Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "La Dépèche du midi" du 10 novembre 1997, sur sa méthode de Gouvernement et ses priorités, notamment l'emploi, la sécurité, l'immigration, la santé, l'agriculture, la fiscalité et la modernisation de la démocratie. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interview de M. Lionel Jospin, Premier ministre, dans "La Dépèche du midi" du 10 novembre 1997, sur sa méthode de Gouvernement et ses priorités, notamment l'emploi, la sécurité, l'immigration, la santé, l'agriculture, la fiscalité et la modernisation de la démocratie.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel, EMPOCIELLO Guy-michel.

FRANCE. Premier ministre

ti : Extraits de l'interview :


Q - Quels enseignements tirez-vous de la crise des routiers ?

R - D'abord, que ce conflit aurait pu être évité si les accords signés l'année dernière avaient été pleinement honorés et si le gouvernement précédent en avait fait immédiatement respecter la teneur. Je constate ensuite avec satisfaction que tous les acteurs de cette crise ont su assumer leurs responsabilités. Le patronat - et plus précisément l'UFT - qui a fini par comprendre que quitter la table des négociations n'était pas une attitude raisonnable, du point de vue même de ses propres intérêts. Les syndicats, qui ont su éviter d'entrer à leur tour dans une logique de rupture. Les routiers, qui ont su dépasser leur amertume et se convaincre qu'il fallait, une fois leur revendications entendues - sinon bien sûr toutes satisfaites -, cesser ce mouvement de grève aux conséquences lourdes pour l'économie du pays.

Le gouvernement, quant à lui, et en particulier, le ministre chargé des Transports, Jean-Claude Gayssot, a assumé sa propre responsabilité. Le gouvernement a d'abord tout fait pour prévenir ce conflit, sans jamais pour autant chercher à se substituer aux partenaires sociaux. Puis, une fois celui-ci déclenché, il a ramené ces mêmes partenaires sociaux à la négociation par des engagements forts et par la pratique constante de la consultation, tout en préservant la liberté de circulation. La publication d'un décret permettant d'assurer un meilleur contrôle de l'accès à la profession des transporteurs, ainsi que la présentation, au Conseil des ministres de ce matin, d'un projet de loi améliorant les conditions d'exercice de cette profession, témoignent de cette volonté.

Au-delà, ce conflit souligne également, s'il en était encore besoin, la nécessité d'adapter le secteur du transport routier, c'est-à-dire de le rendre plus efficace, mais aussi plus respectueux du droit du travail dans le cadre européen. J'y vois enfin l'illustration de ce que doit être un vrai dialogue social : sincère du point de vue des partenaires sociaux et impliquant l'Etat, qui doit en faciliter l'expression, mais aussi en garantir les résultats.

Q - Le chômage est toujours aussi inquiétant. L'espoir raisonnable de le voir enfin se réduire n'est-il pas un leurre ? La croissance seule est jugé insuffisante pour y parvenir de manière sensible. Le recours au 35 heures, étalé dans le temps, sera compensé par la productivité. Alors, la France (et l'Europe) sont-elle condamnées à vivre avec ce cancer ?

R - Ni la France, ni l'Europe ne sont condamnées au chômage. Si la France, comme ses partenaires européens, est condamnée à quelque chose, c'est à agir résolument. Seul un faisceau de mesures convergentes permettra de faire reculer le chômage.

Il faut d'abord encourager la croissance. C'est ce que nous avons fait, en donnant un coup de pouce au SMIC, en basculant une partie des cotisations sociales sur la CSG - ce qui permet d'augmenter le pouvoir d'achat des salariés -, en ne cassant pas la reprise qui s'annonce par des prélèvements fiscaux supplémentaires sur les ménages.

Mais, comme vous le notez vous-même, le retour de la croissance ne permettra pas, à lui seul, de faire reculer le chômage, parce que cette croissance qui revient n'est pas suffisamment riche en emplois. Il faut donc une action volontariste. Le plan emploi-jeunes et le passage, sans perte de revenu, aux 35 heures, témoignent de notre détermination à faire reculer le chômage. Je me réjouis du succès remporté par le premier volet du plan préparé par Martine Aubry en faveur des jeunes. Il sera poursuivi avec le secteur privé. Quant à la réduction du temps de travail, elle devrait permettre de créer de nombreux emplois, car contrairement à ce que vous affirmez, l'absorption de ses effets positifs par les gains de productivité n'est pas inéluctable. D'autres pistes doivent être explorées : faciliter la vie administrative des PME - comme s'y attache Marylise Lebranchu ; favoriser l'exportation de nos produits vers les marchés à forte croissance - comme je m'y suis employé, à Moscou, avec les dirigeants de plusieurs grands groupes français ; baisser progressivement le coût du travail - ce qu'engage la réforme de la CSG.

Le chômage, enfin, est un mal européen qui appelle des initiatives commues des Quinze, notamment des initiatives de croissance. L'emploi doit devenir un objectif à part entière de la construction européenne. Nous y travaillons, et le prochain Sommet de Luxembourg constituera une première et importante étape dans cette voie.

Mon gouvernement, vous le voyez, ne baisse pas les bras.

(...)

Q - Après 150 jours de gouvernement, les grands dossiers de "Changeons d'avenir" ont avancé sur la politique économique et sociale, la politique de l'emploi, la vie quotidienne, et bientôt la sécurité et la justice. il en reste quelques uns à ouvrir, en particulier, demain, celui sur la lutte contre l'immigration clandestine ?

R - Ce dossier est déjà ouvert. Dès le 19 juin, dans ma déclaration de politique générale, j'ai demandé à un expert unanimement reconnu, M. Patrick Weil, de rédiger un rapport "pour une politique de l'immigration juste et efficace". Sur la base de ce rapport particulièrement informé, et en concertation étroite avec les organismes concernés - je pense notamment au Haut Conseil à l'Intégration -, le gouvernement a préparé deux textes équilibrés, conjuguant la volonté de maîtriser nos flux migratoires et le respect des principes fondamentaux de notre République. Une politique de l'immigration ferme, mais digne, sera mise en oeuvre, de nature à réunir un large consensus dans l'opinion et à dépassionner les débats. Un de ses principaux volets est la lutte contre l'immigration clandestine et en particulier contre sa principale source : le travail clandestin.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 8 janvier 2002)

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