Conférence de presse conjointe de MM. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale de la recherche et de la technologie, Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères et Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur la coopération de leurs ministères pour la formation supérieure d'étudiants étrangers au sein de l'Agence EDUFRANCE et sur le rayonnement et l'ouverture de la France, Paris le 6 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de MM. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale de la recherche et de la technologie, Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères et Charles Josselin, ministre délégué à la coopération et à la francophonie, sur la coopération de leurs ministères pour la formation supérieure d'étudiants étrangers au sein de l'Agence EDUFRANCE et sur le rayonnement et l'ouverture de la France, Paris le 6 novembre 1998.

Personnalité, fonction : , ALLEGRE Claude, , JOSSELIN Charles, CHARPAK Georges, VEDRINE Hubert.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie; FRANCE. Ministre des affaires étrangères; FRANCE. Ministre délégué à la coopération et à la francophonie; FRANCE. Physicien;FRANCE. Prix Nobel de physique

Circonstances : Création de l'Agence EDUFRANCE à Paris le 6 novembre 1998

ti : CREATION DE L'AGENCE "EDUFRANCE" CONFERENCE DE PRESSE CONJOINTE DU MINISTRE DE L'EDUCATION NATIONALE, M. CLAUDE ALLEGRE, DU MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES, M. HUBERT VEDRINE ET DU MINISTRE DELEGUE A LA COOPERATION ET A LA FRANCOPHONIE, M. CHARLES JOSSELIN

Paris - 06.11.1998

M. Hubert Védrine - Mesdames et Messieurs, bonjour et merci d'être venus ce matin au quai d'Orsay, pour cette conférence de presse, à l'invitation de Claude Allègre, de Charles Josselin et de moi-même.

Cette conférence de presse a pour objet la présentation de la création de l'Agence EDUFRANCE. Je dirai simplement, en préalable, deux ou trois choses brèves avant de passer la parole à M. Allègre.

La raison pour laquelle nous présentons ensemble cette création, la raison pour laquelle nous sommes ici, au ministère des Affaires étrangères, c'est parce que nous développons, jour après jour et sujet après sujet, une conception globale de la politique étrangère de la France, de la diplomatie de la France, parce que l'on voit bien aujourd'hui que pour défendre dans le monde nos intérêts, nos conceptions, nos valeurs, nos idées, nos projets, il faut continuer à maîtriser au mieux le savoir-faire diplomatique et l'adapter constamment aux réalités du monde d'aujourd'hui. Mais il faut aussi englober, essayer d'associer dans cette approche toutes les autres dimensions, en plus de la dimension spécifiquement diplomatique. Il y a une dimension économique très importante, une dimension sécurité et défense très importante aussi, ainsi qu'une dimension culturelle, y compris dans son volet éducation.

Le ministère des Affaires étrangères a vocation à être le lieu où s'opère cette vision de synthèse et où l'on veille à l'ensemble des interactions et des négociations à propos de tous les sujets que nous avons à traiter, justement pour défendre, renforcer et développer notre place dans le monde d'aujourd'hui et de demain. Ce ministère a l'habitude de relations étroites avec le ministère de la Défense par exemple, avec le ministère de l'Economie et des Finances, à la fois par nécessité et par volonté, mais dans le domaine de l'Education nationale, il y avait un retard à rattraper. C'est ce que M. Allègre et moi-même avions décidé depuis le début. Nous avons, sur beaucoup de plans, vraiment relancé les relations entre ces deux maisons qui ont énormément de choses à faire ensemble. Nous avons développé des relations de travail, bâti des projets en commun, et nous sommes de plus en plus engagés dans cette tâche.

Cette création d'Agence est un exemple parmi d'autres. Nous ne sommes pas là aujourd'hui pour passer en revue l'ensemble de nos actions communes, sauf si peut-être vous souhaitiez que nous y revenions plus tard dans les questions, mais je souhaitais dire cela au début pour vous indiquer dans quel cadre général, cette démarche et cette Agence se situent.

Cette Agence s'occupe de la formation supérieure française à l'étranger. J'ajouterai qu'il est tout à fait clair, lorsque l'on analyse le monde d'aujourd'hui marqué par la mondialisation, l'hyperpuissance américaine, l'interdépendance entre les pays du monde, on voit bien que dans les luttes d'influence d'aujourd'hui, dans les phénomènes de compétitions et de concurrences, la question de la formation de haut niveau, de l'attractivité pour la formation de haut niveau est un des éléments de la lutte pour la "puissance", dans le meilleur sens du terme, "puissance" pour faire rayonner nos idées et nos conceptions. Cela est évident dans le cas américain, où la formation contribue à consolider le phénomène de puissance.

M. Allègre va vous parler maintenant de ce que nous faisons ensemble, sur ce plan.

R - M. Claude Allègre - Merci Monsieur le Ministre. Comme vient de le dire Hubert Védrine, depuis un an et demi, nous travaillons ensemble, sur de nombreux dossiers avec un certain nombre de résultats concrets. Le premier, directement lié à l'Agence a été la simplification des conditions d'octroi des visas pour les chercheurs, pour les étudiants et des professeurs étrangers venant en France qui ne seront plus soumis aux tracasseries habituelles. Après avis des conseillers culturels, leur visa leur sera automatiquement remis au consulat, qui ne procédera qu'au contrôle de sécurité. Tout refus de visa devra être motivé, et les services culturels obligatoirement consultés. Nous avons aussi bien avancé sur le dossier des personnels du ministère de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, détachés au ministère des Affaires étrangères pour travailler comme conseillers ou attachés culturels et scientifiques. Leur nomination sera faite de manière concertée. On parle souvent de la bataille du XXIème siècle de la matière grise. Notre conception est que ce n'est pas une simple bataille d'influence philosophique, c'est une bataille directe : la formation supérieure à l'étranger devient un marché, estimé à 130 milliards de Francs. Pour vous donner un exemple que je donne souvent, l'Australie fait 6 milliards de chiffres de commerce extérieur sur son offre de formation supérieure. L'Australie est un pays relativement modeste en dimension universitaire. Les Américains financent 7,5 milliards de C.A. dans ce domaine.

Nous avons donc décidé de nous positionner sur ce marché parce que la France a des universités, des grandes écoles de qualité et nous pensons que nous pouvons faire quelque chose qui contribuera, à la fois à vendre l'offre de formation mais également à former des élites étrangères et par là même, s'assurer à la fois une influence culturelle mais également des positionnements économiques. Lorsque quelqu'un de l'Aérospatiale vendra des Airbus en Indonésie, s'il trouve parmi ces interlocuteurs une personne qui ait été son camarade de promotion ; cela aidera la vente. C'est une chose très importante. Il nous fallait une structure adaptée à cela, qui puisse répondre rapidement, qui ait une mentalité hybride c'est-à-dire tout à la fois d'éthique universitaire, de rigueur dans la formation et en même temps, une pratique commerciale. C'est pour cela que nous avons décidé de fabriquer une agence qui prendra la forme d'un GIP, dans lequel les ministères des Affaires étrangères et de l'Education nationale, de la Recherche et de la Technologie sont partie prenante mais dans lequel, l'essentiel des partenaires sont des universités, des grandes écoles qui vont administrer cette offre de formation.

Pour vous montrer que ce n'est pas seulement une construction administrative, la semaine prochaine, nous irons, Hubert Védrine et moi-même accompagner le président de la République à Mexico où se tiendra le premier forum d'offre de ventes de formations françaises à l'étranger. Quinze jours plus tard, Mme Royal et Mme Pery iront en Inde où elles participeront à trois forums que nous avons organisés pour proposer aux jeunes indiens de venir se former en France. Sans parler du fait que, chemin faisant, l'on signera au Mexique un deuxième accord pour le développement des IUT au Mexique. Nous avons en projet avec Charles Josselin, l'idée de développer en Afrique, dans la stratégie de codéveloppement, un certain nombre de formations professionnelles pour ces pays, BTS ou lycées professionnels sur des technologies tout à fait spécifiques pour l'Afrique. Ceci demandera, ici en France, dans les universités et les grandes écoles, une réorganisation. Nous sommes convenus, avec la Conférence des présidents d'université qu'il y aura un vice-président international dans chaque université qui sera chargé de s'occuper de l'accueil des étudiants étrangers, pas toujours optimum partout. Dans le cadre du plan "université du 3ème millénaire" (U3M), nous allons construire de nombreux logements étudiant, nous prévoirons un certain nombre de logements pour les étudiants étrangers. D'autre part, nous avons pris la décision de lancer un appel d'offre dans le cadre de U3M, il y aura dans les grandes villes de France, une maison de l'Inde, du Mexique, de la Chine, du Brésil, etc... de manière à ce que nous ayons un point d'ancrage pour les universitaires et étudiants étrangers qui auront désormais un point de repère, qui maintiendra ce contact de manière à ce que nous soyons bien reliés.

Je voudrais simplement terminer en disant que cette action est à la fois une action de rayonnement de la France mais en même temps, une action d'ouverture de la France. Je pense que le fait que nous accueillons des étrangers plus nombreux en faisant en sorte que dans les grandes écoles, il y ait près d'un tiers d'étudiants étrangers, - ce que fait déjà l'ENA -, nous avons aussi l'idée qu'il y a beaucoup de choses à apprendre en accueillant les étrangers. Il n'y a pas de culture noble et de culture moins noble. Il y a beaucoup de choses à apprendre et dans ce monde qui est de plus en plus transparent et de plus en plus réduit dans ses dimensions, la culture ne peut être que globale.

Vous le verrez, dans les nouveaux programmes du lycée pour la rentrée prochaine, la notion de mondialisation, tout comme la notion d'Europe seront des notions présentes dans les programmes d'histoire et de géographie de manière intégrée et beaucoup plus présente que cela ne l'est aujourd'hui. Nous sommes dans le monde, nous sommes dans l'Europe, il faut que nous soyons à l'heure pour entrer dans l'Europe et je termine en disant que les relations ont été tout à fait remarquables entre les deux ministères et je suis très content de la manière dont les deux équipes ont travaillé pour nous conduire à cela, je les en remercie en nos noms.

M. Charpak a un hobby qui est de développer la "main à la pâte", c'est-à-dire une méthode d'enseignement pour l'enseignement primaire qui fait beaucoup plus appel à la méthode expérimentale, scientifique dans les raisonnements et qui est l'opposé de l'enseignement dogmatique que l'on a trop souvent dans nos enseignements de science. Actuellement, c'est un des produits qui nous est demandé et que vendra EDUFRANCE, à travers les lycées français et directement, probablement en organisant des stages en France pour les professeurs des écoles primaires qui viendront l'étudier. De plus, et c'est un grand spécialiste du monde, nous lui avons demandé d'être le président d'honneur de cette Agence EDUFRANCE. Je crois qu'il est lui-même, un symbole d'ouverture sur le monde et sur les différentes cultures, ainsi, il contribue au rayonnement de notre pays, par sa seule présence.

R - M. Charpak - Je veux dire que, comme citoyen, je suis enchanté de cette initiative parce qu'elle va réussir. Pour des étudiants, c'est infiniment mieux de venir en France que d'aller en Amérique. Mais, il y avait un certain nombre d'obstacles à vaincre, le problème de la langue notamment, les étudiants étrangers qui ont des ambitions planétaires doivent savoir l'anglais. Mais, un étudiant français qui a aussi des ambitions planétaires doit aussi savoir l'anglais. Je crois que, très naturellement, il n'y aura plus d'ingénieurs qui sortiront d'une grande école française sans savoir l'anglais correctement. C'est un obstacle qui va disparaître et l'enseignement des langues au niveau nécessaire pour le business n'est pas du tout comme apprendre la langue de Shakespeare. Je suis certain que cet obstacle-là saute. Il y a la qualité de la vie que l'on peut trouver en France qui va jouer un rôle et aussi, le fait d'avoir un certain nombre d'étudiants étrangers, dans nos universités, dans nos écoles; va les pousser à se moderniser et à devenir meilleures. Il sera impossible de se recroqueviller sur soi-même en se disant : "il y a un siècle, c'était comme cela, pourquoi ne continuons-nous pas ainsi ?". Je crois que ce sera un raz de marée et EDUFRANCE est promis à un très gros développement. Si les Américains ont 560 000 étudiants, une règle de 3 ne sera pas suffisante pour calculer le nombre d'étudiants que nous aurons.

Q - Quel est le budget prévu pour EDUFRANCE ?

R - M. Claude Allègre - EDUFRANCE n'est pas destiné à perdre de l'argent, il va en gagner. Il ne coûtera rien à l'Etat français.

L'important est de savoir que nous allons rentabiliser des moyens qui sont déjà à l'Education nationale et au ministère des Affaires étrangères. Nous voulons coordonner nos actions de manière à ce que ces moyens soient concentrés sur des opérations rentables. Actuellement, ils sont dispersés, mal coordonnés. C'est pour cela que nous nous organisons pour avoir des perspectives et des orientations communes qui permettent à la France de rentabiliser ses investissements. Ensuite, les moyens sont dans les universités, dans les organismes, qui mettront à leur disposition, une certaine partie de leur structure pour mieux accueillir les étudiants, pour améliorer l'accueil et encadrer l'enseignement. Néanmoins un budget de 10 millions de Francs au moins est prévu pour la communication, les salons de promotion, les expositions et le marketing. L'investissement global sur 4 ans est 100 millions de Francs avec une montée en puissance de l'autofinancement par le gain des contrats. Cette montée en puissance, en quatre années doit arriver aux trois quarts de l'investissement global.

Q - Cette collaboration renforcée entre les deux ministères doit-elle aboutir à une modification des propositions de bourses d'études et un ciblage de ces bourses d'études dans les différents pays, pour les étudiants comme pour les chercheurs ?

R - M. Claude Allègre - C'est l'un des sujets à l'étude. Nous voulons avoir une meilleure coordination sur les bourses d'étude. Mais il y a un changement depuis l'arrivée d'Hubert Védrine. Nous sommes tombés d'accord sur l'idée qui est assez nouvelle en France que progressivement, les bourses d'étude pour les étrangers et pour les Français doivent être les mêmes et non pas des bourses dévalorisées pour les étrangers par rapport aux Français. Cela demande un certain ajustement.

D'autre part, le problème du ciblage qui dépasse le problème de l'Agence, nous avons une coordination maintenant pour faire en sorte qu'aussi bien pour la coopération scientifique et technique que pour le problème des bourses, nous allons tâcher d'avoir une stratégie globale qui soit absolument complémentaire entre les deux ministères. Là aussi, c'est prématuré aujourd'hui d'en décrire le détail.

R - M. Charles Josselin - Juste un mot pour répondre à la question, ceci est à rapprocher de l'augmentation de 50 millions sur le budget 1999 qui devrait produire 500 bourses supplémentaires avec une montée en puissance qui devrait, très vite, nous amener à 2000 bourses. Dès l'année 1999, il y a un effort très sensible qui devra s'accompagner aussi d'ailleurs, d'une amélioration des conditions d'accueil au-delà de la bourse. Si je n'étais pas en charge de la Francophonie, je dirai le software, l'accueil mérite d'être pris en considération, cela vaut pour le logement, pour le transport, toutes choses que d'autres savent apparemment mieux faire que nous et qu'il nous faut aussi intégrer.

R - M. Hubert Védrine - Je voudrais simplement dire que ce sont plusieurs volets d'une même politique, ce n'est pas exactement la même chose mais tout cela doit être compatible. L'un des éléments importants, M. Allègre vous rappelait il y a un instant que cette affaire de formation de haut niveau dans le monde est devenue un marché, un marché rentable est la mise en synergie de crédits qui existaient déjà mais qui étaient dispersés. Cela ne doit pas coûter à l'Etat mais générer des recettes. Par ailleurs, il y a la politique de bourses qui correspond à un autre public et qui doit être, pour d'autres raisons renforcée. Il faut que les deux politiques soient harmonisées et compatibles mais aucune des deux ne peut remplacer l'autre, on ne peut pas non plus les fusionner. Elles doivent être coordonnées. R - M. Claude Allègre - L'autre jour, je me trouvais à Hong Kong et on nous a dit une chose étrange : "vous avez un petit handicap, vous ne faites pas payer des droits d'inscription élevé."

Psychologiquement, c'était assez intéressant. Finalement, quand même, ceux qui comptent bien et qui voient la qualité des études finissent par comprendre que le fait de ne pas avoir de droits d'inscription est un avantage important. Ce qu'il y a, c'est que nous allons être obligés de faire un effort que nous n'avons pas fait suffisamment, pour que l'accueil des étudiants étrangers, les résidences universitaires pour accueillir ces étrangers soient au niveau de ce qu'elles sont dans les grands pays du monde. C'est vrai que la France, malgré ce que l'on a fait ces dernières années, n'a pas fait d'efforts suffisants pendant longtemps dans ce domaine.

Q - Il est beaucoup question de l'accueil des étrangers et peu des produits de formation que la France va vendre. Quels sont les meilleurs produits dont nous disposons sur le marché et les atouts du système d'éducation français ?

R - M. Claude Allègre - D'abord, dans les produits de formation, il y a la venue dans les écoles et dans les universités. D'autre part, il y a des stages de formation accélérée qui se feront l'été. Cette année, nous avons 13 universités ouvertes toute l'année, l'an prochain, il y en aura 26. Nous allons organiser un certain nombre de stages, de formations accélérées, professionnelles, pour des étrangers qui viendront se former. Tout à l'heure nous faisions allusion à "la main à la pâte", il y a une offre qui sera faite. La Corée veut que ses professeurs viennent pendant un temps donné pour se former à cette formation. Nous ferons donc une session pour les professeurs coréens, ce sera facturé et vendu en tant que tel.

Il y a un paradoxe qu'il faut comprendre, en faisant cette Agence, nous avons appris beaucoup de choses en regardant les Américains. Ils vendent en titre de promotion Harvard ou MIT, mais ce n'est pas ce qu'ils vendent dans les salons internationaux. Là où ils vendent de la formation, par exemple le salon qui se tient tous les ans au Venezuela, ils vendent au contraire des universités qui sont des universités "bon moyen" mais dans lesquelles finalement, les étudiants qui ne sont peut-être pas tout à fait au top niveau sortent avec un diplôme. Qui sera le plus performant dans ce marché ? Nous le verrons, mais ce n'est pas forcément les écoles les plus prestigieuses qui sont les plus performantes. Il y a des chiffres d'affaires d'un certain nombre d'universités américaines qui sont tout à fait remarquables et qui ne sont pas les universités les plus connues dans ce domaine.

Il existe aussi un véritable marché de l'information, autre secteur qui est entrain de se développer et qui fait partie de cette offre globale. Nous sommes dans une expérimentation de transmission numérique sur un satellite pour transmettre à la fois Internet et un certain nombre de cours, nous le ferons pour l'Afrique, pour faire des émissions et de l'enseignement en Français. Nous aurons probablement, petit à petit, une formation à distance qui sera vendue notamment par un certain nombre d'écoles d'ingénieurs qui s'y sont préparées. Je précise bien que l'enseignement français est un enseignement de service public, nous restons attachés à cela, simplement, dans le marché international, ce service public peut offrir une formation supérieure à un certain nombre d'universités privées.

Q - Si l'objectif d'EDUFRANCE est aussi d'exporter et de vendre du savoir-faire français en terme d'ingénierie pédagogique, en terme de produits de formation sur les sols étrangers, quel est l'objectif en terme de parts de marché, de rentrée de devises ?

R - M. Claude Allègre - J'espère faire mieux que les Australiens !

Q - Avez-vous des objectifs chiffrés en terme d'efficacité économique d'EDUFRANCE ?

R - M. Claude Allègre - Laissons EDUFRANCE se mettre en place. Il y aura un conseil d'administration, un président, un directeur, des équipes et ils ont fait un plan de financement, il y aura un service de communication que vous pourrez utiliser, vous les interrogerez directement. nous n'avons pas l'intention, ni Hubert Védrine, ni moi-même, de gérer directement la manière dont cela va se passer. Nous voulons que ce soit une Agence autonome et par conséquent, lui laisser sa dynamique propre. Nous avons le CNDP qui offre un certain nombre de produits d'éducation, d'apprentissage, un certain nombre d'exercices éducatifs fondamentaux. Il est clair que l'Agence sera un relais pour la vente de ces produits à l'étranger qui actuellement intéresse beaucoup de gens mais sur lesquels on n'a pas forcément une visibilité immédiate. Il faut laisser vivre ces structures.

Q - Vous êtes-vous fixé des objectifs ? Il y a 130 000 étudiants étrangers en France aujourd'hui d'après vos chiffres, vous êtes-vous fixé un objectif pour le futur ?

R - M. Claude Allègre - C'est assez simple. Il y a 2 millions d'étudiants donc, je pense qu'il pourrait y avoir en France 300 ou 400 000 étudiants étrangers, cela me paraît simple.

Il y a d'abord les étudiants européens qui augmentent mais qui ne sont plus comptabilisés comme étrangers. La France actuellement est le numéro 1 mondial avec la Grande-Bretagne sur le nombre d'étudiants étrangers qui font des thèses, la France est avant les Etats-Unis. Dans les thèses soutenues en France, 35 % sont des étudiants étrangers, le seul pays qui soit au même niveau que nous est la Grande-Bretagne. Dans certains secteurs nous sommes déjà en bonne position, mais le problème, c'est que nous ne pénétrons pas dans un bon nombre de secteurs où les étudiants sont "solvables", je pense aux dragons d'Asie du Sud-est ou à l'Inde. Il doit y avoir 120 étudiants en provenance de l'Inde en France, ce n'est vraiment pas beaucoup, alors qu'il y a une demande d'étudiants prêts à financer leurs études.

R - M. Charles Josselin - Je peux simplement donner deux chiffres qui montrent qu'il y a beaucoup de marge. L'Asie représente 0,7 % des étudiants en France et l'Amérique du sud 2,7 % seulement. Il est clair que dans ces directions-là en particulier, il y a un effort considérable à faire.

R - M. Charpak - J'ai été frappé du fait que dans les plus grandes écoles d'ingénieurs américaines, le nombre d'étudiants étrangers, et qui paient un prix élevé, dépasse les 50 % dans beaucoup d'entre elles. Dans le Massachusetts, le chiffre d'affaires généré par ces étudiants étrangers qui paient 100 000 francs par an pour être dans ces universités est plus grand que celui de n'importe quelle industrie du Massachusetts. Il s'agit donc de quelque chose qui doit atteindre une assez grande ampleur.

R - M. Claude Allègre - C'est vrai, c'est le chiffre d'affaires numéro 1 du Massachusetts.

R - M. Hubert Védrine - Pour revenir à ce que je disais au début : cet enjeu s'insère dans la politique étrangère globale. Aujourd'hui, dans presque tous les pays du monde, il y a un ministre qui a été dans une université américaine. A peu près partout dans le monde, dans tout gouvernement, même dans des pays théoriquement hostiles aux Etats-Unis, soit dans les ministères clef, soit comme gouverneur de banque, dans des postes clef, il y a un pourcentage qui est variable, qui peut parfois être très élevé de gens qui sont passés par ces cursus avec tout ce que cela signifie. Sans parler d'un nombre étonnant de dirigeants dans le monde actuel qui ont été citoyen américain avant de revenir dans leur pays. C'est un élément de la géopolitique en réalité.

Q - Sur quels types de relais l'Agence s'appuiera-t-elle pour promouvoir son action en dehors du réseau...

R - M. Hubert Védrine - Le réseau diplomatique et les conseillers culturels, un réseau qui existe et qui couvre le monde entier.

R - Le ministre délégué à la Coopération - Il faut utiliser le réseau des alliances françaises d'ailleurs qui est très dense lui aussi.

R - M. Hubert Védrine - Tous nos réseaux existants.

R - M. Claude Allègre - Et mine de rien, parce qu'il s'agit surtout d'enseignement supérieur, le réseau des lycées français à l'étranger qui représente un maillage très remarquable qui n'a pas d'équivalent et sur lequel on peut aussi s'appuyer.

Q - J'aurais voulu avoir quelques précisions sur ce que vous allez faire au Mexique. Vous avez parlé d'une action immédiate au Mexique, pourriez-vous préciser un peu plus en quoi cela va consister ?

R - M. Claude Allègre - Il y aura une grande exposition EDUFRANCE au Mexique, dans laquelle plus d'une centaine d'établissements français exposeront leur offre de formation. Tout est lié et le fait de créer cette Agence n'est pas déconnecté de l'effort que nous faisons et sur lequel je m'exprimerai dans quelques semaines, sur l'harmonisation européenne et sur la lisibilité des cursus. Nos diplômes sont très compliqués. La simplification que nous sommes en train de mener n'est pas étrangère à cela. Nous voulons présenter des offres de formation qui soient internationalement calibrées, comparées aux standards internationaux et en même temps, faciles à comprendre.

Q - Le problème de la langue continue d'être un problème. Votre intervention suggère-t-elle qu'une partie au moins des cours seront donnés en anglais dans ces universités ou dans ces écoles ?

R - M. Claude Allègre - Il y a déjà dans les universités françaises, vous l'ignorez peut-être, un certain nombre de cours qui sont donnés en anglais. Dans les disciplines scientifiques, c'est quelque chose de courant. Nous organisons aussi des cours de mise à niveau accélérée en français pour permettre aux étudiants qui arrivent avec seulement quelques notions de compenser rapidement leur retard. A partir du moment où nous ne fermons pas nos portes aux étudiants anglophones, ni aux autres d'ailleurs, le résultat est qu'ils viennent volontiers chez nous et qu'ils apprennent le français. C'est la meilleure propagande que l'on puisse faire pour le français.

(source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 27 septembre 2001)

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