Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre la France et les Pays-Bas, la situation en Russie et la lutte contre la drogue, Paris le 31 août 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur les relations entre la France et les Pays-Bas, la situation en Russie et la lutte contre la drogue, Paris le 31 août 1998.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : Entretien de M. Védrine avec M. Van Aartsen, ministre néerlandais des affaires étrangères, à Paris le 31 août 1998

ti : Mesdames et Messieurs, j'ai eu le plaisir d'accueillir ici pour un déjeuner de travail, M. Van Aartsen, qui est le nouveau ministre des Affaires étrangères, mon nouveau collègue M. Le Pensec le connaissait bien dans ses précédentes fonctions. Nous avons fait connaissance et nous avons, sans attendre, commencé à travailler en faisant un tour d'horizon, le plus large possible, dans le temps dont nous disposions, des principales questions qui intéressent la France et les Pays-Bas aujourd'hui, c'est-à-dire principalement, mais pas uniquement, les questions européennes.

Nous avons passé en revue les questions dont nous allons avoir à débattre dans les prochains mois, notamment tout ce qui touche à l'Agenda 2 000, les questions institutionnelles, l'élargissement. Nous avons parlé des grands sujets d'actualité, des grandes crises qui nous préoccupent également, comme notamment le Kossovo. Nous avons parlé ensemble du Conseil informel du Gymnich de Salzbourg où nous allons nous retrouver le week-end prochain. Nous avons échangé nos avis sur l'ordre du jour qui nous est proposé par la présidence autrichienne et notamment sur ce qui va toucher à la réflexion sur l'amélioration des modes fonctionnement de ce Conseil et la coordination au sein de l'Union. Nous avons parlé de beaucoup d'autres sujets internationaux ou bilatéraux.

Nous avons travaillé dans un très bon climat de cordialité et de compréhension. Les relations franco-néerlandaises sont tout à fait bonnes. Il y a beaucoup de sujets de convergence, beaucoup de sujets sur lesquels on peut travailler en commun, avoir des positions communes, beaucoup de groupes bilatéraux. Sur le plan européen, il y a beaucoup de sujets sur lesquels nos positions se complètent. Je me réjouis de pouvoir continuer avec M. Van Aartsen les excellentes relations cordiales, sympathiques et positives, je crois, que j'ai entretenues avec M. Van Mierlo pendant les quinze mois précédents.

Q - Sur ce qui se passe en Russie, en ce moment, confirmez-vous éventuellement que le FMI va débloquer ses fonds ?

R - Je préfère ne pas commenter à ce stade l'aspect de la situation en Russie car je pense qu'il faudrait avoir une vue complète de cette situation, tant sur le plan économique que financier et politique. La situation n'est pas suffisamment claire. On ne peut répondre à la question concernant ce que va faire le FMI ou ce qu'il ne va pas faire, que si nous savons exactement dans quelle situation politique nous sommes. Le moment exact où vous posez la question n'est pas un moment commode pour la traiter. Il faut que les choses soient un peu décantées pour savoir comment on va répondre à cette question.

Q - Quelle est la gravité de la crise russe sur l'Union européenne ?

R - Je crois que le monde entier a intérêt à ce que la crise russe trouve une solution d'urgence, qui soit à la fois une solution économique et financière viable et convaincante et en même temps qui soit appuyée sur une solution politique stable. Toute la question est de savoir comment le FMI va pouvoir formuler ses demandes d'éventuelles conditions et sous quelles formes celles-ci pourront être intégrées par les autorités russes dans une démarche qui doit, en même temps, être soutenue par la Douma et par l'opinion publique russe. C'est un travail que les responsables russes doivent effectuer. C'est à eux de trouver cette synthèse. C'est par rapport à cette situation que le FMI met les différents pays occidentaux, l'Union européenne en tant que telle, de pouvoir dire : "Voilà dans quelles conditions nous allons poursuivre notre coopération avec vous, dans le cadre d'un effort de redressement de réforme". Toutes les données ne sont pas réunies pour répondre immédiatement à cette question.

Q - Quelle est votre opinion sur la possibilité d'une conférence des membres de l'euro sur la Russie ?

R - Je pense que les différentes instances de l'Union européenne, et pas uniquement les membres du Conseil de l'euro, seront amenées de toute façon, dans les jours qui viennent, à se réunir pour évaluer dans leurs domaines respectifs les conséquences de cette crise, mais aussi les conséquences de la solution apportée à cette crise.

Q - Et sur une réunion du G7, quelle est votre opinion ? Est-ce une demande officielle ?

R - Une consultation est en cours entre les membres du G7 sur ce point mais les points de vue sont partagés. J'ai vu que le chancelier Kohl, par exemple, estimait que cela n'était pas utile sous cette forme.

Q - Il y a tout de même un problème entre la France et les Pays-Bas : c'est M. Duisenberg, qui a dit qu'il partirait quand bon lui semble ?

R - Ce n'est pas un problème entre nous et d'ailleurs, nous n'en avons pas parlé.

Q - Avez-vous parlé de la drogue ?

R - Notre coopération en matière de lutte contre la drogue est, je crois, tout à fait bonne maintenant entre les deux pays. C'est ce que pense le ministre français de l'Intérieur. Et il y a des rencontres régulières pour améliorer encore cette coopération.

Q - Mais Schengen n'est pas menacé par cette situation ? R - Je ne pense pas. Sur le plan bilatéral, ce n'est pas un sujet de désaccord, c'est un sujet de coopération, de travail en commun.

Q - Mais les points de vue français et néerlandais sont tout de même divergents sur la question ?

R - Les pays européens ont tous des systèmes légaux un peu différents sur le sujet. Ce ne sont exactement les mêmes nulle part, sur le plan administratif, légal ou judiciaire. Mais ce qui, à un moment donné, était un sujet de différend et d'incompréhension, est redevenu progressivement, grâce à une volonté politique forte de part et d'autre, un sujet de travail en commun. Il y a des différences. On travaille précisément de façon à ce que cela n'empêche pas une coopération qui se développe et qui fonctionne de mieux en mieux.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 octobre 2001)

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