Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de sécurité du Gouvernement, notamment dans le cadre des services de la gendarmerie, l'adaptation de la répartition des forces de sécurité à la carte de la délinquance, la politique de proximité et de confiance avec la population et le renforcement des effectifs par le volontariat, Melun le 26 octobre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Lionel Jospin, Premier ministre, sur la politique de sécurité du Gouvernement, notamment dans le cadre des services de la gendarmerie, l'adaptation de la répartition des forces de sécurité à la carte de la délinquance, la politique de proximité et de confiance avec la population et le renforcement des effectifs par le volontariat, Melun le 26 octobre 1998.

Personnalité, fonction : JOSPIN Lionel.

FRANCE. Premier ministre

Circonstances : Visite de Lionel Jospin dans la gendarmerie nationale à Melun le 26 octobre 1998

ti : Cette visite à la gendarmerie - que je suis très heureux de faire - prend sa place dans le cadre des déplacements que j'effectue dans les forces armées.

Elle est l'occasion de marquer la reconnaissance que portent le Gouvernement et la Nation à une institution militaire, principalement dédiée à la sécurité intérieure, enracinée dans une longue tradition française mais reconnue à l'étranger.

Par cette visite, je veux aussi témoigner de mon attention personnelle aux femmes et aux hommes qui, chaque jour, accomplissent leur travail avec un grand sens du service public, dans des conditions souvent périlleuses, comme l'actualité récente vient de le montrer. Je tiens ici à m'incliner avec émotion devant la douleur des familles des gendarmes KLEIN et BRUNETEAUX qui, en Guyane, ont perdu la vie dans des circonstances particulièrement dramatiques.

Les démonstrations auxquelles je viens d'assister ont souligné la variété des missions de la gendarmerie, sa faculté d'adaptation et la cohérence de ses moyens. A cette occasion, j'ai pu vérifier le professionnalisme et la technicité des personnels de tous grades associés à ces exercices.

Je vous apporte donc mes remerciements et mes encouragements, car je sais que, fidèles à vos traditions et à votre éthique, vous vous engagez sans réserve dans la réforme de l'outil de défense et la modernisation de l'État. Je sais aussi que la gendarmerie s'implique activement dans la politique de sécurité de proximité voulue par le Gouvernement.

L'État de droit doit prévaloir sur tout le territoire de la République. C'est ce principe qui anime notamment la politique de fermeté engagée par le Gouvernement afin d'éradiquer le terrorisme et les dérives mafieuses en Corse. Sur l'ensemble du territoire national, cet Etat de droit, avec ses principes, ses protections mais aussi ses obligations, doit s'appliquer à tous, sans privilège ni exclusion. Il est le socle sur lequel s'enracine une citoyenneté active et responsable.

A cette fin, il est important de souligner :

*que la sécurité relève de la responsabilité de l'État qui doit l'organiser ;
*que la sécurité est un droit égal pour tous et qu'à ce titre l'efficacité des services s'appuie sur une politique de proximité ;
*que la sécurité nécessite des personnels d'un grand professionnalisme ainsi que des moyens modernes et adaptés.


Tels sont les trois points que je souhaite évoquer devant vous afin qu'il vous servent de repères dans votre engagement au service de la Nation.


1- La sécurité relève de la responsabilité de l'État qui doit l'organiser.

La France s'est progressivement dotée d'un dispositif de sécurité intérieure associant deux forces de police, l'une civile et l'autre à statut militaire.

Ce système, qui est le produit d'une histoire spécifique, a fait ses preuves et conserve sa pertinence dès lors que les deux forces travaillent de manière coordonnée et complémentaire.

C'est pourquoi je salue les efforts des deux directions générales de la gendarmerie et de la police en vue d'une meilleure coordination des moyens techniques et opérationnels. Je veillerai à ce que cette coopération se prolonge sur le terrain car il y va de l'intérêt général.

La nécessité d'adapter la répartition des forces de sécurité à la carte de la délinquance et de la criminalité a conduit le Gouvernement, à la suite du rapport HYEST-CARRAZ, à envisager un meilleur déploiement des effectifs de police et de gendarmerie sur le territoire. Il s'agit de mieux répondre à la diversité des besoins de sécurité de nos concitoyens et en particulier de renforcer de manière significative la présence de la police et de la gendarmerie en zone urbaine et périurbaine. Cette rationalisation des compétences et des tâches sera conduite avec détermination mais sans confusion ni précipitation dans les trois ans à venir. J'ai demandé à Monsieur Guy FOUGIER d'élargir la concertation auprès des élus et de me faire des propositions avant la fin de l'année en ce qui concerne l'organisation territoriale du service public de la sécurité. Donc, je le précise, nous entrons dans une phase de véritable concertation et non de décision sur ce sujet. Les décisions viendront ensuite.

L'insécurité menace d'abord les plus faibles - je pense notamment aux personnes âgées - et les plus démunis d'entre nous. C'est une composante majeure de l'inégalité sociale : on le sait, les faits délictueux sont plus nombreux dans les quartiers où le niveau de vie est moins élevé, et la qualité de l'urbanisme moindre ; c'est là aussi que se concentre la plupart des incivilités, voire des violences qui pèsent sur la vie de nos concitoyens. L'insécurité induit des discriminations sociales et géographiques. La première inégalité dans ce domaine est territoriale. Elle doit donc être corrigée.

L'objectif d'une sécurité égale pour tous, l'objectif d'une sécurité de proximité, poussent le Gouvernement à encourager une démarche partenariale entre les différents acteurs qui y concourent. C'est pourquoi, je tiens à saluer ici l'engagement de la gendarmerie dans les contrats locaux de sécurité, et dans la formation et l'accompagnement des agents locaux de médiation sociale comme des policiers municipaux.


2- La sécurité n'est vraiment efficace que lorsqu'elle s'appuie sur des relations de proximité et de confiance avec la population.

Il ne peut, bien sûr, y avoir de police de proximité s'il y a un éloignement géographique excessif des services de l'État. Aussi, le maillage territorial de la gendarmerie constitue-t-il un atout essentiel qu'il importe de préserver et de valoriser dans le cadre fonctionnel que je traçais tout à l'heure.

La proximité nécessite également une connaissance mutuelle entre la population et les forces de sécurité. Dans ce domaine, la disponibilité est un gage d'efficacité. Le statut militaire et le logement en caserne pourraient laisser croire que les gendarmes ne répondent pas à cette exigence. En réalité, résidant dans les collectivités dont ils ont la charge, figures familières à leurs concitoyens, particulièrement en milieu rural, ils sont bien intégrés à la population qu'ils protègent.

Ainsi organisée, la disponibilité des gendarmes garantit une bonne capacité de réaction. Adéquation de la réponse et rapidité de l'intervention doivent demeurer les éléments essentiels d'une bonne sécurité de proximité. C'est pourquoi, j'ai tenu à me faire présenter, même si c'est de jour, l'organisation du service nocturne de la gendarmerie et m'assurer de son efficacité à toute heure de la nuit et en toutes circonstances.

La qualité et la permanence de l'accueil du public, de jour comme de nuit, constituent des éléments indispensables à la rénovation du service public dont vous avez collectivement la charge. Cette priorité trouve sa traduction dans le plan " gendarmerie 2002 ".

Le succès des 23 brigades de prévention de la délinquance juvénile nouvellement créées, dont les modes d'action s'appuient avant tout sur le contact avec les jeunes, illustre la volonté de la gendarmerie de s'adapter à l'évolution de la vie dans les quartiers et de s'insérer dans le tissu social pour exercer ses missions préventives.

Je veux enfin insister sur la dimension éthique de votre activité. Par votre histoire, votre statut et vos fonctions, vous êtes, chacun en tant que gendarme, porteurs au quotidien d'une petite part de l'État, et chaque citoyen peut, à votre conduite, juger de la République et de la façon dont est respecté son contrat social. Je sais que certains d'entre vous participeront, à l'occasion du cinquantenaire de la Déclaration universelle des Droits de l'Homme, le 10 décembre prochain, aux séances organisées au sein des établissements scolaires. Cette initiative est excellente : elle réaffirme bien auprès des jeunes, le lien entre les droits fondamentaux de la personne et ceux qui sont chargés de les défendre dans notre démocratie.


3- La sécurité nécessite que des moyens modernes et adaptés lui soient consacrés.

Le maintien des capacités opérationnelles et la bonne exécution de ses missions par la gendarmerie exigent des moyens humains et matériels importants et de qualité.

" La gendarmerie est une force humaine ", dites vous. Je place au premier plan la valeur de la communauté humaine que vous représentez. Comment pourrait-il en être autrement ? La durée de vos carrières démontre que votre service quotidien contre l'insécurité s'inscrit dans l'engagement de toute une vie. La qualité du recrutement et la nécessité d'une solide formation initiale et continue répondent à la diversité des tâches et des missions qui vous sont confiées. Pour les assurer pleinement dans leur complexité, vous avez su mettre en place et développer des pôles d'excellence. Ainsi, vos compétences acquises en matière de libération d'otages sont prises en exemple dans le monde entier pour mettre sur pied des unités spéciales d'intervention tandis que votre savoir-faire judiciaire vous permet de mettre fin, souvent rapidement, aux agissements, toujours traumatisants pour la population, de délinquants itinérants et organisés. Vos succès des derniers mois dans la région lyonnaise et dans l'est de la France, contre des pirates de la route, méritent à cet égard d'être soulignés.

Afin que les capacités opérationnelles de la gendarmerie soient maintenues voire renforcées, j'ai décidé d'anticiper les mesures de la loi de programmation militaire, relatives aux volontaires. Ainsi le recrutement de 800 volontaires supplémentaires a débuté depuis quelques semaines. Ils seront rejoints par 3000 autres volontaires en 1999.

Comme les autres administrations de l'État, la gendarmerie a contribué à la maîtrise des dépenses publiques en 1998. Cet effort reste cependant limité et ne remet nullement en cause la programmation militaire qui prévoit, en particulier en matière d'équipement, la mise en service complète du réseau de télécommunication Rubis ainsi que l'acquisition de 8 hélicoptères biturbines.

Mais ce cadre budgétaire rend plus impératifs encore les efforts de modernisation des structures et des modes de gestion. La gendarmerie a entrepris à cet effet de courageuses et nécessaires réformes.

Qu'il s'agisse de la rationalisation des structures de commandement, du resserrement sur les missions prioritaires par le développement d'un corps de soutien, du développement du professionnalisme par le recrutement de volontaires que je viens d'évoquer ; qu'il s'agisse encore de la modernisation de la gestion de ses ressources humaines ou de la requalification de nombreux emplois d'officiers comme de sous-officiers : tous ces chantiers, que coordonne et orchestre le plan d'action " gendarmerie 2002 ", sont la marque d'une capacité d'adaptation que je suis heureux de saluer et d'encourager.


Je souhaite conclure mon propos en rappelant la dimension internationale de la sécurité dans laquelle s'inscrit de plus en plus votre institution.

Cette dimension est d'abord européenne, avec l'espace SCHENGEN, qui délimite, pour les forces de sécurité, un champ d'action, solidairement avec nos partenaires. Très présente sur le territoire national et à nos frontières, la gendarmerie tient une place importante dans la lutte contre les divers trafics et l'immigration clandestine. C'est pourquoi, elle a noué des liens de coopération étroits avec les institutions chargées de la police chez nos voisins. Elle les approfondit en particulier au travers de relations privilégiées établies avec les gendarmeries italienne, espagnole et portugaise.

La dimension internationale de votre action est aussi plus lointaine, car la France partage le savoir-faire de sa gendarmerie avec des pays amis, ou au cours d'opérations de maintien de la paix pour l'assistance à des populations menacées. En effet, la gendarmerie assure une participation éminente, en qualité de force militaire et de sécurité, à de nombreuses opérations internationales et actions de coopération. C'est le cas notamment en Bosnie, en Albanie et en Haïti. Plus de 1000 gendarmes sont ainsi en poste ou en mission à l'étranger et je salue leur engagement.

Votre métier est à la fois exaltant et exigeant. Je sais que vous agissez avec courage, certains de vos compagnons ayant été conduits jusqu'au sacrifice de leur vie. C'est pourquoi je suis fier de rendre un hommage particulier au travail quotidien des gendarmes sur lesquels le pays peut à tout moment compter.

Vous avez toute ma confiance et celle du Gouvernement.


(source http://www.premier-ministre.gouv.fr, le 31 mai 2001)

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