Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la commémoration de l'armistice de 1918, son action à la présidence du Sénat et sur le projet de limitation du cumul des mandats, Compiègne le 10 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Poncelet, président du Sénat, sur la commémoration de l'armistice de 1918, son action à la présidence du Sénat et sur le projet de limitation du cumul des mandats, Compiègne le 10 novembre 1998.

Personnalité, fonction : PONCELET Christian.

FRANCE. Sénat, président;FRANCE. RPR

ti : Messieurs les Généraux,
Monsieur le Préfet de Région,
Monsieur le Sous-Préfet,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Madame et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le Sénateur-Maire et cher ami Philippe MARINI,
Mesdames et messieurs les conseillers régionaux et généraux,
Mesdames et Messieurs,


Mes premiers mots seront pour vous remercier, et en particulier le Maire de COMPIEGNE, de m'avoir convié à participer à cette réception traditionnelle qui suit l'hommage rendu, dans cette célèbre clairière de RETHONDES, à tous les soldats, anonymes ou non, qui ont contribué, trop souvent au prix de leur vie, à la libération du sol de notre Patrie et au triomphe de la Liberté.

En cette veille du 11 Novembre, je souhaite, avant de partager avec vous le noble et douloureux souvenir de ce terrible conflit, évoquer rapidement le sens de mon action à la présidence du Sénat.

Dès avant mon élection, je me suis engagé à faire à nouveau au Sénat - institution fondamentale de la République dont Georges CLEMENCEAU avait, en son temps, reconnu la sagesse en des termes particulièrement élogieux - à l'aube du troisième millénaire, un nouveau souffle, un nouveau dynamisme.

Sans doute savez-vous déjà, vous qui habitez dans l'Oise, que le Sénat est une assemblée parlementaire qui fonctionne et travaille avec efficacité et sérieux. Mes collègues Philippe MARINI, Michel SOUPLET et Alain VASSELLE constituent, de ce point de vue, un exemple. Leur présence et leur action méritent d'être saluées.

J'estime que Sénat, qui n'a pas toujours le dernier mot dans l'élaboration de la loi, mais qui dispose de l'avantage - essentiel à notre époque - de la durée, doit développer sa spécificité et faire entendre sa différence. Moins soumis aux contingences politiques immédiates que l'Assemblée Nationale, il doit éclairer et préparer l'avenir des Françaises et des Français, devenir un véritable laboratoire d'idées en vue de l'action politique.

Ainsi le Sénat va-t-il se pencher, dans les 6 mois à venir, sur les modalités et les résultats de la gestion des personnels enseignants. Il s'agit là typiquement d'une question, considérée par beaucoup comme trop sensible, voire " casse-cou ", et dont l'examen en profondeur a, de ce fait, été toujours reportée. Force est de constater qu'aujourd'hui personne n'est satisfait : ni les enseignants eux-mêmes, ni les étudiants... Le Sénat a relevé le défi, et va démontrer, une fois encore, qu'il est mieux placé que les commissions d'experts ou de " sages ", si à la mode de nos jours, pour réfléchir et proposer.

Le Sénat est indispensable à notre société car il sait la protéger des démarches jusqu'au-boutistes et des réformes excessives. Ce fut, hier, la liberté de l'enseignement, c'est aujourd'hui la réforme de l'organisation de notre justice, pour laquelle les arguments du Sénat ont été entendus et acceptés par le Gouvernement et l'Assemblée Nationale. Il en ira sans doute de même demain de la modernisation de nos institutions et en particulier du cumul des mandats. Le Sénat se prononce toujours en fonction de l'intérêt de notre pays, et non de tel ou tel sondage d'opinion.

Ainsi, le Sénat est moderne, plus que jamais, et j'espère que ces quelques mots auront achevé de vous en convaincre.

Mesdames et Messieurs, si j'ai évoqué devant vous, en ce jour du 80ème anniversaire de l'armistice de 1918, quelques aspects du débat démocratique actuel, c'est qu'ils illustrent, à leur façon, la continuité de notre Nation, dont le Sénat est un des garants. Mon illustre prédécesseur et compatriote vosgien Jules FERRY, devenu Président du Sénat, et songeant au péril boulangiste, constatait en 1893 que la Haute Assemblée, " était encore, il y a quelques années, le plus attaqué des trois pouvoirs qui constituent le mécanisme gouvernemental. Les événements ont pris sa défense et se sont chargés de le justifier ".

La continuité de notre Nation et de ses institutions, nous la devons précisément aux anciens combattants de la Grande Guerre, et notamment à tous ceux qui sont tombés pour la France. La paix que nous connaissons aujourd'hui, la construction d'une Europe dans laquelle les passions nationales sont maîtrisées, nous la leur devons comme nous leur devons d'avoir réalisé l'unité de la France, et d'avoir transcendé toutes nos anciennes divisions.

La fin de l'effroyable guerre de 1914-1918 que nous célébrons ici, dans une terre profondément touchée et meurtrie par ses ravages, marquait la victoire de la France et de ses alliés et le parachèvement de l'unité française.

L'Alsace et la Lorraine, terres particulièrement chères à mon c¿ur, revenaient définitivement dans le giron de la Patrie grâce au sacrifice de millions de héros anonymes. Ce sacrifice même, qui a touché toute la Nation jusqu'au village le plus reculé, a été la dernière épreuve qui a unifié la conscience nationale après les déchirures du siècle précédent.

C'est pourquoi s'est nouée entre la Nation française et les anciens combattants de la " Grande Guerre ", une relation spéciale. Une relation faite de reconnaissance bien sûr, mais aussi d'amertume pour les anciens combattants qui ont eu le sentiment - à juste titre - que les responsables politiques avaient par la suite perdu la paix et semé les germes du second conflit mondial.

Cette relation spéciale de la France avec ses anciens combattants, tous ses anciens combattants, elle doit vivre et être entretenue. Le Sénat, aussi, y veillera.

Parmi ces combattants héroïques, certains se sont rebellés contre les ordres inopportuns du Général Nivelle. Nous laisserons donc aux historiens le soin d'écrire l'histoire. Nous devons, envers ces soldats perdus, avoir la magnanimité de faire un effort en faveur de leur réintégration, individuelle, dans notre mémoire.

Je pose cependant une question : où serions-nous, que seraient devenues notre République et notre Patrie si tous les soldats de France avaient cédé à de funestes tentations ?

Enfin, s'agissant de l'appréciation qui peut être portée par les uns ou par les autres sur le rôle et le fonctionnement des Armées, j'observe qu'il existe une seule autorité légitime : le Président de la République, auquel l'article 15 de la Constitution confère la fonction de Chef des Armées.

Mesdames et messieurs, lorsque Philippe MARINI m'a convié à assister à vos côtés aux cérémonies du 80ème anniversaire du 11 Novembre, il n'a pas manqué de me signaler que la réception traditionnelle qui suivrait présenterait un caractère un peu particulier, parce qu'elle serait organisé autour de mon ami Amédée BOUQUEREL, que j'ai connu comme un Sénateur de l'Oise particulièrement apprécié et respecté, qui portait haut les couleurs de son département. Il est vrai que celui qui fut choisi par ses pairs - indiscutable marque de confiance - comme Questeur du Sénat pendant 3 ans, aura toujours su éviter le renoncement, et rester fidèle à ses convictions. Des traits de caractère qui le prédisposaient sans doute à être élu sénateur, ce qui fut le cas dès 1948. Fidèle au Général de Gaulle depuis une très glorieuse Résistance, il saura mériter la fidélité de ses électeurs, qui ne lui feront jamais défaut, pendant 44 ans, jusqu'en 1992, date à laquelle il décide, de sa propre initiative, de renoncer à la vie politique active. A cet homme qui a donné le meilleur de lui-même aux autres pendant de si longues années, sans compter son temps ni sa peine, mais aussi et surtout à ce résistant intrépide qui anima pendant toute la Guerre la Résistance dans l'Oise, avec une bravoure et une abnégation exceptionnelles, à ce compiégnois dont le premier acte public fut de pénétrer dans l'hôtel de ville les armes à la main, je veux dire aujourd'hui, en ce jour qui s'y prête particulièrement, toute la reconnaissance et l'estime du Sénat, du Parlement et de notre pays, la France.

(source http://www.senat.fr, le 18 février 2002)

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