Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur la coopération technique internationale de police, Paris le 7 septembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères, sur la coopération technique internationale de police, Paris le 7 septembre 1998.

Personnalité, fonction : , , VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre des affaires étrangères

Circonstances : 8ème colloque des attachés de police à Paris le 7 septembre 1998

ti : Monsieur le Ministre,
Messieurs les Ministre délégués,
Mesdames et Messieurs,


Etre ici parmi vous ce matin est pour moi une façon de marquer mon amitié à Jean-Pierre Chevènement, de formuler des voeux pour son prompt rétablissement, de rendre hommage à son action et de signaler l'excellent travail accompli ensemble. La qualité de ce dialogue interministériel est la condition sine qua non de l'efficacité de notre politique de sécurité dans son ensemble.

1. Vous savez tous que les aspects extérieurs et intérieurs de la sécurité sont, de manière croissante, indissolublement liés.

La facilité chaque jour accrue de circulation des personnes, des biens et des capitaux est bénéfique en ce qu'elle permet aux échanges de se développer à travers le monde et semble génératrice de croissance. Mais elle n'en a pas moins des effets pervers, à savoir offrir des possibilités nouvelles d'action aux organisations criminelles. Elle permet à celles-ci, dans une large mesure, de s'affranchir des frontières territoriales et des normes juridiques nationales.

De plus, le monde issu de l'après-guerre froide laisse apparaître quantité d'Etats incapables de mettre en place les structures juridiques et répressives indispensables pour résister aux capacités d'adaptation et donc de nuisance de ces organisations. Je pense aussi bien aux petits pays qui n'ont pas les moyens de mettre en place ces structures, qu'aux grands pays qui, pour des raisons diverses, ont laissé l'Etat s'étioler jusqu'à la paralysie, notamment sous l'effet de la corruption.

Depuis votre dernier colloque, il y a un an, l'actualité a confirmé ce diagnostic. Les menaces dites "non militaires" ou globales se sont aggravées : augmentation constante du trafic de drogues, persistance de l'action déstabilisatrice des entreprises criminelles notamment dans les pays de l'Est de l'Europe, perpétration d'attentats terroristes extrêmement meurtriers en Algérie, en Egypte et récemment encore en Afrique et en Irlande du Nord.

2. Pendant les années de la guerre froide, la communauté internationale s'était surtout préoccupée des menaces militaires à caractère stratégique. Elle prend aujourd'hui progressivement conscience - trop lentement peut-être - de la nécessité de développer une riposte coordonnée contre les menaces que j'évoquais à l'instant : crime organisé, drogue, terrorisme, corruption, blanchiment...

Toutes les enceintes internationales concernées se saisissent de ces sujets. J'en citerai rapidement quelques unes :

- L'ONU d'abord, qui vient notamment de commencer à négocier une convention globale contre la criminalité organisée et qui a ouvert à la signature, depuis janvier dernier, la convention visant à réprimer les attentats terroristes à l'explosif ;

- Le Conseil de l'Europe, qui travaille à l'élaboration de deux conventions, l'une contre la corruption, l'autre contre la cyber-criminalité ;

- L'OCDE qui a achevé, il y a moins d'un an, la convention réprimant la corruption dans la passation des marchés ;

- et d'autres enceintes qu'il serait trop long d'énumérer, comme le GAFI ou encore le G8, lequel joue un rôle d'impulsion politique important par rapport à ces négociations en cours.

Enfin, l'action de l'Union européenne est déterminante, tant à l'intérieur de ses frontières qu'en matière de coopération internationale. Pierre Moscovici développera ce point qu'il s'agisse :

- de l'harmonisation progressive du droit et des pratiques répressives au sein de l'Union européenne,

- de la coopération mise en oeuvre à l'extérieur de l'Union européenne, par exemple dans le cadre de PHARE et TACIS,

- de la nécessité d'une "mise à niveau" des pays candidats à l'adhésion en matière de sécurité si l'on veut limiter le risque de développement des grands trafics en Europe.

3. Dans toutes ces enceintes, la France joue un rôle particulièrement actif. Elle le fait parce que c'est la volonté du président de la République et du gouvernement. Elle en a les moyens car nous sommes capables, dans chaque négociation, d'être représentés par des équipes pluridisciplinaires qui se connaissent et s'apprécient. Je constate ainsi que les divergences qui peuvent apparaître lors des concertations interministérielles parisiennes s'effacent à l'étranger dans la poursuite d'objectifs communs.

Ce rôle actif de la France ne se situe pas seulement au niveau des négociations mais aussi dans les initiatives qu'elle est amenée à prendre. Je ne citerai que la dernière en date. Vous avez pu relever par vous-mêmes qu'il y a dix jours, devant les ambassadeurs qui eux aussi se réunissent tous ensemble une fois l'an, le président de la République a annoncé notre souhait de voir mise en chantier à bref délai une convention contre le financement du terrorisme.

4. Mais au-delà de son action multilatérale dans le domaine de la sécurité non militaire, la France a mis en place des coopérations bilatérales que vous connaissez bien car vous y prenez une place éminente. Je ne les développerai pas parce que vous allez en discuter tout au long de cette semaine.

Je souhaite en revanche aborder la question des relations entre nos deux ministères dans le cadre de nos coopérations.

a) En ce qui concerne le Quai d'Orsay, nous mettons en oeuvre un véritable programme de sensibilisation des diplomates aux questions qui nous préoccupent aujourd'hui.

Par exemple, pour la Conférence des ambassadeurs que j'évoquais à l'instant, j'ai souhaité qu'une table ronde soit consacrée aux mafias et au crime organisé. Elle a été présidée par Jean-Pierre Chevènement, que je remercie encore ainsi que les nombreux représentants des différentes directions de votre maison qui y ont participé. Elle a permis de dégager des orientations pour renforcer notre action commune dans ces domaines.

Autre exemple : l'émergence d'une "filière" diplomatique au Quai d'Orsay centrée autour de la Sous-direction de la sécurité que beaucoup d'entre vous connaissent bien. Cette sous-direction, créée en 1993, a d'ailleurs renforcé son action en accueillant en son sein des agents détachés de votre ministère, des Douanes, de la Gendarmerie et, bientôt, de la Chancellerie. Je sais que Jean-Pierre Chevènement, qui a mis en place récemment la Délégation aux affaires internationales, partage avec moi ce souci de renforcer les synergies et les échanges de ce type entre départements ministériels.

b) De telles mesures s'inscrivent parfaitement dans le cadre général de la modernisation de l'action de l'Etat entreprise par le gouvernement.

Cette modernisation se traduit par des réformes de structure, de procédures et de statut.

- Réformes de structures, comme celle de la Coopération que je vais laisser le soin à Charles Josselin d'évoquer.

- Réformes de procédure, et je pense notamment à la programmation annuelle des postes d'attachés de police, de leurs adjoints et des officiers de liaison. Celle-ci est maintenant rodée. Une fois par an, une réunion de nos deux administrations fixe, sous l'égide du Secrétaire général du Quai d'Orsay, la configuration la plus pertinente du réseau du SCTIP. La similitude de procédure avec les autres ministères permet d'assurer la cohérence de nos nombreux réseaux à l'étranger.

- Réforme de statut enfin, ou plutôt aménagement de votre statut. En ce sens, une circulaire interministérielle actualisera très prochainement le statut des attachés de police et des officiers de liaison, leurs missions, et leur positionnement par rapport aux ambassades. Cette circulaire prendra en compte l'architecture nouvelle de nos structures et de nos instruments de coopération.

Je souhaiterais à cet égard insister sur deux points relatifs à votre action à l'étranger.

1) Dans le cadre de notre politique étrangère, il est indispensable de bien connaître, analyser, et prévoir les évolutions des menaces non militaires. Il revient à nos postes diplomatiques, au premier chef aux ambassadeurs et aux collaborateurs spécialisés que vous êtes, de contribuer à l'information du gouvernement.

Je vous invite donc instamment, tout en poursuivant la coopération technique que vous engagez au bénéfice de vos partenaires locaux, à jouer pleinement le rôle d'expert et de conseiller de l'ambassadeur pour les questions de sécurité intérieure.

2) Rejoignant les autres domaines de coopération - les coopérations culturelles, scientifiques, économiques, etc -, la coopération policière est devenue un élément important du rayonnement de la France à l'étranger. Dans le monde très troublé que j'ai décrit au début de mon intervention, nous avons, autour du concept d'Etat de droit, des valeurs à défendre et une approche des problèmes que de nombreux pays souhaitent partager. La police nationale a su développer en France même des pôles d'excellence : à vous de les valoriser à l'étranger. Soyez assurés de notre soutien en ce sens.

3) Enfin, un mot sur nos moyens. Ils sont réduits, vous le savez, dans le cadre des efforts demandés à chaque administration. Cependant, je n'évoque pas ce sujet pour m'en plaindre mais pour vous demander de vous mobiliser pour mettre en oeuvre des financements extérieurs. Je sais que la direction du SCTIP compte s'attaquer vigoureusement à la question des financements communautaires. Mais je souhaiterais que chacun d'entre vous, en poste, nous fasse connaître les opportunités de financement bi-ou multilatéraux qui nous permettent de décupler nos actions dans un proche avenir.


Pour me résumer, je vous dirais qu'agir à l'étranger pour la sécurité intérieure de notre pays est une responsabilité éminente. L'assistance technique apportée à nombre de nos Etats partenaires doit non seulement les aider à établir un Etat de droit mais aussi favoriser le développement d'une coopération opérationnelle face à l'expansion du crime organisé et des phénomènes criminels de toute sorte.

Assister et conseiller les autorités et les policiers locaux, expliquer et éclairer les ambassadeurs ainsi que le gouvernement sur les évolutions dans votre domaine de compétence, constituent les clés de votre métier. Je sais que vous y mettez le meilleur de vous-même. Mes entretiens quotidiens avec nos ambassadeurs me confirment d'ailleurs que ceux-ci apprécient pleinement votre action en ce sens.

Je tiens enfin, alors que vous allez dans quelques jours regagner vos postes à l'étranger, à vous renouveler toute la confiance et l'appui du ministère des Affaires étrangères.

Bon travail.


(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 12 octobre 2001)

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