Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "Le Monde", du 16 septembre 1997, sur les principes de l'action gouvernementale, notamment sa conception du pluralisme dans la majorité, la cohabitation, et la préparation de la conférence sur les salaires, l'emploi et la durée du travail qui se réunira le 10 octobre. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "Le Monde", du 16 septembre 1997, sur les principes de l'action gouvernementale, notamment sa conception du pluralisme dans la majorité, la cohabitation, et la préparation de la conférence sur les salaires, l'emploi et la durée du travail qui se réunira le 10 octobre.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel, BIFFAUD Olivier, JARREAU Patrick, MAUDUIT Laurent, NOBLECOURT Michel.

FRANCE. Premier ministre

ti : Extraits de l'interview :


Q - Le débat européen rebondit en Allemagne au moment où il paraît clos en France. Cela vous inquiète-t-il ?

R - Je me réjouis qu'il y ait peu de glose, dans la vie politique française, sur le rendez-vous de la monnaie unique. C'est une preuve de calme, de volonté et de détermination. Nous sommes, il est vrai, dans une situation différente de nos amis allemands, car les élections législatives ne sont pas devant nous, mais derrière nous.

Nous sommes décidés à faire l'union monétaire et nous prenons les moyens pour y parvenir. Le fait d'avoir une monnaie unique soulève, il est vrai, des questions nouvelles. J'ai dit au chancelier Kohl, lors de notre récente rencontre, que dans l'esprit des Français et, notamment, dans celui du gouvernement, le fait de poser le problème de la coordination des politiques économiques n'avait pas pour objet de limiter l'indépendance de la Banque centrale européenne. Le principe de cette indépendance est maintenant accepté.

Q - Les déclarations du gouverneur de la Banque de France, Jean-Claude Trichet, sur la CSG ne vous choquent donc pas...

R - Elles relèvent de sa libre opinion... Nous acceptons donc l'indépendance de la Banque centrale européenne. Simplement, nous sommes convaincus qu'on n'a pas mesuré les conséquences d'une monnaie unique pour huit, dix pays européens, voire plus. La monnaie unique nécessite une concertation des politiques économiques. Je précise que cette concertation n'implique pas que les politiques économiques deviennent des politiques communautaires. Elles vont rester nationales, mais elles ont besoin d'être coordonnées. Et les lieux existent pour le faire. Il me semble que j'ai été bien compris par le chancelier Kohl.

Q - Le Sommet sur l'emploi sera-t-il une sorte d'amorce de cette concertation ?

R - L'emploi est un problème majeur. Je ne crois pas pour autant qu'il résume l'ensemble des débats sur la concertation des politiques économiques. Le Sommet sur l'emploi permettra de porter l'accent sur une question cruciale en Europe, où les taux de chômage sont plus élevés qu'ailleurs. Cette focalisation sur l'emploi est une bonne chose par rapport aux dominantes de la politique européenne de ces dernières années. J'en attends, à la fois, des premiers résultats concrets et des orientations pour l'avenir.

La concertation des politiques économiques constitue une démarche d'ensemble qui recouvre le budget, l'investissement ainsi que la fiscalité qui a été mise à l'ordre du jour de nos débats par la présidence luxembourgeoise, ce dont je me félicite. Il n'y aurait pas de sens en effet, à harmoniser le droit de la concurrence et à établir une charte sociale sans rechercher aussi l'harmonisation fiscale, au moins sur les capitaux. L'Europe n'a pas à sécréter ses propres "paradis fiscaux".

Q - Les Allemands ne veulent pas de dépenses nouvelles...

R - Nous sommes d'accord pour ne pas envisager de dépenses budgétaires communautaires nouvelles.

Q - Il vous est arrivé, dans le passé, de reprocher au président de la République et aux gouvernements de droite des positions trop favorables au régime en place en Algérie. Les déclarations du ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine, ne méritent-elles pas la même critique ?

R - Même si nous ressentons un sentiment d'horreur et de compassion devant ce qui se passe en Algérie, avons-nous toujours à nous sentir coupables ? La France n'est plus responsable de ce qui meurtrit l'Algérie aujourd'hui. Au plan officiel, le gouvernement français est contraint dans son expression. Prendrait-il des initiatives qu'elles ne seraient pas reçues, nous le savons. Nous devons pourtant répéter - je le fais ici - qu'un processus de démocratisation est indispensable à l'Algérie. Hubert Védrine ne pense pas autrement.

C'est de la société française elle-même que doivent venir, avec plus de force, des gestes et des signes. Le Parti socialiste, les autres formations politiques, les associations, les universités, les intellectuels, doivent nouer plus de liens, pratiquer un dialogue plus intense et étroit avec les forces démocratiques de la société algérienne. Notre politique d'asile politique, d'accueil de ceux qui sont menacés doit prendre en compte le malheur qui frappe nos voisins. C'est ce que permettra la législation nouvelle préparée par le gouvernement. Ceux qui se battent pour la liberté et la démocratie ne doivent pas se sentir isolés ; ne jamais les abandonner, c'est la vocation et le devoir de la France.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 janvier 2002)

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