Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, sur la mise en place du groupe de travail sur le dopage, Paris le 8 septembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, sur la mise en place du groupe de travail sur le dopage, Paris le 8 septembre 1998.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. SE à la santé

Circonstances : Mise en place du groupe dopage au secrétariat d'Etat à la santé, à Paris le 8 septembre 1998

ti : Madame la Ministre,
Mesdames, Messieurs,

L'actualité de cet été a clairement mis en évidence les ravages provoqués par le dopage au sein d'une discipline sportive. Mais il faut voir au delà : ce phénomène, largement amplifié par l'importance symbolique de la compétition, la renommée de ses participants et le relais permanent des médias ne doit pas faire oublier qu'au delà des sportifs de haut niveau, c'est notre société de façon globale qui tente à s'abandonner au culte de la performance, du dépassement de soi au mépris des contraintes de la nature. En effet, j'ai pu souligner, à de nombreuses reprises au cours des derniers mois, alors que nous rendions publics des travaux d'experts, combien la France était malade de cette facilité à recourir aux médicaments dans n'importe quelle situation, quitte à nuire à sa propre santé. Les français, qu'ils concourent en catégorie antibiotiques, neuroleptiques ou antidépresseurs, sont les champions du monde. Nous nous installons dans une société chimique où l'utilisation raisonnées, et raisonnable, des moyens thérapeutiques dans le but de soigner cède trop souvent la place à une pharmaco-assistance qui cherche à dépasser les capacités naturelles. L'agitation médiatique, qui accompagne l'arrivée du Viagra sur le marché français illustre tristement la propension publique à prêter n'importe quelle vertu à un produit strictement thérapeutique. Sans parler du sport, est-ce là l'esprit de la vie ?

Le travail sur nos mentalités et nos comportements sera long, avant d'atteindre l'affranchissement que constitue cette acceptation de soi, sans honte, sans cette inquiétude du regard et de la reconnaissance des autres. Surtout quand elle se paye au prix de sa santé. La vulnérabilité est aussi un caractère humain. Faut-il s'acharner à l'éradiquer pour nous croire invincibles, tandis que nous serions seulement devenus pharmacodépendants. Au delà du sport de haut niveau, c'est à l'ensemble des enfants, des jeunes, à tous ceux qui font du sport -et qui aiment cela- que je pense.

Alors naturellement, ce qui sont les garants et protecteurs de notre santé doivent prendre leur part à cette entreprise et les médecins, qui vivent un contact direct et confiant avec les sportifs, sont concernés au premier chef. Ils seront l'élément moteur de ce groupe de travail.

Mais la réflexion que vous allez entamer ne peut être bien sûr l'être sans le concours de juriste, de sociologues et également de pharmaciens représentés ici par le Président du Conseil de l'Ordre.

Le projet de loi sur le dopage, qui a déjà été adopté en première lecture au Sénat, représente une première étape significative. Ce texte vise en premier lieu à protéger la santé de tous les sportifs, quelque soit leur niveau. Il insiste sur la démarche préventive dans ce domaine tout en prévoyant un volet répressif. Nous disposerons ainsi d'un instrument qui devrait permettre aux sportifs de s'adonner à leur passion sans risquer de voir leur corps s'étioler trop vite, trop brutalement sous les coups du dopage, pour la satisfaction que quelques maquignons en mal de sensation.

Mais nous avons décidé, de concert avec Marie-George BUFFET, qu'il fallait voir au delà, engager une réflexion de fonds, en s'assurant le concours du monde médical. Cet été, alors que le Tour était pitoyablement embourbé dans les affaires que vous connaissez, nous avons annoncé la mise en place d'un groupe de travail conjoint à nos deux ministères. Nous tenons aujourd'hui cet engagement.

Nous attendons, en particulier de cette instance qu'elle identifie de façon rigoureuse, sans concession, les mesures permettant de garantir le respect des dispositions du code de déontologie. Car il ne suffit pas de prévoir les règles, il faut également s'assurer de leur respect effectif. Je vous demande donc, après une analyse du statut actuel des médecins du sport, de nous faire toutes propositions que vous jugerez utiles pour assurer leur réelle indépendance, y compris sous forme de sanctions applicables non seulement aux médecins fautifs, mais aussi à ceux qui les inciteraient à transgresser les règles déontologiques.

Ce groupe de travail, même si le problème du dopage doit constituer pour lui une préoccupation centrale, devra élargir sa réflexion à l'ensemble des problèmes posés par la médecine du sport, qu'il s'agisse de la formation des médecins qui entendent s'y consacrer, où des réformes nécessaires pour mieux prendre en compte les conditions particulières de son exercice. Je souhaite notamment que vous réfléchissiez sur les conditions dans lesquelles les médecins des équipes étrangères pourraient être autorisés à exercer pendant la durée des compétitions sportives.

Je me réjouis qu'une fois encore, deux administrations aient su travailler ensemble et coordonner leur savoir-faire en associant leurs énergies. Je tiens à remercier tous ceux qui ont répondu à notre proposition. Je suis persuadé que leur concours permettra de préserver l'image du sport et de la compétition, dont l'éclat a été ternis par les agissements qui ne sont désormais tolérés ni par le public, ni par les sportifs


(source http://www.sante.gouv.fr, le 24 septembre 2001)

Rechercher