Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le chômage de longue durée et la lutte contre les exclusions, notamment la décision de créer un Fonds d'urgence sociale et la pérennisation des missions d'urgence sociale, Paris le 9 janvier 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le chômage de longue durée et la lutte contre les exclusions, notamment la décision de créer un Fonds d'urgence sociale et la pérennisation des missions d'urgence sociale, Paris le 9 janvier 1998.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Annonce le 9 janvier 1998 par Lionel Jospin de mesures en faveur des chômeurs de longue durée, à la suite de l'occupation de certaines antennes ASSEDIC par des chômeurs de longue durée depuis le 11 décembre 1997

ti : Depuis plusieurs semaines, des actions collectives expriment les difficultés des chômeurs. Elles se sont traduites dans un certain nombre de cas par des occupations de services sociaux, notamment d'ASSEDIC.

Quel que soit le nombre de ceux qui se sont engagés dans ces mouvements, je sais le poids que fait peser le chômage prolongé sur des centaines de milliers de personnes. Au delà de la question immédiate de la réforme des fonds sociaux de l'UNEDIC, nous y voyons le témoignage d'une détresse, d'un désarroi profond, que vivent beaucoup de personnes privées d'emploi accablées de problèmes matériels.

L'opinion publique ne s'y est pas trompée, d'autant que la période de fêtes de fin d'année a rendu, par contraste, ces situations encore plus intolérables.

Chacun se sent concerné, parfois menacé, directement ou à travers ses proches, par le chômage. Les responsables, tous les responsables, politiques, économiques, sociaux, sont aujourd'hui interpellés. Le Gouvernement l'est assurément.

C'est pourquoi j'ai pris l'initiative de convier hier, à Matignon, avec Martine AUBRY, Ministre de l'Emploi et de la Solidarité, les organisations syndicales et patronales représentatives.

J'ai également rencontré des associations de chômeurs. C'est la première fois que de telles associations sont reçues à Matignon. Je sais que cette démarche a pu soulever des interrogations. Pour éviter toute ambiguïté, je tiens à réaffirmer que les organisations syndicales constituent les interlocuteurs naturels, directs et constants des pouvoirs publics. Leurs responsabilités représentatives sont essentielles. Leur rôle spécifique en matière de négociation, inscrit dans le code du travail, est un élément clé des relations sociales. Les syndicats ont vocation à représenter tous les travailleurs, y compris lorsqu'ils sont privés d'emploi.

Nous savons par ailleurs le rôle considérable joué dans notre pays par les associations, et en l'espèce par les associations de chômeurs. J'ai rencontré hier quatre d'entre elles, qui ont constitué des réseaux nationaux, et je sais qu'au plan local, sur le terrain, il en existe beaucoup d'autres, plusieurs milliers, qui accompagnent et aident les personnes privées d'emploi dans leur vie quotidienne. Elles sont d'ailleurs déjà associées par la Ministre de l'Emploi et de la Solidarité au travail de préparation du projet de loi de prévention et de lutte contre les exclusions. Ces associations expriment des sensibilités et des préoccupations qu'il faut savoir écouter, et Martine AUBRY et moi-même avons ressenti comme positif et concret le dialogue noué hier.

Les échanges de cette journée, avec nos différents interlocuteurs, m'ont confirmé dans l'idée que nous devons agir simultanément dans deux directions :

la prise en compte de l'urgence,
la nécessité de dégager des solutions de fond, qui implique des mesures plus structurelles, afin d'obtenir des résultats durables.

Face à l'angoisse qui s'exprime, il nous faut tout à la fois trouver des réponses immédiates, et savoir ouvrir les chemins de l'espoir. Ceux-ci passent d'abord, c'est le premier objectif, par la création d'emplois. Nous savons que la première attente des chômeurs, c'est d'avoir un emploi. Mais nous savons aussi que pour nos concitoyens dans leur ensemble, la priorité c'est l'emploi. Je voudrais redire ici, à tous, que ma détermination personnelle, et celle du gouvernement, c'est de tout faire pour développer l'emploi.

Les Français savent quelle est l'importance et la multiplicité des efforts que nous avons déjà engagés depuis 7 mois pour la création d'emplois et pour plus de justice sociale.

Ils savent que nous avons relancé la croissance économique, en soutenant la consommation. Ils savent que nous avons créé des emplois-jeunes. Ils savent que nous avons engagé un mouvement général pour la réduction du temps de travail afin de créer des emplois, et j'ai été heureux de voir que mes interlocuteurs hier, dirigeants syndicaux et responsables d'associations, ont marqué à quel point cette réduction du temps de travail était pour eux source d'espoir et d'attente.

Tous nos efforts sont tournés, au plan national comme européen, vers une politique de croissance économique plus créatrice d'emplois, essentielle pour faire reculer le chômage. Casser la dynamique de confiance, bouleverser la politique économique et sociale engagée que la représentation nationale vient d'approuver à travers le vote du budget, aurait rapidement des effets inverses à ceux recherchés.

Les Français savent aussi ce que nous avons entrepris pour améliorer la situation des personnes les plus en difficulté, notamment par la revalorisation de l'allocation de rentrée scolaire, ainsi que de l'aide personnalisée au logement et de l'allocation spécifique de solidarité, toutes deux non revalorisées depuis 1994.

Ils savent enfin que nous avons commencé à rééquilibrer fortement les prélèvements, tant sociaux que fiscaux, dans le sens d'une plus grande justice sociale.

Tout cela contribue à créer des emplois. Mais au-delà des premiers résultats, nous savons bien que cela va prendre du temps. Or, beaucoup ne peuvent attendre tant sont lourdes les difficultés qui pèsent sur eux.

C'est pourquoi il faut que la France se mobilise pour répondre à cette urgence sociale. Il n'est pas tolérable que dans notre pays, des hommes, des femmes, des familles ne puissent plus payer une facture d'électricité, qu'ils soient menacés d'expulsion car ils ne peuvent plus assurer leur loyer, qu'ils soient contraints à renoncer à certains soins ou aux cantines scolaires pour les enfants.

J'ai donc pris les décisions suivantes.

Un fonds d'urgence sociale, pour les personnes privées d'emploi, est créé. J'ai décidé de lui affecter un milliard de francs. Je souhaite que cette importante contribution de l'Etat soit complétée, dans le cadre de leurs attributions, par d'autres sources de financement, en provenance notamment des Conseils Généraux, des Caisses d'Allocations Familiales, des ASSEDIC.
L'urgence est l'affaire de tous.

Par nature, l'accès aux aides d'urgence doit être simple, rapide. Ce n'était pas suffisamment le cas jusqu'à présent, comme nous l'ont dit d'ailleurs de nombreux préfets lorsqu'ils ont mis en place fin décembre, à la demande de Martine AUBRY, des cellules d'urgence pour prendre en charge les situations les plus difficiles.
Cette initiative a constitué une première avancée. Déjà, en quelques jours, plusieurs milliers de dossiers ont été traités. C'est pourquoi le gouvernement a décidé de pérenniser, sous forme de missions d'urgence sociale, les cellules départementales qui ont été constituées.

J'ai demandé à Madame Marie-Thérèse JOIN-LAMBERT, inspecteur général des affaires sociales, présente à nos côtés, dont les compétences et l'autorité dans ces domaines sont bien connues, et qui sera placée auprès de la ministre de l'Emploi et de la Solidarité, de veiller au bon fonctionnement de ces missions. Elle s'assurera que leur action est menée de manière efficace et rapide.

Au-delà de ces réponses à l'urgence, nous devons engager une réflexion sur les ressources financières de ceux qui sont le plus en difficulté. Aussi, ai-je demandé à Marie Thérèse JOIN-LAMBERT d'examiner les conditions d'articulation et de cohérence d'une part, entre les systèmes d'indemnisation du chômage et de la solidarité nationale et d'autre part, entre les minima sociaux. Elle rencontrera, dans le cadre de sa mission, les élus, les acteurs de terrain, ainsi qu'au niveau national les partenaires sociaux et les associations de chômeurs, pour examiner ces questions et faire des propositions, dont certaines pourront d'ailleurs figurer dans le projet de loi de prévention et de lutte contre les exclusions que le Gouvernement présentera dès le mois de mars.

D'ores et déjà, pour la préparation de ce projet important et complexe, un travail considérable a été réalisé par Martine AUBRY avec une centaine d'associations en mobilisant 19 ministères, tout au long de ces derniers mois. Plutôt que de reprendre des dispositions en préparation qui affirmaient des droits sans substance concrète, le gouvernement a entendu engager des réformes en profondeur en y affectant les moyens nécessaires, dans tous les domaines qui concernent l'exclusion, notamment le logement, la santé, l'éducation.

La lutte contre les exclusions comportera, outre ce projet de loi, un programme d'action triennal reposant sur des actions sectorielles prises en charge par chacun des ministères concernés.


Tout cet effort de mobilisation gouvernemental est entrepris en concertation avec l'ensemble des interlocuteurs locaux et sociaux.

Le rôle des associations de chômeurs, aux côtés de ceux qui sont privés d'emploi, doit être reconnu. Le gouvernement fera en sorte qu'au regard de leur action quotidienne en faveur des chômeurs, ces associations soient représentées dans des comités d'usagers auprès des services locaux de l'Agence Nationale pour l'Emploi et de l'Association pour la Formation Professionnelle des Adultes. J'espère que cette démarche sera suivie au sein d'autres organismes.

Enfin, comme je l'ai dit hier à mes interlocuteurs, je considère que ma responsabilité de chef du gouvernement est de faire en sorte que l'ensemble des établissements ouverts au public, et principalement ceux qui sont au service des chômeurs notamment les ASSEDIC, fonctionne normalement.

Le Gouvernement prend ses responsabilités. Il n'est pas le seul à en avoir. Chacun doit prendre les siennes. Je souhaite donc que tous les acteurs concernés s'inscrivent dans cette démarche de solidarité et de lutte pour l'emploi.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 13 juin 2001)

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