe, extraits de la déclaration de M. Juppé aux radios à l'Hôpital du Kremlin-Bicêtre). | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, en réponse à une question sur l'attentat dans le RER à Port-Royal le 3 décembre et la réactivation du plan Vigipirate, à l'Assemblée nationale le 4 décembre 1996 (en annexe, extraits de la déclaration de M. Juppé aux radios à l'Hôpital du Kremlin-Bicêtre).

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Attentat dans le RER à la station Port Royal à Paris le 3 décembre 1996 : quatre morts et des dizaines de blessés.

ti : M. le président. Mes chers collègues, avec l'accord du Gouvernement, et pour marquer leur émotion unanime, les groupes s'exprimeront d'emblée et successivement afin que M. le Premier ministre puisse leur faire une seule et même réponse. Nous reprendrons ensuite le cours habituel de la séance.

Pour le groupe communiste, la parole est à M. Alain Bocquet.

M. Alain Bocquet. Monsieur le Premier ministre, la France entière est de nouveau sous le choc d'un attentat meurtrier. La représentation nationale est à l'image du pays. En observant une minute de silence, nous venons d'exprimer notre sollicitude à l'égard des victimes innocentes, notre solidarité à l'attention des familles frappées par le malheur. Mais nous exprimons aussi notre colère, notre révolte envers les lâches qui n'hésitent pas à frapper des enfants, des femmes, des jeunes, au retour de l'école ou du travail.

Comment arrêter le bras meurtrier ? Comment mettre un terme à ces méthodes criminelles qui ne trouveront jamais de justification au regard de l'humanité ? Nos concitoyens rejettent ce retour à la barbarie et sont déterminés à ne pas vivre sous la menace de chantages odieux. Les commanditaires et les exécutants sans visage doivent être recherchés, jugés et mis hors d'état de nuire.

Le Gouvernement a décidé de réactiver le plan Vigipirate. Il a pris ses responsabilités. Mais cela ne saurait suffire. Aujourd'hui, pour des raisons d'économie, on a réduit le nombre des emplois dans le métro, le RER ou dans les gares. (Protestations sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre. - « C'est honteux ! Scandaleux ! » sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République.)

M. le président. Je vous en prie, mes chers collègues ! Veuillez poursuivre et terminer, monsieur Bocquet !

M. Alain Bocquet. N'est-il pas temps de compléter ce dispositif par une présence humaine permanente dans les services publics de transports en commun pour assurer durablement la sécurité de tous ?

Monsieur le Premier ministre, l'horreur de cette sauvagerie ne doit en aucun cas conduire à céder d'un pouce face au terrorisme aveugle. Pour sa part, le groupe communiste fera montre d'une détermination sans faille dans la lutte de ceux qui sont attachés à la défense des valeurs humaines contre la folie meurtrière du terrorisme qu'aucune cause ne peut justifier. (Applaudissements sur les bancs du groupe communiste et sur quelques bancs du groupe socialiste.)

M. le président. Pour le groupe du Rassemblement pour la République, la parole est à M. Michel Péricard.

M. Michel Péricard. A mon tour, au nom du groupe gaulliste et sans aucune arrière-pensée politicienne, je veux dire notre émotion aux familles des victimes, notre compassion aux blessés, notre admiration aux services de secours qui se sont dévoués d'une façon exemplaire et aux nombreux anonymes qui, spontanément et en prenant beaucoup de risques, se sont portés au secours des blessés.

Le Président de la République a dit hier ce que nous attendions qu'il dise et nous souscrivons totalement à ses propos. Nous approuvons la détermination du Gouvernement et la réactivation immédiate du plan Vigipirate. Notre soutien, monsieur le Premier ministre, ne vous fera nullement défaut. Pouvez-vous nous donner des précisions sur les décisions prises, tant la nuit dernière que ce matin, à l'initiative de M. le ministre de l'intérieur avec l'ensemble des services de sécurité ?

La France entière est derrière vous. Nous ne pouvons pas reculer devant cette barbarie sauvage. En aucun cas, vous pouvez en être persuadé, nous ne céderons à ce chantage. (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre.)

M. le président. Pour le groupe socialiste, la parole est à M. Laurent Fabius.

M. Laurent Fabius. Monsieur le Premier ministre, l'attentat sanglant et écoeurant de la station Port-Royal montre que les terroristes n'ont pas désarmé. Face à ce crime, nos pensées vont d'abord aux victimes, aux passagers qui ont été lourdement traumatisés et à leurs familles. Elles vont à toute la nation qui ne doit en aucun cas céder à la panique, puisque c'est précisément ce que recherchent les assassins. Car, contrairement à ce qui est parfois dit, il ne s'agit pas d'un acte aveugle. Il s'agit d'un acte précisément ciblé dont le lieu, la méthode et le moment ont été choisis pour frapper les corps et les esprits afin que chacun se sente menacé.

Dans le passé, lorsque des attentats se sont produits, mesurant la difficulté de la tâche, nous avons pour notre part toujours soutenu les actions des pouvoirs publics qui visaient à lutter contre ce fléau et nous avons récusé toute exploitation politicienne. Il en sera de même aujourd'hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe du Rassemblement pour la République, du groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre et sur quelques bancs du groupe socialiste.)

Monsieur le Premier ministre, nous souhaitons et nous demandons que l'on soit dur avec ces crimes. C'est ce que le pays attend. Dans la lutte contre le terrorisme, les Français doivent être unis. (Applaudissements sur les bancs du groupe socialiste, du groupe du Rassemblement pour la République et du groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre.)

M. le président. Pour le groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre, la parole est à M. Gilles de Robien.

M. Gilles de Robien. Le groupe UDF est de tout coeur avec les victimes et avec ceux qui, en ce moment, les pleurent. A ceux qui souffrent à cet instant, nous disons tout simplement que nous les entourons. Aux auteurs minables de tels actes et à la sauvagerie, les Français répondent par la dignité. Ils indiquent par leur calme qu'ils ne se laisseront pas intimider par des méthodes terroristes, qu'ils ne se laisseront pas entraîner sur les voies faciles de l'amalgame.

L'UDF répond à la forme la plus lâche du chantage en affirmant sa totale solidarité avec le Gouvernement et les services de l'Etat, police et justice, qui ont la lourde charge et la volonté de combattre toutes les formes de l'intolérance. Les Français, nous en sommes persuadés, seront unis dans cette épreuve. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l'Union pour la démocratie française et du Centre, du groupe du Rassemblement pour la République et sur quelques bancs du groupe socialiste.)

M. le président. La parole est à M. le Premier ministre.

M. Alain Juppé, Premier ministre. Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, comme chacune et chacun d'entre vous, comme les présidents de vos groupes, je pense d'abord aux victimes de cet acte de sauvagerie criminelle. Je m'incline devant les dépouilles des deux personnes tuées. Je pense à la souffrance des blessés et au désarroi des familles. Je veux les assurer, au nom du Gouvernement et, si vous me le permettez, au nom de la représentation nationale, de la solidarité de tous les responsables politiques de notre pays.

Je veux aussi rendre hommage aux services qui sont intervenus hier soir avec une rapidité, une efficacité et un sens de l'humain exemplaires : les services de la préfecture de police, les sapeurs-pompiers, les CRS, les gendarmes mobiles, le SAMU, l'Assistance publique, les personnels de la RATP et, comme l'a dit l'un d'entre vous, les riverains et les bénévoles qui se sont spontanément portés au secours des personnes choquées par l'explosion. Je souligne tout particulièrement le rôle de la cellule médico-psychologique, mise en place à l'initiative de Xavier Emmanuelli, qui a permis - je l'ai vu moi-même sur place - d'apporter aux blessés en désarroi un réconfort immédiat.

Le dispositif d'aide et d'accueil pour les victimes et leurs familles a immédiatement été mis en place. Il repose à la fois sur les services publics et sur les associations qui se dévouent sans compter. Je pense à l'Institut national d'aide aux victimes, à SOS-Attentats, à Paris-aide aux victimes, à la mairie de Paris, à la RATP, au Barreau de Paris. Ces différents organismes mettront à la disposition des victimes l'information nécessaire sur leurs droits en particulier, ainsi qu'une assistance matérielle et psychologique. L'indemnisation des victimes sera assurée par le fonds de garantie des victimes d'infractions terroristes, et j'ai demandé que les procédures soient accélérées au maximum.

J'ai décidé dès hier soir de remettre en vigueur le plan Vigipirate renforcé. Nous avons mis au point ce dispositif ce matin, sous l'autorité du Président de la République, Un comité interministériel de lutte anti-terroriste sera réuni cet après-midi par le ministre de l'intérieur. D'ores et déjà, plus de 1800 militaires engagés ont été envoyés en renfort, dont 800 à Paris. La préfecture de police dispose de huit compagnies républicaines de sécurité et de quatre escadrons de gendarmerie supplémentaires. La présence des forces de sécurité sera particulièrement développée aux frontières et dans tous les lieux accueillant du public.

Une information judiciaire a été ouverte. Elle a été confiée aux juges Bruguière, Le Vert et Ricard. A ce stade, je ne peux vous donner aucun renseignement précis. Aucune revendication n'a été formulée. Aucune piste ne peut être privilégiée. Cela dit, de grandes similitudes existent entre cet attentat, les conditions dans lesquelles il a été commis, et les attentats de l'été 1995.

Mesdames, messieurs les députés, une fois encore la France est prise pour cible au coeur de sa capitale parce qu'elle incarne la démocratie et les droits de la personne humaine. Une fois encore, nous devons relever le défi avec sang-froid et détermination. Je peux vous assurer que tous les moyens seront mis en oeuvre pour identifier et châtier les coupables. Tous les moyens seront mis en oeuvre pour protéger nos concitoyens. Prenons exemple sur ceux de nos compatriotes présents hier soir sur les lieux de l'attentat, qui nous ont donné une leçon de courage et de solidarité.

On me dit que la RATP s'apprête à placarder dans les couloirs du métro une affiche mettant l'accent sur deux mots : « Attentifs, ensemble ». Il faut en effet que nous soyons attentifs car la mobilisation de tous est nécessaire pour lutter contre ces actes dont M. Fabius a eu raison de dire qu'ils ne sont pas aussi aveugles qu'on le prétend parfois, parce qu'ils sont ciblés. Et nous devons agir « ensemble », car, au-delà de toute préoccupation politicienne ? croyez bien que le Gouvernement n'en a aucune dans ce domaine - c'est l'unité de la France qui lui permettra de résister au chantage à la peur et à la violence. (Applaudissements sur tous les bancs.)

M. le président. Nous en revenons aux questions des groupes.


A. Juppé
France Inter - 19h00

-"Une fois encore la France est donc prise pour cible au coeur de sa capitale parce qu'elle incarne la démocratie et les droits de la personne humaine. Une fois encore nous devons relever le défi avec sang-froid et détermination. On me dit que la RATP s'apprête à placarder dans les couloirs du métro une affiche avec deux mots : "Attentifs et ensemble." Il faut que nous soyons attentifs car la mobilisation de tous est nécessaire pour lutter contre ces actes dont Monsieur Fabius a eu raison de dire qu'ils n'étaient pas aussi aveugles qu'on le dit parfois parce qu'ils sont ciblés ; et ensemble parce qu'au-delà de toutes préoccupations politiciennes - et croyez bien que le Gouvernement n'en a aucune dans ce domaine - c'est l'unité de la France qui lui permettra de résister au chantage de la peur et de la violence."

A. Juppé
Europe 1 – 19h00

(En visite à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre)

- "Le service des urgences de cet hôpital a accueilli hier soir plus de 22 patients en urgence, qui ont été ensuite orientés vers différents hôpitaux. Plusieurs ont été hospitalisés ici. Pendant une bonne partie de la nuit, tout le monde s'est mobilisé avec un sens du dévouement, et en même temps une gentillesse qui a été appréciée - ils nous l'ont dit - par les patients eux-mêmes. Beaucoup de malades que nous avons vus se préparaient à entrer au bloc opératoire. Ils nous dit combien ils avaient été frappés par la rapidité des secours et par la qualité de l'assistance qui leur a été apportée aussi bien sur le plan médical que le plan psychologique. Je dois d'ailleurs souligner ce point : c'est à l'initiative de X. Emmanuelli qu'une cellule médico-psychologique a été mise en place pour apporter un soutien immédiat à des personnes qui sont choquées à la fois physiquement et moralement. Et puis ça ne s'arrête pas ce soir ni demain, puisque cette cellule va continuer à fonctionner."

RMC - 18h00
France 3 - 19h30

(En visite à l'hôpital du Kremlin-Bicêtre)

- "J'ai voulu leur exprimer toute notre sympathie et notre réconfort, les assurer que nous les aiderions par la suite dans toutes les formalités qu'ils auront à accomplir, notamment au titre de l'indemnisation. Et puis j'ai voulu aussi rendre hommage au personnel hospitalier qui a été formidable. Le service des urgences de cet hôpital a accueilli, hier soir, plus de 22 patients en urgence qui ont été ensuite orientés vers différents hôpitaux. Plusieurs ont été hospitalisés ici. Beaucoup des malades que nous avons vus, qui se préparaient à entrer au bloc opératoire, nous ont dit combien ils avaient été frappés par la rapidité des secours et par la qualité de l'assistance qui leur a été apportée aussi bien sur le plan médical que sur le plan psychologique. Je voudrais souligner ce point : c'est à l'initiative de X. Emmanuelli qu'une cellule médico-psychologique a été mise en place pour apporter un soutien immédiat à des personnes qui sont choquées à la fois physiquement et moralement. Et puis cela ne s'arrête pas ce soir ou demain, puisque cette cellule va continuer à fonctionner."

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