Article de M. Giscard d'Estaing, membre du bureau politique de l'UDF, dans "The NewYork Times" le 11 juin 1997 intitulé "Save the Euro" (texte en anglais), et interview à RTL le 12, sur les critères de convergence de Maastricht (limitation du déficit budgétaire) pour le passage à l'Euro, et le pacte de stabilité monétaire. | vie-publique.fr | Discours publics

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Article de M. Giscard d'Estaing, membre du bureau politique de l'UDF, dans "The NewYork Times" le 11 juin 1997 intitulé "Save the Euro" (texte en anglais), et interview à RTL le 12, sur les critères de convergence de Maastricht (limitation du déficit budgétaire) pour le passage à l'Euro, et le pacte de stabilité monétaire.

Personnalité, fonction : GISCARD D'ESTAING Valéry, MAZEROLLE Olivier.

FRANCE. UDF, membre du bureau politique

Circonstances : Sommet franco-allemand au Futuroscope de Poitiers le 13 juin 1997. Conseil européen à Amsterdam du 16 au 18 juin

ti : C'est pour moi un honneur et un plaisir de représenter le gouvernement français à ce neuvième dialogue post-Forum du Pacifique Sud. Cet événement est également pour moi l'occasion d'effectuer mon premier déplacement dans le Pacifique en qualité de ministre responsable de la Coopération du gouvernement français, et d'établir des relations de travail et d'amitié avec nos partenaires.

Pour ces raisons, je voudrais, tout d'abord, adresser mes remerciements les plus sincères et mes félicitations aux îles Cook qui ont organisé cette rencontre et la président.

La France n'est pas membre du Forum du Pacifique Sud, et cependant elle appartient par ses territoires de Nouvelle-Calédonie de Polynésie française, et de Wallis et Futuna, à cette région, qui fait partie intégrante de notre culture et de notre mémoire. Je tiens avant tout à vous dire aujourd'hui, au nom du gouvernement français, notre intention de rester fidèles aux différents engagements qui nous lient au Pacifique.

Le premier d'entre eux est naturellement notre contribution au développement des pays insulaires ainsi qu'aux institutions régionales. En dépit de nos difficultés budgétaires, elle demeurera une des contributions importantes dont bénéficie la région, avoisinant annuellement 25 millions de dollars.

Dans sa composante strictement bilatérale, notre aide au développement, vient, vous le savez, de trois sources principales. Nos experts, qui constituent son armature permanente, sont financés par le budget du ministère des Affaires étrangères et oeuvrent dans les domaines les plus divers, principalement l'agriculture, l'éducation, la santé et l'environnement. Le Fonds de développement économique et social établi en 1986, a, quant à lui, pour but de financer par des subventions, des projets utiles au développement économique et social, et a accru particulièrement son action, au cours de ces deux dernières années, dans les domaines de l'électrification solaire, qui semble particulièrement convenir aux besoins des pays insulaires et de la cartographie satellitaire des fonds marins des zones économiques exclusives de plusieurs Etats de la région. La Caisse française de développement, troisième source de notre aide bilatérale, a enfin pour vocation de réaliser par des prêts concessionnels voire des dons, selon les catégories de développement auxquelles appartiennent les pays récipiendaires, des projets d'équipement lourd.

Je souhaiterais particulièrement, à l'occasion de cette réunion du dialogue, attirer votre attention sur les possibilités nouvelles qu'offre désormais la Caisse française de développement pour la réalisation de projets de coopération associant le Pacifique et la France. Au cours de ces deux dernières années, plusieurs Etats de la région ont signé une convention d'établissement avec la Caisse permettant à celle-ci d'intervenir (Papouasie-Nouvelle Guinée, Fidji, Tonga, Samoa, Palau), et d'autres pourraient le faire dans un avenir proche (Etats fédérés de Micronésie, Kiribati). Nous devons utiliser ce nouvel instrument qui nous permet d'élargir notre action, avec ceux d'entre vous qui en manifesteront la volonté.

Certaines de nos actions ne sont pas entièrement quantifiables en termes monétaires. L'année 1997 a connu plusieurs désastres naturels dus aux cyclones Gavin, Justin et Hina. Nous sommes venus en aide à certains pays dévastés (Fidji, Tonga), à la fois par des subventions et des dons de matériels. Ces secours d'urgence, que nous efforçons de coordonner avec ceux qu'apportent l'Australie et la Nouvelle-Zélande, en application d'un accord de décembre 1992, resteront dans les mois à venir à la disposition des Etats insulaires. Je voudrais également rappeler les opérations de surveillance des zones économiques exclusives que nos forces aériennes assurent au profit de certains de nos partenaires (Fidji, Vanuatu, Cook) ainsi que notre aide à la formation de leurs forces militaires ou de police (Fidji, Tonga, Vanuatu).

Notre participation aux organisations régionales constitue à l'évidence une priorité, qui revêt cette année une particulière importance, puisque nous célébrerons, dans un mois exactement, à Canberra, le cinquantième anniversaire de la Commission du Pacifique Sud. Membre fondateur de cette organisation de coopération technique, la plus ancienne de la région, dont le siège est en Nouvelle-Calédonie, nous approuvons sans réserve la réorganisation dont la Commission du Pacifique Sud est actuellement l'objet et avons décidé de contribuer à son renouveau en portant notre participation statutaire à son budget de 15,8 % à 19,5 %, à partir de 1998, ce qui nous placera au deuxième rang des contributeurs, à un niveau sensiblement égal à celui atteint par nos amis américains et néo-zélandais. Je rappelle qu'en 1994, nous avions procédé à une forte augmentation de notre contribution aux programmes de l'Organisation, et qu'en conséquence, en quatre ans, la progression globale de notre effort en faveur de la Commission peut être estimé à 40 %.

Le vent de réforme qui souffle actuellement sur les organisations du Pacifique, doit permettre de délimiter leurs sphères de compétence de la façon la plus opportune. Alors même que la Commission du Pacifique Sud a pour tâches naturelles la coopération technique et le développement, je comprends que l'action de cette organisation politique qu'est le Forum est de nature plus normative, et doit viser à harmoniser les pratiques économiques, de même que les activités de pêche dans la région, grâce à son agence spécialisée en ce domaine, à développer ce qui ressort aux communications et aux transports ainsi qu'aux échanges commerciaux. Reconnaissant le caractère indispensable du rôle qu'assure le Forum, nous voulons poursuivre notre contribution à ses programmes auxquels nous avons consacré, au cours des six dernières années environ un million de dollars (5,3 MF).

Nous nous efforçons de favoriser, le commerce entre les pays membres du Forum et nos territoires : c'est ainsi que nous financerons à leur intention en octobre à Papeete, une foire commerciale qui leur permettra de faire connaître leurs diverses productions.

J'espère vous avoir convaincu par ces premières indications, de la résolution de la France a tenir son rang parmi les contributeurs au développement du Pacifique insulaire. Je n'ignore pas cependant que cette année, beaucoup de nos partenaires s'interrogent plus particulièrement sur une échéance proche, la renégociation de la Convention de Lomé qui débutera dans un peu plus d'un an, et, à cet égard, sur les intentions de la France et de l'Union européenne. La France s'est toujours montrée le meilleur avocat des pays ACP, comme elle l'a notamment prouvé en juin 1995 au Sommet de Cannes, en obtenant le maintien de l'effort européen en leur faveur, et en devenant, pour ce faire le premier contributeur au FED, à hauteur de 24,3 %, ce qui correspond, s'agissant du Pacifique insulaire, à un versement annuel moyen de 7 millions de dollars.

Nous souhaitons donc que les négociations pour la conclusion d'une nouvelle convention à l'horizon de l'an 2000 prennent en compte toute la spécificité de la coopération entre l'Union européenne et les ACP, telle qu'elle a fonctionné jusqu'à maintenant, et que notamment un tronc commun aux pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique soit maintenu, mais en développant par ailleurs une approche régionale nouvelle. Cette dernière orientation devrait aller, je crois, au devant des préoccupations du Forum. Les Etats ACP peuvent donc compter sur la France. Il leur incombe cependant de se manifester dans la réflexion en cours, de tenir compte des critiques que le fonctionnement de la Convention a suscitées de la part de certains Européens et d'y répondre par des propositions d'amélioration. Nous voulons, pour notre part, tout au long de la négociation à venir, les aider par un dialogue soutenu.

L'intérêt que la France entend manifester pour l'avenir des pays ACP trouve naturellement une de ses motivations principales dans la proximité géographique, historique et culturelle qui est la sienne vis-à-vis de nombre d'entre eux. Il en est particulièrement ainsi dans le Pacifique en raison de l'existence de nos territoires de Nouvelle-Calédonie, de Polynésie française et de Wallis et Futuna.

Nos territoires sont des pôles de développement économique et également des centres de référence et d'expertise par leurs instituts de recherche, tels le CIRAD, l'IFREMER et l'ORSTOM, et par leurs entreprises. Au-delà du relais qu'ils peuvent constituer pour l'action de la France dans le Pacifique, que j'ai déjà évoquée, ils entendent promouvoir une politique active de coopération régionale correspondant à leurs objectifs et à leurs ambitions propres. A ce titre, ils négocieront avec leurs voisins, comme ils ont commencé à le faire (Accord Nouvelle-Calédonie-Vanuatu de 1993), leurs propres accords de coopération décentralisée.

Une telle coopération, qui concrétise l'ouverture des territoires sur leur environnement régional, répond aux voeux des populations et des élus des territoires eux-mêmes. Comme à ceux du gouvernement de la République française. Le Premier ministre, M. Lionel Jospin, a mis en effet au rang de ses priorités l'encouragement à la coopération régionale à partir des territoires d'Outre-mer, dans sa déclaration de politique générale du 19 juin 1997. Cette coopération concerne des domaines multiples où les atouts de nos territoires peuvent contribuer au développement commun. Je me bornerais à citer, à titre d'exemple, l'aide aux populations en cas de catastrophes naturelles, la surveillance météorologique, la coopération judiciaire et douanière, la surveillance des zones de pêche, la recherche agricole et marine, la formation et les échanges culturels, etc...

Dans cet esprit, le moment me paraît venu d'entamer ensemble, au niveau du gouvernement de la République française et des autorités du Forum, une réflexion sur la formalisation et les modalités possibles de l'association des territoires aux activités des organes techniques du Forum, au premier rang desquels l'Agence des Pêches (Forum fisheries agency). Un des principes guidant cette réflexion devra cependant être le respect de la parité des situations faites aux trois territoires.

L'intérêt ressenti pour l'évolution institutionnelle de nos territoires par tous les pays de la région traduit la place que ceux-ci occupent dans le Pacifique Sud. Cet intérêt est légitime, et la France entend y répondre

Je veux d'abord rappeler les grandes orientations qui guident l'action du gouvernement à l'égard des territoires :

- le respect du principe de la "libre détermination des peuples", inscrit dans le préambule de notre Constitution de 1958

- des évolutions statutaires dans un cadre pleinement démocratique orientées vers plus de responsabilités données au élus ;

l'adaptation aux spécificités de chaque territoire ;

- la contribution de la Nation à l'effort de développement économique et social des territoires.

Les réalisations correspondent à la mise en oeuvre de ces principes C'est dans un cadre pleinement démocratique, et par la concertation, que nos territoires voient leurs institutions évoluer.

Le bilan des dix années des Accords de Matignon en Nouvelle-Calédonie est très important. C'est ce que nous appelons la politique de "rééquilibrage", c'est-à-dire un développement plus harmonieux de la province Nord et de la province des îles. Les résultats se traduisent, dans le domaine politique, par la provincialisation, et dans celui de l'économie par la réalisation de travaux d'équipement (lycées, hôpitaux, voies de communication), ainsi que dans les domaines social (formation) et culturel. La paix civile est assurée. Les différentes communautés ont su identifier nombre de préoccupations communes et ouvrir un dialogue constructif, auquel le gouvernement de la République participera activement pour aboutir à un accord qui puisse être partagé par le plus grand nombre de Calédoniens.

Je me réjouis particulièrement du soutien apporté par le Forum au processus des Accords de Matignon. Très récemment, du 10 au 15 août derniers, une délégation de pays membres de votre organisation, composée de Fidji, de Salomon et de la Papouasie-Nouvelle-Guinée a pour la quatrième fois visité le territoire et constate les progrès qui y ont été réalisés.

Il n'y a pas, il faut le souligner, un modèle d'évolution qui doive s'imposer à l'ensemble de nos territoires du Pacifique. La volonté des populations constituant un principe fondamental commun, la solution institutionnelle prévalant dans l'un de nos territoires ne saurait nécessairement convenir aux autres.

Pour la Nouvelle-Calédonie, il ne pourra s'agir en tout état de cause que d'une solution calédonienne, c'est-à-dire élaborée par la négociation entre les partenaires des Accords de Matignon, et qui devra recueillir l'accord des Calédoniens eux-mêmes.

La Polynésie française, quant à elle, est un territoire disposant d'une très large autonomie au sein de la République, en vertu de deux statuts d'autonomie successifs adoptés en 1984 et 1996. La Polynésie française bénéficie à ce titre de transferts de compétence dans les domaines de l'exploration et de l'exploitation des ressources de la mer, des communications, du régime des investissements étrangers, ou de la négociation relative aux dessertes maritimes ou aériennes. Le président du gouvernement du Territoire a également, dans les conditions prévues par le statut d'autonomie, des pouvoirs de négociation et de signature d'accords internationaux.

En conclusion, j'espère, Monsieur le Président, que mon propos, certes, loin d'avoir épuisé les sujets, a permis d'apporter quelques précisions utiles sur des thèmes actuels d'intérêt concernant la politique de la France dans le Pacifique Sud. Dans l'attente de questions éventuelles, auxquelles je serai heureux de répondre. Je vous remercie de votre attention.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 octobre 2001)

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