Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures destinées à encourager et à faciliter les pratiques artistiques des amateurs, Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures destinées à encourager et à faciliter les pratiques artistiques des amateurs, Boulogne-sur-Mer le 13 juin 1998.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Premières rencontres nationales consacrées aux pratiques musicales et chorégraphiques des amateurs, à Boulogne sur Mar, le 13 juin 1998

ti : Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie de votre participation à ces premières rencontres nationales consacrées aux pratiques musicales et chorégraphiques des amateurs.

Votre présence est, en effet, la marque de votre engagement personnel en faveur des pratiques musicales et chorégraphiques, que vous soyez praticiens, professionnels, médiateurs culturels, responsables du secteur associatif ou d'institutions culturelles de formation ou de diffusion, élus, ou représentants des collectivités locales ou de l'Etat.

On peut toujours s'interroger sur la justification d'une action des pouvoirs publics dans un domaine dans lequel domine, au départ, l'initiative privée - individuelle ou collective. Mais la forte mobilisation que suscitent aujourd'hui ces rencontres nationales montrent, si besoin en était, toute l'importance des pratiques amateur comme composante essentielle de la vie culturelle, artistique et sociale.

Importance numérique, d'abord, véritable phénomène de masse, phénomène social et économique, avec un nombre de personnes ayant eu dans leur vie une pratique musicale en amateur, estimé entre 7,5 et 11,5 millions d'individus, dont l'activité génère un fort courant économique si l'on considère que les Français dépensent 10 milliards de francs par an pour leurs activités artistiques en amateur, dont près de la moitié pour la musique. Cette activité génère par ailleurs environ 100 000 emplois , dont près des 2/3 sont liés aux activités musicales.

Importance pour le développement personnel de beaucoup de gens, qui trouvent dans la pratique musicale et chorégraphique un idéal personnel, une passion, une ouverture d'esprit, un enrichissement et au-delà, une plus riche perception du monde et de l'autre. C'est là, à mes yeux, un enjeu majeur, à un moment de notre histoire où le rôle du travail comme facteur d'identité individuelle et sociale perd progressivement son monopole. Au coeur d'une vie plus citoyenne, les arts musicaux et chorégraphiques auront, de plus en plus, un rôle éminemment structurant à jouer.

D'où l'importance des pratiques en amateur comme l'une des composantes du lien social , encore renforcée par la pratique collective, qui fait se rencontrer les musiciens, les chanteurs, les danseurs, les acteurs amateurs autour de projets artistiques et culturels communs qui traversent les générations et les appartenances sociales.

Importance, enfin, des pratiques en amateur comme vecteur de diffusion des oeuvres et de valorisation de patrimoines spécifiques , chorales, batteries-fanfares, musiques et danses traditionnelles. Le développement culturel doit beaucoup aux expressions issues du mouvement amateur, depuis le mouvement orphéonique du siècle dernier jusqu'à des formes comme le rap ou les danses urbaines. Toutes ces formes, en effet, trouvent dans les pratiques amateurs leurs racines, leurs ressources les plus vives, et même l'essentiel de leur manifestation.

Tout ceci justifie une attention particulière de l'Etat. Le ministère chargé de la culture a pris en compte le développement de la pratique musicale amateur depuis 15 ans, et plus récemment celui de la vie chorégraphique, afin d'accompagner le développement des pratiques, dans le but affirmé d'en améliorer l'expression qualitative, et d'en favoriser l'émergence harmonieuse sur le territoire.

Je veux aujourd'hui affirmer la reconnaissance par mon ministère des pratiques amateurs comme une composante majeure, citoyenne autant qu'artistique, de la vie culturelle de notre pays.

Dans notre pays plusieurs milliers d'écoles spécialisées de musique et de danse forment des milliers d'amateurs. A l'issue des cursus, que deviennent-ils ? Où peuvent-ils encore jouer, danser, seuls ou en groupe ? Quels sont leurs rapports avec les professionnels ? A quelles conditions peuvent-ils montrer les résultats de leur pratique ? Toutes ces questions vont être évoquées lors de ces rencontres. Sans anticiper sur le résultat de ces débats, il me semble d'ores et déjà que l'Etat peut se fixer quelques objectifs bien identifiés.

Il me semble tout d'abord que les praticiens, les "amateurs en exercice" pourrait-on dire, ainsi que ceux qui envisagent de se tourner vers une pratique amateur active, puissent pouvoir disposer d'une information large et accessible sur l'ensemble du secteur sur les troupes, les groupes d'amateurs, les pôles de ressources existants, etc.

Il convient ensuite, à mon sens, d'offrir aux amateurs qui le souhaitent la possibilité d'une formation artistique complémentaire. De la même manière, les amateurs intéressés doivent pouvoir facilement trouver des professionnels, ou des amateurs expérimentés, pour guider leurs pratiques vers une haute exigence artistique. Là encore, il convient que ces professionnels, ou ces amateurs, puissent disposer à cette fin d'une formation de haute qualité.

Des lieux de pratiques doivent également pouvoir être mis à la disposition des amateurs. Ainsi, lors de la conférence de presse où je présentais les réformes engagées pour une démocratisation de la culture, j'avais suggéré de favoriser l'éclosion de véritables "maisons de pratique amateur". Il s'agit pour moi, non d'encourager la construction ou la labellisation systématique de lieux nouveaux, mais plutôt d'ouvrir aux praticiens des lieux-ressources existants, qui pourraient être, ici, une école de musique, là un centre d'art polyphonique, une association régionale ou départementale, une scène nationale, un ensemble instrumental ou un centre chorégraphique national.

En toute hypothèse, les amateurs doivent pouvoir disposer de lieux adaptés, aménagés de façon spécifique pour les répétitions et la mise en forme publique des pratiques collectives, disposant des équipements complémentaires nécessaires.

Il faut, parallèlement, que les conditions juridiques et fiscales des pratiques artistiques, notamment au regard des textes régissant le spectacle, soient posées d'une façon telle qu'elles permettent, sans formalités administratives par trop contraignantes, ni impositions disproportionnées, le libre exercice des pratiques amateurs, la présence de professionnels dans les spectacles amateurs, dans un strict respect des droits et des règles qui s'attachent au spectacle professionnel.

Il faut aussi, et cette idée nouvelle me paraît fondamentale, qu'un accent soit mis sur le répertoire à la disposition des amateurs, pour en faciliter l'ouverture et la diversification à ceux qui le souhaitent. J'estimerais qu'un grand pas aurait été franchi si un nombre croissant d'amateurs pouvait s'approprier des oeuvres peu connues du répertoire et s'ouvrir de façon plus marquée à la création contemporaine.

Satisfaire ces objectifs suppose qu'une politique adéquate soit mise en oeuvre. Elle doit être, à mon sens globale, de fond, et concertée.

Cette politique doit être globale. Il n'est plus possible de considérer de manière séparée les enseignements et la pratique amateur. C'est pourquoi la politique en faveur de l'initiation, de l'enseignement spécialisé, et des pratiques amateurs en-dehors de l'enseignement proprement dit doit être, à mon sens, considérée comme un tout cohérent. Les institutions d'enseignement doivent parvenir à concilier harmonieusement la nécessaire formation de futurs professionnels et le développement de ces pratiques, qu'il s'agisse de dispenser une formation initiale, ou de devenir autant de lieux-ressources où la pratique amateur pourra prendre sa pleine mesure et où les anciens élèves pourront continuer dans les meilleures conditions possibles une activité artistique.

Je sais que cette démarche n'est pas étrangère à de nombreuses volontés et expériences allant dans ce sens, y compris avec des rapports se nouant avec le milieu des fédérations. C'est pourquoi je prendrai connaissance avec attention des expériences et des volontés partagées dont ces rencontres pourront témoigner.

C'est pourquoi j'ai soutenu le projet d'organisation de la future direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles en créant une sous-direction chargée de l'enseignement et des pratiques artistiques.

C'est, ensuite, le développement d'une politique de fond, proche du terrain, que je vise. Les actions n'ont pas à être spectaculaires, mais tangibles, utiles, efficaces.

Ainsi la place des centres d'art polyphonique devra probablement être renforcée autour de leur mission principale de formation des chefs de choeur et des choristes et progressivement repositionnée en tant qu'outils de structuration de la formation et de la pratique musicale dans le cadre de partenariats régionaux et dans une perspective d'aménagement du territoire.

Les pratiques instrumentales s'enrichiront de la collaboration entre les formations issues des conservatoires et celles initiées notamment par des fédérations. Les unes comme les autres devront s'ouvrir sur les formes musicales d'aujourd'hui qui ne bénéficient pas de dispositifs traditionnels d'encadrement.

Les pratiques chorégraphiques devront également être mieux prises en compte, par des cursus d'études plus ouverts sur les pratiques collectives et la pluralité des esthétiques.

Ces grands axes de réflexions montrent combien les évolutions que nous attendons sont nombreuses et surtout appellent la mise en oeuvre de coordinations plus poussées qu'aujourd'hui.

En effet, la définition d'une telle politique et, une fois que j'aurai rendu les choix définitifs découlant des objectifs arrêtés, les choix de mise en oeuvre, doivent être concertés. Elle ne peut en effet être envisagée sans l'ensemble de nos partenaires tous présents ici et intéressés par ce développement. Je pense d'abord aux collectivités territoriales, qui, parce qu'elles sont à l'initiative de la mise en place des établissements d'enseignement spécialisé et des équipements de proximité, ont une responsabilité de premier rang en ce domaine. Je pense donc aux associations d'élus qui sont invitées à ces rencontres, et de la contribution desquelles j'attends beaucoup. Je pense tout autant aux fédérations de pratique amateur, ainsi qu'aux différents départements ministériels ici représentés. Je vous invite à la confrontation des expériences, à la mise en commun des savoir-faire, à la définition concrète de pistes d'actions communes.

Sans vouloir empiéter plus longtemps sur le temps imparti aux débats je souhaitais vous dire également que le sujet de la pratique me semble si important que j'ai souhaité que mon ministère puisse se saisir des questions relatives à la pratique amateur théâtrale, qui accuse un véritable retard historique. C'est pourquoi ma collègue ministre de la jeunesse et des sports et moi-même avons demandé à nos services d'engager des discussions, en vue de mettre en place un partenariat nouveau, sous la forme d'actions conjointes et complémentaires dans ce domaine.

Au ministère de la culture et de la communication, vous savez qu'à partir de cet été, toutes les disciplines des arts vivants que sont la musique, la danse, le théâtre, le cirque, les arts de la rue, relèveront d'une direction unique, la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles. J'ai décidé que cette direction comprendrait un bureau dédié spécifiquement à la pratique amateur.

Je prendrai connaissance avec le plus grand intérêt des pistes de travail qui pourront se dégager lors de ces deux journées, que je souhaite les plus concrètes possibles. Le développement des pratiques des amateurs en matière musicale et chorégraphique, et aussi en matière dramatique, est en effet un des enjeux majeurs au coeur de la politique que j'ai engagée en faveur de la démocratisation de l'accès à la culture.

De tout coeur je remercie par avance tous les participants, et notamment l'association nationale des délégués départementaux à la musique et à la danse, qui, présidée par Jacques Favart, est à l'initiative de ces rencontres.

Je remercie, pour sa collaboration, la conférence nationale des directeurs d'associations régionales de développement musical et chorégraphique.

Je remercie également ceux qui parrainent, aux côtés de l'Etat, ces rencontres :

l'association des maires de France
l'assemblée des présidents de conseils généraux;
l'association des présidents de conseils régionaux
la fédération nationale des collectivités territoriales pour la culture.

Je remercie la Ville de Boulogne-sur-mer et son maire, Guy Lengagne ainsi que le directeur de l'école nationale de musique, Philippe Lenglet, d'accueillir ces rencontres.

Je remercie également "Domaine Musiques" qui assure l'organisation pratique de ces rencontres.

Je souhaite un franc succès à ces journées, qui ne sont, je l'espère, que le commencement de notre travail en commun dans un domaine que j'ai inscrit parmi les priorités de mon action en faveur des pratiques artistiques.

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 7 septembre 2001)

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