Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les enjeux de la mondialisation pour l'industrie et le rôle d'accompagnement de l'Etat des entreprises industrielles, Paris le 24 mars 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les enjeux de la mondialisation pour l'industrie et le rôle d'accompagnement de l'Etat des entreprises industrielles, Paris le 24 mars 1998.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Assemblée générale de la Fédération de la parfumerie sur le thème "L'industrie française face à ses nouveaux défis" à Paris le 24 mars 1998

ti : Je suis très heureux de me retrouver ici parmi vous, et suis particulièrement sensible au message d'amitié d'Alain GRANGE-CABANE.

Le secteur de la parfumerie et des cosmétiques est, je crois, un secteur emblématique de notre industrie à plusieurs égards.

- vos produits, véhiculent l'image de la créativité et de l'inventivité française, au point que les autres secteurs de l'économie se plaignent que " l'image de l'industrie française à l'étranger, c'est le luxe et surtout, au sein du luxe, le parfum ";
- vous êtes un secteur fortement tourné vers l'extérieur, vers le grand large, puisque la parfumerie fait plus de la moitié de son chiffre d'affaires à l'exportation, et cela ne date pas d'hier;
- La filière du parfum et de la cosmétique marie à merveille tradition et modernité, et ceci dans les PMI du secteur, comme dans ses multinationales;
- votre secteur a su opérer des ajustements indispensables notamment par des rapprochements d'activités et d'importants mouvements de concentration.

C'est parce que vous êtes en pointe dans ces évolutions que je suis heureux d'évoquer aujourd'hui avec vous les enjeux de la globalisation de l'économie pour l'industrie française. En évoquant trois points si vous le voulez bien: le rappel que l'industrie est engagée en première ligne dans la mondialisation (I), ma conviction que cette globalisation est une chance pour notre industrie (II), et la présentation du rôle d'accompagnement souhaitable pour l'Etat (III).

I. - L'industrie est en première ligne dans le processus de globalisation des échanges
Sous l'influence de moteurs culturels et politiques d'une part, et économiques et technologiques d'autre part, le monde change rapidement. De 1985 à 1995, les flux d'investissements directs à l'étranger reçus et émis, sont passés dans le monde d'environ 400 à plus de 1700 milliards de $. S'ils ont ainsi quadruplé à l'échelle mondiale et pour de grandes entités économiques comme les Etats-Unis, ils ont sextuplé en France et en l'Allemagne, et pour la Chine, ont été multipliés par environ 40.

Le processus d'intensification des échanges internationaux se décline dans tous les domaines, celui des marchandises, celui des technologies, celui des marchés financiers, ou encore celui des services, de moins en moins " secteur protégé ".
Mais l'industrie est le fer de lance de ce mouvement, en première ligne de la concurrence mondiale exacerbée. C'est notre industrie qui s'y est préparée la première, notre industrie qui véhicule l'image de notre économie, notre industrie qui conditionne la force de nos services aux entreprises et leurs succès à l'étranger. L'industrie joue un rôle pilote dans l'internationalisation des stratégies des firmes françaises.

Les entreprises industrielles françaises ont su s'internationaliser, plus tôt qu'on ne le prétend parfois, et les performances de beaucoup d'entre vous en témoignent. D'où une gestion organisée à un niveau mondial sous ses divers aspects : approvisionnement, production, commercialisation et distribution, R D, et financement. Nos groupes industriels arbitrent de plus en plus entre exportations, investissements directs à l'étranger et alliances internationales.
La mondialisation exige généralement des unités de grande taille, impliquant des opérations de fusions-acquisitions, ou plus simplement des alliances: établissements de normes, accords technologiques ou de distribution... Ces accords sont indispensables pour emporter un marché, contrer un concurrent, répartir les coûts et les risques. Les alliances facilitent l'accès à de nouvelles technologies ou à des marchés très risqués.

C'est l'agrégation de ces ambitions et de ces réussites qui font de la France la quatrième puissance industrielle mondiale pour la valeur ajoutée industrielle et pour les exportations, devant l'Italie et le Royaume-Uni, après les Etats-Unis, le Japon et l'Allemagne.

La France possède des bases solides pour tenir sa place en Europe et affronter la concurrence mondiale. Le "chiffre d'affaires de l'industrie française à l'étranger" est un indicateur qui synthétise bien notre présence sur les marchés mondiaux puisqu'il agrège exportations et ventes de nos filiales à l'étranger, or il représente 65% de la production industrielle intérieure.

A l'inverse, la France est, après les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, le 3ème pays d'accueil d'investissements étrangers. C'est un "pays carrefour", où 20 milliards de francs ont été investis par les groupes étrangers en 1997.

II. - La mondialisation, bien maîtrisée, est une chance pour notre industrie
La mondialisation doit être délibérément affrontée, mais aussi accompagnée. Elle doit notamment se faire sans recul de la solidarité dans notre pays, solidarité qui est une valeur en soi, mais qui est aussi un facteur d'efficacité économique. C'est cette approche qui emportera la motivation et la détermination de tous dans la compétition économique: chefs d'entreprises, salariés, encadrement supérieur, techniciens ou ouvriers.

Tout d'abord dans le domaine de l'exportation, les résultats récents montrent la vitalité des exportations françaises (+14 % en 1997). Et ces performances comptent pour une large part dans notre croissance. L'investissement international ne se substitue pas aux échanges commerciaux, bien au contraire : la production des groupes français à l'étranger favorise le développement de leurs exportations.

Ensuite, en matière d'emplois, on observe un quasi-équilibre en France entre les emplois des groupes français à l'étranger et ceux des groupes étrangers en France. De même, l'équilibre de la balance commerciale française permet un équilibre de la " balance en emplois ". Les quelque 3 millions d'emplois directs ou indirects procurés par les exportations manufacturières font plus que compenser les emplois affectés par les importations. Et contrairement à une idée reçue, nos échanges sont légèrement déficitaires en emplois avec les pays industrialisés, mais excédentaires en emplois avec les pays à faibles coûts de main-d'oeuvre.

En outre, l'ouverture sur l'extérieur contribue à la diffusion du progrès technique. L'essentiel des transferts techniques internationaux entre la France et l'étranger a lieu au sein des entreprises transnationales. Les filiales des groupes américains implantés en France sont à l'origine de plus de 60% des achats de technologie par l'Hexagone.

III - Quel peut être le rôle de l'Etat dans l'accompagnement des entreprises industrielles engagées dans la mondialisation ?
La mondialisation nécessite une nouvelle définition des outils de l'action publique. Néanmoins, une action de l'Etat est indispensable en matière de régulation des échanges de biens, de services et de capitaux. L'Etat doit aider les entreprises à préserver et améliorer leur compétitivité, il doit plus largement veiller à l'attractivité de notre territoire.

En matière de compétitivité des entreprises, l'Etat veille à ce que la poursuite de l'intégration européenne apporte des atouts aux entreprises pour explorer de nouveaux espaces.

L'Euro va apporter un cadre plus stable pour conduire les affaires. Géré par une banque centrale indépendante, assis sur des économies convergentes, il permettra:
- d'affronter la concurrence mondiale dans de meilleures conditions,
- de supprimer les coûts de conversion et de couverture de change au sein de l'Union européenne (0,4% du PIB européen selon la Commission).
- d'optimiser la gestion de trésorerie des entreprises, et d'améliorer l'évaluation de leurs coûts comparés en Europe.
- et surtout de mettre les entreprises européennes à l'abri des turbulences monétaires au sein de l'Europe. A cet égard, c'est un acte fort du gouvernement auquel j'appartiens d'avoir oeuvré en faveur de la participation à l'Euro des pays de l'Europe du Sud tels que l'Italie et l'Espagne.

Et L'Etat veille à ce que les PME-PMI ne se retrouvent pas dans une situation défavorable en termes de préparation à l'Euro. Une bonne préparation à l'Euro dépend d'une coordination au niveau de la direction de l'entreprise, en concertation avec ses partenaires habituels (experts comptables, banques, prestataires informatiques...). C'est pourquoi nous avons mis en place, avec Dominique STRAUSS-KAHN et Marylise LEBRANCHU, la Charte "'Préparation des Petites et Moyennes Entreprises à l'Euro". L'Etat assure un effort important de communication, nationalement et localement, et veille à la bonne cohérence des actions engagées.

L'Etat doit aussi s'assurer que les accords commerciaux et sur les investissements soient équitables. L'Etat, en relation avec la Communauté Européenne, défend la position de nos industriels notamment à l'Organisation Mondiale du Commerce. La France est attentive à ce que la Communauté Européenne mette en oeuvre éventuellement les instruments de politique commerciale nécessaires à une concurrence loyale sur les marchés internationaux, par exemple la procédure antidumping.

Favoriser la compétitivité d'entreprises françaises implique également d'aider à un rayonnement international de nos entreprises, en tablant sur nos atouts concurrentiels. Les entreprises doivent s'implanter sur les marchés en expansion. L'Etat vise à leur fournir un éclairage stratégique, à développer la veille économique, et à accompagner les PMI sur les marchés les plus difficiles.

Au delà de la compétitivité des entreprises, je souhaite évoquer plus largement l'attractivité de notre territoire, le nécessaire aménagement par l'Etat d'un environnement réglementaire et normatif favorable pour les entreprises.

En effet, je ne conçois pas l'économie mondialisée comme un monde où chacun d'entre nous serait désormais seul contre tous sur le marché mondial. Bien entendu, chaque entreprise mesure son poids face à ses concurrents, et les salariés les moins qualifiés voient leur situation menacée par la concurrence des pays à bas salaires.

Mais une société n'est pas une juxtaposition de personnes dont on pourrait mesurer la productivité isolément. Il est plus pertinent de mesurer l'efficacité globale de la société, celle qui résulte de la performance de l'appareil productif, mais aussi de la qualité du système scolaire, des infrastructures, de l'administration.

S'agissant de l'attractivité de notre territoire, nous devons mettre en avant la qualité de l'environnement industriel et des infrastructures, l'attractivité de notre marché, sa localisation centrale en Europe, la bonne productivité de notre main d'oeuvre.

La compétitivité de nos entreprises passe également par une protection accrue de la propriété industrielle, qu'il s'agisse de marques ou de brevets. Je sais que ces questions sont très sensibles dans vos professions, dont le talent est souvent mesuré à l'aune du pillage dont il fait l'objet. J'ai annoncé tout récemment les orientations du Gouvernement sur la base du rapport sur le brevet de Didier LOMBARD, Directeur Général des Stratégies Industrielles, qui m'a été remis fin janvier. Je compte beaucoup, par ailleurs, et dans le même esprit, sur les actions du Comité national anti-contrefaçon, dont la Présidente est Brigitte DOUAY.

Les travaux de comparaisons internationales que nous avons menés montrent la nécessité de mieux valoriser le potentiel de matière grise dont nous disposons : sans anticiper sur le calendrier gouvernemental, il est clair que nous avons fait de l'innovation un axe majeur de notre action, avec l'objectif d'une modernisation de notre soutien à la R D. C'est notamment l'objet du rapport Guillaume.

On stigmatisait le retard français sur les technologies de l'information. Le gouvernement s'emploie à le combler, par le développement d'Internet l'école par exemple, mais aussi par la mobilisation en faveur du commerce électronique. A ce sujet, le rapport Lorentz ouvre la voie à ce qui sera une révolution dont nous ne voyons que les prémisses, avec l'ouverture des marchés mondiaux à des conditions de coûts et selon des méthodes très différentes de ceux que nous utilisions jusqu'ici.

Je terminerai ce propos, en insistant, une fois encore, sur l'exemplarité des démarches stratégiques de la parfumerie et des cosmétiques, et en vous disant tout mon souhait que l'Etat soit - si vous permettez ce néologisme - l'Etat "facilitateur", ou l'Etat accompagnateur de vos entreprises industrielles.


(Source http://www.industrie.gouv.fr, le 24 septembre 2001)

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