Conférence de presse de M. Alain Richard, ministre de la défense, notamment sur la situation en Bosnie et au Kosovo, l'étude d'éléments de pression militaire, la mission d'information sur le Rwanda, les restructurations à la DCN et à Giat Industries et la préparation du budget, Paris le 18 juin 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Conférence de presse de M. Alain Richard, ministre de la défense, notamment sur la situation en Bosnie et au Kosovo, l'étude d'éléments de pression militaire, la mission d'information sur le Rwanda, les restructurations à la DCN et à Giat Industries et la préparation du budget, Paris le 18 juin 1998.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

ti : Je commencerai par trois ou quatre sujets internationaux qui me permettent d'établir que la France joue son rôle et trouve bien sa place dans des accords ou des actions où il faut que la communauté internationale soit cohérente.

En Bosnie, le dispositif de la poursuite de la SFOR correspond à ce que nous avions recommandé depuis bien des mois. Les discussions internes à l'alliance approuvées par le conseil atlantique et la session ministérielle Défense ont abouti à un dispositif qui correspond bien au besoin de poursuite de reconstruction de la Bosnie. La répartition des missions maintient un rôle important à la France et nous avons testé là le rapport de confiance que nous avons avec l'Alliance tout en y gardant notre position originale. A cet égard, c'est par une coopération franco-allemande étroite que nos amis allemands ont réussi la capture, sans conséquences trop difficiles, d'un criminel de guerre dans une des zones particulières, lundi matin.

Ensuite, il faut que je vous parle du Kosovo. Là aussi nous avons contribué à faire réfléchir les partenaires européens, et l'Alliance en général, sur ce que pouvait apporter la pression militaire dans le règlement politique du conflit du Kosovo. Le point sur lequel il est nécessaire d'insister, c'est que la tactique de monsieur MILOSEVIC a été probablement très contraire aux propres intérêts de la Serbie puisque, en utilisant la force de façon très fortement durcie au moment même où pouvait s'engager un dialogue politique, il a contribué à rendre encore plus difficile la conclusion d'un accord qui donne à la communauté kosovar une place dans la République de Serbie. Aujourd'hui, par rapport à il y a un mois ou un mois et demi, il est visible que l'élément militaire au sein de la communauté kosovar a pris de l'importance et que les capacités de l'UCK sont plus fortes que ce qu'elles étaient antérieurement.

En essayant de prévoir cette évolution, nous avions recommandé un éventail de pressions militaires. Cet éventail a été discuté au sein de l'Alliance. Il y avait des alternatives très différentes. L'option qui a été retenue, d'abord par le comité militaire puis par la session ministérielle, correspond à la variété la plus complète de missions militaires, et nous avons le sentiment d'avoir contribué à faire avancer le débat.
Le point sur lequel je veux insister, c'est que nous ne parlons aujourd'hui d'usage de la force, nous parlons d'études d'éléments de pressions militaires et si nous souhaitons qu'il y ait plusieurs modes d'actions envisagés, c'est parce que nous ne percevons pas ça comme une escalade déjà programmée mais au contraire comme un moyen ultime de rétablir le dialogue politique. Hubert VEDRINE l'a souvent souligné, la France a fait beaucoup pour que le groupe de contact fonctionne de façon cohérente. L'évolution, cette semaine, avec la rencontre du responsable yougoslave avec le président ELTSINE, nous paraît fournir des moyens pour rétablir le dialogue politique. Mais nous souhaitons que les options militaires étudiées soient d'abord des éléments de persuasion ou de dissuasion. Et la France continuera à faire du Conseil de sécurité le lieu politique de décision de toute action de force. Ceci témoigne que notre pays a une place qui garde sa particularité, son originalité mais qui lui permet d'être actif et d'être en capacité de proposition au sein de l'Alliance et d'y exercer un véritable rôle politique.

Sur la politique africaine, pas mal de choses sur lesquelles on ne nous promettait pas le succès se sont réalisées. La réforme de la coopération est vraiment en marche, y compris son relais de coopération militaire. L'exercice Guidimakha que nous avons fait en février donne lieu à des développements de coopération pratique et de formations conjointes avec un certain nombre de pays africains.
Nous avons pu relayer la fonction de stabilisation qu'exerçaient encore nos moyens militaires directs en Centre-Afrique par une force internationale dans laquelle nous n'avons qu'une fonction logistique et où l'essentiel de la mission est assuré par des pays africains, dont l'Egypte. Il n'y a pas la moindre rivalité sourde et sournoise entre les Etats-Unis et la France en matière d'action pour soutenir et pour aider au développement ou à la paix en Afrique, je crois que chacun a trouvé sa place. Et même l'évolution de nos bases prépositionnées ne donne plus lieu à aucune rumeur persistante de désengagement.

Je veux aussi dire que nous sommes en train de réaliser une innovation avec le travail de la mission d'information sur le Rwanda au Parlement. C'est un problème qui est à la fois politiquement et émotionnellement très dur. Qu'il y ait des accompagnements un peu critiques ou polémiques de cette action est dans la nature des choses. Mais elle se développe, les parlementaires de la mission y consacrent beaucoup d'énergie et de méthode. Notre coopération sur un sujet aussi complexe est très détaillée et très méthodique. Le déroulement de cette mission me confirme dans le fait que le gouvernement agit sagement en donnant son assentiment à cette méthode de passer par le parlement, et me permet aussi de rester convaincu que les militaires qui ont servi dans les différentes missions décidées par le pouvoir politique au Rwanda ont servi dans des conditions honorables, dans des conditions d'efficacité. Il faut d'autant plus le souligner que les missions étaient particulièrement difficiles, complexes et éprouvantes sur le plan moral. J'attends pour ma part avec beaucoup de sérénité l'appréciation équilibrée qui se dégagera à l'issue des travaux de la mission, parce que l'idée de militaires intervenant sans contrôle, ou a fortiori sans méthode, ne résistera pas à un examen sérieux. Si je n'ai pas l'habitude de louer à tout propos la réussite des militaires en opération, je pense qu'ici ça a été le cas et que les gens ont bien accompli leur mission, et qu'il est important de le dire.

Dernier sujet à la limite de l'international, l'AIEA. Vous avez vu que l'Agence internationale de l'énergie atomique est en train de terminer son travail, un travail massif de vérification des suites de la remise en état du Centre d'expérimentations nucléaires en Polynésie. Ce ne sera sans doute pas très facile d'en faire un événement puisque, après ce travail très pluraliste - vous vérifierez sans doute avec attention l'origine nationale et la diversité disciplinaire des scientifiques qui y ont contribué - il apparaît que la France, qui est le premier pays à avoir fait une telle suppression de centres d'expérimentations, se voir recommander par l'AIEA de continuer, de consolider dans la durée un certain nombre de précautions qu'elle a prises. Moi-même j'imaginais qu'il serait logique que l'AIEA nous dise : " sur tel ou tel point technique, il y aurait encore un effort à faire ". Au contraire, il n'y a pas de nouvelle préconisation, de demande de modification du dispositif de protection qui nous soit présenté par l'AIEA. Je m'interroge pour savoir s'il est justifié d'organiser un voyage de presse sur les sites du CEP pour vous permettre de vous faire une opinion par vous-mêmes, avec l'accompagnement scientifique qui convient. Peut être que, du fait que le rapport international dit qu'il n'y a plus de problème, vous aurez un doute. En tout cas, nous y sommes ouverts parce que nous avons le sentiment d'avoir mené cette opération qui n'était pas simple de manière scrupuleuse.

Quelques mots d'intendance, sachant qu'on y reviendra dans les questions. La revue de programmes est terminée depuis deux mois. Le Premier Ministre a indiqué dans son intervention à Saint-Mandrier quelles étaient les lignes, les orientations que se fixait le Gouvernement pour la poursuite de la loi de programmation en investissements. Ceci ne donne plus lieu à débat, je l'ai présenté au Parlement et vous en avez eu aussi le retour. Nous en sommes à la préparation directe du budget 1999. Ce sera au Premier Ministre et à mes collègues des Finances et du Budget de donner les dernières conclusions, mais je peux simplement vous dire que tout le travail que nous développons confirme que c'est une volonté politique avec laquelle le Gouvernement va rester cohérent et qui nous donne, me semble-t-il, une base pour développer de nouvelles actions de modernisation, faire avancer des programmes, conclure des accords.

Sur les deux ou trois mois qui viennent de passer, nous avons conclu la déclaration France/Grande-Bretagne/Allemagne fin avril pour l'engagement des trois pays sur le programme du Véhicule blindé de combat d'infanterie, le VBCI.
Nous avons maintenant l'assurance que GIAT Industries fera partie du consortium industriel choisi et aura dans ce consortium une place équilibrée et légitime compte tenu des efforts et des capacités de chacun, sans doute près du tiers des travaux de développement et de production d'un ensemble qui dépassera sûrement les 1 500 véhicules dans la décennie à venir.
En ce qui concerne les programmes Air, des travaux que nous menons entre la DGA et Dassault Aviation sur le contenu technique du prochain standard F2 du Rafale sont maintenant très avancés et nous sommes très près d'un accord pour le développement de ce standard, qui a pas mal d'importance pour le développement du programme Rafale. Les programmes d'hélicoptères se sont consolidés avec nos amis allemands et Jean-Yves HELMER a signé avec son partenaire allemand, au salon de Berlin, l'accord de production de l'hélicoptère de combat Tigre qui nous engage à commander 80 appareils dans les deux pays.

Que ce soit sur le plan du déroulement budgétaire ou sur celui de la conduite des programmes, le travail de remise en ordre et de remise en perspective que nous avons fait pendant l'hiver et le printemps commence à porter ses fruits.

Cela m'amène à dire quelques mots de la DCN qui a sa place dans cet ensemble de modernisation et dont l'activité bénéficie, elle aussi, de la consolidation financière. Le Titre V du budget repassant l'année prochaine de 81 milliards de francs à plus de 85, puisque la décision du gouvernement est de 85 milliards en francs constants 1998, il y a donc une revalorisation. Cela redonne un peu plus de marge de man¿uvre à la Marine pour ses programmes de modernisation et de grosses réparations de bâtiments et consolide les programmes d'avenir, notamment les prochains TCD. Après le conflit de Toulon, j'ai demandé aux organisations syndicales de venir me voir pour que nous lancions officiellement tout le travail d'organisation d'une DCN modernisée et plus adaptable pouvant trouver sa place dans le marché Européen des constructions navales militaires et pouvant aussi contribuer, vu son implantation régionale et son savoir-faire au développement économique non-militaire de ses bassins d'emploi d'implantation.
J'énonce simplement les thèmes sur lesquels je leur ai demandé de se mettre au travail avec le directeur des constructions navales et avec la mission MOYNOT : l'organisation industrielle de la DCN, la spécialisation des sites, la mise en ¿uvre des mesures d'âge à 52 ans ; un débat ouvert sur le bilan économique des opérations d'exportation et sur les conditions de réalisation des premiers programmes de diversification - je pense en particulier aux plates-formes pétrolières - , la question de la coopération avec l'industrie navale civile et l'évolution de la sous-traitance ou co-traitance traditionnelle ; une organisation modernisée des responsabilités entre la DGA étatique et la DGA industrielle, les conditions de mise en ¿uvre d'une comparaison de coûts entre la DCN et les autres partenaires industriels tenant compte des spécificités de service public de la DCN.

Je leur ai redit que cette modernisation, condition du développement et du maintien à long terme de notre industrie navale militaire, ne se concevait qu'en dialogue avec les partenaires sociaux, d'où l'importance du rôle de Jean-Louis MOYNOT auprès de la DCN. Je leur ai indiqué que nous avions le temps d'une concertation qui aille assez loin dans les établissements, qui ne soit pas uniquement une question de dirigeants syndicaux nationaux et d'échelons nationaux à la DCN, mais qui se développe dans les établissements pour que l'acquisition d'une plus grande connaissance de ce que peut être l'avenir de la DCN avec des adaptations importantes soit partagée par l'ensemble des salariés et des cadres.

Il y a un sujet international que vous n'avez pas abordé, c'est celui de la Cour criminelle internationale qui est en discussion à Rome. Est ce que le Ministère de la Défense a des préoccupations ou des demandes spécifiques sur cette cour qui pourrait voir le jour ?

Alain RICHARD : Oui, elle sont intégrées dans le mandat de négociation du gouvernement. J'en parlerai plus librement quand la négociation sera terminée. Le Premier Ministre a fixé, il y a quelques semaines, les objectifs de négociation de la France, qui sera partie à l'accord sur cette Cour. Mon appréciation est que le mandat qu'il a fixé au Ministre des Affaires étrangères prend pleinement en compte les préoccupations exprimées par la Défense et qui sont celles, à mon avis, de tout l'Etat : que le rôle de cette cour facilite et renforce les capacités de traitement des crises et ne les entrave pas.

Vous nous avez parlé de la DCN mais pas de GIAT. Pourriez vous confirmer l'information des syndicats selon laquelle le gouvernement s'apprêterait ou envisage de supprimer de 3 000 à 5 000 emplois et de fermer de 4 à 5 sites de l'entreprise ?

Alain RICHARD : Vous connaissez aussi bien que moi la relation entre l'Etat et GIAT Industries, ce n'est pas le gouvernement qui optera là-dessus, c'est le conseil d'administration de l'entreprise. L'Etat actionnaire pense que GIAT Industries a déjà accompli une large part des efforts de modernisation et d'adaptation économique correspondant à ses perspectives d'avenir. Il y a sans doute encore un effort d'adaptation à poursuivre et je réaffirme ma pleine confiance dans le président de GIAT Industries et mon assurance que la concertation sociale au sein de l'entreprise permettra de franchir cette dernière nécessité.

Pour revenir un peu à l'international, est-ce-que les événements de Guinée-Bissau ne justifient pas l'intervention d'une force inter-africaine de paix sur le modèle de ce que nous avons vu à Guidimakha plutôt que l'opération sénégalaise qui semble plus laborieuse que prévu ? N'est-ce pas là l'exemple type de l'intervention d'une force inter-africaine de paix ?

Alain RICHARD : Cela dépend de l'intensité de cette crise qui est au départ une mutinerie militaire. Dans la pleine application des principes que nous essayons de mettre en application en Afrique, s'il s'agissait d'une crise durable et importante, je répondrais : oui. On tomberait dans un modèle analogue à la situation centre-africaine et il faudrait faire appel à une force internationale. Mais quand elle a éclaté, la mutinerie de Guinée-Bissau apparaissait comme un mouvement d'ampleur limitée. Quelques centaines de militaires, à partir d'un conflit de commandement entre une partie du commandement et l'autorité civile d'ailleurs démocratiquement élue. Le chef de l'Etat a fait appel aux voisins sénégalais, en partant du principe qu'ils ont un accord de défense. Pour notre part, nous espérons que la crise pourra être maîtrisée. C'est plutôt dans ce sens que vont les indications dont on dispose, en contact constant avec nos amis du Sénégal qui est un des pays partenaires les plus avancés dans ce concept de maîtrise des crises. Et nous avons le sentiment qu'au cours des deux derniers jours, tout en agissant avec précaution car ils ne veulent pas exposer leurs hommes, les Sénégalais ont acquis un contrôle substantiel de la situation à Bissau. Si cette crise, ce que nous ne souhaitons pas, devait prendre des dimensions de crise nationale, alors nous devrions poser la question aux partenaires africains, mais ce n'est pas l'évolution que je pressens.

Après le vote par l'Assemblée Nationale du texte sur le génocide arménien, avez-vous eu la confirmation que des contrats importants seraient suspendus par la Turquie, ou pensez-vous qu'une action d'explication pourrait éviter la remise en cause de contrats intéressant GIAT Industries ?

Alain RICHARD : Je respecte les prises de position des autorités Turques, à qui la diplomatie française a représenté qu'il s'agissait d'une prise de position d'initiative parlementaire, qui porte un jugement sur un passé maintenant éloigné et qui, de notre point de vue, n'engage pas nos rapports avec la République turque de 1998. Et je respecte aussi le choix qui a été fait par la quasi unanimité de l'Assemblée. Je laisse à chacun son libre arbitre et son choix.
Si le gouvernement turc veut répliquer à ce qu'il considère comme une atteinte à la dignité de son pays en arrêtant des négociations ou en annulant des projets en particulier dans le domaine militaire, c'est un fait que nous devons constater politiquement. Si le parlement dans son entier veut adopter une loi qui porte un jugement national de la France sur des événements tragiques de cette période de l'histoire, c'est aux parlementaires de l'apprécier. Le gouvernement a bien dit que ça se situait dans le cadre des initiatives parlementaires prévues par la Constitution et que nous devons respecter.

Pouvez-vous nous rappeler quel est le calendrier des annonces pour les restructurations de industrie de défense, et pour ce qui est de la DCN, pouvez-vous nous dire si les mesures que vous allez décider sont liées aux résultats de la concertation que vous allez lancer et à d'éventuels accords sur l'organisation industrielle d'une part, sur les conditions de travail d'autre part ?

Alain RICHARD : Sur le calendrier des restructurations, c'est extrêmement simple, je vous rendrai compte, après être passé devant les commissions de l'Assemblée et du Sénat, des choix de restructuration des services et unités des armées début juillet. Les derniers choix sont arrêtés après le dialogue entre l'Aménagement du territoire, les Finances et la Défense autour du Premier Ministre dans les derniers jours de juin ou les premiers jours de juillet. Il s'agit bien de mesures concernant le soutien des Armées, la formation, les commandements et l'organisation territoriale des trois Armées, etc. J'indique déjà que ces mesures ne sont pas dans l'ensemble des mesures qui affectent le niveau global d'emploi des Armées. Celui-ci est fixé par la loi de programmation et on va le suivre. Donc les Armées auront plus d'emplois rémunérés en 2002 qu'en 1998. Notre travail est de concilier le gain d'efficacité et de productivité de ces actions de soutien qui, par définition, pèsent sur les capacités d'action des Armées, et de le faire en ne causant pas de préjudice d'emploi local ou régional trop grave. A mes interlocuteurs qui me parlent des rumeurs sur les restructurations, je rappelle que la Défense dépense en rémunérations et en dépenses de fonctionnement 104 milliards de francs aujourd'hui sur cent départements français ; dans deux ou trois ans, elle en dépensera 106 ou 107 milliards dans les mêmes départements, donc, il n'y aura pas que des perdants.
Ces mesures du début juillet seront décidées pour application du 1er janvier 2000 au 31 décembre 2002. Le préavis minimum de 18 mois sera respecté pour les premières de ces mesures - vous savez très bien que la plupart interviendront à l'été 2000 - a fortiori le sera-t-il pour celles qui interviendront en 2002.

En matière industrielle, GIAT Industries, pour des raisons qui correspondent à son propre enchaînement industriel et financier, va sans doute fixer un nouveau plan d'adaptation à long terme. Naturellement, je ne vais pas décourager monsieur LOPPION de choisir ce timing là parce que ça peut avoir une cohérence qu'on essaie de tenir compte des mesures touchant tel ou tel site de GIAT Industries, mais c'est une entreprise qui vit sa vie.
En ce qui concerne la DCN, le temps de concertation et de fixation d'une perspective, sur lequel nous travaillons à partir des rencontres de ces jours-ci, est nettement plus éloigné. Je crois qu'il faut s'attendre à ce que nous prenions des options sur les adaptations de la DCN plutôt à l'automne . Y-a-t'il interférence entre la mesure d'âge de départ anticipé à 52 ans et la réorganisation industrielle ? La réponse est oui. Il y a potentiellement 3000 agents de la DCN qui ont vocation a remplir cette condition des 52 ans. Personne n'est obligé de présenter sa candidature à un départ anticipé avant le 15 juillet. Il n'y a pas de date limite. Mais vraisemblablement, on aura déjà pendant l'été une première proportion de volontaires pour les départs. Et le principe de la mesure, c'est un double volontariat : il faut aussi que la direction de l'établissement ou de l'unité considère que tel salarié, notamment pour ceux qui ont une qualification assez pointue ou ceux qui sont des agents de maîtrise, on peut le laisser partir sans affecter la crédibilité de la structure. Car un des enjeux importants dans la réorganisation à venir de la DCN est une meilleure complémentarité entre les établissements. Chacun ayant sa dominante, pas forcément une spécialité exclusive. Dans un grand ensemble industriel, on ne peut pas concentrer une spécialité sur un site mais il faut tout de même qu'on réduise la surcharge en capacité, notamment en investissements lourds, qui existe aujourd'hui entre les différents établissements de la DCN.

Pensez-vous que le président Milosevic va évoluer, et par ailleurs que pensez-vous de la campagne lancée par certaines organisations écologiques contre d'éventuels bombardements du Kosovo pour éviter la destruction de monuments historiques ?

Alain RICHARD : J'indiquais tout à l'heure que la démarche de la France est de signifier aux parties en conflit au Kosovo que si le niveau de violence, notamment dans la répression du pouvoir serbe, subsistait, il faudrait employer la pression militaire.

Les alliés au sein de l'Otan sont convenus de cette démarche et nous sommes d'accord sur l'éventail des moyens de pressions possible. J'insiste à nouveau sur le fait que la décision devra être prise par une instance internationale compétente, à nos yeux c'est le Conseil de sécurité des Nations Unies. Le Président de la République a pu constater, au sommet européen de Cardiff, que cette appréciation du rôle du Conseil de sécurité était très largement partagée au sein de l'Union. Nous pensons qu'une partie des recommandations du Président ELTSINE, qui travaille avec le groupe de contact avec les six alliés, va dans le bon sens et que M. MILOSEVIC en a retenu une partie. Mais nous ne pensons pas que cela soit suffisant quant au niveau de répression armée au Kosovo aujourd'hui.

On parle beaucoup des leçons qu'on a tirées de la guerre en Bosnie, mais ne pensez-vous pas qu'une des leçons qu'en a tiré M. MILOSEVIC est qu'il peut agir librement et en toute impunité ?

Alain RICHARD : Vous croyez que M. MILOSEVIC se comporte en juin 1998 avec autant de liberté qu'il le faisait vis-à-vis de la situation en Bosnie en 1993 ou 1994 ? Je crois au contraire que tout démontre que la marge d'initiative et d'offensive par la force de M. MILOSEVIC s'est substantiellement amenuisée. C'est pourquoi je rappelais en commençant qu'il était entré politiquement dans la zone de risque pour lui-même et pour sa conception de l'avenir de la Serbie. Les semaines qui passent dans l'incertitude rétrécissent les chances pour lui-même de conserver la Serbie unifiée avec un Kosovo seulement autonome et il le sait mieux que personne. Mais le déroulement de tous les débats entre alliés et des débats y compris sur le rôle du Conseil de Sécurité avec le veto possible de la Russie, qui pour ma part ne me parait pas acquis du tout, démontre que la capacité de maîtrise d'une telle crise par la communauté internationale a qualitativement changé : ce qui avant prenait des mois ou des trimestres prend aujourd'hui des semaines. C'est d'ailleurs ce qui fait que le degré de prise à partie des pouvoirs qui représentait le fond du discours souvent très véhément d'une bonne partie des organes de presse en 1993 ou 1994 ne prend pas du tout la même forme cette fois-ci, car ce ne serait pas crédible.

Quand et comment comptez-vous répondre avec vos homologues européens aux questions des industriels européens sur le grand projet de restructuration de l'aéronautique civile et militaire ?

Alain RICHARD : Nous avons pris l'habitude d'organiser entre nous des petites réunions, l'une s'est tenue ici en avril et la dernière a eu lieu jeudi dernier. D'ailleurs nous sommes passés à six, puisque les Suédois y assistent. Ces réunions devraient déboucher sur la signature d'un premier document d'intention autour de George ROBERTSON le 6 juillet à Londres. Nous répondrons à un certain nombre de ces questions, ensuite il y a toute une part de rencontres et de recherches de choix communs durables entre les entreprises et il faut reconnaître que c'est dur. Ce sont de très grands enjeux industriels, cela apparaît comme un saut dans l'inconnu car personne n'a jamais fait ça, une fusion entre Européens, de cette taille et dans un domaine chargé d'un tel contenu technologique et stratégique.

Vous avez parlé d'une palette d'options militaires au Kosovo. Pourriez-vous nous la détailler ?

Alain RICHARD : Nous insistons pour qu'il y ait un contrôle de l'espace aérien, nous pensons que le contrôle des mouvements aériens est une phase à laquelle il faut sérieusement travailler. Et ça comporte entre autres l'emploi possible de moyens de neutralisation, c'est à dire de guerre électronique. Nous pensons ensuite que la zone d'interdiction aérienne est un outil qui peut être un moyen de pression très substantiel. Et puis nous suggérons aussi que soit regardée l'idée d'une ligne à ne pas franchir pas des matériels militaires lourds. A quoi s'ajoute bien sur tout le thème des frappes aériennes, il reste à décider ce que peuvent être, en phases successives, les cibles de ces frappes aériennes. Mais le point sur lequel nous insistons est qu'il ne s'agit pas d'un enchaînement aveugle ne tenant pas compte de la réalité politique, mais qu'il s'agit d'une gamme d'options sur lesquelles des pouvoirs politique responsables devraient se prononcer phase par phase en redonnant toujours la priorité à la réouverture du dialogue politique : voilà l'objectif.


(Source http://www.defense.gouv.fr, le 18 septembre 2001)

Rechercher