Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le rôle des préfets dans la mise en oeuvre de la politique du Gouvernement, notamment sur la régularisation des étrangers en situation irrégulière, la sécurité, notamment l'organisation des compétences entre la police et la gendarmerie, Paris le 11 septembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur le rôle des préfets dans la mise en oeuvre de la politique du Gouvernement, notamment sur la régularisation des étrangers en situation irrégulière, la sécurité, notamment l'organisation des compétences entre la police et la gendarmerie, Paris le 11 septembre 1998.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Rencontre avec les préfets à Paris le 11 septembre 1998

ti : Monsieur le ministre,
Mesdames et Messieurs les préfets,
Mesdames et Messieurs,

Le 24 juin de l'année dernière, sur la proposition de M. Jean-Pierre Chevènement, je vous avais réunis pour vous faire connaître mes directives quant au rôle du corps préfectoral dans la mise en ¿uvre de la politique du Gouvernement. Je venais d'en indiquer les lignes de force lors de ma déclaration de politique générale au Parlement. Depuis, nous nous sommes revus à Matignon ou sur le terrain.

Aujourd'hui, vous avez été convoqués par le ministre de l'Intérieur pour entendre des interventions du ministre de l'Agriculture et de la Pêche, M. Louis Le Pensec, du ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie, M. Dominique Strauss-Kahn, du secrétaire d'Etat au Budget, M. Christian Sautter, et du ministre de la Défense, M. Alain Richard.

Je n'avais pas prévu d'être parmi vous.

Mais, comme vous le savez, M. Jean-Pierre Chevènement a été victime il y a huit jours d'un grave accident d'anesthésie, alors qu'il allait subir une intervention chirurgicale sans gravité, dont il avait tenu à choisir la date au moment le plus compatible avec les obligations de sa charge.

J'ai donc tenu à ouvrir cette réunion des préfets que M. Chevènement devait présider. Pour vous parler de lui. Pour être avec vous. Pour marquer la continuité de l'action de l'Etat.

Depuis cet accident, Jean-Pierre Chevènement est dans un état préoccupant, mais les médecins notent des avancées encourageantes et, surtout, il est hier sorti du coma.

Cette situation est d'abord une épreuve personnelle pour sa famille et ses proches. C'est pourquoi il convient de préserver autant que possible le caractère privé de l'événement.

Certes, la vie personnelle d'un homme public ne peut être totalement soustraite à la curiosité de ses concitoyens et donc à l'intérêt des médias. Mais il me semble qu'en de telles circonstances, il doit être possible de faire preuve de retenue.

Je connais personnellement Jean-Pierre Chevènement depuis de longues années. Nous avons souvent suivi les mêmes itinéraires intellectuels et politiques. C'est un ami et un membre important du Gouvernement. Je suis donc particulièrement sensible au sort qui le frappe.

Au ministère de l'Intérieur, M. Chevènement a constitué autour de lui un cabinet, animé depuis quelques semaines par un nouveau directeur, M. Charles Barbeau, homme de grande expérience. Ce cabinet est composé de collaborateurs dont M. Chevènement connaît certains de longue date et d'autres plus récemment. Tous savent la rigueur, les convictions solides, la haute conscience du devoir qui animent Jean-Pierre Chevènement. Sous sa conduite, le ministère de l'Intérieur fonctionne bien, sert nos concitoyens, sert la République.

A tous ceux qui le connaissent plus particulièrement, je voudrais exprimer mes sentiments personnels de sympathie et mes encouragements à poursuivre leur tâche avec la même énergie et la même détermination que celles que Jean-Pierre Chevènement a toujours su insuffler à ses équipes.

Aux préfets ici réunis et à tous les fonctionnaires du ministère de l'Intérieur, je veux dire, par ma présence, mon engagement personnel dans la poursuite de la politique du Gouvernement pour ce qui concerne les affaires intérieures.

La continuité de l'action gouvernementale sera assurée par M. Jean-Jack Queyranne, qui a travaillé avec M. Chevènement en tant que secrétaire d'Etat à l'Outre-mer. Il assurera la pleine responsabilité de ce lourd ministère. Il a déjà pris un contact approfondi avec ses responsables et s'est attelé aux dossiers. Comme je le faisais avec M. Chevènement, je rencontrerai M. Jean-Jack Queyranne chaque semaine pour procéder à un tour d'horizon.

Comme vous tous, je souhaite que Jean-Pierre Chevènement reprenne aussitôt que possible sa place à la tête du ministère de l'Intérieur. Sur les questions de sécurité, sur la modernisation de l'administration, sur les relations avec les collectivités locales, sur la mise en ¿uvre de la loi sur l'entrée et le séjour des étrangers, il a d'ores et déjà imprimé sa marque. J'espère qu'il pourra poursuivre lui-même, à son retour, dans les voies qu'il a tracées.

La passion de la République qui anime Jean-Pierre Chevènement et sa grande capacité pédagogique à en expliquer, inlassablement, les valeurs fondamentales, sont une force du Gouvernement. Il demeure essentiel que sa voix continue de se faire entendre pour rappeler à nos concitoyens ces valeurs républicaines qui doivent nous rassembler et avec lesquelles nous ne devons jamais transiger.


Je souhaite évoquer quelques-uns des axes de la politique gouvernementale, dans la mise en ¿uvre desquels M. Chevènement a mis toute son ardeur. A la fin de cette réunion, M. Jean-Jack Queyranne reviendra plus en détail sur certains d'entre eux.

Les préfectures ont accompli un travail considérable pour les opérations de régularisation de certains étrangers en situation irrégulière. L'harmonisation des décisions prises est en cours. Les textes d'application de la loi sur l'entrée et le séjour des étrangers sont maintenant tous publiés. La France dispose donc d'une législation équilibrée, digne de sa tradition humaniste et qui tient compte de sa situation économique et sociale comme de l'état du monde.

Je l'ai dit en diverses circonstances : le Gouvernement ne cédera pas à la revendication d'une régularisation générale des étrangers en situation irrégulière. C'est une revendication tout à fait minoritaire; Il est illusoire de penser que cette opération mettrait un terme aux demandes de régularisation et à l'immigration irrégulière.

Elle encouragerait celle-ci, dans un contexte international où non seulement l'Afrique, mais aussi l'Asie et l'est de l'Europe connaissent une accélération de l'émigration. La fermeté dans l'application de la politique définie est donc indispensable. Une politique de co-développement, élaborée avec les pays exportateurs de main-d'¿uvre, complétera ce dispositif tendant à une meilleure maîtrise des flux migratoires.

La sécurité est une priorité forte du Gouvernement. Il n'y a pas de démocratie sans sécurité des personnes et des biens. L'insécurité est une injustice de plus, car elle frappe d'abord les plus démunis de nos concitoyens.

Depuis que le Gouvernement est en place, des mesures ont été arrêtées, notamment en Conseil de sécurité intérieure : élaboration des contrats locaux de sécurité - qui doivent permettre, grâce à un travail approfondi de diagnostic, de mieux répondre aux priorités du terrain -, lutte contre la délinquance des mineurs et la violence à l'école, recherche d'une nouvelle répartition géographique des services de police et de gendarmerie et d'une meilleure complémentarité de leurs activités.

S'agissant de la répartition géographique de ces services, M. Chevènement vous a demandé d'engager une concertation locale pour étudier les conditions de faisabilité des mesures proposées par le rapport de MM. Carraz et Hyest.

En Conseil de sécurité intérieure, le Gouvernement a approuvé les orientations de ce rapport, qui propose de redéployer des fonctionnaires de police et de gendarmerie afin de créer des circonscriptions plus homogènes, permettant ainsi de mieux lutter contre la délinquance là où elle est la plus forte.

La continuité de l'action des forces de sécurité est en effet compromise par le partage territorial actuel des compétences entre police et gendarmerie, notamment dans les zones périurbaines. La concertation doit donc être menée activement sur ces bases.

Il vous appartient d'expliquer les mesures envisagées, pour éviter que des interprétations erronées ou malveillantes ne se répandent. Il s'agit pour l'Etat, dont c'est la responsabilité, d'assurer dans les meilleures conditions la sécurité des personnes sur l'ensemble du territoire de la République. En particulier, il ne s'agit en aucune manière de diminuer la qualité du service de sécurité dans les circonscriptions où la gendarmerie nationale remplacera la police nationale. L'organisation de la gendarmerie dans ces circonscriptions devra être adaptée en conséquence.


Monsieur le ministre,
Mesdames et Messieurs les préfets,
Mesdames et Messieurs,

Il nous revient, chacun à notre place, de faire en sorte que, dans l'attente du retour espéré de Jean-Pierre Chevènement, les actions entreprises et conduites par lui se poursuivent.

Dans cette perspective, je sais pouvoir compter sur vous. Vous aurez pleinement mon appui.


(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 31 mai 2001)

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