Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, et interview à RTL, sur le projet de loi de lutte contre le dopage, les propositions de Jean-Paul Escande et Olivier Rousselle relatives à l'évaluation clinique et à la mise au point d'un système d'alerte de santé publique, et sur la grève de la faim des immigrés sans-papiers, à l'Assemblée nationale le 18 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé, et interview à RTL, sur le projet de loi de lutte contre le dopage, les propositions de Jean-Paul Escande et Olivier Rousselle relatives à l'évaluation clinique et à la mise au point d'un système d'alerte de santé publique, et sur la grève de la faim des immigrés sans-papiers, à l'Assemblée nationale le 18 novembre 1998.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard, BOURDIN Jean-Jacques.

FRANCE. SE à la santé

Circonstances : Publication du rapport de MM. Jean-Paul Escande et Olivier Rousselle sur la lutte contre le dopage le 16 novembre 1998

ti : DISCOURS DE BERNARD KOUCHNER, SECRETAIRE D'ETAT A LA SANTE
Le 18 NOVEMBRE 1998 A L'ASSEMBLEE NATIONALE DANS LE CADRE DE LA LUTTE CONTRE LE DOPAGE


Monsieur le Président,
Monsieur le Rapporteur, Mesdames et Messieurs les Députés,

Marie-Georges Buffet vient de mettre en relief l'importance du projet de loi qui vous est soumis.

En charge de la santé, je suis à ses côtés pour souligner l'importance que revêt à nos yeux le rôle des médecins, des biologistes, des pharmaciens dans cette mobilisation nécessaire contre le dopage; mobilisation qui s'est traduite par un travail commun mené en étroite collaboration entre nos deux ministères.

Le dopage est devenu un véritable enjeu de santé publique.

Non seulement, bien sûr, parce qu'il met directement en danger la vie de ceux qui y ont recours. Et nous ne voulons pas voir s'allonger la liste des morts.

Mais également parce qu'il contribue à cette montée en puissance d'une véritable pharmaco-assistance - pharmaco-dépendance - de la vie quotidienne, qui constitue, je crois, une évolution majeure de nos sociétés d'abondance, sans d'ailleurs totalement épargner les pays moins fortunés, qui ont tant à faire hors de ces problèmes.

A ce double titre, les médecins, et plus largement l'ensemble des professions de santé, ont une responsabilité majeure dans la lutte contre le dopage: au nom de la protection de la santé des sportifs de haut niveau, mais aussi de celle des millions de nos concitoyens qui pratiquent un sport en amateur.

On se préoccupe beaucoup dans les familles de l'usage de drogues illicites par les adolescents. A raison évidemment. Mais nous devons aussi affronter la réalité de ces jeunes de seize ans qui s'injectent clandestinement des produits avant une petite course amateur. Ou bien qui avalent quotidiennement des pilules de hasard, à la recherche de la force et de la performance.

Nous avions demandé à un groupe de travail pluridisciplinaire co-présidé par Jean-Paul Escande et Olivier Rousselle de réfléchir aux moyens de renforcer le rôle de la médecine dans le lutte contre le dopage.

Son rapport, que nous avons rendu public en début de semaine, a apporté à mon sens deux contributions majeures.

La première consiste à passer de la biologie à la médecine, de la technique à l'humain, en quelque sorte. De l'examen d'urine à la condition de l'homme.

Il faut certes poursuivre la politique fondée sur les dépistages biologiques. Il faut sans cesse en améliorer l'efficacité et élargir le spectre des produits que l'on cherche à détecter.

Mais on sait que c'est une incessante et épuisante course-poursuite entre nouveaux produits et nouvelles capacités de détection.

Cela ne suffit donc pas.

L'actualité récente nous a rappelé ces situations où l'on voit la morphologie de sportifs se modifier de façon spectaculaire en quelques mois, sans pour autant que les tests de dépistage biologique aient été en mesure de révéler quoi que ce soit d'illicite.

Il faut donc aussi pouvoir faire appel à la médecine dans sa conception large qui inclue l'évaluation clinique, le sens clinique.

La deuxième contribution importante de ce rapport consiste à suggérer de mettre en place, aux côtés du système existant de sanctions fondée sur les contrôles biologiques, un système d'alerte reposant sur les professionnels de santé.

Les médecins seront au coeur de ce système d'alerte.

D'alerte de santé publique, et non pas de délation.

Car, si nous avons voulu renforcer le rôle des médecins dans la lutte contre le dopage, nous voulons le respect du secret médical; le respect de l'indispensable confiance entre le patient et son médecin.

Les médecins seront désormais astreints, dans l'intérêt de la santé de leur patients sportifs à transmettre à leurs confrères de la cellule médicale de la Commission Indépendante les situations qui évoquent une possibilité d'utilisation de produits dopants.

Et ce sont des médecins qui pourront prendre une décision d'interruption temporaire d'activité sportive, pour raison médicale.

Pas une sanction, mais une décision visant à protéger la santé du sportif.

Et qui aura, pourtant, j'en suis sûr, une vertu dissuasive; lorsque les sportifs prendront conscience que cette interruption peut survenir, deux jours avant une compétition importante.

Vous le voyez, nous restons dans un circuit médicalisé, autorisant des décisions dans l'intérêt de la santé des sportifs.

Nous demeurons respectueux du secret médical, puisqu'au delà de la cellule médicale du CIPLD, ce sont uniquement des informations non-nominatives qui seront transmises, et pourront si nécessaire contribuer au développement d'enquêtes sur les trafics. Nous voulons que se constitue une culture de l'alerte.

Vous le voyez, c'est un dispositif à la fois volontariste et équilibré que nous vous soumettons.

Pour que ce ne soient pas les firmes pharmaceutiques et les laboratoires clandestins qui montent sur les podiums à la place des sportifs.

Mais aussi pour que la pratique sportive permette à tous, quelque soit son niveau, épanouissement et santé.


(source http://www.sante.gouv.fr, le 24 septembre 2001)

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