Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur le métier d'officier de gendarmerie, sa formation, ses missions et sur le rôle des réservistes et des volontaires, Melun le 22 octobre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur le métier d'officier de gendarmerie, sa formation, ses missions et sur le rôle des réservistes et des volontaires, Melun le 22 octobre 1998.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Baptême de la promotion "Chef d'Escadron Berger" et remise des sabres aux élèves-officiers de la 105ème promotion de l'EOGN (Ecole des Officiers de la Gendarmerie Nationale) et de la promotion des EOR, Melun le 22 octobre 1998

ti : Mesdames, messieurs,

La cérémonie que nous venons d'admirer est pleine de divers symboles ; permettez-moi d'en retenir deux. Pour la gendarmerie, elle exprime la force des traditions militaires puisées dans une histoire pluriséculaire, et dont on peut attendre la fidélité au service de la République. Cette force des traditions n'est pas une nostalgie tournée vers des souvenirs désuets : c'est un gage de qualité et de continuité, j'ai pu mesurer son importance et l'apprécier à sa juste valeur dans les divers corps d'armée que j'ai rencontrés depuis mon arrivée à la tête de ce ministère.

Pour les jeunes officiers qui sont à l'honneur ce soir, cette cérémonie est aussi une occasion de mieux prendre conscience des exigences de leur engagement, qui ne sont pas minces, surtout lorsqu'on les mesure, comme la 103ème promotion a choisi de le faire, à l'aune du Chef d'Escadron Berger.

Quant à ma présence parmi vous ce soir, elle est naturelle et fait partie de mes devoirs, mais je voudrais en faire un autre symbole : c'est une manière privilégiée de manifester aux jeunes ou futurs officiers de gendarmerie, mais aussi à leurs aînés qui traversent une période de mutations et d'adaptation, bref de manifester à la gendarmerie nationale toute entière, l'estime et la confiance du gouvernement.

La succession des cérémonies ce soir m'a paru elle-même riche de sens, puisqu'elle illustre les principaux aspects des réformes actuelles, sur lesquelles je souhaiterais vous dire quelques mots : le rôle essentiel d'une formation solide et articulée, l'importance croissante du corps des officiers, ainsi que les liens indispensables entre l'active et la réserve, cette réserve qui sera pour plus de la moitié affectée à la Gendarmerie.

A travers le choix du nom de promotion, les jeunes officiers honorent un de leurs anciens, et se donnent en même temps un modèle. Ce que je retiens pour ma part de l'exemple de Maurice Berger, et je suis heureux que des membres de sa famille puissent être parmi nous ce soir, c'est sa fidélité à l'esprit républicain jusque dans des périodes troublées, une fidélité qui était en quelque sorte une forme avancée, une forme sublimée de l'obéissance. N'oubliez pas que vous êtes chacun porteurs, dans votre service quotidien, d'une petite part de l'Etat, et que chaque citoyen peut juger la République d'abord à votre conduite ! Ce goût de servir qui était celui du Chef d'Escadron Berger, il est bien évidemment un modèle pour tous, et en faisant ce choix vous avez fixé à votre action de demain un idéal élevé : vous aurez à le conserver dans une société en évolution constante, qui ne vous offrira pas toujours un contexte facile - je ne peux que vous encourager sur cette voie.

La gendarmerie, comme acteur majeur de la sécurité intérieure, occupe une place à part entière dans la défense de notre pays, et je pense qu'il est important de rappeler cette continuité entre sécurité intérieure et défense nationale. Les raisons d'être de notre défense se sont diversifiées, elles sont devenues multiformes et moins concentrées dans l'espace et le temps ; notre territoire lui-même, traversé par des flux croissants (et le plus souvent d'ailleurs bénéfiques), n'est plus un sanctuaire à l'abri de ses frontières.

Des hommes, des marchandises, des informations le parcourent à un rythme incomparablement plus élevé que par le passé ; et notre pays doit s'adapter à ce progrès, même s'il est parfois porteur de nouveaux défis pour vous et pour tous ceux qui ont la charge de le rendre compatible avec la sécurité et la tranquillité que vous avez toujours garanties à nos concitoyens. Au premier rang des menaces de notre temps figurent des dangers qui ignorent les limites d'Etat, comme la déstabilisation, le terrorisme, le crime organisé... Dès lors, la gendarmerie voit son rôle accru, elle se trouve en première ligne en matière de protection de la nation dans ses différentes dimensions.

La société civile évolue elle aussi dans ses caractéristiques démographiques, sociales, géographiques, et sur le plan des m¿urs. Là encore une plus grande liberté règne, un plus grand mélange, des formes de sociabilité nouvelles : gardons-nous d'y voir une décadence parce que quelques excès déconsidèrent ces progrès des libertés individuelles. Vous qui êtes les officiers de gendarmerie de demain, soyez fidèles à vos traditions, à ce que symbolise le sabre qu'on vous a remis, mais ne restez pas tournés vers le passé.

Imaginez les défis qui vous attendent, imaginez votre travail dans une gendarmerie en 2020 ou 2030, lorsque vous serez parvenus aux échelons les plus élevés de votre institution. Quels seront ces nouveaux défis, à l'intérieur comme à l'extérieur, quelles tensions sociales dans notre espace européen, quelles forces négatives vous faudra-t-il combattre ? Je ne peux, pas plus que vous, répondre à ces questions, mais une conclusion évidente en ressort : tout au long de votre carrière, il vous faudra adapter votre mission aux évolutions de la société, aux secousses ou aux mouvements lents de chaque époque. Faites de cette faculté d'adaptation l'une de vos vertus comme l'exemple de vos aînés actuellement vous y invite.

Laissez-moi développer un instant ce sujet, parce qu'il le mérite. Les gendarmes sont des militaires ; donc, ils obéissent, et ils appliquent des instructions et des ordres dans le silence et la réserve, y compris dans des moments comme ceux que nous vivons actuellement, où les réformes discutées vont être synonymes de changements supplémentaires, d'obligations nouvelles, d'interrogations.

C'est pourquoi il me revient, avec votre direction générale, de vous défendre si votre manière de travailler est attaquée, ce que je fais avec d'autant plus de c¿ur et de détermination personnelle que le devoir de réserve qui vous est imposé est respecté scrupuleusement par tous les gendarmes. Donc, je le redis, je le réaffirme : vous faites un travail de qualité, et votre capacité à remplir des missions anciennes ou nouvelles est hors de doute ; et je continuerai à repousser ces malveillances non sans quelque dédain.

Et pour reprendre le fil de mon propos, je ne peux qu'espérer des futurs officiers présents ici qu'ils cultivent cette faculté d'adaptation, à l'image de leurs aînés dans les mutations actuelles.

Le renforcement des effectifs des effectifs qui est projeté ne peut cependant constituer la solution unique aux défis que posent les contraintes spécifiques des banlieues.

Il faut, en effet, adapter les méthodes et les modes d'action. A cet égard, la démarche de la gendarmerie est à la fois volontariste et réaliste : développement d'un véritable partenariat au sein des Contrats Locaux de Sécurité, actions de coordination menées avec les magistrats, adaptations des horaires de service, amélioration de l'accueil du public, développement d'une plus grande spécialisation des unités, création d'un nouveau type d'unités, les Brigades de Prévention de la Délinquance Juvénile (BPDJ). Il vous appartiendra, lorsque vous aurez quitté l'école, d'¿uvrer sans relâche pour développer toujours davantage la proximité, l'efficacité et l'humanité de l'action de vos unités.

Enfin, je l'ai rappelé tout à l'heure, la sécurité intérieure ne peut être isolée de l'environnement international. La gendarmerie aura, de plus en plus, un rôle international à jouer. Le nombre important de stagiaires étrangers présents ce soir, et je les salue particulièrement, en témoigne, tout comme la présence de plus de 1000 gendarmes français à l'étranger, notamment sur les lieux de crise. Ces gendarmes ne représentent pas seulement l'Etat : ils représentent aussi notre nation, et nos concitoyens ont toutes les raisons d'être fiers de leur engagement.

Mais l'efficacité de la gendarmerie repose avant tout sur les hommes et les femmes qui la font vivre. Le principal atout de l'institution est, en effet, son professionnalisme, et il vous appartient au premier chef, mesdames et messieurs les officiers, de porter une attention soutenue aux rapports humains et collectifs à l'intérieur de votre institution.

L'évolution et la diversification des ressources humaines de la gendarmerie va se poursuivre et s'amplifier.

Outre la mise en place d'un corps technique et administratif, qui permettra aux officiers et sous-officiers de se concentrer sur leur mission de sécurité, et l'augmentation du nombre de personnels civils au sein de la gendarmerie, la professionnalisation des armées va se traduire par la disparition des gendarmes auxiliaires et la montée en puissance des volontaires du nouveau service national, dont les premiers ont rejoint vos rangs il y a dix jours. En accueillant ces jeunes qui auront fait le libre choix de servir leur pays, la gendarmerie accroîtra ses capacités opérationnelles, et à ma demande, le Premier Ministre a accepté le recrutement de 800 gendarmes-adjoints dès le début de ce mois. Je ne doute pas qu'elle trouvera dans cette nouvelle catégorie de personnels un surcroît de dynamisme et de professionnalisme.

Enfin la gendarmerie, pour s'impliquer davantage dans sa mission de sécurité intérieure, bénéficiera de l'appui d'une réserve opérationnelle dès le temps de paix. La réforme en cours en ce domaine vise, en effet, à rendre plus efficace la contribution des personnels de réserve en les associant dès le temps normal à l'exécution des missions de service public de la gendarmerie. Je veille à doter cette réserve des ressources qui lui sont nécessaires. Je me suis également attaché à instaurer un véritable dialogue avec les associations de réservistes qui nous ont bien aidés, en particulier pour la création du conseil supérieur d'étude des réserves. Notre objectif est que le projet de loi relatif à la nouvelle réserve puisse être présentée au Parlement dans le courant du premier semestre 1999.

Au-delà de ces différences de statut, l'ensemble des personnels de la gendarmerie se rassemble derrière une mission essentielle : assurer, chacun à sa place, la sécurité et la tranquillité de nos concitoyens. Ces qualités s'appuient certes sur une haute conscience de la mission, mais aussi sur une formation solide et un sens impératif de l'intérêt général ; les deux sous-officiers qui ont récemment, en Guyane, payé de leur vie leur engagement courageux, tout comme les sept autres militaires de la gendarmerie tués en service depuis le début de l'année, portent témoignage de la permanence des valeurs qui ont animé jadis le Chef d'escadron Berger.

Responsable militaire, l'officier de gendarmerie est aussi d'être ouvert sur la société civile. La gendarmerie est une force qui agit au c¿ur de la cité, et peu d'évolutions de la société sont sans effet sur son service ou ses personnels. L'officier doit à la fois maintenir le cap de la qualité du service et commander à des hommes et des femmes dont la mentalité évolue parfois rapidement. Il lui faut donc adapter son commandement, sans raidissement ni démagogie.

L'officier est aussi un responsable, conscient de son rôle vis-à-vis des multiples partenaires au sein de la gendarmerie, et apte à maîtriser des aspects aussi divers du métier que la communication, la gestion, ou encore les contacts internationaux. Il vous faudra sans cesse refuser la routine, anticiper, favoriser l'initiative tout autour de vous.

Le commandement, ne l'oubliez jamais, est avant tout un service rendu à une communauté. Il ne se justifie vraiment que parce qu'il permet de mettre en valeur les talents de ceux auxquels il s'adresse, en les ordonnant à la bonne marche de l'ensemble.

Mesdames et messieurs les officiers, vous êtes ici parce que vous avez su faire la preuve de réelles qualités personnelles. Cette école vous permet d'acquérir les bases militaires, juridiques et techniques de votre futur métier, et cette formation initiale sera irremplaçable. Cependant l'environnement évolutif que je décrivais tout à l'heure doit vous convaincre de la nécessité d'une remise à niveau régulière de vos connaissances et de vos savoir-faire. Je salue, à cet égard, les efforts faits par la gendarmerie pour assurer à ses officiers comme à ses sous-officiers une véritable formation continue, adaptée à leurs activités et à leurs responsabilités.

Laissez-moi conclure d'un mot ce discours. Nos concitoyens sont attachés à leur gendarmerie, et grâce aux réformes entreprises par le gouvernement, ce pacte de sécurité se trouve renouvelé pour de nombreuses années. Nul doute que, plus tard, les mutations du corps social entraîneront de nouvelles réformes : mais je sais pouvoir toujours compter sur vous, officiers de gendarmerie, pour maintenir la qualité du service tout en vous adaptant aux temps nouveaux.

Je vous remercie.


(source http://www.defense.gouv.fr, le 17 septembre 2001)

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