Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur la formation des officiers de marine, le partenariat entre l'Ecole navale et le monde universitaire et le rôle d'ambassadeur des officiers durant le tour du monde de la "Jeanne d'Arc", Brest le 2 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur la formation des officiers de marine, le partenariat entre l'Ecole navale et le monde universitaire et le rôle d'ambassadeur des officiers durant le tour du monde de la "Jeanne d'Arc", Brest le 2 novembre 1998.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Appareillage du navire-école porte-hélicoptères "Jeanne d'Arc", à Brest le 2 novembre 1998

ti : Parmi toutes les cérémonies qui rythment la vie des armées, celles qui entourent les appareillages de vaisseaux sont particulièrement prenantes. Tout à l'heure, après ces quelques mots, la Jeanne d'Arc sortira du goulet de Brest et prendra la mer pour une mission qui la mènera, pendant plus de cinq mois, autour du monde.

Cette mission, vous la connaissez : aller porter sous toutes les latitudes et à toutes les escales un message de paix et d'amitié de la part de la France. Aller dire l'intérêt et l'estime que ce pays porte au monde qui l'entoure. Aller lui dire aussi que la France est attentive au respect du droit, aux droits des peuples, et aux messages hérités de sa tradition humaniste et solidaire.

Puisque cet appareillage est un départ - c'est cela, sans doute, qui fait la gravité de cette cérémonie - je voudrais, en guise de viatique et d'ordre de mission, partager avec vous quelques idées, quelques réflexions, sur votre rôle, sur la place de la Marine dans les armées et dans la société.

D'abord, cette cérémonie que je préside s'inscrit dans le temps long. Il y résonne l'écho d'autres départs de marins, vos prédécesseurs, qui appareillaient de ce même port du Ponant pour la défense de la France et de ses voies de communication, pour son rayonnement, pour la science et les grandes explorations.

La Marine est à juste titre fière de ses traditions. Cette vigueur des traditions ne doit pas être une nostalgie tournée vers des souvenirs désuets : ce doit être un gage d'exigence, de qualité et de continuité, ce doit être une force et non pas un frein.

A cet égard, la Jeanne d'Arc - la Jeanne, comme on l'appelle affectueusement, est un symbole, un modèle que je vous invite à imiter. C'est un symbole d'ouverture au monde, sur d'autres systèmes que le nôtre, sur d'autres sociétés - et c'est l'une des traditions de la France que de parcourir l'océan et de savoir évoluer au contact des peuples qui vivent sur ses rivages¿ l'appel du large, c'est aussi un désir de progresser.

Et sur la Jeanne d'aujourd'hui, je salue les officiers élèves étrangers qui viennent enrichir vos rangs ; je suis sûr que l'échange sera fructueux, entre leur expérience et vos traditions. Je salue également le détachement de l'Armée de Terre embarqué parmi vous : sa présence montre que le dialogue interarmées est une réalité. Je souhaite que ce dialogue, ces échanges, aillent en s'accroissant.

La capacité d'évolution de la Marine, j'ai pu la mesurer à de nombreuses reprises, et ce matin encore à l'Ecole navale que j'ai visitée. Tout en poursuivant ses objectifs de formation maritime et militaire, cette école a su s'ouvrir sur la recherche civile - je pense ici au partenariat avec l'université de Bretagne occidentale et d'autres grandes écoles scientifiques de la région. J'ai été impressionné par l'ambition professionnelle et l'enthousiasme de vos professeurs, et par leurs efforts pour maintenir les laboratoires de l'Ecole à la pointe de leurs disciplines respectives.

Cette capacité d'évolution de la communauté militaire dont vous serez un jour les responsables, vous pouvez aussi la mesurer dans le formidable défi que constitue la rénovation de notre outil de défense.

La Marine, pour sa part, a su répondre à la suspension du service national par des solutions réalistes et généreuses, en faisant appel aux personnels civils d'une part, aux " contrats courts marine " de l'autre, pour assurer les tâches que remplissent, encore aujourd'hui et notamment à bord de ces bateaux qui appareillent, les appelés, avec compétence et de disponibilité.

La Jeanne est donc un symbole d'ouverture de la Marine, cette " respiration " vers la société française et le monde que j'entends favoriser dans les armées de demain. Mais elle est aussi symbolique d'une autre priorité de ce ministère, la formation des soldats de notre défense future.

J'ai dit tout à l'heure le prix que j'attachais au partenariat que l'Ecole navale a développé avec le monde universitaire. C'est une évolution qui va dans le bon sens, car les officiers de marine de demain devront être toujours plus polyvalents, toujours plus qualifiés.

Mesdames et messieurs les officiers élèves, vous venez d'accéder au grade d'enseigne de vaisseau de deuxième classe. Je vous en félicite car c'est le fruit de votre travail, concours scientifique pour les uns, concours interne exigeant pour les autres, suivis de deux années très denses à l'Ecole navale. Ce grade, dont la dénomination remonte à la Marine à voile, vous ouvre une carrière dans une Marine respectée et moderne, une de celles qui comptent dans le monde entier. Il est aussi le gage d'une aptitude professionnelle que vous pourrez convertir un jour, si vous deviez vous éloigner du sillage de la Jeanne d'Arc. L'action de ce ministère vise précisément ce but : former des officiers et des soldats polyvalents et qualifiés.

Vous avez une autre chance : cet appareillage et la longue navigation qui va suivre marquent pour vous la fin d'un enseignement scolaire et le début d'une autre nouvelle phase de formation, le stage pratique qui vous verra approfondir les réalités humaines et opérationnelles de la carrière que vous avez embrassée, de votre vocation de marin. Grâce à la présence du Duguay-Trouin, vous pourrez vous familiariser avec les exigences opérationnelles d'un navire de combat. Cette école de rigueur vous préparera à vos responsabilités futures, que vous les exerciez dans les airs, sur les flots, ou sous la mer - pour ceux d'entre vous qui auront choisi de servir cet outil de dissuasion qui protège en dernier ressort notre pays.

Cette innovation est le résultat de l'expérience de la croisière de formation organisée en 1997 en fonction d'un cap budgétaire difficile. C'est le signe que les efforts d'adaptation et de bonne gestion menés par vos officiers généraux produisent des effets positifs à condition que la base financière de l'activité reste réaliste, ce qui sera le cas pour l'année à venir. Gardez cet exemple à l'esprit pour réfuter les bavardages superficiels sur une Marine Nationale qui reculerait dans tous les domaines. En commandant et en motivant bien les marins, en assurant bien ses responsabilités d'emploi et d'entretien des matériels, en tirant parti en temps des innovations humaines et techniques, la Marine de ce pays fait ce qui est nécessaire pour rester à l'avant-garde des qualités militaires. Vous avez choisi ce métier et vous en êtes fiers, ayez à coeur de porter un message offensif et assuré sur l'Armée de premier plan que vous allez servir.

Avec ces quelques réflexions, j'aimerais que vous emportiez avec vous un dernier message sur lequel je veux clore ce discours. Vous qui partez sur cette ambassade à flot, vous allez représenter chacun une petite part de la France : il faut en être digne.

Et ce message s'adresse à tous : aux jeunes officiers-élèves qui vont veiller dès cette nuit, sur leur passerelle, à la navigation de la Jeanne ; aux marins qui assureront leur quart à tous les postes du navire ; à ceux qui serviront à son intendance quotidienne ; aux pilotes des hélicoptères et à leurs mécaniciens, comme à ceux du vaisseau, qui travailleront sans voir la mer et les étoiles, à chaque homme d'équipage qui accompagne la Jeanne sur le Duguay-Trouin, aux officiers expérimentés qui assureront votre formation, à tous ceux enfin qui ne quitteront pas le bord tout à l'heure quand le large sera en vue, et qui feront le tour du monde.

Vous êtes tous nécessaires - c'est le principe même de l'équipage ; mais en plus, sur ces bateaux, vous serez tous des représentants de notre pays.

Mettez à profit cette campagne passionnante qui commence aujourd'hui pour ouvrir votre esprit à l'appel du large et vous préparer à servir votre pays, comme vous l'avez souhaité.

A chacun de vous, personnellement, je dis bonne mer et bon vent.

(source http://www.defense.gouv.fr, le 17 septembre 2001)

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