Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de l'enseignement, notamment la révision de la carte des zones d'éducation prioritaires, la lutte contre l'échec scolaire, la déconcentration et l'inscription de la politique des ZEP dans la politique de la ville, Rouen le 5 juin 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de l'enseignement, notamment la révision de la carte des zones d'éducation prioritaires, la lutte contre l'échec scolaire, la déconcentration et l'inscription de la politique des ZEP dans la politique de la ville, Rouen le 5 juin 1998.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Assises nationales des Zones d'éducation prioritaires à Rouen le 5 juin 1998

ti : Mesdames, Messieurs,

C'est avec un grand plaisir que je clos ces assises nationales des zones d'éducation prioritaires, à l'invitation de la ministre déléguée chargée de l'Enseignement scolaire, Ségolène ROYAL. J'ai entendu avec plaisir et intérêt les réflexions du Président de l'Assemblée Nationale, Laurent FABIUS, élu de cette région.


Ces rencontres ont été précédées d'un long et dense travail préparatoire qui a permis, dans toutes les académies, de mieux connaître les ZEP, d'identifier leurs réussites comme leurs difficultés et de réfléchir à d'éventuelles réformes. La mise en commun de ces travaux permettra, à partir de choix forts sur lesquels je m'exprimerai dans un instant, de donner un second souffle à la politique des ZEP.


Avant d'aborder cette question qui nous réunit aujourd'hui, je voudrais vous dire un certain nombre de mes convictions profondes en développant devant vous ma vision de l'Ecole et en explicitant la politique que le Gouvernement conduit dans ce domaine.

I - Quelle politique pour quelle école ?


Quelle école voulons-nous ?


L'école est le lieu où, avec la transmission du savoir et dans la référence à des valeurs, se forge l'émancipation de l'enfant. Cette émancipation est affaire de respect. Le respect que l'on doit à un enfant, c'est de le traiter comme tel - c'est-à-dire non comme un adulte en miniature, mais comme une personne en devenir, en formation. Comme une personne disposant certes du potentiel permettant d'accéder au statut d'adulte, mais qui n'en est pas pour autant autonome. Ce potentiel, le droit le plus absolu de l'enfant est de le développer. Il faut respecter ce droit, c'est-à-dire, au fond, donner à l'enfant les moyens de s'épanouir pleinement en direction de l'âge adulte.


L'école doit permettre à l'élève de se bâtir une capacité de jugement. Pour accéder à l'autonomie, l'enfant doit d'abord apprendre à penser - par lui-même, pour lui-même. Telle est la leçon commune des deux grandes traditions pédagogiques : la raison critique des Anciens - SOCRATE, PLATON et ARISTOTE - et le rationalisme cartésien. Dans la sixième partie de son Discours de la méthode, DESCARTES soulignait déjà que " l'on ne saurait si bien concevoir une chose, et la rendre sienne, que lorsqu'on l'invente soi-même ". J'ajouterai qu'on ne peut se contenter de la recueillir, fût-ce auprès d'un maître.


Cette capacité de jugement en formation, l'école doit lui offrir une sphère de libre exercice, d'entraînement et de fortification. Elle doit fournir un champ d'application à l'esprit critique. C'est notamment pour cela, parce qu'elle est le rempart de la conscience de chacun, que la laïcité doit être défendue à l'école.


Cette émancipation ne va pas de soi. Sa construction requiert, de la part de l'élève, du travail, de l'effort. Et lui aussi doit faire preuve de respect. Celui du cadre où il va vivre de nombreuses heures par jour. Celui des personnes qui animent ce cadre. Celui, enfin, de valeurs et de normes dont l'école doit être le lieu privilégié d'apprentissage. Ces valeurs nourrissent le " vouloir-vivre-ensemble " qui est le socle de la République. Les normes organisent le respect des valeurs. Il serait illusoire, voire dangereux, de penser que celles-ci suivent, dans l'esprit de nos enfants, une loi de génération spontanée. Au contraire, il faut leur en éclairer le sens et le prix, afin qu'ils saisissent la légitimité des règles qu'elles inspirent. L'émancipation s'appuie, par conséquent, sur un cadre fait de discipline, d'effort, de respect des règles de la vie en groupe.


L'école a donc une responsabilité au regard de la Loi -entendue comme ce corpus de valeurs et de normes. Sur ce point, la naïveté n'est pas de mise. Il ne s'agit pas ici de prétendre faire disparaître toute transgression de la Loi. Mais d'assurer que ceux qui franchissent ce pas sachent qu'ils transgressent une norme commune - et qu'ils connaissent les conséquences attachées à cette transgression.


L'école doit être un lieu où l'on apprend. Elle est cet endroit où les jeunes générations intègrent les conquêtes permanentes et fondamentales du savoir. Lire, écrire, compter en sont les bases essentielles. L'école est un cadre où l'on exerce sa mémoire, où l'on cultive son attention, où l'on affine son expression - où l'on travaille.


Emancipation, socialisation, acquisition de connaissances : ces trois fonctions de l'école sont indissociables. Aucune ne va sans les deux autres. En négliger une, c'est aussitôt en brider une autre. Parce que l'enfant -ce citoyen en devenir- est un tout, l'école ne saurait séparer par une opposition factice ses missions d'éducation et de socialisation. Je voudrais que l'on puisse aboutir à un consensus sur ce point.


L'école de la République n'est donc pas un service public comme les autres. Par le savoir qu'elle transmet, elle est la garante de notre avenir, fondé sur l'intelligence. Par les valeurs qu'elle incarne, auxquelles elle donne vie, elle est le berceau de la République, le creuset où se forgent l'esprit et l'idéal républicains.


L'éducation de nos enfants -non pour en faire de simples producteurs, mais pour en faire des citoyens autonomes, compétents et conscients de leurs responsabilités-, est la plus noble de nos responsabilités, sans doute aussi l'une des plus lourdes.


Cette responsabilité, la Nation en délègue la mise en oeuvre à des hommes et à des femmes qui ont choisi le métier d'enseignant. Un métier dont l'exercice quotidien est devenu difficile - plus encore dans les ZEP. Mais un métier dont l'utilité sociale comme le sens singulier demeurent primordiaux. Ces hommes et ces femmes -et, au-delà d'eux, tous ceux qui concourent aux tâches éducatives- doivent pouvoir compter sur l'appui de la République. Je suis aussi venu ici pour leur rendre hommage.


Je comprends le doute ou l'abattement qui peuvent vous saisir lorsque, en dépit des précautions prises, des contacts établis, du suivi dispensé, un incident violent éclate dans votre établissement, ruinant ainsi, parfois, le fruit de mois de travail.


Je comprends qu'il vous arrive d'avoir le sentiment que votre tâche est trop lourde. Je sais en revanche la satisfaction ou la fierté que vous éprouvez devant telle réussite individuelle ou collective. Je n'oublie pas que c'est grâce à vous, grâce à votre engagement, à votre volonté, à votre détermination, que les ZEP participent de l'école de la réussite. Vous relevez avec succès le double défi de la démocratisation et de la qualité de l'enseignement.


L'Ecole a su faire face à la véritable révolution qu'a représentée la démocratisation de l'enseignement. Rappelons quelques chiffres qui éclairent ce combat réussi. Alors qu'au début des années 1960, seulement 55 % d'une classe d'âge entrait au collège, la quasi-totalité des élèves va désormais jusqu'au terme du premier cycle, avec de très faibles différences d'une catégorie sociale à une autre. Dans le second cycle, des disparités sociales significatives continuent d'exister mais elles ont été fortement réduites ces dernières années. La démocratisation a aussi transformé l'enseignement supérieur.

Quelle politique menons-nous ?


Les enjeux d'une politique éducative tournée vers le progrès sont nombreux. Je souhaite développer devant vous ceux qui, dans le contexte actuel, me paraissent les plus déterminants.


L'école de la République doit d'abord promouvoir une réelle égalité des chances.


Trop longtemps, ceux qui avaient la charge de l'Education nationale ont cru ou fait semblant de croire que l'égalité des chances se réaliserait par la grâce d'un système unique, semblable en tout point du territoire national, identique pour tous les élèves. Cette égalité apparente n'était en réalité qu'un paravent destiné à masquer la permanence de profondes inégalités entre les conditions de départ. L'uniformité ne parvenait pas à réaliser l'égalité. En créant les Zones d'Education Prioritaires, au début des années 80, nous avons rompu avec cette hypocrisie et, en même temps, renoué avec la vision pratique, concrète, réaliste de la justice que développait déjà, ARISTOTE, lorsqu'il affirmait : " Il n'est pas de pire inégalité que de traiter de façon égale des choses inégales ".


Voilà l'esprit dans lequel mon gouvernement veut inscrire son action. Le lycéen de Janson de Sailly ou de Condorcet n'a pas les mêmes besoins que celui de Trappes ou de Saint-Denis. Telle est la réalité. Notre politique doit donc être réaliste et juste.


Dans ma déclaration de politique générale du 19 juin dernier, j'avais souligné " qu'il faut donner plus à ceux qui ont le moins ". La mise en oeuvre de ce principe de justice passe par une politique délibérée, volontariste, persévérante de différenciation positive.


Ce principe doit être mis en oeuvre de manière constante pour contribuer à la résorption des poches d'échec qui sont encore trop nombreuses dans notre système éducatif. Il doit être décliné dans tous les domaines, y compris dans ceux où les frilosités sont grandes, comme la gestion des ressources humaines.


Le meilleur fonctionnement de l'institution scolaire sera aussi permis par une politique de déconcentration adaptée et mieux maîtrisée.


Ne nous y trompons pas : la déconcentration n'est pas seulement un moyen, elle est une fin.


Lorsque l'on parle de déconcentration à l'Education nationale, des crispations se font sentir. La déconcentration est pourtant de règle dans le premier degré depuis des lustres ; elle concerne, depuis 1989, tous les actes de gestion quotidienne - notation, avancement - de la quasi-totalité des enseignants du second degré ; tout ce qui relève du remplacement et de la gestion des maîtres-auxiliaires est de compétence académique.


Cette réalité - celle d'une déconcentration forte, réelle, déjà vécue au quotidien par des milliers de personnels - est occultée par un phénomène emblématique : le mouvement national des personnels du second degré. Celui-ci concentre les critiques de tous bords et symbolise de manière excessive la centralisation de l'Education nationale. Voilà un objet de réforme. Cette réforme est logique car, pour reprendre l'expression de Claude ALLEGRE, " rien ne justifie que, pour passer de Dunkerque à Lille, il faille passer au préalable par une instruction du dossier à Paris ", ce qui correspond à la majorité des cas. Cette réforme doit - et c'est le cas actuellement, après quelques difficultés il est vrai - être discutée avec les partenaires syndicaux. Cette réforme, qui s'inscrit dans la politique générale de déconcentration mise en oeuvre dans l'ensemble des départements ministériels, sera donc menée à bien, dans la concertation.


De même, une vraie politique de déconcentration signifie que les décisions sont prises, en totale responsabilité, par les autorités administratives ayant compétence pour le faire. Par voie de conséquence, cela signifie que le pouvoir d'évocation de l'échelon supérieur n'existe que pour des situations réellement exceptionnelles. En clair, la carte scolaire tant du premier que du deuxième degré est discutée et arrêtée au niveau local par les autorités académiques en concertation avec les partenaires institutionnels. Elle ne se décide pas rue de Grenelle.


Je souhaite que les élus locaux comprennent le sens de ces réformes. Je sais - je suis aussi un élu local -, les refus qu'entraîne toute fermeture de classe. Mais j'entends tenir un langage de vérité que chacun comprendra. Nul ne peut ignorer les évolutions importantes constatées dans l'enseignement primaire. Celui-ci a en effet vu, au cours de ces dix dernières années, ses moyens augmenter (de 306 000 à 310 000 emplois hors IUFM), alors même que ses effectifs diminuaient de manière significative (de 6 908 000 à 6 610 000 élèves). Compte tenu de la poursuite de la baisse démographique, au cours des prochaines années, l'enseignement primaire devra contribuer au respect simultané du principe de discrimination positive et de celui de la stabilité de l'emploi public.

Enfin, l'Education nationale doit procéder à l'indispensable réforme des lycées.


La consultation lancée dans les lycées au cours de l'automne dernier et qui vient de se conclure à Lyon a permis d'établir un état des lieux particulièrement intéressant. Le rapport final du comité d'organisation présidé par Philippe MEIRIEU vient d'être rendu public. Il constitue un matériau de premier ordre qui doit permettre de nourrir, au cours des prochains mois, comme l'a annoncé Claude ALLEGRE, un véritable débat démocratique sur ce que le pays tout entier attend de son lycée.


Je ne veux pas anticiper sur ce débat essentiel, mais je remarque à ce stade que les conclusions provisoires de ce rapport, tant sur le contenu des disciplines, la durée hebdomadaire de présence, l'accompagnement différencié des élèves, ou encore l'affirmation de la place du lycée professionnel dans la démocratisation de l'accès au savoir, sont autant de thèmes qui font écho aux questions soulevées lors de vos assises.


Je souhaite en effet une école plus solidaire, une école qui surmonte ses contradictions internes et qui valorise de manière identique les divers cursus scolaires. Chacun sait que, dans ce domaine, beaucoup reste à faire et qu'une hiérarchie implicite, souvent non exprimée mais ancrée dans l'imaginaire collectif, existe entre les filières générales, technologiques et professionnelles.


Le principe d'égale dignité de ces filières n'existe trop souvent que sur le papier et le rapport MEIRIEU s'est fait l'écho de cette revendication tout à fait justifiée. Il a rappelé que l'affirmation de la place du lycée professionnel dans la démocratisation de l'accès au savoir et dans l'intégration de la jeunesse dans une France républicaine et fraternelle est essentielle. L'égale dignité de tous les lycées et de tous les lycéens est indispensable. La mise en oeuvre concrète de ce principe qui concerne aussi bien le collège que le lycée, implique de la part de tous ceux qui, de près ou de loin, ont à connaître de ce sujet, qu'il s'agisse des médias, des hommes politiques, des parents, des éducateurs ou des jeunes, des changements profonds dans les représentations mentales, culturelles et psychologiques des hiérarchies sociales et économiques liées à ces divers cursus.


C'est dire là l'importance de l'enjeu qui est devant nous et qui nécessite, à l'évidence, que tous les partenaires de l'école soient " sur le pont " et tirent dans la même direction. L'idée d'égale dignité, le principe de discrimination positive, me ramènent naturellement aux ZEP, et donc de façon plus précise au thème de vos assises.


II -Un second souffle pour les ZEP.

Les ZEP ont quinze ans. Elles ont connu de grands résultats, accompagnant l'extraordinaire essor de notre système éducatif. Elles ont souvent été le laboratoire d'idées novatrices, de pratiques pédagogiques nouvelles. Leur dynamisme ne se dément pas, mais se heurte à des difficultés qui exigent un second souffle.


Il nous faut par conséquent faire des choix forts et simples.


Un choix clair sur les moyens, tout d'abord. L'école n'est pas un coût ; elle est un investissement. Mais cet investissement, comme tout investissement, doit être maîtrisé. J'ai déjà indiqué que l'Education nationale faisait partie des budgets qui bénéficieront d'une priorité dans le cadre du Projet de loi de finances 1999. La traduction concrète de cette priorité permettra aux académies les plus en difficultés de rattraper leur retard.


Un deuxième choix fort concerne la révision de la carte des ZEP. Établie pour la première fois en 1983, révisée en 1989, la carte des ZEP devait, après un temps d'évaluation suffisant, être revue en 1993. Cela n'a pas été fait, pour des raisons qui leur appartiennent, par les responsables de l'époque. Un temps important a ainsi été perdu. Quoi qu'il en soit, c'est une question qui doit maintenant être réglée pour la rentrée 1999, conformément aux orientations arrêtées dans le plan de relance des ZEP.


Cette révision doit permettre de remédier à certaines incohérences. Comment expliquer, en effet, que 39 % des collégiens de la Nièvre ou 26% de ceux de la Corse du Sud soient en ZEP, alors que ce n'est le cas que de 19 % des collégiens de la Seine-Saint-Denis ? Sans doute parce que l'on a voulu, par commodité, utiliser le même traitement - en l'occurrence le classement en ZEP - pour traiter des cas aussi dissemblables que les banlieues et les zones rurales, alors même que les conditions de vie et de travail y sont objectivement totalement différentes. Certaines zones rurales relèvent de traitements pédagogiques adaptés ou de modalités de gestion de personnel particulières, mais pas de l'attribution des indemnités ZEP liées à des conditions d'exercice particulièrement difficiles et contraignantes qui, à l'évidence, n'existent pas dans ces zones.


Ces situations doivent être revues. Elles le seront. La logique des réseaux d'éducation prioritaire, la création d'un contingent supplémentaire d'indemnités ZEP dans le Projet de loi de finances 1999, le travail de sensibilisation mené tout au long de ces derniers mois dans l'ensemble des académies, les sorties de ZEP effectuées et réussies au cours de ces dernières années par quelques recteurs volontaristes, tout comme la mise en place d'un pilotage de cette opération au niveau national, devraient permettre une révision effective de la carte des ZEP à la rentrée 1999 - pour peu qu'une volonté politique soit clairement affichée en ce sens. C'est le cas.


Maintenues, confirmées et renforcées, les ZEP doivent lutter de manière encore plus efficace contre l'échec scolaire et les inégalités sociales. Sur ce point, vos travaux au cours de ces assises, à partir des exemples de réussites, esquissent les voies à suivre. Elles exigent d'abord un pilotage des ZEP à la fois national et académique pour animer, gérer et évaluer le dispositif. Elles supposent aussi des ZEP à taille humaine -ce qui est loin d'être toujours le cas-, ainsi que la présence d'équipes d'encadrement particulièrement disponibles et compétentes. Elles impliquent enfin de conserver ou de rétablir une certaine diversité de la population scolaire dans chaque ZEP, afin d'éviter un effet de " ghetto ". C'est à l'évidence cet objectif qui sera le plus difficile à atteindre tant les craintes et les tentations des parents, -nous le savons bien-, sont grandes en ce domaine. Mais ce chantier est essentiel et j'encourage tous les acteurs concernés à s'en emparer pour, en agissant de manière volontariste sur la sectorisation scolaire, réintroduire progressivement plus de mixité sociale dans certaines ZEP. Il y faudra beaucoup de persuasion, de volonté et de courage. Je sais que vous n'en manquez pas.


L'Education nationale doit également vous aider pour mieux gérer au quotidien les ZEP et pour mieux reconnaître l'engagement et les compétences de ceux qui y travaillent. Les dispositifs disponibles sont nombreux, mais ils ont été jusqu'ici insuffisamment utilisés. Sur ce point également, il faut agir.


Il faut enfin favoriser l'autonomie de gestion de chaque établissement, en fonction de ses besoins, de ses priorités et de son projet. Est-il nécessaire de préciser que cette autonomie doit respecter les horaires et les programmes officiels ? Je sais que des tentations contraires existent ici ou là. J'y suis opposé. En tout cas si cela pouvait signifier que les ZEP deviendraient des zones dans lesquelles on enseignerait un programme minimum s'écartant de la règle nationale.


Ainsi redéfinie, la politique des ZEP s'inscrira plus largement dans une politique de la Ville ambitieuse.


Il existe, nous le savons tous, un mal-être et un mal-vivre dans certaines de nos banlieues. Ils se nourrissent de la déshérence sociale. Ils pèsent, parfois lourdement, sur la vie scolaire. S'y ajoutent l'absence ou la quasi-absence de relations avec les parents d'élèves - fait majeur que vous avez mis en avant lorsque vous vous êtes exprimés sur les difficultés du métier d'enseignant en ZEP. L'établissement d'un réel dialogue avec les parents d'élèves nécessitera de l'imagination et de la créativité. Des pistes ont été tracées au cours de ces assises : il vous appartient de les vérifier, de les évaluer et, le cas échéant, d'en imaginer d'autres. Je n'oublie pas les problèmes de violence qui sont revenus ces semaines dernières sur le devant de la scène au travers de certains faits divers particulièrement graves. Nous nous efforçons, avec vous et avec les autres services publics concernés, d'apporter des réponses.


Face à ces difficultés de tous ordres, il faut en effet réagir. Nous l'avons déjà fait, avec le plan contre la violence mis en oeuvre à l'automne dernier, la mise en place des contrats locaux de sécurité ou l'implantation d'un nombre important d'emplois jeunes dans les ZEP. Ces efforts ont commencé à porter leurs fruits. Il faut continuer dans cette voie. La mise à disposition, à la rentrée prochaine, d'un important contingent supplémentaire d'emplois jeunes, devrait y contribuer.


D'une manière plus globale, la relance de la politique de la ville, sous la direction du ministre délégué chargé de la Ville, Claude BARTOLONE, doit permettre de rompre l'isolement dans lequel s'est trop souvent retrouvée l'Ecole, placée en première ligne dans le combat contre la ségrégation sociale et géographique. Symboliquement, le prochain comité interministériel des Villes sera l'occasion de concrétiser cette ambition collective retrouvée.

Mesdames et Messieurs,


Le Gouvernement que je dirige a proposé un pacte aux Français. Un pacte républicain, un pacte de développement et de solidarité.


L'Ecole est au coeur de ce pacte. Elle est donc une priorité de l'action du Gouvernement. Cette action, je l'ai dit, s'inscrit dans la durée. Nécessaire pour déployer un effort puissant, la durée est compatible avec la prise en compte de l'urgence.


Par vos assises, le second souffle des ZEP est désormais donné. J'ai confiance en son succès parce que j'ai confiance en vous.

(Source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 11 juin 2001)



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