Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'accord israélo-palestinien sur Hébron, le soutien au processus de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne, le racisme et l'antisémitisme et la conservation du fichier des juifs constitué entre 1940 et 1944, Paris le 25 janvier 1997. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Juppé, Premier ministre, sur l'accord israélo-palestinien sur Hébron, le soutien au processus de paix entre Israël et l'Autorité palestinienne, le racisme et l'antisémitisme et la conservation du fichier des juifs constitué entre 1940 et 1944, Paris le 25 janvier 1997.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Dîner offert par le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), Paris le 25 janvier 1997

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs,


Lorsqu'il y a un peu plus d'un an, j'ai eu le grand honneur de m'exprimer devant vous, Israël, la France, sa communauté juive, et au-delà tous les artisans de la paix dans le monde, étaient en deuil.


J'ai été, comme je vous l'avais dit, bouleversé, comme tous nos concitoyens, par l'assassinat qui avait coûté la vie à Itzhak Rabin, deux semaines auparavant.


Je me souviens de l'émotion intense que nous avons partagée ensemble et du désarroi dans lequel nous étions plongés, comme à chaque fois qu'un homme épris de paix et de dialogue disparaît dans des circonstances tragiques ; je voudrais, aujourd'hui, une nouvelle fois m'incliner devant ce grand homme d'État - avec qui j'avais eu le privilège de travailler - et rendre hommage à sa mémoire.


Mesdames et Messieurs, je suis heureux de vous retrouver à l'occasion de ce dîner, dont le caractère formel et traditionnel n'exclut pas, j'ai pu le constater, la chaleur, la convivialité, en un mot l'amitié. Et je vous remercie de l'accueil très sympathique que vous avez bien voulu me réserver.


Oui, j'ai ce soir le sentiment d'être accueilli par des amis, comme je l'ai été au mois de décembre dernier, à l'occasion de l'inauguration de l'Espace Rachi, ce grand centre culturel juif désormais rénové, qui compte parmi les plus importants d'Europe.


Monsieur le Président, en parlant d'amitié, je faisais bien sûr référence à l'amitié vraie, celle de personnes qui se parlent franchement, sans arrière-pensées.


Vous avez eu, de ce point de vue, des paroles chaleureuses et directes. On aime dire souvent que la franchise n'est pas une vertu politique. J'en conclus que vous n'avez donc pas prononcé un discours politique et de mon côté, je vous répondrai avec toute franchise...


Plus sérieusement, comme à l'accoutumée, je trouve dans votre intervention beaucoup de matière à réflexion, et je me félicite que l'occasion me soit ainsi donnée de répondre à vos interrogations et de dissiper, peut-être, quelques doutes, voire des craintes, dont vous vous êtes fait l'écho.


Depuis la disparition d'ltzhak Rabin, Israël et l'ensemble de la région ont traversé bien des épreuves et connu bien des soubresauts.


Attentats de février et mars de l'an dernier, crise libanaise d'avril, retards dans l'application de l'autonomie en Cisjordanie et à Gaza, interruption des négociations entre Israël et la Syrie, longueur des discussions sur Hébron, tous ces développements ont pu donner le sentiment que le processus de paix marchait à reculons.


Et pourtant, nous n'avons jamais perdu l'espoir. Le peuple israélien a continué, envers et contre tout, à manifester son attachement à la paix et sa volonté de faire aboutir le processus en cours. Aujourd'hui, I'heureux aboutissement des négociations sur Hébron a profondément changé le climat dans la région.


Il a donné raison à ceux qui s'obstinaient à croire en la paix. Il a donné raison au Premier ministre israélien, Benjamin Nétanyahou, et au Président de l'Autorité palestinienne, Yasser Arafat, qui ont poursuivi les pourparlers avec la ténacité qu'on leur connait.


Ce partenariat entre les deux hommes n'allait pas de soi au départ. Il a fallu vaincre des réticences. Mais tous deux ont réussi, ensemble, à rouvrir les voies de la paix. Il faut maintenant que ce succès soit suivi de beaucoup d'autres progrès. La route est encore longue. Il faudra aux Israéliens et aux Palestiniens de la constance, du courage, de la générosité.


Pour les connaître un peu, je suis convaincu qu'ils en ont plus qu'il n'en faut. Je suis aussi convaincu que tous ceux qui tentent de saboter ou de retarder la paix échoueront.


Vous avez évoqué, Monsieur le Président, le terrorisme et l'extrémisme. Et vous avez raison de dénoncer sans cesse ces dangers comme nous le faisons nous-mêmes. Comme vous le rappeliez, le CRIF est né aux heures les plus sombres, au moment où un système d'oppression, de haine et de mort faisait de la terreur l'instrument privilégié de sa politique.


Cette peste-là a été vaincue. D'autres formes d'oppression se sont aussi écroulées.


Mais nous le savons bien, parce qu'elle est ainsi faite, la nature humaine ne pourra jamais totalement évacuer ce qu'il y a de mauvais en elle, ni éradiquer ses instincts les plus bas. Parce qu'il se sait incapable de régenter nos pays et nos sociétés, le terrorisme prétend dicter ses insupportables exigences en intimidant nos démocraties.


La France, vous l'avez souligné, a été récemment frappée, à nouveau, au coeur de sa capitale, comme d'autres peuples, en Israël bien-sûr mais aussi dans d'autres pays du Proche-Orient.

Le caractère international de la menace terroriste a conduit la communauté mondiale à renforcer encore une coopération qui est plus que jamais nécessaire. Et, depuis le Sommet de Charm-el-Cheikh - c'était une de vos questions - je peux vous dire que des progrès significatifs ont été réalisés.


Vous vous êtes référé à nos partenaires européens. Je tiens à vous rassurer ; la coopération entre nos polices ne cesse de se développer, particulièrement avec l'Allemagne, l'Espagne, et l'ltalie - on l'a vu récemment encore. En matière judiciaire, un travail de fond est engagé à Quinze pour améliorer les conditions d'extradition entre les États membres de l'Union européenne. Les procédures doivent encore être simplifiées et raccourcies.


Certes, beaucoup reste à faire mais il est clair que tous nos partenaires ont désormais pris conscience de l'ampleur et de la gravité de la menace. En sa qualité de Président du G7, la France a fait adopter, lors de la conférence ministérielle de Paris, le 30 juillet dernier, vingt-cinq recommandations destinées à lutter contre le terrorisme par une meilleure coopération entre les États.


Ces recommandations concernent aussi bien les mesures de police que le financement du terrorisme. Nous sommes déterminés à poursuivre sans relâche nos efforts en liaison avec nos partenaires, en particulier nos amis américains, qui nous ont succédé, le 1er janvier, à la présidence du G7.


Il va de soi que notre solidarité est totale, même s'il y a parfois des différences d'approche sur l'attitude à observer vis-à-vis de tel ou tel État. Vous en avez cité certains. Le dialogue avec ces États n'exclut pas, croyez-le bien, la fermeté, dans les paroles comme dans les actes. En matière internationale, nous ne croyons pas aux vertus du silence. Nous ne sommes pas les seuls. Il est donc tout à fait inexact d'affirmer que nous ferions ici ou là cavalier seul, alors que nous agissons - je peux vous le dire - en pleine harmonie avec nos partenaires européens et dans le cadre strict des résolutions du Conseil de sécurité des Nations-Unies qui sont le droit en matière internationale.


Le Sommet de Charm-el-Cheikh, que je citais il y a un instant, n'a pas été seulement consacré à la lutte contre la terreur organisée. Il a été aussi le Sommet des bâtisseurs de la paix. Et aujourd'hui, la paix semble retrouver ses chances. Je pense que la France et l'Europe y sont pour quelque chose.


Les positions françaises, c'est vrai ne sont pas toujours parfaitement comprises - ce n'est pas entièrement nouveau. On nous reproche parfois - et vous venez de vous en faire l'écho Monsieur le Président - de mener une politique déséquilibrée en faveur d'un camp plutôt que d'un autre. Ce n'est pas le cas. Je m'étais employé en d'autres temps, c'est vrai, à en persuader les Israéliens. Je crois que je l'avais fait et nous avons continué dans cette direction.


La France n'a qu'un seul parti, celui de la paix. Elle n'a qu'un seul impératif, celui du respect des engagements pris et des principes internationalement reconnus : droit de tous les peuples à la sécurité - et vous savez combien, en tant qu'amis d'lsraël, nous sommes attachés à sa sécurité -, droit à l'autodétermination, échange des territoires contre la paix, établissement d'une paix globale, juste et durable qui amène les peuples de la région à vivre en bonne intelligence.


Si la France rappelle ces principes avec une certaine insistance, ce n'est pas, comme on l'entend dire parfois, pour donner des leçons aux uns ou aux autres. C'est pour marquer son engagement constant et résolu en faveur de la paix au Proche-Orient et sa volonté de jouer le rôle utile auquel elle peut prétendre en raison de l'amitié qu'elle entretient avec tous les peuples de la région.


On a vu, par exemple, lors de la crise israélo-libanaise d'avril dernier que l'intervention de la diplomatie française avait été, de l'avis de tous, bénéfique. L'atteste, d'ailleurs, la place qui nous a été reconnue au sein du groupe de surveillance que nous présidons alternativement avec les États-Unis.


Vous étiez, Monsieur le Président, vous nous l'avez rappelé, avec le Président de la République lorsqu'il s'est rendu au Proche-Orient. Certains lui ont fait grief d'avoir parlé de l'État palestinien. Ne faut-il pas au contraire lui savoir gré d'avoir parlé avec hauteur de vues et courage ? En Israël même, ne pose-t-on pas de plus en plus ouvertement la question, à droite comme à gauche ?


Certains aussi n'ont voulu retenir du voyage du Président de la République que les images des regrettables incidents survenus à Jérusalem. Je souhaiterais que nous ne tombions pas dans un piège médiatique et j'ai été heureux de vous entendre dire qu'il y avait eu, dans ce voyage, beaucoup de moments chaleureux avec nos amis Israéliens - vous signaliez qu'on en avait pas parlé. Permettez-moi de le regretter autant que vous.


Chacun sait, en effet - et vous l'avez d'ailleurs souligné à juste titre -, que des résultats essentiels ont marqué ce voyage et, en particulier, la qualité et la confiance du dialogue - précisément - avec les dirigeants israéliens.


Il y eut aussi bien d'autres points positifs : I'intérêt que ces dirigeants ont montré pour l'action de la France et de l'Europe ; la chaleur des messages adressés par le Président de la République à nos amis israéliens, particulièrement au Technion de Haïfa ; la volonté commune de renforcer chaque jour davantage les relations franco-israéliennes dans tous les domaines.


Sans doute nous arrive-t-il, entre Français et Israéliens, de ne pas être d'accord sur tout.

Alors, nous le disons, simplement et sans détour. Mais - je le dis avec toute la force de ma conviction - cela n'entame en rien notre amitié pour Israël, pour son peuple, pour ses dirigeants. Vous savez qu'elle est sincère et profonde. Et je sais qu'ils le savent.


Si nous paraissons parfois demander beaucoup à Israël, c'est précisément parce qu'lsraël nous est si proche.


J'ajoute que le partenariat euro-méditerranéen que nous nous attachons à construire avec Israël comme avec les pays arabes, est une grande ambition pour l'avenir et qu'il ne doit pas être dépendant du rythme propre au processus de paix.


C'est pourquoi le Gouvernement français souhaite que l'accord de partenariat entre l'Union européenne et Israël, qui doit conforter le processus de paix puisse entrer en vigueur dès que possible. Et c'est ce à quoi travaille notre diplomatie auprès de nos partenaires de Bruxelles.


Voila, Monsieur le Président, les réponses que je tenais à apporter à vos interrogations bien légitimes, en raison du lien intense, affectif et naturel que la communauté juive de France entretient avec Israël.


Et vous avez évoqué bien d'autres sujets qui s'inscrivent aussi parmi mes premières préoccupations, qui figurent à vrai dire parmi les préoccupations de tous ceux qui souhaitent défendre et promouvoir dans notre pays les valeurs de la démocratie sur lesquelles notre société est bâtie et qui sont gravées sur le fronton de chacune des mairies de France.


Valeurs de liberté, d'égalité, de fraternité qui porte parfois aussi le nom de solidarité.


La communauté juive de France, parce qu'elle s'est battue et qu'elle a souffert pour défendre ces grands principes de démocratie, sait mieux que personne qu'ils ne sont jamais définitivement acquis et qu'il faut sans cesse rester vigilant.


Lorsqu'un pays connaît des difficultés économiques et sociales, la tentation est toujours grande de rendre tel ou tel responsable de tous nos malheurs. Et le pas du racisme et de la xénophobie est alors vite franchi ; les extrémismes et les fanatismes renaissent, alors qu'on les croyait définitivement rayés du cours de l'Histoire des hommes.


Vous connaissez, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, ma position sur ce sujet, celle du Président de la République, celle du Gouvernement. Vous ne la découvrez pas ce soir parce qu'elle est ancienne et ne souffre d'aucune ambiguïté.


Vous savez que c'est sous mon impulsion, notamment, que le mouvement politique que je préside a écarté, dès 1988 - c'était le moment où j'étais secrétaire général mais je n'avais fait que continuer sur la voie de mes prédécesseurs -, toute perspective d'accord électoral, fut-il ponctuel, avec l'extrême-droite, alors même que d'autres profitaient objectivement des progrès de cette mouvance. Alors la question que vous m'avez posée a déjà trouvé sa réponse, mais je la confirme bien volontiers.


Le mouvement gaulliste n'a pas varié. Qui d'ailleurs - je le répète - pourrait en douter ? Jamais notre rassemblement n'a évidemment appelé à voter pour un candidat d'extrême-droite, ni même fait tacitement son jeu, et les élections de 1998 ne feront pas exception à ce principe.


Ce combat n'est donc pas nouveau et nous le poursuivrons avec la même énergie, chaque fois qu'il sera porté atteinte à la dignité de l'homme en raison de sa race ou de sa religion.


Ce rejet, je l'ai encore clairement exprimé, je crois, en septembre dernier, devant un public d'étudiants en qualifiant un leader d'extrême-droite avec les adjectifs qui convenaient. J'ai cru observer que cela n'était pas passé inaperçu.


J'ai condamné, vous vous en souvenez sans doute, avec une très grande fermeté les propos odieux que l'on osait tenir sur la prétendue inégalité des races.


Vous avez mentionné sur ce point, Monsieur le Président, le projet de loi élaboré par le Garde des Sceaux qui vise à renforcer la répression de la diffusion de messages racistes ou xénophobes. Parlons en, là aussi très franchement. J'ai personnellement demandé à

Jacques Toubon de me proposer ce texte, j'en ai approuvé la philosophie, et j'ai donc souhaité que le projet de loi qui a été ainsi bâti soit transmis, sans délai, à l'Assemblée nationale pour marquer mon attachement aux principes que je viens de rappeler. Je considérais en effet qu'il fallait marquer un coup d'arrêt dès lors que ces principes étaient bafoués.


J'ai observé que de nombreux parlementaires, qu'ils appartiennent ou non à la majorité d'ailleurs, et beaucoup de personnalités extérieures au Parlement ont émis des réserves de principe, d'ordre juridique ou constitutionnel, en évoquant en particulier le respect de la liberté de la presse.


Je comprends votre attachement à ce que ce texte puisse faire l'objet, dans des délais rapides, d'une discussion parlementaire approfondie. Je sais que le Garde des Sceaux partage ce sentiment, mais, je le rappelle, ce ne sont ni le Garde des Sceaux, ni même le Premier ministre, qui votent la loi.


Je le répète, ce texte existe. Il est sur le bureau de l'Assemblée nationale. Le Gouvernement a pris ses responsabilités. Si le Parlement veut en débattre, le Gouvernement est prêt.


Mais au-delà des textes de loi, la lutte contre le racisme, I'antisémitisme ou la xénophobie est une discipline de tous les jours, qui doit mobiliser tous nos concitoyens, quelle que soit leur appartenance politique, culturelle ou spirituelle.


Les Français c'est, dit-on, leur nature aiment souvent mettre en valeur ce qui les divise. Je formule le voeu que l'on mette davantage en exergue ce qui nous rassemble : c'est à dire la fraternité, la tolérance et le respect de la personne humaine. C'est ce même objectif, qu'à l'initiative de la France, nos partenaires européens se sont donné en créant une commission présidée par notre ami Jean Kahn, ici présent, pour tenter de bannir à jamais les démons du passé en harmonisant les politiques de tous les pays de l'Union dans ce domaine.


Le rôle de l'école est à cet égard déterminant. C'est en instruisant les jeunes Français sur ce qu'est la Nation française et ceux qui la composent, en leur expliquant que la France s'est progressivement enrichie d'apports culturels multiples, que ces diversités se sont progressivement fondues dans une même unité, que nous pourrons le mieux - je crois - lutter contre les tendances extrémistes. Comme cela s'est fait dans l'académie de Strasbourg cette semaine même, je souhaite qu'une initiative soit prise qui permette de former des professeurs d'histoire à l'enseignement de la citoyenneté et de la mémoire.


Il faut apprendre ou réapprendre l'Histoire et non pas la réécrire. La communauté juive de France comme beaucoup d'autres a contribué à forger notre culture commune. Elle en a souffert plus que d'autres.


D'où l'importance de la mémoire ; et puisque je parle de mémoire, sans vouloir m'immiscer dans le fonctionnement de la justice, je vous dirais que je partage la satisfaction de ceux qui observe qu'après quinze ans de procédures, la décision de la Cour de cassation dans l'affaire Papon va enfin permettre que justice soit rendue à ceux qui n'ont été massacrés que parce qu'ils étaient juifs.


S'agissant toujours de la mémoire, sur ma proposition, le président de la République a décidé, vous le savez, que le Centre de documentation juive contemporain qui rassemble toutes les archives concernant la communauté juive de France abritera désormais le fichier des Juifs de la Préfecture de Police constitué entre 1940 et 1944.


Je sais que c'était un voeu que vous formuliez depuis longtemps. Tout le monde n'était pas d'accord y compris dans la communauté scientifique pour que ce choix soit fait, je suis heureux qu'il ait ainsi pu être exaucé.

Dans ce douloureux registre de la mémoire, qui fait partie intégrante de notre Histoire nationale, vous avez évoqué, Monsieur le Président, le problème des biens confisqués aux Juifs durant l'occupation.


Sur l'étendue de cette spoliation, sur les conditions dans lesquelles des biens, immobiliers et mobiliers appartenant à des Juifs de nationalité française ou résidant en France, ont été confisqués aussi bien par l'occupant que par les autorités de Vichy, je veux que la lumière soit faite.


Aussi suis-je en mesure de vous annoncer aujourd'hui, qu'en accord avec le Président de la République, j'ai l' intention de confier, dans les meilleurs délais, à un groupe de travail dirigé par une haute personnalité, une mission portant sur l'évaluation de l'ampleur des spoliations, le sort qui a été réservé aux biens spoliés, la localisation actuelle de ces biens et leur situation juridique.


De même, il me paraît nécessaire qu'un inventaire des biens confisqués qui sont encore entre les mains des collectivités publiques françaises ou étrangères soit établi.


Ce groupe de travail pourra également formuler des propositions en ce qui concerne le devenir de ces biens qui sont actuellement détenus par des personnes publiques de droit français. Le Gouvernement veillera à ce que toutes les administrations concernées, et en particulier celle du Ministère de la Justice, du Ministère des Affaires Étrangères, du Ministère de l'lntérieur, du Ministère de l'Économie et des Finances, et celle du Ministère de la Culture, lui apportent leur entier concours.


Un premier rapport faisant état des observations préliminaires devra m'être remis d'ici la fin de cette année et je le rendrai public.


Parce qu'elle est lourde et difficile, cette mission prendra du temps ; mais tout autant qu'une démarche morale, il s'agit d'un devoir national, et je m'engage devant vous à ce que la mission débouche sur des propositions concrètes permettant de faire toute la lumière sur cette période tragique de l'Histoire de notre pays.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, en vous demandant de me pardonner d'avoir peut-être été un peu long, peut-être un peu sérieux - mais les sujets que vous m'avez invité à traiter n'appelaient pas le sourire -, je voudrais achever mon intervention en vous disant de nouveau tout le plaisir que j'éprouve à être parmi vous. J'espère que ce dîner, après la partie légitimement solennelle que nous venons de traiter, pourra se poursuivre dans la convivialité et l'amitié.


Je suis convaincu que plus notre pays verra sa situation économique et sociale se redresser, moins seront nombreuses les tentations de céder à des discours simplistes et simplificateurs ; mais ce n'est pas suffisant. Les valeurs de la République constituent le pacte sur lequel repose la vie de notre Nation ; il faut les expliquer et faire en sorte que tous nos comportements s'en inspirent.


C'est le sens de l'action que je tente de conduire avec le Gouvernement, sous l'impulsion du Président de la République.


Remettre la France sur la bonne voie, nous nous y employons chaque jour. Et s'il est un voeu que nous devons, je crois, formuler pour notre pays, quels que soient par ailleurs nos engagements politiques, c'est bien celui de redonner confiance aux Français. Vous avez dit tout à l'heure que nous étions dans un monde où il n'y a plus de repères ni de perspectives, c'est ce que l'on nous dit souvent. Je ne suis pas sûr que ce soit la vérité.


Ce n'est pas dans la morosité ou dans le scepticisme que nous pourrons être présents aux grands rendez-vous qui nous attendent. Pour peu qu'on y réfléchisse, il y a bien une direction, il y a bien une visibilité, il y a bien un but. Je me garderai bien de les évoquer trop longuement désormais puisque mon propos est terminé. J'évoquerai simplement d'une phrase le grand rendez-vous européen de cette fin de siècle. Ce sera, je crois, pour notre pays une chance formidable. Ce sera l'occasion de donner à notre communauté nationale, celle que nous formons tous ensemble ce soir, dans toute sa richesse, les moyens d'assurer à nos enfants l'avenir dont ils rêvent et qu'ils méritent. Voilà une vraie source de confiance et d'espérance.


Je vous remercie de votre attention.

(Source http://www.archives.premier-ministre.gouv.fr, le 14 mai 2002)

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