Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les archives diplomatiques de la France et sur la conservation des Traités, Paris le 21 octobre 1997. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les archives diplomatiques de la France et sur la conservation des Traités, Paris le 21 octobre 1997.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Inauguration de la salle des Traités au Quai d'Orsay le 21 octobre 1997

ti : C'est pour moi un vif plaisir de vous accueillir ce soir au Quai d'Orsay à l'occasion de l'inauguration de cette nouvelle et magnifique Salle des Traités.

Nous sommes au coeur des archives diplomatiques de la France, et donc d'une partie de sa mémoire, puisque c'est là où sont conservés les originaux des engagements et traités internationaux de la France.

C'est dire, qu'en ces lieux, plus encore que dans d'autres, nous pouvons mieux éprouver le poids de l'Histoire et de nos responsabilités, et ce qui nous lie, par delà les siècles, à nos plus lointains prédécesseurs.

C'est ici en effet que sont conservées des traces de tout ce qui, au fil du temps, a ponctué le destin de la France et de ses rapports avec le monde extérieur, avec l'étranger. Près de 45000 traités sont archivés dans cette pièce et dans ses dépendances. Du plus ancien, la Sentence arbitrale du 15 juillet 1304 rendue par Amalric, vicomte de Narbonne, fixant les limites du Comté de Foix et de la Cerdagne, au plus récent, le Traité d'Amsterdam que j'ai eu l'honneur de signer il y a à peine quinze jours, en passant par le Traité de Westphalie qui aura l'an prochain 350 ans, le Traité de Nimègue, les Actes du Congrès de Vienne, le Traité franco-allemand de l'Elysée de 1963, tant d'autres encore.

Il fallait donc aménager ici au sein du ministère des Affaires étrangères une salle qui soit à la hauteur de ce patrimoine exceptionnel. C'est cette ambition qui a guidé les concepteurs et les réalisateurs du réaménagement de cette Salle des Traités que je félicite ici. Ce résultat, nous le devons au service de l'Equipement du ministère, et à l'architecte du projet, M. René Kertudo, dont je salue la présence parmi nous, et à qui je sais particulièrement gré d'avoir su respecter la conception originale de ce lieu, tout en réussissant à le mettre parfaitement en valeur.

Ce lieu même a sa propre histoire. J'en relèverai quelques épisodes. Dès l'installation du ministère des Affaires étrangères dans le bâtiment du Quai d'Orsay et dans son extension de la rue de l'Université, la question de la conservation des traités s'est trouvée posée. Elle fut résolue en 1864, par la décision d'entreposer ces précieux documents dans un simple coffre-fort situé au dépôt des archives diplomatiques. Durant près de 60 ans, les traités internationaux de la France ont donc été stockés dans des enceintes de sécurité, mais sans souci particulier de leur mise en valeur. Il fallut attendre 1933 pour qu'une véritable Salle des Traités, dûment protégée par une lourde porte blindée, fut réalisée au Quai d'Orsay. L'aile du ministère dans laquelle nous nous trouvons ayant été partiellement détruite durant la Seconde guerre mondiale, la reconstruction de cette Salle des Traités fut décidée à la Libération.

La nouvelle Salle des Traités, dont la restauration actuelle a respecté l'architecture, fut ainsi inaugurée le 26 mai 1953 par Georges Bidault, ministre des Affaires étrangères. Le jour de l'inauguration, il révéla le chiffre de la combinaison de la lourde porte blindée. C'était 1648, date du Traité de Westphalie, ce qui est peut-être une obsession française sur laquelle il faudrait s'interroger par ailleurs.

Mais la salle n'avait pas été conçue pour absorber le nombre sans cesse croissant des traités signés chaque année par la France à l'époque moderne. Quelques chiffres permettent, à eux seuls, de résumer les conséquences pour la France de l'extraordinaire développement de la vie internationale, ce que l'on appelle maintenant la mondialisation : en 1950, les textes de 143 accords ou traités internationaux ont été reçus dans cette salle. En 1970, 250 textes. Actuellement, ce sont entre 350 et 450 traités qui doivent être conservés chaque année.

Il fallait donc à la fois restaurer et rénover complètement cette salle et prévoir les extensions nécessitées par cette inflation de textes internationaux. De ce point de vue, les nouveaux espaces de conservation aménagés au sous-sol, que vous pourrez découvrir tout à l'heure si vous le souhaitez, nous assurent d'une capacité de stockage pour les trente prochaines années. Si nous ne nous sommes pas trompés dans nos prévisions, je laisserais à mon successeur de l'an 2027 le soin d'inaugurer une nouvelle Salle des Traités !

Dans ce lieu d'histoire, je n'aurais garde d'oublier la modernité. Les moyens mis aujourd'hui à la disposition de la direction des Archives du ministère des Affaires étrangères et en particulier de la division de la conservation des Traités en sont la preuve. Vous pourrez ainsi découvrir, et je suis sûr que les documentalistes se prêteront bien volontiers à toute démonstration, le nouvea système informatique PACTE, base de données documentaire très performante, et qui permet de consulter aisément l'ensemble des traités en vigueur auxquels la France est partie.

Je remercie la direction des Archives et son directeur, M. Louis Amigues, qui nous accueille ce soir dans ses locaux, et je salue la présence de nombreux membres de la Commission des Archives diplomatiques comme les personnalités qui ont bien voulu participer avec nous à cette inauguration.

En guise de conclusion, je vous citerai une phrase du testament politique du cardinal de Richelieu, - je n'y résiste pas - qui écrivait en 1642 : "les roys doivent bien prendre garde aux traités qu'ils font, mais quand ils sont faits, ils doivent les observer avec religion". Pour ma part, si mon rôle est d'aider à les conclure et à les faire observer, il est également de veiller à ce qu'ils soient bien conservés. Car le besoin de racines n'est jamais aussi fort que dans ce monde global, mobile, médiatique, réactif, instantané, à chaque instant menacé par l'amnésie et l'anachronisme ; quant à la parole donnée, elle marque entre Etats, le règne du droit qui est plus que jamais nécessaire dans ce monde concurrentiel où les rapports de force doivent être à tout moment contenus et disciplinés, c'est-à-dire civilisés.

Je vous remercie./.

(source http://www.diplomatie .gouv.fr, le 08 octobre 2001)

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