Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur le plan d'action gouvernemental en faveur de l'industrie textile, à l'Assemblée nationale le 28 avril 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur le plan d'action gouvernemental en faveur de l'industrie textile, à l'Assemblée nationale le 28 avril 1998.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Audition du groupe textile de l'Assemblée nationale le 28 avril 1998

ti : L'objet de cette audition évoque pour moi bien des souvenirs puisque j'eus, il y a encore peu d'années, l'honneur d'être Président du groupe parlementaire textile. Je souhaite saluer l'action de mon ami Jean-Pierre BALDUICK, Président du groupe textile de l'Assemblée nationale, et la vôtre mesdames et messieurs les députés, qui permet à la représentation nationale de jouer tout son rôle d'écoute et d'impulsion, aux côtés du Gouvernement, en faveur de ce secteur textile-habillement, si crucial pour l'emploi et l'équilibre industriel de nos régions.

A cette occasion je salue la mémoire d'un champion de cette cause, le regretté Maurice SCHUMANN, voix de la Résistance, Président du groupe textile du Sénat, et, qui voici quelques mois encore, m'entretenait avec passion des difficultés du secteur.

Le secteur textile-habillement est spectaculairement confronté, cela est devenu un lieu commun de le dire, à la mondialisation de notre économie. Face à ces évolutions, seront déterminants les efforts des entreprises et des pouvoirs publics pour la modernisation et la pérennité du secteur.

Les événements en effet se précipitent. La mise en place de l'Euro, la pression toujours plus forte de la distribution et des pays à bas salaires, la fin du plan textile et la nécessaire réflexion stratégique des chefs d'entreprises sur l'aménagement-réduction du temps de travail et la réorganisation en profondeur des modes de travail et des relations dans l'entreprise sont autant de facteurs d'accélération et de cristallisation des décisions.

Nous sommes donc à une époque charnière. L'étude DAFSA commandée par la Direction Générale des Stratégies Industrielles sur l'avenir du textile-habillement (et que je tiens à votre disposition) dessine trois scénarios :

*le premier s'intitule " la continuité passive " : ce serait la prolongation des tendances passées sans volontarisme des uns et des autres ;
*le second dénommé " l'implosion " précipite le secteur vers l'immatériel avec une délocalisation forcenée de la production ;
*le dernier, " l'évolution maîtrisée ", s'appuie sur une approche volontariste du développement accélère de l'immatériel tout en maintenant un niveau suffisant de production nationale.

Le scénario 1, je l'écarte délibérément ; le scénario 2 peut se dérouler hélas si les chefs d'entreprises se détournaient des opportunités qu'offre encore l'implantation industrielle sur notre territoire, et si les pouvoirs publics se satisfaisaient du laisser-aller. Vous aurez compris que le scénario numéro 3 a ma préférence. Je suis prêt à me battre en ce sens mais nous ne pourrons réussir que solidairement entreprises, organisation professionnelles, pouvoirs publics.

Il nous faut donc avoir un diagnostic lucide (I), une stratégie claire (II) et un plan d'action volontariste (III) qui permette de la mener.

I.- Un diagnostic lucide
a - Les formes de la concurrence mondiale exacerbée

Les articles d'habillement en provenance des pays à bas salaires - européens ou non - comptaient pour 41 % des importations en 1985, ils en représentaient 65 % en 1996. Et l'Europe a vu sa part de marché diminuer, même si l'Italie continue de bien pénétrer le marché français, et d'y conforter ses positions.

La saturation du marché européen est patente, avec une croissance d'un peu plus de 1 % l'an contre 3 % pour le marché mondial. Dans notre pays, la part des dépenses d'habillement dans la consommation de chacun d'entre nous est passée de 7 % il y a 20 ans à 5 % aujourd'hui. C'est donc vers le grand large qu'il faut nous tourner, tout en luttant pour préserver nos positions en Europe.

La France est en butte à une fragilisation de sa position et de son image sur le marché mondial qui connaît des mutations rapides : concentration et globalisation des groupes, multiplication des industries émergentes à fortes capacités de production, et recentrage des pays matures vers des compétences d'organisation et de marketing.

Dans cette lutte opiniâtre, des stratégies gagnantes peuvent parfois être constatées. Ainsi le vêtement féminin résiste mieux que le vêtement. Beaucoup ont su accélérer le rythme des productions et multiplier les gammes et les marques.

b - Les stratégies induites des entreprises

Dans l'habillement, la tendance est au passage à une industrie de l'immatériel (création, marketing, distribution...) avec une progression des donneurs d'ordre et un déplacement de la valeur ajoutée vers l'aval de la filière. Cet ajustement répond aux mutations du marché mondial où le rôle des marques et des enseignes est de plus en plus structurant.

On assiste dans une certaine mesure au passage à une industrie de niches, recherchant moins des productions de volume, et davantage la spécificité d'un produit donné sur le marché mondial.

La distribution des produits textile-habillement a rapidement évolué au cours des vingt dernières années : les détaillants multi-marques traditionnels ont perdu de leur poids sur le marché, tandis que la distribution concentrée (hyper et supermarchés, chaînes spécialisées, V.P.C.) s'est imposée. Ces grands distributeurs sont devenus de plus en plus souvent des donneurs d'ordre, faisant directement travailler un réseau important de sous-traitants. Ils ont imposé à ceux-ci des exigences croissantes de qualité et de réactivité. Ces exigences se répercutent nécessairement sur l'ensemble de la filière, en remontant vers l'amont (tisseurs, filateurs, producteurs de fibres...).

Il résulte de l'ensemble de ces mutations une baisse drastique des effectifs industriels et des investissements matériels. Et ce malgré une stabilisation, voire une progression du chiffre d'affaires et de la valeur ajoutée, qui continuait de représenter en 1995 quelque 5 % du chiffre d'affaires de l'industrie manufacturière. Ainsi, l'emploi dans le textile-habillement, qui s'élevait encore à 257 000 emplois en 1997, a vu se poursuivre sa dégradation ces dernières années au rythme de - 4 à - 5 % l'an.

II.- Une stratégie claire :
a - Un développement acharné de l'innovation

Nous ne pouvons rivaliser avec nos concurrents des pays à bas coût de main d'oeuvre sur les produits "basiques" tels que les tee-shirts ou les chemises en coton. Au contraire, nous avons un atout à jouer en développant sans cesse de nouveaux produits à forte valeur ajoutée, en améliorant nos processus de production pour les rendre plus performants, et en sachant vendre. La compétitivité par la qualité ne permet pas de s'affranchir de la maîtrise des coûts mais permet de dépasser la simple logique des coûts en fidélisant et créant de la clientèle.

Les organisations professionnelles du textile et de l'habillement ont bien saisi l'enjeu en faisant de 1997 l'année de l'innovation. Au mois de décembre dernier, j'ai été invité par ces organisations professionnelles à remettre les "Trophées de l'innovation" à quatre entreprises qui toutes ont su innover, sur le plan du produit, du processus de production ou du service rendu aux clients.

L'Institut Textile de France étudie les textiles de demain : parfumés, dotés de propriétés bactéricides, filtrant les rayons du soleil, permettant au corps de résister à des températures extrêmes.... A ce propos, il faut conforter le potentiel de nos centres techniques industriels, l'Institut Textile de France et le Centre Technique des Industries de l'Habillement. J'ai proposé aux organisations professionnelles et syndicales d'examiner leur regroupement qui renforcera les synergies, prendra en compte les besoins de toute la filière, et favorisera des économies.

Mais il ne suffit pas d'avoir de bons produits, encore faut-il savoir les vendre : de ce point de vue, on ne peut que déplorer le faible nombre de marques françaises à forte notoriété, si l'on excepte le domaine du luxe, et surtout la faiblesse des moyens consacrés par le textile-habillement à la promotion de ses produits : il faudrait consacrer 10 % du CA aux dépenses publicitaires, alors qu'actuellement ce taux ne dépasse pas 1,9 %.

b - Une réduction-réorganisation du temps de travail qui ne grève pas les coûts des entreprises

Le plan textile avait été conçu hâtivement pour compenser le surcoût de compétitivité artificielle que s'étaient octroyés certains de nos voisins européens, à la faveur de la dévaluation de leurs monnaies. La remontée de la livre sterling et de la lire italienne a rétabli des parités plus équilibrées. Surtout, le passage prochain à l'Euro supprimera ce genre de problème à l'intérieur de l'Europe. A cet égard, la participation à l'Euro de nos partenaires du Sud, et notamment de l'Italie, est essentielle, et le Gouvernement auquel j'appartiens a pesé très fortement en ce sens. L'évolution du dollar vers un cours plus juste va aussi dans la bonne direction.

L'arrêt du plan textile était prévu, dans la loi même qui l'a institué, au 31.12.1997. En outre, nous ne pouvions ignorer la décision d'interdiction du plan prise par la Commission européenne en avril 1997. Une extension à l'ensemble de l'économie, seule solution acceptable par la Commission, eût été trop coûteuse pour nos finances publiques.

Avec le soutien du Parlement, le Gouvernement n'en a pas moins recherché tous les moyens légaux pour adoucir la transition de la fin du plan textile. C'est ainsi qu'a été maintenu l'allégement de base institué par le Gouvernement précédent, et qui décroît pour s'annuler au niveau de 1,3 SMIC. En outre, avec l'accord de la Commission de Bruxelles les entreprises du textile-habillement-cuir qui n'ont pas atteint un montant cumulé d'aides de 650.000 francs, continuent à bénéficier de l'allégement spécifique jusqu'à ce qu'elles atteignent ce seuil et au plus tard jusqu'au 31.12.1998. Je rappelle ici l'effort budgétaire que cela représente, et que le Parlement a voté : 600 MF, soit un tiers environ du coût annuel du plan textile.

Le Gouvernement s'est fermement engagé sur la voie de l'aménagement-réduction du temps de travail, comme moyen de dégager des emplois supplémentaires. Pour y parvenir, il privilégie la négociation à tous les niveaux, branches ou entreprises. Je pense qu'il y a là une occasion pour les entreprises du textile-habillement-cuir-chaussure - soumises à de fortes variations saisonnières d'activité et à un impératif de réactivité de plus en plus grand - d'engager avec les représentants de leur personnel une négociation portant sur l'ensemble des questions relatives à l'organisation du travail dans l'entreprise. Tout le monde peut trouver son compte dans cette négociation, chefs d'entreprise comme salariés.

En outre, comme vous le savez, des aides sont prévues pour les entreprises qui concluront des accords portant sur la réduction du temps de travail, d'autant plus importantes qu'ils seront conclus plus tôt. J'ai oeuvré avec ma collègue Martine AUBRY pour que ces aides soient majorées pour les entreprises employant plus de 60 % d'ouvriers et plus de 70 % de salariés payés au dessous de 1,5 fois le SMIC, pour tenir compte des difficultés particulières de ces entreprises de main d'oeuvre pour entrer dans le dispositif de réduction du temps de travail. Ces aides majorées bénéficieront à la grande majorité des entreprises du textile-habillement-cuir-chaussure qui sont affectées par la fin du plan textile, sans être pour autant une aide sectorielle condamnable par Bruxelles.

Je suis convaincu que les entreprises du textile-habillement-cuir-chaussure sauront saisir l'opportunité qui s'offre à elles, et plutôt que d'attendre passivement, s'engageront dans la négociation afin de satisfaire leurs besoins croissants de souplesse et de flexibilité dans la production. D'ailleurs certaines d'entre elles - je pense par exemple à Kindy-La Bonal - s'étaient déjà engagées dans cette voie. Et des industriels du secteur me disent comprendre l'intérêt de cette démarche.

c - La dynamisation du fonctionnement de la filière industrie-distribution

Pour répondre aux nouveaux défis de la distribution, les entreprises doivent de plus en plus travailler en réseaux au sein desquels l'information doit circuler de façon constante et autant que possible en temps réel. Ces instruments existent, c'est ce qu'on appelle l'EDI (échange de données informatisées).

Selon l'étude DAFSA précitée, le taux d'équipements en EDI en France n'est que 5 %, contre 70 % aux États-Unis aujourd'hui. Je souhaite engager les entreprises du textile-habillement à répondre plus nombreuses à l'appel à proposition " technologies clés ", sur ce créneau de l'EDI.

Les développements récents de l'informatique et de la transmission de données ouvrent également des perspectives en matière de commercialisation des produits. Le commerce électronique devrait rapidement permettre aux producteurs d'entrer directement en contact avec leurs clients et de leur fournir des produits personnalisés, adaptés à leurs goûts et souhaits.

d - L'internationalisation des entreprises

Le secteur doit poursuivre sa préparation à la disparition progressive de l'Accord multifibres (dernières phases critiques en 2002 et 2005). Nous allons bientôt entrer, en 2002 dans une nouvelle étape, qui touchera des produits qui concurrenceront très fortement les nôtres. Il faut s'y préparer et s'assurer de l'effectivité des contreparties en termes d'ouverture à nos produits des marchés extérieurs. Je pourrais développer ce point si vous le souhaitez (cf. fiche " Textile, OMC et Europe ").

Surtout, à l'heure où les barrières douanières s'estompent, les entreprises, pour survivre, doivent s'internationaliser.

Cela signifie tout d'abord exporter une part croissante de la production nationale : notre taux d'exportation dans le secteur n'est que de 25 % à 30 %, et il faudrait qu'il progresse. Malgré les efforts de nos entreprises qui ont augmenté leurs exportations, notre solde global textile-habillement s'est malheureusement dégradé, pour la deuxième année consécutive pour atteindre 27,5 milliards de francs. L'explication tient à la forte progression de nos importations, tant dans le textile-maille que dans l'habillement. Il semble que la reprise de la consommation constatée sur le marché intérieur en 1997 ait davantage profité aux produits importés qu'à la production nationale.

Il ne faut pas relâcher l'effort pour la conquête de nouveaux marchés : nos exportations restent trop concentrées sur l'Europe communautaire (65 % pour le textile et 54 % pour l'habillement). Conjoncturellement, je note de belles performances en 1997 sur les États-Unis ou sur la Grande Bretagne, favorisées par l'évolution des monnaies de ces pays. En revanche, si la crise asiatique n'a pas encore eu d'effets sensibles en 1997, on ne peut exclure qu'elle pèse sur notre balance extérieure textile-habillement en 1998, à la fois par le ralentissement de nos ventes vers ces pays et par l'accélération de nos importations.

Pour s'implanter sur de nouveaux marchés, les entreprises doivent apprendre à raisonner sur le moyen-long terme, et non faire des "coups" sans lendemain ; elles doivent s'appuyer sur une politique de marque et d'investissement publicitaire, tout comme sur le marché national. Ce sont quelques uns des enseignements d'une autre étude que la DGSI a fait réaliser par le cabinet BOSSARD consultants pour analyser les raisons de la faiblesse structurelle de notre présence sur le marché des États-Unis (hors la bonne performance de 1997).

S'internationaliser, c'est aussi rapprocher ses centres de production de ses clients, afin de profiter des ressources locales en matières premières et de mieux adapter ses produits aux spécificités des marchés locaux. On ne peut pas non plus exclure que des entreprises françaises fassent fabriquer une partie des produits vendus sur le marché français à des filiales situées dans des pays proches et qui nous sont liés, tels que le Maroc, la Tunisie, le Portugal ou les PECOS, car il s'agit souvent d'une stratégie pour la survie de l'entreprise. Nous devons raisonner de plus en plus en terme de grandes zones de production, Europe + Maghreb + PECOS par exemple, comme les États-Unis raisonnent à l'échelle de l'ensemble constitué par l'Aléna et les Caraïbes. Le maximum de valeur ajoutée doit rester en France (création, logistique, marketing, distribution) au sein d'entreprises fortes : c'est la condition du maintien des effectifs nationaux.

Malheureusement, la taille moyenne de nos entreprises, notamment dans l'habillement, est trop faible et nous manquons de grands groupes forts intégrés du textile jusqu'à la distribution, comme le sont Marzotto ou GFT en Italie. Cependant, on observe qu'une grande créativité, alliée à une politique de marque très active, peut permettre à des entreprises de taille moyenne, telles Chantelle, Barbara, Simone Pérèle dans le domaine de la lingerie féminine, de se maintenir sur le marché, malgré la puissance de groupes à dimension mondiale comme Sara Lee ou Triumph.

Il convient donc de favoriser les actions collectives au sein des professions, sous toutes leurs formes, afin que les entreprises apprennent à travailler ensemble.

III.- Un plan d'action volontariste
a - Pour préparer l'avenir de la filière, il faut agir pour l'innovation, la création, mais aussi les marques.

Sur le terrain de la création, le Ministère de l'Industrie avait lancé fin 1995 un appel à propositions "Jeunes créateurs de mode" qui a permis à neuf jeunes lauréats de renforcer leurs fonds propres. Un second appel à propositions sur le même thème, mais élargi aux entreprises d'accessoires (maroquinerie, bijouterie, lunetterie,...) à permis de retenir, en janvier 1998, dix-sept jeunes entreprises qui recevront un montant total de 7,4 MF.

Par ailleurs, une réflexion est actuellement menée au sein d'un groupe de travail associant pouvoirs publics et professions afin de proposer de nouvelles mesures en faveur de la création. Je pense que je serai en mesure d'annoncer un véritable plan de soutien à la création à l'automne.

Pour l'innovation, un autre appel à propositions intitulé "Les fibres à la conquête du marché", doté d'une vingtaine de millions de francs, vient d'être lancé. Il vise à aider les projets collectifs d'entreprises situées à différents stades de la filière textile-habillement-distribution, qui envisagent de mettre au point et de tester auprès des consommateurs des produits nouveaux issus de fibres nouvelles ou de l'utilisation et du traitement innovant de fibres existantes.

Enfin pour les marques, un troisième appel à propositions "Marques collectives" doté à titre expérimental de 3 MF vise à susciter l'émergence de marques collectives présentées par des entreprises se situant dans une même zone géographique et/ou disposant d'un savoir-faire spécifique, sur la base d'un référentiel élaboré en commun.

Cette préparation de l'avenir doit être protégée, et je voudrais aussi évoquer l'action du Gouvernement contre la contrefaçon, dont l'habillement est une des premières victimes. L'habillement subirait selon nos statistiques, qui sous-estiment inévitablement le phénomène, un manque à gagner de 6,5 % de son chiffre d'affaires à cause de la contrefaçon (à comparer à un ratio estimé à 2,5 % pour l'ensemble de l'industrie française). La lutte anti-contrefaçon est efficacement coordonnée par le Comité national anti-contrefaçon, présidé avec rigueur et enthousiasme par Brigitte DOUAY ici présente, et dont le secrétariat permanent est assuré par mes services. Avec Madame DOUAY, je réunirai en juin ce Comité pour faire le bilan 1997 des actions menées de concert entre les différentes professions et administrations concernées pour prévenir la contrefaçon et mieux la sanctionner.

Toujours dans le domaine de la qualité des produits textiles et d'habillement, un décret fixant des limites très strictes à la présence dans ces produits de certains colorants ou produits d'apprêt et de conservation, en vue de protéger la santé du consommateur, va très prochainement être publié, après une concertation approfondie entre toutes les parties intéressées. Cette mesure touchera de fait des textiles importés hors d'Europe puisque ces produits dangereux sont interdits en Europe.

Enfin, la nécessité pour les entreprises d'innover, de remettre en cause sans cesse leur organisation, d'évoluer vers des produits de plus en plus "techniques" et à forte valeur ajoutée, implique qu'elles disposent d'un personnel qualifié, capable de s'adapter au changement et d'évoluer vers des tâches nécessitant plus d'initiative et de réflexion. Les besoins en formation sont donc très importants. Or l'effort réalisé par les entreprises du secteur - sauf quelques exceptions - n'est pas à la hauteur. Pourtant des instruments existent qui permettent de prendre en charge une part importante des coûts : engagement de développement de la formation (EDDF) pour le textile-habillement et la couture ; fonds européens du F.S.E. au titre de l'objectif 4. Les chefs d'entreprises du secteur doivent considérer la formation comme un investissement tout aussi indispensable que l'achat de machines ou de logiciels. Je salue au passage la grande opération de formation qui est engagée dans la région de Roanne, avec le soutien des pouvoirs publics et du FORTHAC, l'organisme professionnel de mutualisation des fonds de la formation.

b - Le fonctionnement de la filière textile-habillement-distribution

Le Ministère de l'Industrie a lancé en 1995-96 un appel à propositions "Partenariat de filière" pour accompagner le développement de l'EDI entre tous les maillons de cette filière. Ce programme a suscité un très grand intérêt : 21 projets soutenus pour 24 MF d'aides ; 1500 entreprises concernées ; une quarantaine de prestataires de services avec le concours des centres techniques et des fédérations professionnelles.

J'attache une grande importance au développement de toutes les applications d'Internet. En 1998, 50 MF sont inscrits au budget de mon département ministériel essentiellement dirigés vers les PME pour les aider à diagnostiquer leurs besoins en la matière et à intégrer cette nouvelle technologie. Le textile-habillement a déjà commencé à l'utiliser ; tous les projets dans ce secteur seront les bienvenus, relatifs à Internet, au commerce électronique et à l'échange de données informatisées.

c - J'évoquerai aussi l'appui au développement international des entreprises, qui est de la responsabilité de mon collègue, Jacques DONDOUX.

Le dispositif d'accompagnement des PME à l'exportation existe depuis longtemps, même si des réformes sont actuellement en cours.

Ce dispositif, n'est pas toujours bien connu des entreprises : c'est pourquoi mes services ont organisé récemment, en collaboration étroite avec la DREE, une réunion à Paris destinée aux entreprises de l'habillement de l'Île-de-France et des régions avoisinantes, afin de leur présenter les résultats de l'étude sur le marché américain évoquée plus haut et de leur présenter à nouveau l'ensemble du dispositif d'aide à l'exportation existant. Des réunions semblables auront lieu prochainement dans trois villes de province.

La présence dans les foires et salons à l'étranger est capitale pour nos entreprises. Le textile-habillement a la chance de disposer d'un comité de développement, le DEFI, qui collecte la taxe parafiscale versée par les entreprises et l'affecte pour environ 30 % du total, ce qui représente 36 MF par an, à des actions de promotion internationale. La réforme en cours du DEFI, suite au renouvellement de son conseil d'administration et de son Directeur général, va permettre d'affecter ce montant important de façon plus efficace et plus transparente, grâce notamment à des appels à projets ; l'objectif est que le plus grand nombre possible d'entreprises, surtout celles qui n'ont guère d'expérience à l'international, puissent bénéficier de ce soutien.

Il serait bon que chaque année, une ou deux opérations aient lieu dans des pays bien choisis, afin d'y promouvoir, de façon coordonnée, l'ensemble des biens de consommation français autour de la notion "D'art de vivre à la française", cette manifestation commerciale s'accompagnant d'événements culturels (expositions, défilés de mode, venue d'une grande figure artistique française, etc....) pour en augmenter le retentissement. Les italiens savent réussir ce mariage des affaires et de la culture pour promouvoir le "Made in Italy". Pourquoi n'en ferions nous pas autant avec le "Made in France" ?

d - Le rôle des pouvoirs publics peut être aussi d'accélérer la prise de conscience par les entreprises de la nécessité de se regrouper, même si ce regroupement ne se décrète pas. Les études que j'ai commandées récemment ont joué - je crois - un rôle utile. Dans les DRIRE, existent des possibilités d'aide (FRAC) pour financer des audits de stratégie permettant aux chefs d'entreprises d'éclairer leur avenir.

En conclusion, je voudrais réaffirmer l'engagement du Gouvernement, et dire mon engagement personnel, en tant qu'élu des Vosges, au côté de ce secteur, qui connaît des difficultés réelles, mais manifeste un dynamisme et une volonté de se développer, qui suscitent l'admiration. [Je me propose d'organiser, à la fin du second semestre, au niveau national, un colloque sur les stratégies gagnantes pour le textile-habillement français.]

(source http://www.minefi.gouv.fr, le 23 août 2002)

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