Conférence de presse et déclaration de M. Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, sur les relations franco-hongroises, l'entrée de la Hongrie dans l'OTAN et la préparation de l'adhésion de la Hongrie à l'Union européenne, Budapest le 17 novembre 1997. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse et déclaration de M. Pierre Moscovici, ministre délégué aux affaires européennes, sur les relations franco-hongroises, l'entrée de la Hongrie dans l'OTAN et la préparation de l'adhésion de la Hongrie à l'Union européenne, Budapest le 17 novembre 1997.

Personnalité, fonction : MOSCOVICI Pierre.

FRANCE. Ministre délégué aux affaires européennes

Circonstances : Voyage de M. Moscovici en Hongrie le 17 novembre 1997

ti : Je suis très heureux de vous rencontrer, de me trouver aujourd'hui en Hongrie,
qui est un des pays qui a su renforcer ses liens amicaux avec la France. C'est
la première visite, en fait, que j'effectue en Europe centrale et orientale
parmi un des pays candidats à l'adhésion à l'Union européenne et cela illustre
bien l'importance que nous attachons aux relations franco-hongroises.

J'ai eu un programme assez chargé : ce matin, j'ai pu rencontrer successivement
le président du Parlement, M. Gal, le ministre des Finances, M. Medgyessy, le
ministre de l'Industrie, du Commerce et du Tourisme, M. Fazakas, le ministre
des Affaires étrangères, M. Kovacs, avec qui j'ai signé un protocole financier
franco-hongrois. Le secrétaire d'Etat à l'Intégration européenne, M. Somogyi,
nous a offert un déjeuner qui a permis de traiter les perspectives
d'intégration de votre pays à l'Union européenne. Cet après-midi, je me suis
entretenuavec le président de la commission des Affaires étrangères du
Parlement, M.Szent-Ivanyi, avec le président de la Commission de l'Intégration
européenne, M. Orban, c'est donc là un beau programme qui s'est révélé
intéressant et fructueux et j'ai été très sensible à l'accueil des autorités
hongroises qui ont réussi à organiser cette visite au lendemain du référendum
sur l'appartenance de la Hongrie à l'OTAN.

Je suis venu transmettre trois messages à nos amis hongrois : le premier
concerne l'OTAN ; le résultat du référendum est exceptionnel puisque 85 % de
oui c'est assez impressionnant. Je crois que c'est un résultat qui n'est pas
seulement exceptionnel quantitativement, mais aussi très significatif
politiquement, significatif de la volonté du peuple hongrois de s'intégrer à ce
que vous appelez la perspective euro-atlantique, et dans la perspective
euro-atlantique, je retiens peut-être surtout l'Europe. Alors, voilà, mon
message par rapport à cela est simple : c'est bienvenue à la Hongrie dans
l'OTAN et j'ai assuré tous les responsables que j'ai rencontrés que la France
aurait à coeur de faire ratifier très vite les traités par son Parlement.

La deuxième chose que je suis venu expliquer, c'est que la France souhaitait
l'adhésion de la Hongrie à l'Union européenne dès la première vague. La Hongrie
a déjà fait des efforts considérables de transition et c'est un des candidats,
sinon le candidat, le mieux préparé. Au moment où le Conseil européen de
Luxembourg du 12 décembre va décider comment on négocie pour l'entrée dans
l'Union européenne, la Hongrie sera et doit être un des premiers pays avec
lequel on négocie. Tout au long de la journée, j'ai senti deux préoccupations
chez mes interlocuteurs : la première était de savoir s'il y aurait une
différenciation positive en faveur de la Hongrie et de quelques pays. Ma
réponse est oui, pour des considérations de pragmatisme, d'efficacité, de
réalisme, mais en même temps, la France souhaite qu'il y ait un cadre
multilatéral à côté des négociations bilatérales pour ceux qui ne seront pas
dans la première vague. Nos amis roumains, bulgares, baltes doivent sentir que
la perspective de l'adhésion leur reste ouverte. Mais avec certains pays dont
la Hongrie, les négociations vont s'ouvrir plus vite et peut-être se conclure
plus vite. En tout cas, nous souhaitons qu'elles se concluent le plus vite
possible. La deuxième préoccupation concernait les réformes internes en
relation avec l'élargissement, réformes internes de l'Union européenne. J'ai
expliqué que, quand la France demandait des réformes des institutions
européennes, ce n'était pas pour bloquer l'ouverture des négociations de
l'élargissement, elles vont commencer au début 1998, ce n'est pas non plus pour
faire en sorte que ces négociations durent plus longtemps. Elles doivent avoir
leur logique propre. C'est pour permettre que, lorsque votre pays appartiendra
à l'Union européenne, il trouve une Union qui marche, qui décide qu'il y ait
des politiques, et quand nous parlons de réformes institutionnelles, nous ne
pensons pas refaire tout l'édifice, nous pensons réformes concrètes, pratiques
et minutées. Personne ne doit douter que la volonté française pour
l'élargissement, et notamment pour l'élargissement à la Hongrie, est
extrêmement forte, aussi forte que celle de n'importe quel autre Etat de
l'Union. Donc, mon deuxième message, c'est bienvenue à la Hongrie et à la table
des négociations, mais attention, ces négociations supposent des efforts
d'adaptation et la poursuite des réformes. Il reste un gros travail à faire
pour rattraper l'acquis communautaire. Mais, tout cela doit pouvoir aller vite,
le plus vite possible et je n'ai pas de doute que la Hongrie appartiendra aux
premiers pays qui vont adhérer à l'Union dans la prochaine période. On ne peut
qu'être impressionné par ce qui se passe ici et j'ai ressenti un consensus de
toute la classe politique vers l'Europe, même si les élections approchent.

Et la troisième chose concerne la qualité des relations économiques,
politiques, culturelles entre nos deux pays qui ont connu un développement
extrêmement fort au cours des deux dernières années. J'ai notamment insisté
auprès de M. Medgyessy et de M. Fazakas sur le fait que nous souhaitions que
ces relations se développent encore, que nos marchés s'ouvrent davantage
encore, notamment que les entreprises françaises et européennes bénéficient
dans votre pays d'une préférence d'autant plus grande que ce pays est candidat
à l'Union européenne. J'ai senti un souci chez mes interlocuteurs de réaliser
ces préférences européennes et aussi de permettre une très grande transparence
dans l'accès des entreprises aux grands contrats. Voilà, c'était une journée où
je voulais délivrer un message d'amitié...

Q - Vous avez dit que la France était favorable sans réserve à l'adhésion de la
Hongrie à l'Union européenne. Maintenant, vous venez de faire allusion à
certaines exigences que vous formulez à l'égard de cette adhésion. De quelles
exigences parlez-vous exactement ?

R - L'exigence n'est pas une réserve. S'il n'y avait aucune exigence, on
signerait demain matin. S'il y a négociations, c'est qu'il y a des choses à
améliorer. L'Union européenne, c'est un grand marché intérieur où les
différents pays ont un très grand niveau de cohésion. On sait finalement les
choses qu'il faut améliorer, il y a toute une adaptation juridique par rapport
à des mécanismes de marché, il y a une inflation à maîtriser, des déficits à
réduire encore, des réformes structurelles à conduire en matière de fiscalité,
de sécurité sociale pour que votre système soit proche du nôtre, il y a
l'adaptation des règles de Schengen. Tout cela prend du temps parce que cela ne
peut pas se faire en un jour, sinon ce serait un véritable choc. C'est pour
cela que la négociation va durer quelque temps, la transition encore quelque
temps. Mais ce ne sont pas des réserves, ni des exigences françaises, maisles
règles de la négociation européenne.

Q - J'ai deux questions à vous poser : nous avons reçu des prises de position
différentes de la part des hommes politiques européens concernant l'adhésion de
la Hongrie à l'OTAN, à savoir si cette adhésion facilite l'intégration à
l'Union européenne. Cela veut dire : est-ce que la confiance est plus grande
dès que nous sommes membres de l'OTAN ou est-ce que l'Union européenne dit que
les deux choses sont complètement séparées et différentes ?

L'autre question revient à l'actualité : d'après les dernières informations,
Washington souhaite s'adresser à Moscou et à Paris pour que ces deux pays
soient intermédiaires ou communiquent des messages dans la crise sur l'Iraq.
Paris est-il prêt à accomplir ces fonctions ?

R - Je ne répondrai pas à cette deuxième question pour deux raisons qui
tiennent toutes deux à la même chose, c'est que je suis ici, donc je n'ai pas
d'informations récentes, pas d'informations de mon ministère en tout cas ; la
deuxième, parce que je pense que c'est le genre de choses dont on parle moins à
l'étranger que chez soi. Cela dit, il est vrai que la France et la Russie ont
une position originale sur l'Iraq. Tout cela s'est exprimé à Moscou il y a
quelques jours. Et si les Américains veulent écouter notre position, on ne peut
que se réjouir, nous voulons le respect du droit, tout le respect du droit.

Sur le premier point, ma réflexion, c'est de dire que je crois qu'il ne faut
pas chercher un lien entre les deux. La Hongrie faisait partie des pays les
mieux préparés pour l'OTAN, la preuve c'est qu'elle va y entrer. Elle fait
partie des pays les mieux préparés, pour l'Union européenne, la preuve, c'est
qu'elle va avoir des négociations rapides. Le raisonnement n'a pas besoin
d'être beaucoup plus sophistiqué, tout va bien.

Q - Est-ce qu'il y a eu un impact psychologique s'agissant des résultats du
référendum sur vos entretiens ? Est-ce que cela vous étonnerait si le
gouvernement allemand propose que M. Trichet soit le premier gouverneur de la
Banque centrale ?

R - Encore une fois, je ne veux pas commenter dans un pays ami des relations
avec un troisième pays. Le fait qu'il n'y ait pas de réactions veut dire que la
candidature est acceptée et considérée comme normale, ou plutôt qu'elle est
surtout considérée comme normale parce que je ne crois pas qu'elle soit
acceptée, cela veut dire que tout cela se calme et qu'on décidera en mai.

Quant à l'impact psychologique, c'est un peu le sens de ma réaction, c'est vrai
que j'ai fait une interprétation un peu subjective des résultats mais j'ai les
moyennes : 85 %, cela a quand même une signification par rapport à la volonté
des Hongrois de s'arrimer à l'Europe et je crois que c'est difficile de le
nier. Pour moi, ce référendum ne peut pas vouloir dire uniquement que les
Hongrois sont attirés par l'Atlantique. L'ampleur du résultat montre qu'ils
sont surtout attirés vers l'ouverture aux pays de l'Ouest et un tel signe de
volonté doit être entendu. En tout cas, mais peut-être me contredirez-vous,
c'est comme cela que je veux l'entendre. Quand on voit que le peuple se
mobilise, que la classe politique toute entière est extrêmement motivée, ou
presque toute entière, que les entreprises souhaitent cette ouverture, presque
le pays tout entier veut l'Europe, il faudrait être sot ou très égoïste pour ne
pas entendre le message. Mais cela n'était pas un référendum sur l'Union
européenne. J'ai la faiblesse de penser qu'il y a tout de même un petit
rapport.

Q - J'ai une question de caractère géographique. Parmi les invités, les pays
invités aux négociations, on prend en considération la Pologne, la Tchéquie, la
Hongrie, peut-être la Slovénie. On se rend compte que vers le Nord, la
Slovaquie, et vers le Sud, la Serbie, et la République yougoslave. Est-ce que
l'Union européenne a quelque intention d'orienter ces pays et de les aider à
s'intégrer ou de faire des efforts ou des pas dynamiques ou intensifs vers
l'intégration ou l'orientation vers l'Europe pour assurer la continuité de
l'ensemble des pays dans cette zone de l'Europe ?

R - Il faut distinguer sur le plan géographique et politique. Il y a la volonté
de construire une grande Europe, il y a aussi des institutions pour cela, il y
a le Conseil de l'Europe, il y a l'OSCE, mais l'appartenance à l'Union
européenne suppose quand même des volontariats, et certains de ces pays que
vous avez cités, la Serbie, la Yougoslavie, à ma connaissance, ne sont pas
qu'une réalité géographique, mais aussi une réalité économique et politique.
Quant à la Slovaquie que vous avez évoquée, c'est un pays avec qui nous avons
des relations amicales, que nous n'oublions pas par rapport à la perspective
européenne, mais chacun sait qu'il y a encore des progrès, mettons d'ordre
politique, à accomplir pour qu'elle puisse être un candidat aux négociations.
Dès lors qu'elle aura fait ces progrès, il n'y aura pas de problèmes, d'autant
qu'elle est candidate.

Q - Ma question est la suivante : le fort succès du oui au référendum, hier,
montre la force des attentes qu'il y a dans ce pays à l'égard de l'Europe, des
espoirs. En même temps, la forte abstention ne dissimule pas le fait qu'il y a
un certain nombre d'inquiétudes également. En marge de votre venue en Hongrie,
peut-on s'attendre, lors du Sommet sur l'emploi puis à Luxembourg, à ce que la
France donne de la voix et pèse pour réorienter l'Europe dans le sens de
l'emploi, de l'harmonisation sociale par le haut, afin que ces inquiétudes qui
existent ici et ailleurs en Europe soient satisfaites ?

R - Je ne me risquerais pas à interpréter les abstentions surtout dans un pays
qui n'est pas le mien. Je constate quand même que ceux qui étaient contre ne
sont pas allés voter non. Donc, l'abstention peut aussi signifier une assez
faible opposition. Quand il y a 85 % de oui, le résultat est sans équivoque
aucune, d'autant que les référendums, surtout dans un pays comme la France, ont
rarement 70 % de participation, sauf comme cela été le cas pour le référendum
sur Maastricht, alors les opposants font le plein.

Donc, vous voyez qu'il peut y avoir plusieurs lectures. Mais sur le fond de
votre question, c'est-à-dire sur la priorité à donner à l'emploi, je dois
rappeler que le Sommet de Luxembourg, celui de cette semaine, vendredi, est une
initiative française, qu'il exprime notre préoccupation que l'Europe fasse
davantage attention à la croissance et à l'emploi et que, pour nous, il doit
marquer le début d'un rééquilibrage de la construction européenne. L'Europe
doit marcher sur ses deux pieds : le pied financier, monétaire, du marché ; le
pied du progrès social et de la lutte contre le chômage. La France doit faire
entendre sa voix. Et pour mesurer le succès de ce sommet, il faut quand même se
souvenir d'où l'on part, c'est-à-dire de rien, d'un grand scepticisme de nos
partenaires, de l'hostilité de certains d'entre eux. A l'arrivée, il y aura une
mobilisation politique, une prise de conscience. C'est extrêmement important.
Ceux qui attendent que, d'un coup de baguette magique, on renverse la table,
seront déçus. Ceux qui espèrent que la tendance va s'infléchir seront
satisfaits.

Q - Au cours des semaines passées, il y avait des mouvements très radicaux dans
le cours des devises et monnaies dans les bourses mondiales. De nombreux
experts disaient qu'il faudrait freiner la libéralisation financière.
Aujourd'hui, M. Chirac, et d'une manière un peut inattendue, s'est joint à ceux
qui se sont exprimés dans ce sens et il a sollicité une régularisation des
marchés monétaires, des marchés de capitaux. Dans l'Union européenne, cette
question est réglée au niveau de l'Union même. Pouvez-vous imaginer un pas en
arrière, un pas de réticence dans le domaine du libéralisme dans l'Union
européenne ?

R - Le libéralisme, le marché sont de bonnes choses. On ne peut pas donner de
frein au libéralisme, mais c'est une doctrine qui produit beaucoup d'excès,
d'inégalités, d'injustices. C'est pourquoi il faut effectivement des formes de
régulation des marchés monétaires financiers, au plan international. Quand on y
réfléchit bien, l'euro, c'est cela aussi. En effet, il va supprimer toute une
série de spéculations, notamment entre des monnaies européennes. Donc, nous
avons bien besoin d'encadrer les excès des marchés./.


Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 25 septembre2001)

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