Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communcation, sur le bilan des actions entreprises en 1998 et les grandes orientations de sa politique pour 1999, Paris le 16 septembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communcation, sur le bilan des actions entreprises en 1998 et les grandes orientations de sa politique pour 1999, Paris le 16 septembre 1998.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Audition de Mme Trautmann devant la commission des affaires culturelles, familiales et sociales de l'Assemblée nationale, à Paris, le 16 septembre 1998

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et messieurs les députés,

La culture est aujourd'hui au c¿ur des évolutions économiques, sociales et politiques en France et dans le monde : la mondialisation des échanges, les nouvelles technologies de communication, la primauté de l'audiovisuel et les grandes potentialités qu'offre la construction européenne transforment l'environnement de la production artistique et les conditions d'accès à la culture. De même, la mise en cause croissante, sans discernement, du principe d'un financement public de certaines activités, la remise en cause brutale des valeurs d'universalité et de pluralisme placent l'art et la culture au c¿ur du débat et des choix politiques, mais aussi économiques et industriels.

Si le gouvernement a mis au c¿ur de son programme, aux cotés de la bataille décisive pour l'emploi et la justice sociale, le principe d'une intervention résolue de l'Etat en faveur de la culture, ce n'est pas pour défendre frileusement notre propre modèle mais bien pour affirmer que ce qui se joue dans ce domaine est le choix d'un modèle d'organisation des rapports économiques et sociaux. S'il fallait nous en convaincre, les négociations internationales en cours, en vue d'un Accord multilatéral d'investissement en constituent la preuve la plus évidente.

Parce que la culture a vocation à investir toujours davantage le champ social et parce qu'elle est au c¿ur du pacte républicain, je poursuis trois objectifs fondamentaux :

- d'abord, refonder un grand service public de la culture,
- ensuite, soutenir et encourager davantage l'acte de culture dans sa double dimension de création et d'accès aux pratiques culturelles
- enfin, je veux favoriser l'appropriation citoyenne de notre patrimoine.

I- la politique culturelle doit s'appuyer sur un service public fort et efficace. Telle a été ma première préoccupation.

Le budget 1998 a été celui de la reconstruction. Je voulais retrouver des marges de manoeuvre budgétaires, disposer d'une administration modernisée et en état de marche, remotiver ses agents. En un mot, restaurer la crédibilité de ce département ministériel vis à vis de ses partenaires institutionnels et associatifs.

Cette réorganisation s'achève. La réunion de toutes les disciplines du spectacle vivant dans une même direction, comme celle du patrimoine et de l'architecture, ont été guidées par un seul et même souci : bâtir un ensemble performant au service de nos partenaires et des professionnels, en faisant fi des cloisonnements artificiels qui servaient peut-être des clientèles particulières, mais qui ne répondaient plus aux exigences d'une performante.

De même, j'ai souhaité bâtir une nouvelle délégation au développement et à l'action territoriale qui garantisse la cohérence des actions sectorielles du ministère en faveur de la démocratisation et de l'aménagement du territoire.

Mais il ne suffit pas de mobiliser les administrations centrales sur leur fonction d'impulsion et d'évaluation, si dans le même temps les directions régionales des affaires culturelles, sous l'autorité des préfets, ne sont pas reconnues en tant qu'échelon décisionnel pour l'ensemble des actions régionales.

Voilà pourquoi j'ai amplifié le mouvement de déconcentration des crédits du ministère en ayant conscience qu'un Etat plus présent est un Etat plus proche des réalités du terrain où il exerce ses missions.

Je poursuivrai la déconcentration des crédits en 1999 en ayant le souci de l'efficacité et de la bonne administration, c'est à dire en renforçant les moyens en personnel des DRAC.

Ce rééquilibrage entre les niveaux de la décision ne corrige pas structurellement la répartition des financements publics dans le rapport entre Paris et les régions.

A cet égard, je souhaite agir dans le temps, par le moyen d'une programmation maîtrisée des interventions financières du ministère :

*Les grands équipements culturels parisiens risquent d'absorber une part exessive de nos capacités de financement si nous n'inscrivons pas dans un plan décennal les efforts que nous devons encore consentir.
*En procédant ainsi, nous dégagerons les marges de manoeuvres pour un rééquilibrage en faveur des régions. Les contrats plan Etat-régions, pour la période 2000/2006 seront l'un des instruments de ce rééquilibrage.

Dès 1999, j'ai décidé d'accroître de 38 % les crédits de soutien aux opérations d'équipements des collectivités territoriales.

Je souhaite que l'action de l'Etat soit plus lisible, plus équilibrée et plus fiable.

Pour cela, il est nécessaire de définir les principes de son intervention et les responsabilités des structures bénéficiant d'un financement public. C'est dans cet esprit que j'ai proposé une charte des missions de service public pour les structures du spectacles vivant. Mon intention est d'étendre cette démarche à tous les secteurs d'intervention du ministère.

Le fonctionnement des services publics de la Culture, soutenu le plus souvent dans le cadre d'un large partenariat, sera ainsi établi sur une base contractuelle claire afin qu'il puisse être objectivement et correctement évalué.

C'est aussi pour honorer la parole de l'Etat qu'en 1998, j'ai assuré le déblocage de certains grands projets, comme la Maison du cinéma, que j'ai commencé à solder la lourde dette de mon ministère en matière de crédits de paiement et que j'ai augmenté le budget du patrimoine de près de 40 %.

Conformément aux engagements pris par le premier ministre lors de sa déclaration de politique générale, le budget de la culture que je vous présente aujourd'hui est à nouveau en forte expansion. Il progresse de 3.5 %, soit 525 millions de mesures nouvelles, quand les dépenses de l'Etat n'augmentent en moyenne que de 2.2 %. Ces chiffrent montrent que la culture est, plus que jamais, une priorité de ce gouvernement.

Avec le budget dont je disposerai en 1999, je peux prolonger ce travail patient et déterminé tout en prenant des mesures concrètes en faveur de l'innovation artistique et de la démocratisation. Je mènerai aussi une politique patrimoniale active dans tous les secteurs de mon ministère.

II - Le budget 1999 marquera concrètement ma volonté de concilier le soutien à la création et le développement d'une politique ambitieuse de démocratisation des pratiques culturelles. C'est l'axe central de mon action

Le temps de la création et le temps de la diffusion sont deux temps différents. Le ministère de la culture doit pourtant les prendre l'un et l'autre en compte.

Il respecte et doit faire respecter le temps qu'il faut pour que la création et particulièrement celle qui rompt avec les conventions trouve son public. Mais je suis résolue à sortir de l'opposition stérile entre création et démocratisation.

Mon ambition politique est de renforcer l'une et l'autre en mettant en évidence par mon action que l'une se renforce de l'autre. Les créations doivent être vues et entendues par le plus grand nombre dans l'objectif d'offrir la plus grande qualité artistique à tous nos concitoyens.

Le service public de la culture est aujourd'hui constitué d'un vaste ensemble de structures. Il doit impérativement assumer deux missions en parallèle :

*garantir et encourager la liberté de création,
*favoriser la diffusion la plus large du patrimoine vivant ainsi constitué.

Cela emporte, à mon sens, deux conséquences politiques majeures. D'une part, la création n'ayant pas vocation à répondre mécaniquement à la demande sociale, les collectivités publiques, quel que soit leur niveau d'intervention, ne doivent pas relâcher leurs efforts dans le soutien qu'elles lui apportent. D'autre part, l'égalité d'accès aux biens culturels et aux pratiques artistiques étant un principe de valeur constitutionnelle, elle doit être mise en ¿uvre par tous les moyens de diffusion dont nous disposons, qu'il s'agisse des institutions culturelles et artistiques désormais réparties sur la majeure partie de notre territoire, des médias audiovisuels ou des structures d'enseignement et d'éducation.

Si le spectacle vivant constitue l'une de mes priorités en 1999, je souhaite privilégier dans ce secteur, des disciplines ou des équipes artistiques qui ont été particulièrement touchées pendant les années de régression budgétaire :

*les compagnies de danse, de théâtre
*l'écriture musicale ou dramatique sans laquelle il est vain de parler d'effort en direction de la création contemporaine.
*Les musiques actuelles qui ont toujours été l'objet de discours généreux, mais pour lesquelles le ministère n'a jamais mis en pratique ses propres intentions.

J'ai reçu le rapport de la commission nationale des musiques actuelles que j'avais installée. Je rendrai publiques les mesures que je retiendrai de ce rapport à la mi-octobre.

Avec ce secteur des musiques actuelles, nous sommes bien à l'intersection de l'innovation parfois la plus avant-gardiste et de l'adhésion la plus large des publics. Elles intéressent, en effet, des générations entières en tant qu'auditeurs, spectateurs ou amateurs mais elles forment aussi un fantastique espace de création, de renouvellement des pratiques, d'interpénétration des disciplines. Lorsque l'on sait que les pratiques audiovisuelles de nos concitoyens sont consacrées à 50 % aux musiques actuelles, que les élus locaux sont de plus en plus confrontés à la demande des publics, on mesure combien il est urgent de concevoir des dispositifs institutionnels, enfin à la hauteur des attentes.

Une autre de mes priorités dans le domaine du spectacle vivant concerne les arts de la rue qui associent, également, succès public et créativité artistique. Cela passera par un accompagnement de la professionnalisation des troupes, une aide à la diffusion des spectacles et le conventionnement des compagnies les plus structurées.

Au total, les mesures nouvelles en faveur de toutes les disciplines du spectacle vivant s'élèveront à 110 MF. Mais j'indique clairement ici, que pour les structures permanentes, l'entrée en application effective de la charte de service public privilégiera celles qui assument pleinement le soutien à la création et leurs responsabilités en matière de renouvellement des publics ou d'ouverture aux pratiques amateurs...

Cette dynamique parfaitement cohérente entre le soutien à la création et la démocratisation des pratiques guidera toutes mes interventions financières.

Pour l'illustrer, dans le domaine des arts plastiques, je reconduis le niveau des crédits destinés aux commandes publiques et, dans le même temps, j'augmente substantiellement les bourses des étudiants en écoles d'art. Les crédits de la délégation aux arts plastiques progresseront ainsi de près de 15 %.

Les moyens consacrés aux enseignements et à l'éducation visent aussi ce double objectif : la formation de nouveaux créateurs et, plus largement, la diffusion des savoirs et des connaissances. Mon ministère consacrera en 1999, près d'un milliard et demi de francs à l'éducation et aux enseignements artistiques.

Enfin, dans le domaine de la création comme dans celui de la diffusion, il est un secteur que j'entends privilégier. Il concerne les nouvelles technologies et plus particulièrement le multimédia.

J'amplifierai, en 1999, le programme de soutien à la création et au développement d'espaces culture-multimédia. Une centaine de projets sont déjà en cours de réalisation. Dans le même temps le CNC renforcera son action en direction des projets de création multimédia.

Dans ce secteur encore émergent, nous vivons un étrange paradoxe. La France a pris un certain retard dans la pénétration économique et sociale des nouvelles technologies alors que, dans le même temps, l'industrie américaine vient massivement recruter dans nos écoles d'art, réputées dispenser les meilleures formations artistiques.

Face à cette situation, je souhaite engager résolument mon département ministériel dans la bataille du développement des nouvelles technologies, tout en permettant aux jeunes qui se lancent de bénéficier d'un appui logistique et financier. Je veux également favoriser l'usage de ces outils par les professionnels de la culture.

Nous sommes entrés dans une société où les images, en nombre infini et fragmentées, transforment nos représentations du monde et démultiplient nos perceptions du réel. Sans maîtrise de ce nouvel environnement, le risque est grand de reproduire une césure entre ceux qui disposent des outils conceptuels et ceux qui consomment les produits.

Pour cette raison, l'éducation à l'image et aux nouvelles technologies devient une priorité. Pour la mettre en ¿uvre, je demande aux DRAC de mobiliser nos actions partenariales avec l'éducation nationale, les structures d'éducation populaire ou les institutions audiovisuelles.

Enfin, si elles ne constituent en aucun cas le moyen unique d'une politique de démocratisation, les politiques tarifaires ne peuvent être sous-estimées. Je souhaite que tous les institutions culturelles soutenues par l'Etat simplifient leur système de tarification, adoptent le principe d'un tarif périodiquement le plus bas possible, voire celui d'un accès gratuit. A titre d'exemple, la gratuité un dimanche par mois, mise en ¿uvre au Louvre, doit être progressivement étendue à l'ensemble des musées nationaux.

III - Troisième axe majeur de mon action : donner à la politique patrimoniale une dimension nouvelle en favorisant l'appropriation citoyenne de notre héritage culturel.

Nous devons en effet veiller à la préservation et à l'appropriation par tous nos concitoyens du patrimoine monumental, écrit et audiovisuel qui forme notre mémoire collective.

Le renouvellement des formes et des représentations ne doit pas reléguer au second plan nos efforts en faveur de la mise en commun de notre héritage culturel et artistique

Dès 1998, j'avais tenu à reconstituer les crédits du patrimoine en les augmentant de 39 %. En 99, la progression intervenue l'an dernier est consolidée puisque ces crédits augmentent de 2.7 %

Les musées et les monuments historiques sont traditionnellement les éléments de visibilité de la politique des collectivités publiques en faveur du patrimoine. Mais il ne doit pas nous échapper que le travail et le devoir de mémoire sont constitutifs de toutes les activités artistiques et culturelles.

Je l'avais déjà dit devant votre commission l'an dernier, je ne crois pas qu'une politique patrimoniale ambitieuse soit forcément marquée du sceau du conservatisme. En réalité, il est aujourd'hui indispensable que nos concitoyens, parfois désorientés par la rapidité des changements que connaît notre société, retrouvent, grâce à la préservation et à la connaissance de leur patrimoine, certains repères de leur identité individuelle et collective.

Première illustration de cette volonté : cette année, l'effort sera porté sur le patrimoine du XXème siècle, encore trop négligé. Dans cet ensemble, la politique d'inventaire et de protection du patrimoine industriel sera renforcée.

J'entends mettre en valeur cette dimension fondamentale de l'histoire sociale de notre pays. L'évolution de l'économie a bouleversé notre paysage industriel et la mémoire de millions d'hommes et de femmes, ainsi que leurs savoirs faire, sont laissés à l'abandon à l'image des sites désertés.

Pourtant, derrière la dénomination, peut-être trop floue, " d'écomusée ", un patrimoine vivant dépasse le simple cadre socio-économique local et intéresse la nation toute entière.

Il en va de même pour le patrimoine écrit. Dans le souci de valoriser et de mettre à la disposition du plus grand nombre le patrimoine écrit, la Bibliothèque nationale de France, dont 1999 constituera la première année de fonctionnement à plein régime, développera son objectif de mise en réseau avec les bibliothèques municipales à vocation régionale.

J'engage cette même année, la restructuration des archives nationales dans le cadre d'une redéfinition de ses missions et de ses moyens au profit des chercheurs mais aussi du grand public. De plus je soumettrai au conseil des ministres un projet de loi qui affirmera le principe d'ouverture des archives publiques renforçant ainsi le rôle des archives de France comme instrument de diffusion de la mémoire nationale.

Rendre plus accessible à l'ensemble de nos concitoyens, les différents supports de la mémoire me conduira aussi à mener un certain nombre d'actions en faveur du patrimoine cinématographique et audiovisuel. La Maison du cinéma constituera l'élément central d'une mise en réseau de la diffusion du patrimoine cinématographique sur l'ensemble du territoire. S'agissant de l'INA, sa mission de protection du patrimoine audiovisuel sera au c¿ur de la redéfinition du projet stratégique de cette entreprise.

La fréquentation du patrimoine, au sens classique du terme, est la première pratique culturelle des français après les pratiques audiovisuelles.

Il ne s 'agit pourtant pas de tout " patrimonialiser ", dans un mouvement illusoire qui reviendrait à vouloir arrêter le temps, à fixer un état donné de notre histoire. Il s'agit bien au contraire d'offrir à tous, la possibilité d'accéder aux données de la connaissance, de les relier entre elles, ce que les techniques de l'information permettent désormais, tout en mettant à disposition de nos concitoyens et en transmettant aux générations futures ce qui fonde matériellement ce savoir, ce qui en constitue la trace : archives, livres, oeuvres d'art, objet, films, monuments, témoins matériels de la diversité culturelle.

C'est dans cet esprit que je défends des projets qui visent à faire coopérer des institutions et des logiques professionnelles différentes, que ce soit au travers de l'Institut national d'histoire de l'art, poursuivi avec le ministère de l'éducation nationale, de l'enseignement supérieur et de la recherche ; ou au travers de la cité de l'architecture et du patrimoine, destinée à devenir une tête de réseau, un outil de confrontation d'approches trop souvent disjointes.

J'attends beaucoup également du futur Musée des arts et des civilisations comme lieu de transmission de nouveaux repères, pour tous, sur l'histoire, ancienne et plus récente, des sociétés africaines, précolombiennes et océaniennes, de leurs cultures et de leurs influences.

Conserver et restaurer ne constituent pas les seuls actes par lesquels l'Etat peut préserver les richesses artistiques. C'est pourquoi les moyens consacrés aux acquisitions d'oeuvres d'art seront accrus. De même, à la suite du rapport d'André Chandernagor et à la demande du Premier ministre, Christian Sautter et moi-même, étudions un ensemble de mesure notamment de nature fiscale, visant à dynamiser le marché de l'art français dans un contexte de vive concurrence internationale.


CONCLUSION

La culture pèse pour près de 400 000 emplois dans l'ensemble de nos activités économiques. Et la demande qui s'est exprimée autour des emploi-jeunes donne la mesure des potentialités de développement dans ce secteur.

La culture est souvent au centre des négociations internationales et elle demeure un enjeu politique permanent au c¿ur des changements économiques et sociaux.

Avec la multiplication des supports de diffusion, qu'ils concernent l'audiovisuel ou le multimédia, nous sommes face à un nouveau défi. J'entends bien utiliser mes responsabilités conjointes de ministre de la communication et de la culture comme une opportunité pour le relever. Le projet de loi sur l'audiovisuel public, qui réaffirmera l'identité du service public de la télévision, confortera celle-ci comme instrument essentiel de création et de diffusion culturelle.

(source http://www.culture.gouv.fr, le 14 septembre 2001)

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