Conférence de presse de MM. Alain Juppé, Premier ministre, et François Léotard, président de l'UDF, sur le programme de la majorité pour les élections législatives de 1997, notamment les réformes prévues dans le cadre des 40 premiers jours, Paris le 29 avril 1997. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de MM. Alain Juppé, Premier ministre, et François Léotard, président de l'UDF, sur le programme de la majorité pour les élections législatives de 1997, notamment les réformes prévues dans le cadre des 40 premiers jours, Paris le 29 avril 1997.

Personnalité, fonction : JUPPE Alain, LEOTARD Francois.

FRANCE. Premier ministre; FRANCE. UDF, président

Circonstances : Adoption le 29 avril 1997 par le RPR et l'UDF d'une plate-forme commune pour les élections législatives de 1997

ti : F. Léotard : " Mesdames et messieurs, merci de bien vouloir participer à cette rencontre avec vous qui nous permet de vous présenter le projet commun à l'UDF et au RPR tel que nous l'avons ce matin entériné dans le comité politique qui s'est réuni à l'instant. Comme vous le savez, chacune des deux formations, l'UDF et le RPR, a approuvé très fortement, et de façon très homogène, la décision de dissolution prise par le président de la République.

Nous considérons ensemble que cette campagne est une chance pour la France, et que son résultat le plus utile, le plus tangible, pour notre pays, c'est l'obtention d'une période de stabilité politique, et la concordance qui nous semble nécessaire entre l'exécutif et le législatif tout au long d'années qui vont être décisives pour notre pays. Nos deux formations voient ainsi se réunir trois circonstances qui, en se conjuguant, donnent de nouvelles perspectives pour la France : le retour de la croissance, qui est à l'actif de l'actuelle majorité ; le choix de la stabilité politique, qui permettra le renouveau du dialogue social et la refondation du pacte européen. Le rapprochement de ces trois éléments nous permet, je crois, de faire le lien entre la majorité d'hier et celle de demain.

La croissance, c'est cette majorité qui a permis son retour. Vous vous souvenez que nous étions à - 1,3 % en 1993 par l'assainissement des finances publiques et par le respect de disciplines budgétaires nécessaires pour notre pays. La stabilité politique, comment peut-on imaginer qu'elle puisse être obtenue par la coalition PS-PC qui s'opposera bien évidemment à la politique voulue par le président de la République ?

Le pacte européen, comment quarante ans après refonder l'Europe avec ceux qui n'y croient pas ou qui se dérobent à ses disciplines les plus essentielles.

Qu'avons-nous voulu ensemble ? Notre projet, celui qui vous est présenté aujourd'hui, se veut équilibré, responsable et tourné vers l'avenir. Nous avons voulu rompre avec une pratique du catalogue pour au moins deux raisons : la première, parce qu'il faudra laisser à la future Assemblée nationale des marges de discussion, et la discussion parlementaire continuera bien évidemment d'exister entre le RPR et l'UDF ; la deuxième, parce que certaines mesures doivent être précédées à notre sens soit par une expérimentation - c'est une des nouveautés dans ce projet politique -, soit par un audit que nous proposons.

Nous avons voulu dans le travail qui a été accompli par nos dirigeants - pour ce qui concerne l'UDF par P. Méhaignerie, puis ensuite prolongé par le rapprochement qui a été fait, pendant le week-end, entré A.-M. Idrac et J.-F. Copé. -, nous avons voulu que chacun fasse un pas vers l'autre. Je prends l'exemple pour ce qui concerne l'UDF : nous voulions, et nous voulons, concentrer la baisse des prélèvements obligatoires sur les cotisations sociales ; nous voulions que l'objectif de décentralisation soit exprimé de façon très forte : nous voulions, par exemple, que le chèque emploi - charges sociales puisse être proposé. Tout cela a été retenu. Pour ce qui concerne le RPR, par exemple - mais je ne cite que des exemples -, il y avait un attachement à la détaxation des droits de mutation, il y avait la volonté d'étendre le prêt à taux 0, il y avait la volonté de créer des maisons de la justice et d'opérer une réforme profonde de la justice. Tout cela a été accepté par chacun des deux partenaires et nous arrivons aujourd'hui à un document commun que vous avez entre les mains.

Nous avons voulu, ensemble, rompre avec une certaine forme d'étatisation - et nous devons le rappeler avec force - notre adversaire n'est en aucune manière l'État, bien au contraire !

C'est un État dispersé, encombrant, plus que puissant que nous voulons remettre à sa juste place en lui donnant de vrais moyens. Et nous avons voulu démontrer l'attachement de nos deux familles politiques aux thèmes de la nouvelle démocratie, qui consiste en fait à rendre du pouvoir aux Français. C'est l'accent mis sur la limitation du cumul des mandats, qui est un corollaire de la décentralisation. C'est la volonté de limiter le nombre des ministères : c'est une traduction d'ailleurs du respect que nous avons pour les fonctionnaires, qui pourront ainsi bénéficier de la stabilité des structures administratives. Nous avons évoqué la nécessaire sobriété législative - trop de lois tue la loi -, et le respect plus scrupuleux à l'avenir des articles 34 et 37 de la Constitution. Nous avons voulu rappeler le principe de proximité auquel nous sommes très attachés : on ne réformera bien que d'en bas. Nous avons voulu évoquer, par exemple, le statut de certains élus issus de la fonction publique. Nous avons, enfin, évoqué avec beaucoup de force la place des femmes dans la vie publique.

Je crois que nous avons, les uns et les autres, retenu ce qui était considéré comme majeur par chacune des formations politiques. C'était ce que nous voulions et, pour ce qui concerne l'UDF, je suis très heureux aujourd'hui d'avoir à soutenir, dans tout le pays, les options qui ont été retenues.

Vous me permettrez de terminer, pour l'instant, et avant qu'A. Juppé ne précise les aspects de calendrier qu'il a voulu présenter aux Français dans ses dernières émissions, deux réflexions sur l'avenir. Au-delà des mesures proprement législatives, je souhaite que nous puissions exprimer pendant cette campagne notre position sur certains thèmes internationaux qui sont bien sûr du domaine de compétence du président de la République, mais qui ne peuvent pas être, à notre sens, passés sous silence. Permettez-moi d'en citer trois : l'Algérie, le processus de paix au Proche-Orient et la situation au Zaïre.

L'Algérie, qui est livrée aujourd'hui à une forme de barbarie, qui ne peut s'accommoder de notre silence, et nous proposerons que la majorité future soutienne par ses actions les démocrates algériens engagés dans un très difficile combat. Le processus de paix au Proche Orient qui doit impérativement reprendre, et qui doit permettre aux Palestiniens de retrouver la confiance qu'ils ont perdue dans la bonne foi de leurs interlocuteurs. Enfin, pour ce qui est de la situation au Zaïre et dans la région des grands lacs, la France doit, à nos yeux, rester l'avocat infatigable des droits de l'homme, de la démocratie, du refus du parti unique, et de la protection des minorités.

Ainsi, Mesdames et messieurs, à travers ce projet que nous vous présentons - qui se veut responsable -, nous souhaitons un vrai débat avec le PS et le PC. Nous acceptons la règle de cette double alliance. Nous avons, depuis 1958, pris l'habitude de travailler ensemble, et de gouverner ensemble, le RPR et l'UDF. Nous entendons continuer au service de nos concitoyens."


A. Juppé : "Merci François. Je me réjouis, Mesdames et messieurs, à mon tour, de pouvoir vous présenter ce projet du RPR et de l'UDF. Vous ne l'avez pas encore dans les mains, parce qu'il a fait l'objet d'une ultime mise au point ce matin, au cours de la réunion qui a rassemblé la totalité, ou la quasi totalité des responsables de nos deux formations politiques, dans un excellent esprit de coopération et de solidarité. Ce travail synthétise celui qui avait été fait, d'une part, par l'UDF, et, d'autre part, par le RPR dans des documents qui ont déjà été distribués.

F. Léotard vient d'en dire, en des termes tout à fait excellents, la philosophie générale. Je rappelle que ce projet s'ordonne autour de quatre grands axes que j'avais présentés la semaine dernière devant les députés au moment où ils sont partis en campagne, et qui étaient eux-mêmes présents - je parle de ces grands axes - dans les documents du RPR et de l'UDF.

La première grande idée, c'est qu'il faut opérer en France, dans les prochaines années, une sorte de redistribution du pouvoir, entre un État plus fort, là où il est le seul à pouvoir assumer un certain nombre des responsabilités, et en même temps plus proche - plus proche du terrain - et puis le citoyen, qui exprime cette aspiration à plus de participation, à plus de concertation, à plus de dialogue, et ce sont les idées que nous avons présentées sur la décentralisation ou la déconcentration.

Le deuxième grand axe, c'est tout ce qui a trait à l'économie, à la libération des énergies de notre pays, de ses forces vives, de l'esprit d'entreprise, de l'esprit de conquête, pour reprendre le terme qu'utilisait le président de la République dans sa campagne présidentielle, et vous connaissez les différentes propositions concrètes qui sont sous cette idée générale.

Le troisième grand thème, c'est celui de la cohésion sociale, du modèle social français, qui fait partie intégrante de notre vision des choses, de notre approche de la société française, et que nous voulons bien évidemment à la fois améliorer et adapter.

Enfin, le quatrième grand axe, c'est l'Europe, la défense des intérêts de la France dans l'Europe, la réforme de l'Union européenne, qui doit faire face à de considérables défis dans les quelques années qui viennent.

Nous avons souhaité, au-delà de ces grands axes, qui sont valables pour les cinq ans qui viennent, définir un calendrier pour bien marquer cette volonté d'imprimer tout de suite à la France le nouvel élan dont elle a besoin.

J'ai d'abord parlé des quarante premiers jours. Vous voyez pourquoi quarante : c'est le mois de juin, et, puis disons, la période qui précédera le 14 Juillet au cours de laquelle il est probable que la nouvelle Assemblée nationale sera au travail. Le premier acte, évidemment, sera la constitution d'une nouvelle équipe gouvernementale, dont nous souhaitons qu'elle s'organise autour d'un nombre moins important de ministres : une quinzaine nous paraîtrait un bon objectif. Dès ces quarante premiers jours, des initiatives immédiates devront être prises. Nous avons, sur la base de ce projet commun, retenu cinq points essentiels.

Tout d'abord, faire délibérer le Parlement sur ce que sera le cadre d'évolution des dépenses et des recettes de l'État au cours des cinq prochaines années, afin que chacun y voit clair. Et j'ai eu l'occasion de dire comment nous voyions cette évolution : une maîtrise des dépenses, qui ne doivent pas augmenter plus vite que l'inflation parce que ce n'est pas en dépensant plus qu'on règle nos problèmes. Dépenser plus, c'est se condamner à plus d'impôts. Or l'impôt tue aujourd'hui l'emploi en France. Voilà, la direction est claire. Ceci s'accompagnera bien sûr, avec la marche de manoeuvre que nous apporte la croissance revenue, d'une réduction du déficit et d'un programme de baisse des impôts avec des points d'application immédiats dès la rentrée parlementaire.

Le deuxième axe, c'est, dès ces quarante premiers jours, la mise en oeuvre de nos projets de cohésion sociale. La loi de cohésion sociale, mais aussi d'autres sujets comme la protection de l'enfance, qui nous tient particulièrement à coeur.

Troisième initiative immédiate : une initiative sur le temps de travail, dans l'esprit qui est le nôtre, c'est-à-dire sans dirigisme, en tenant compte des situations particulières et de la réalité des entreprises.

Quatrième initiative : la mise en place effective de l'assurance maladie universelle.

Enfin, cinquième thème important : donner à l'agriculture française, pour les dix ou quinze ans qui viennent, le cadre de référence qu'on lui avait donné dans les années soixante avec la grande loi d'orientation.

Ceci n'est pas exhaustif bien sûr. Au-delà de ces quarante premiers jours, il y a les six premiers mois, tout ce qui se passera d'ici la fin de l'année 1997, et nous souhaitons mettre l'accent sur six grands chantiers que j'ai évoqués, pas tous d'ailleurs, dimanche soir.

D'abord le statut de la toute petite entreprise, dont j'ai dit quelques mots. En second lieu, le chantier de la décentralisation, avec tout ce qu'il implique - y compris le cumul des mandats. Troisième chantier, la réforme de la Justice, avec les deux préoccupations que nous avons exprimées : rapidité et indépendance. Quatrième grand chantier, les relations du travail : nous aurons l'occasion d'en parler le 1er mai prochain, avec É. Balladur et F. Bayrou, pour préciser nos intentions. Et, cinquième chantier, ce que j'appellerai -et ceci figure dans notre texte-, l'école de la deuxième chance. Nous avons fait déjà beaucoup au cours des dernières années pour notre système scolaire, sous l'impulsion de F. Bayrou ; il nous faut maintenant nous intéresser plus précisément à l'école de la deuxième chance, c'est-à-dire à la formation professionnelle, à la formation continue, à la lutte contre l'illettrisme, et à l'utilisation, aussi, des nouvelles technologies de l'information et de la communication pour les mettre au service de cette aspiration de nos concitoyens à se former, à se reconvertir tout au long de la vie de travail.

Et, enfin, le sixième grand chantier, c'est précisément la mobilisation du pays pour que la France soit en tête dans cette mise en oeuvre des nouvelles technologies de l'information et de la communication. Nous sommes bons, je crois même très bons, sur le plan technique dans ces domaines ; nous avons pris du retard en ce qui concerne l'équipement de nos foyers ou de nos entreprises : il y a là un défi à relever d'ici l'an 2000.

Voilà ces aspects de calendrier précisés : quarante jours, six mois, et, évidemment, les cinq ans au cours desquels tout ceci devra être mis en oeuvre. Je terminerai par deux remarques plus générales.

La première pour dire tout d'abord que, pour réussir, pour donner cet élan d'ici l'an 2000, le principal atout que nous aurons, ce sera bien sûr la confiance et l'harmonie entre le président de la République et la majorité RPR-UDF si les Français décident de la reconduire, et c'est important. C'est important dans tous les sujets. C'est particulièrement important sur les questions européennes. Comment imaginer que la France soit en position de force dans tous les grands rendez-vous européens qui sont devant nous - en juin, la conférence intergouvernementale, en juillet, l'alliance atlantique, à la fin de l'année, l'union économique et monétaire, l'année prochaine, le début des discussions d'élargissement - s'il n'y a pas parfaite harmonie entre le chef de l'État et le gouvernement. Je crois que c'est un point sur lequel la réflexion des Françaises et des Français est plus que jamais nécessaire.

Et enfin, ma deuxième remarque sera pour dire que, derrière toutes ces propositions, concrètes, précises, datées, que nous faisons pour communiquer à notre pays le nouvel élan dont il a besoin, il y aussi, bien sûr, un combat pour les valeurs. On en parle souvent, on ne dit jamais ce qu'elles sont, ou pas assez, à mon avis. Ces valeurs que nous avons en commun, ce sont d'abord les valeurs de la République : Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité, et il y a des choses précises derrière tout cela. Ce sont en second lieu les valeurs de l'humanisme, c'est-à-dire le respect de la personne humaine : chaque personne humaine, pour nous, a droit à la dignité et au respect ; c'est la tolérance, c'est l'esprit d'ouverture, aux autres, et au monde.

Et puis enfin, ce sont les valeurs patriotiques, l'amour de la France, la fierté d'être français, l'attachement à ce qui fait l'identité de notre pays, c'est-à-dire son histoire, sa culture, sa terre, sa civilisation. Nous n'avons pas le monopole de ces valeurs, peut-être que le fait d'être attachés en même temps aux valeurs de la République, aux valeurs de l'humanisme, aux valeurs du patriotisme, c'est notre originalité sur la scène politique et je crois que ceci aussi est en cause à l'occasion de ces élections législatives."


(Question inaudible)

A. Juppé : "Le débat d'orientation budgétaire qui est une novation introduite en 1996 et qui permet au Parlement, avant d'aborder la loi de finance pour 1998, de fixer le cadre général de la réflexion. Nous irons d'ailleurs un peu au-delà de ce débat d'orientation budgétaire en essayant de donner une perspective à 5 ans à cette évolution des dépenses et des ressources. C'est donc un débat devant le Parlement avec un vote du Parlement."

F. Léotard : "Vous aurez certainement observé que dans les deux documents qui ont précédé ce document commun des deux familles politiques figurait cette volonté de maîtriser sur cinq années la dépense publique, en toutes lettres."

Question inaudible à propos du Traité de Maastricht

A. Juppé : "Il y a un traité, on applique le traité."

F. Léotard : "D'abord le retour de l'emploi que nous souhaitons et que nous préparons en réduisant les déficits et en baissant la pression fiscale, ce retour de l'emploi permettra certainement un assainissement aussi des dépenses sociales mais je crois que la bonne appréhension des choses c'est d'évaluer la dépense publique, dans son ensemble. C'est la raison pour laquelle il y a le débat d'orientation budgétaire pour ce qui concerne le budget de l'Etat. Il y a aussi la meilleure gestion des fonds publics dont nous avons vu que quand elle n'était pas assurée - et je pense aux dernières années des gouvernements socialistes - elle générait des dérapages qui finalement incombaient aux contribuables. Pas besoin de vous citer le cas du Crédit Lyonnais ou d'autres entreprises publiques ou nationales.

A. Juppé (réponse au journaliste, ndlr) : "Il y a un mot qui a fait tilt dans votre propos, c'est le mot de carcan. Maîtriser les dépenses publiques, c'est un carcan dans l'idée généralement répandue. Je soutiens la thèse exactement inverse. Il faut quand même bien se pénétrer aujourd'hui que la vraie solution à nos problèmes, ce n'est pas d'augmenter d'une année sur l'autre les dépenses publiques de manière infinie. Dans le document de l'UDF que j'ai lu attentivement, il y a des schémas très très parlants qui montrent qu'il y a une corrélation absolue entre le poids des dépenses publiques et le niveau du chômage dans les pays développés. Plus on dépense, plus y a de chômage.

Donc il faut alléger les dépenses publiques. Ce n'est pas de la rigueur. La vraie rigueur durable, c'est dépenser plus parce que cela condamne à l'impôt et nous avons vécu cela, mais alors comme à l'exercice, si je puis dire dans les années 1989, 90, 91, 92. On a vu cela. Donc maîtriser les dépenses ce n'est pas de la rigueur, c'est de la sagesse, c'est de la prudence, c'est de la préparation de l'avenir. Et alors ce qui me frappe et je suis persuadé que F. Léotard fait la même constatation, c'est le changement d'attitude des Français sur ce point, vis-à-vis des maires, vis-à-vis des élus locaux, vis-à-vis de l'Etat : ce qu'on attend de nous ce n'est pas toujours de dépenser plus, c'est au contraire de maîtriser la dépense pour pouvoir baisser les prélèvements. C'est pour cela que j'ai voulu réagir à ce mot de carcan. Ce n'est pas un carcan. C'est un élément de progrès, au contraire, la maîtrise des dépenses."

Question inaudible

A. Juppé : "Non, non, on fera appel à leur sens des responsabilités et laissez moi vous dire que ce n'est pas l'Etat qui va mettre un carcan, c'est les contribuables qui disent aux maires : "attention, on ne veut plus que cela augmente, les impôts."

F. Léotard : "Et ils se manifestent de plus en plus fortement..."

Question inaudible

A. Juppé : "Ecoutez, concrètement, on prévoit une baisse des charges et des impôts selon des modalités qui seront discutées lors des débats que j'ai évoqués."

Question inaudible

F. Léotard : "Si vous me permettez d'évoquer l'attitude de l'UDF dans ce domaine, elle est très attachée aux orientations qui ont été fixées par le Président de la République et par le Premier ministre. Et vous n'avez jamais observé, je pense, ni à l'Assemblée, ni à l'extérieur de l'Assemblée, une attitude de l'UDF qui soit réservée sur ces orientations et sur les choix européens qui ont été faits par le Président ou par le Premier ministre. Je parle de l'UDF, je voulais vous répondre pour ce qui me concernait."

A. Juppé : "Oui mais vous savez, si on regarde le passé, on pourrait aussi l'adresser à l'UDF qui a beaucoup évolué. Il y avait en son temps des fédéralistes, il y en a moins. Il y a au RPR comme il y en a eu à l'UDF des différences de sensibilités. Je serais vraiment peu sincère si je le niais. Et après tout c'est utile. C'est bon qu'il y ait des amis qui soient particulièrement vigilants. Cela peut réveiller notre propre vigilance donc moi j'y vois plutôt un élément positif que négatif.

La question n'est pas là. La question est : que sera la politique européenne de la France dans les 5 prochaines années selon le résultat des élections ? Eh bien moi, je vous dis, et je le crois profondément, que si le RPR et l'UDF gagnent, on sait ce que sera la politique européenne de la France. Ce sera la politique définie par le Président de la République encore récemment dans son adresse aux Français lorsqu'il a annoncé la dissolution : élargissement de l'Europe, renforcement de l'Union, réforme des institutions dans un sens plus démocratique et plus proche, monnaie unique, réforme de l'Alliance Atlantique, bref je ne rentrerai pas dans les détails. C'est cette ligne-là qui sera suivie parce que le Gouvernement et la majorité seront en parfaite harmonie avec le Président même s'il y a au sein de la majorité telle ou telle sensibilité différente. En revanche, si l'autre hypothèse se vérifiait, si le PS et le PC gagnaient les élections, il est évident que la politique européenne de la France sera très difficile à suivre. Parce que d'abord, il n'y aura pas d'harmonie au sein de la nouvelle majorité PS-PC, ce n'est pas la peine de développer ce thème, il est évident. Et ensuite parce qu'il n'y aura pas non plus véritablement synergie entre le Président et le gouvernement et la France sera en situation de faiblesse dans cette hypothèse. Donc là, je crois que l'on voit bien les choses, comment cela se passerait."

Question inaudible

A. Juppé. : "Ce n'est pas ambigu. De dire qu'il faut un nouveau Premier ministre et une nouvelle équipe, ce n'est pas ambigu. C'est même très clair et cela ne me dissuade pas du tout de faire campagne. Je vous ai dit que la seule chose que je cherche après ce que nous avons fait depuis deux ans et j'en suis fier - parce que c'est une oeuvre collective avec la majorité - c'est de gagner les élections, voilà. Alors cessez de vouloir vous positionner sur le lundi 2 juin. La seule personne qui puisse répondre à cette question c'est Jacques Chirac, pas moi."

(Inaudible)

A. Juppé : "Vous devriez regarder la télévision parce que dimanche soir, j'ai répondu précisément à cette question."

Question inaudible

F. Léotard : "Sur le cumul. Vous savez, nous y tenions beaucoup et la décision qui a été prise qui figure dans le document qui va vous être remis, c'est la possibilité d'exercer deux mandats, dont un seul exécutif. Donc un mandat délibératif, un mandat exécutif. Et dans le terme exécutif, nous mettons les fonctions gouvernementales. Je voudrais vous faire mesurer à quel point c'est un pas en avant très fort dans cette orientation, très très fort et qui bien sûr s'appliquera à tout le monde et supposera un certain nombre de modifications des cartes politiques. C'est une décision très courageuse qui remet notre pays dans la moyenne des grands pays démocratiques, c'est une chose très positive."

A. Juppé : "Je voudrais souligner à ce propos que cette proposition figurait exactement dans les mêmes termes d'ailleurs dans les propositions du RPR et dans les propositions de l' UDF. C'est donc un mandat parlementaire, et un seul. On ne peut pas être membre de plusieurs assemblées à caractère parlementaire, par exemple Strasbourg et Paris comme c'est le cas aujourd'hui et deuxièmement une seule fonction exécutive on ne peut être que ministre ou que maire ou président de Conseil régional ou président de Conseil général. Nous avons pensé que le fait d'être député-maire, c'est-à-dire siéger dans une assemblée parlementaire et avoir une fonction exécutive, locale alors cela c'était peut-être une originalité française, mais c'était aussi quelque chose de positif. Cela permet de garder le sens du concret. Alors voilà une réforme très audacieuse par rapport à notre tradition, comme le dit F. Léotard, et à laquelle nous souscrivons pleinement.

Question inaudible

A. Juppé : "Je suppose que vous poserez ensuite à F. Léotard la question de savoir s'il s'infléchit vers les thèses du RPR. Nous avons dit très clairement que nous avions fait un travail en commun. Ce qui est intéressant effectivement dans votre question, c'est de voir un peu la différence - non pas entre nous, on les connaît et on sait aussi qu'au delà de ces différences l'essentiel c'est la vision commune des choses, de la société et de l'avenir de la France. Ce qui est intéressant, c'est de savoir la différence par rapport à ce qui s'est passé depuis 1993 ou depuis 1995. C'est l'occasion là-aussi de le dire, le Président de la République a fixé un cap et ce cap tient en deux ambitions : libérer les énergies, les forces vives, l'initiative, ce qu'il a appelé l'esprit d'entreprise et l'esprit de conquête ; et en même temps, parce que c'est indissociable, réduire la fracture sociale.

Ce cap-là, il est pour 7 ans, 5 ans maintenant. Et je pense qu'il serait mauvais pour la France d'en changer parce qu'on ne gouverne pas un grand pays en changeant de cap tous les deux ou trois ans. Il faut de la suite dans les idées, il faut de la ténacité, il faut du temps pour changer véritablement les choses. Dans cette période de 7 ans, il y a eu une première phase : 1995-1997, dans la foulée de ce qu'E. Balladur avait entrepris sous la cohabitation entre 1993 et 1995 qui a eu un aspect très fort de redressement. Je crois que l'on ne dira jamais assez dans quel état nous avons trouvé la France en 1993. D'ailleurs si aujourd'hui il y a une telle, majorité à l'Assemblée nationale c'est qu'il y a eu un effondrement de la précédente majorité. Cet effondrement de la précédente majorité, il était lié au fait que la France était dans une situation catastrophique sur tous les plans : récession, déficit public...

Il a fallu remonter cette pente et le fait que nous l'ayons remontée en 4 ans est déjà, d'une certaine manière un résultat positif. Et ceci est acquis. Nous étions en 1995 à plus de 5,5 % de déficit public. Nous sommes à 4 en 1996, chiffre constaté - 4,1 exactement - et l'ensemble des observateurs s'accordent à reconnaître que l'on n'est pas loin de 3 pour 1997 et 1998 contrairement à certains bruits alarmistes qui avaient circulé. Donc cela c'est acquis. Nous l'avons fait. Ca n'a pas été facile. Cela a demandé de la part des Français beaucoup d'efforts et je crois qu'il faut leur rendre hommage. Mais des progrès ont été faits et le socle est consolidé. Alors maintenant nous passons à une deuxième étape grâce à cela. C'est une étape qui va nous permettre d'aller plus vite et plus fort dans certaines réformes de structure qui n'ont pas encore été engagées et notamment dans l'allégement du poids des charges et du poids des dépenses publiques."

Question inaudible

A. Juppé : "On n'élude rien cher monsieur. Simplement je sais très bien parce qu'on m'a fait cela déjà. En 1986 nous avions dit que nous baisserions les dépenses publiques en quelques années de 100 milliards et toute la campagne s'était faite sur le thème : Mais où ? Mais où ? Mais où ? Et puis je vous renvoie aux résultats. Nous l'avons fait entre 1986 et 1988. Cela a été réalisé. On ne va pas faire une campagne d'experts comptables. Je ne vais pas vous dire sur l'article tant du chapitre tant du budget de l'Etat, on va faire tel pourcentage d'abattement. C'est une cohérence globale que nous voulons proposer. Je soutiens - et je suis sûr que le président de la commission des finances ne me démentira pas -, il est possible sur plusieurs années de faire en sorte que les dépenses de l'Etat augmentent au total chaque année un peu moins vite que l'inflation.

C'est un effort important mais c'est un effort réaliste qu'on peut faire sur toutes les rubriques bien sûr. Cela, c'est un travail patient. Si nous faisons cela, comme tout le monde anticipe une croissance de l'ordre de 2,5 à 3 % dans les années qui viennent, cela dégage du côté des recettes, une marge de manoeuvre qui doit nous permettre de faire deux choses : d'abord ramener le déficit à un niveau où la dette de l'État cesse d'augmenter, où on commence à rembourser plus que l'on emprunte. Je crois que c'est de l'ordre de 2 % du PIB, dans ces environs-là. Et le reste, pour une baisse des impôts dont nous avons déterminé les principaux axes : la baisse des charges sociales comme l'a dit F. Léotard parce qu'on a constaté depuis 3 ou 4 ans que cela marchait, que cela avait des résultats positifs. Que cela permettait à l'économie française de devenir davantage créatrice d'emplois. Le deuxième objectif, c'est la baisse de l'impôt sur le revenu qu'on a oubliée mais qui est considérable : de 75 milliards dont 50 sur les années qui ne sont pas encore couvertes ; un certain nombre de mesures fiscales pour la création, le développement et la transmission d'entreprises que nous préciserons dans le détail au Parlement bien entendu. Une réforme de la taxe professionnelle. Bref, notre programme, il est aussi précis que faire se peut à ce stade. Je souhaiterais que toutes les déclarations communes que nous allons entendre cet après-midi le soient autant."

F. Léotard : " J'ajoute quelque chose qui me semble très important - je l'ai esquissé tout à l'heure - et qu'il faut développer. Vous savez que, constitutionnellement, le mandat impératif n'existe pas en France. Il faut laisser des marges de discussion à l'Assemblée nationale. Ce que nous sommes en train de faire, c'est l'élection d'une nouvelle Assemblée nationale. Ne prédéterminons pas la totalité de ses choix. A quoi sert le débat parlementaire si auparavant on a enfermé chaque député dans un carcan qui ne lui permet pas de s'exprimer ? Nous aurons à la commission des finances - P. Méhaignerie est là - et dans les autres commissions, dans l'hémicycle, les débats que nous avons eus, comme vous avez pu le constater, dans le passé. Souvenez-vous du débat sur la fiscalité il y a quelques mois. Du débat sur l'épargne retraite. Ne pensez pas que ni à l'intérieur de chaque famille ni entre les deux familles ces débats cesseront d'être. Au contraire je crois qu'ils auront lieu et c'est notre volonté commune de redonner au Parlement aussi ses lettres de noblesse et d'être le lieu de l'expression de ces analyses et d'éventuelles différences. Il faut bien que le débat parlementaire ait lieu"

A. Juppé : "A ce stade nous en sommes à un choix stratégique. Ce choix stratégique il est clair. Est-ce que l'on propose aux Français de maîtriser les dépenses pour baisser les impôts - c'est notre politique et on traitera le problème de la TVA en fonction des évolutions que j'ai dites - ou bien est-ce qu'on dit aux Français que la solution à leurs difficultés, c'est de continuer à augmenter les dépenses en leur faisant des promesses ? Pourquoi est-ce que M. Jospin a dit qu'il s'affranchissait des critères de Maastricht ? Ce n'est pas pour une raison théologique de principe parce que cela doit, au contraire ne pas le gêner de ne pas appliquer un traité négocié par un gouvernement dans lequel il était. C'est parce qu'il va augmenter le déficit. Bien sûr ! Il va augmenter le déficit parce qu'il va faire des dépenses supplémentaires.

Donc de l'autre côté, le cap, il est clair : augmentation des dépenses et donc augmentation des déficits et cela, ça veut dire quoi ? Ca veut dire dans un ou deux ans la nécessité absolue de revenir à une augmentation des impôts comme on l'a vue dans tes expériences passées. Voilà le choix stratégique pour les Français. Je crois que c'est cela qu'il faut leur faire bien comprendre et bien saisir soit la maîtrise des dépenses et la baisse des impôts, soit l'augmentation des dépenses, l'augmentation des déficits et dans deux ans, la rigueur avec l'augmentation des impôts.

A. Juppé : "C'est significatif votre question. On n'a pas prononcé le mot emploi. Quand on parle de la maîtrise des dépenses et de la baisse des charges, on ne parle que de l'emploi. C'est fait pour l'emploi. Pourquoi est-ce que l'on veut aujourd'hui baisser les charges ? C'est pour libérer la création d'emploi. Et de ce point de vue-là, je l'ai dit dimanche à la télévision, on est en train de voir changer profondément les choses. Pendant les deux législatures socialistes qui se sont déroulées depuis le début des années 80, 81-86 et 88-93, le chômage a augmenté de 700 000 personnes chaque fois. J'arrondis. Entre 1986 et 1988, le chômage à diminué. Depuis 1993, il est totalement stabilisé et les derniers chiffres du mois de mars montreront qu'effectivement l'augmentation du chômage a été stoppée. Alors ce n'est pas un résultat conforme à mes espérances, ni à mes objectifs. Je le dis tout clair, mais les choses là-aussi ont commencé à changer. Voilà merci beaucoup de votre attention."

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