Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures gouvernementales en faveur de l'art contemporain, Tours le 26 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

[ Publicité ]

Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures gouvernementales en faveur de l'art contemporain, Tours le 26 novembre 1998.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Congrès interprofessionnel de l'art contemporain, à Tours le 26 novembre 1998

ti : Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les Elus,
Mesdames, Messieurs les Présidents des organisations professionnelles,
Mesdames, Messieurs,


J'ai beaucoup de plaisir à me retrouver parmi vous à l'occasion de ce deuxième Congrès interprofessionnel de l'art contemporain pour prendre connaissance des attentes de l'ensemble des partenaires publics et privés et préciser mes objectifs pour soutenir la création, axe majeur de toute politique culturelle.

Permettez moi, au préalable, de saluer l'initiative conjointe des responsables des écoles d'art, des FRAC et des centres d'art qui, avec l'aide des collectivités locales, des organismes privés et de l'Etat, ont créé ce rendez-vous bi-annuel de dialogue, de réflexion, d'échange et de force de proposition. Je remercie tout particulièrement le délégué général du congrès Alain Julien Laferrière et toute son équipe pour l'organisation de cette rencontre nationale.

L'art contemporain est un art qui innove, déstabilise, subvertit les formes esthétiques généralement acceptées. C'est avant tout l'un des moyens de mieux comprendre notre époque ; il participe à la notion de citoyenneté. Je n'ai pas besoin de vous rappeler les débats nés de la polémique, plutôt des polémiques, qui ont vu le jour depuis quelques années. Mon souci n'est pas d'y faire écho, il est autre, il est d'affirmer le soutien sans faille à toutes les formes de la création contemporaine. Je veux faire preuve ici une nouvelle fois, d'une véritable vigilance démocratique pour dénoncer et combattre toutes les atteintes à la liberté d'expression et de création. Des événements récents nous montrent que cet objectif est essentiel.

Comme j'ai eu l'occasion de le préciser lors de l'inauguration de l'Institut d'art contemporain de Villeurbanne, il nous appartient de mettre en ¿uvre une politique active pour la création contemporaine. Favoriser la création contemporaine, c'est construire l'avenir de notre culture. Si l'on peut parler d'un modèle français de soutien à l'art contemporain, caractérisé par la diversité des institutions d'art contemporain, avec les musées, le Centre Georges Pompidou, les institutions en région comme les FRAC et les centres d'art, et les actions initiées par la DAP avec le FNAC, la commande publique et bien d'autres, il est bien sûr possible de rendre l'ensemble de ce dispositif encore plus cohérent et plus ambitieux. Les moyens existent, les structures sont bien ancrées sur le territoire, leur mise en réseau est engagée. Aujourd'hui, il s'agit de coordonner toutes ces initiatives pour mieux les faire partager. Telle est la vocation même de votre Congrès.

C'est pourquoi j'ai confié une mission précise au nouveau délégué aux arts plastiques, Monsieur Guy Amsellem, avec comme priorités : le renforcement de la formation aux disciplines artistiques, un soutien plus affirmé à la création et aux structures de diffusion, et une modernisation de l'administration dont il a la charge.

S'agissant de l'enseignement artistique, un des enjeux de votre Congrès, le rapport que m'a remis Monsieur Jacques Imbert, Inspecteur général de l'enseignement artistique, constitue un excellent état des lieux.

Il est nécessaire de hiérarchiser les réformes à entreprendre en ce domaine. Je mettrai l'accent sur les statuts des établissements et des personnels, la mise en réseaux des écoles d'art, l'ouverture européenne et les moyens à mobiliser pour ce vaste chantier.

Je souhaite inviter les écoles à assurer une articulation entre recherche et formation supérieure, action culturelle et démarches de sensibilisation et d'initiation. Les écoles d'art restent le partenaire fédérateur par excellence pour remplir une mission d'appui auprès des ateliers post et périscolaires, comme des écoles préparatoires.

Je vais en outre créer dans quelques écoles d'art des Centres de Formation d'Artistes Intervenants (CFAI) : il s'agira d'une formation sur 2 ans sanctionnée par un diplôme de médiation qui permettra l'accès à la fonction publique territoriale et le recrutement de ces diplômés par des collectivités, notamment pour des actions auprès des écoles maternelles et primaires.

Il faut également favoriser le développement des lieux ressources performants dans le domaine des nouvelles technologies et bien les identifier. Le Studio national du Fresnoy et l'école de l'image de Poitou-Charentes en sont deux exemples pertinents. Il est indispensable de renforcer l'identité des écoles dans ce secteur porteur d'avenir en terme d'emplois. D'une telle démarche, on peut attendre beaucoup et notamment une irrigation plus forte de l'ensemble du territoire culturel grâce à la formation, une recherche plus efficiente des complémentarités et une solidarité active de l'ensemble des lieux de création.

Deux initiatives seront soutenues en 1999 :

- le renforcement des actions de formation continue proposées aux enseignants dans les domaines relatifs aux technologies numériques.

- le lancement, avec la DATAR, d'un appel à projets sur la création et le numérique qui concernera toutes les écoles d'art agréées.

Dans la continuité, j'ai proposé au Premier Ministre de retenir, au titre des priorités culturelles du XIIème plan, le développement de l'enseignement artistique, le financement des écoles d'art.

Le délégué aux arts plastiques et les DRAC auront à charge de conduire ces négociations durant l'année qui vient et de fidéliser l'effort de l'Etat sur la durée du plan.

Le développement de l'enseignement artistique, pour reprendre le thème de votre Congrès : "l'art, une éducation à faire", ne se limite pas à mon ministère. Les circulaires que je viens de signer conjointement avec Claude Allègre et Ségolène Royal ont des effets directs sur l'enseignement des arts plastiques. Ces initiatives doivent par ailleurs favoriser le renforcement des liens avec l'Université ; sur ce point le travail mené par le Consortium et l'université de Dijon est exemplaire ; il intègre toute la dimension d'ouverture que l'on peut attendre d'institutions liées à la création.

De même, les actions de sensibilisation des scolaires engagées aussi bien par les centres d'art que par les FRAC doivent être soutenues. Il m'est impossible de toutes les citer mais j'ai relevé en particulier celles des Centres de Vassivière, du Crestet, du Magasin de Grenoble, des FRAC Picardie ou encore Provence Alpes-Côte d'Azur.

Je tiens à saluer le travail engagé dans la région Centre entre le FRAC et le Centre d'art contemporain de Tours qui ont réussi à établir une synergie exemplaire.

Face aux tentations, revendiquées ou non, d'intervenir dans les choix esthétiques, je vous rappelle ici mon engagement à créer les conditions de la liberté des créateurs et à préserver lorsqu'elle est menacée, la fonction critique de l'expression artistique. C'est dans ce but que je veux réaffirmer ma volonté de conforter le processus de la création contemporaine, que ce soit par l'aide individuelle aux artistes sous forme de bourses, d'allocations, de commandes, d'acquisitions, de recherches ou l'aide à la diffusion mise en ¿uvre par les institutions que vous représentez.

J'ai entendu les besoins exprimés par de nombreux artistes qui demandent qu'une augmentation significative des moyens alloués aux DRAC pour soutenir les projets d'artistes, soit engagée sur plusieurs années. Le budget 1999 répond à cet objectif, 4 MF sont d'ores et déjà inscrits à ce titre.

La volonté politique d'enrichissement du patrimoine national demeure aussi une de mes priorités. Je me félicite à cet égard du projet de donation au FNAC de la collection de Mme Sybil Albers et M. Gottfried Honneger, présentée au centre d'art de Mouans Sartoux. Je vous confirme ma volonté de favoriser la création, dans des délais brefs, d'une fondation Albert et Annette Giacometti. Aucun obstacle ne s'y oppose. Je sais que c'est une décision attendue des professionnels et du public.

L'enrichissement du patrimoine s'exprime aussi par la commande publique, dont de nombreuses actions seront soutenues en 1999, sur l'ensemble du territoire national comme avec le projet de tramway à Montpellier, le programme de commandes de sculptures passé à des fondeurs, ou encore à Paris, l'installation d'oeuvres récentes dans le jardin des Tuileries, mais cela n'est pas suffisant ; car la démarche artistique évolue sans cesse et mon ministère se doit de l'accompagner et d'être à l'écoute de toutes les nouvelles formes d'expressions artistiques.

Je me réjouis à ce titre de la prise en compte de projets d'artistes liés aux nouvelles technologies, à la création d'oeuvres sur le Web et au développement de la recherche.

Je souhaite que les moyens nouveaux permettent d'accompagner toutes les initiatives que vous portez, en tant que directeurs d'institutions de diffusion, en faveur des projets d'artistes les plus innovants. Il en va tout simplement de l'avenir de la création contemporaine de notre pays.

Mais je considère dans le même temps - ce n'est pas contradictoire !- que cet enjeu peut et doit nous aider à mener une politique de démocratisation culturelle. J'en veux pour preuve toutes vos actions de sensibilisation du public qui chaque fois qu'elles ont été menées ont porté leurs fruits.

Cette mission incombe à tous, aux centres d'art les plus anciens comme aux plus récents, aux FRAC comme aux musées d'art contemporain, au réseau associatif et aux initiatives privées, ô combien essentielles dans ce secteur. Je vous précise à ce propos que nous avons récemment mis en place le programme " nouveaux services, nouveaux emplois " qui là encore, a permis le recrutement d'une cinquantaine de médiateurs au sein des FRAC et des centres d'art.

Pour vous aider dans vos actions de terrain, j'entends inscrire dans les missions de service public de l'audiovisuel, les programmes consacrés à l'art contemporain. Nous savons tous l'importance d'une telle diffusion sur les chaînes de télévision pour la création d'aujourd'hui.

La diffusion ne peut se limiter au seul territoire national, il faut affirmer la dimension internationale de notre réseau de diffusion et de notre action en faveur des arts plastiques.

J'ai mesuré lors de ma visite au Centre d'art de Guggenheim à Soho, l'intérêt de la présence des artistes français à New York. J'ai décidé, et je voulais vous en réserver l'annonce, que la priorité pour les trois ans à venir de mon département chargé des affaires internationales et de la délégation aux arts plastiques, sera la présence des artistes français à l'étranger ; des moyens conséquents seront développés pour ces nouvelles actions. Je ne doute pas que cet objectif sera pleinement partagé par le Ministère des affaires étrangères.

Je compte suivre personnellement ces initiatives à commencer par la prochaine foire internationale d'art contemporain de Madrid, l'ARCO, dont nous sommes les invités et à laquelle je participerai.

Ces efforts se feront avec les professionnels du marché de l'art que sont les galeries qui, je le sais, nous accompagnent déjà dans cette perspective.

Je n'ai pas besoin de vous dire à quel point je suis convaincu de la nécessité de soutenir la mission des galeries d'art, elles assurent un rôle de découverte irremplaçable.

Sachez qu'au-delà de la décision sur la non taxation des oeuvres d'art dans l'ISF, je m'attache à défendre l'ouverture du marché de l'art français et à proposer des améliorations fiscales. C'est par ce type de mesures que nous pourrons favoriser le développement du mécénat et des collectionneurs, partenaires naturels de mon ministère.

Je veux rappeler que l'efficacité des actions entreprises implique la modernisation de la délégation aux arts plastiques. Parce qu'il n'agit plus seul, l'Etat doit agir différemment. Il lui revient de concevoir les politiques, de déterminer le cadre de leur mise en ¿uvre et d'évaluer son action. Il lui appartient également de mieux définir en son sein les missions d'évaluation, d'expertise et de conseil. C'est je le rappelle le contenu de la lettre de mission de M. Guy Amsellem.

L'administration des arts plastiques existe certes depuis peu d'années, tout comme la plupart des structures que vous représentez. Elle est néanmoins devenue adulte et il est nécessaire d'en dresser le bilan et de définir de nouvelles perspectives.

Vous le savez, je souhaite que dans votre secteur aussi, des chartes des missions de service public soit établies sur le modèle de celles conçues par le spectacle vivant. Cette même démarche de contrats d'objectifs pourrait aussi s'appliquer aux écoles d'art afin de tenir compte de leurs spécificités et de leurs atouts respectifs.

La déconcentration des moyens de l'Etat a transformé profondément ses modes d'intervention. Le partenariat avec les collectivités territoriales lui impose de négocier ses objectifs et de se concerter pour financer les projets retenus. A cet égard, les contrats de plan Etat-régions qui seront signés l'an prochain permettront d'inscrire dans la durée les termes de cette collaboration notamment pour les enseignements artistiques mais aussi pour les FRAC, les centres d'art et les autres structures de l'art contemporain.

J'invite les collectivités locales à nous accompagner pour permettre aux créateurs de s'exprimer, de diffuser leurs oeuvres même si cette dimension culturelle n'est pas toujours partagée par le plus grand nombre de nos concitoyens.

Pour 1999, j'ai accordé des moyens nouveaux à la délégation aux arts plastiques pour un total de près de 25 MF en fonctionnement. Par ailleurs, le montant global des investissements bénéficiera de 45 MF de crédits supplémentaires. C'est l'augmentation en pourcentage, + 11,5 %, la plus importante de mon ministère. Cette première étape sera suivie d'autres, la fragilité du secteur des arts plastiques l'exige.

Mesdames, Messieurs, la tâche qui nous est confiée est exaltante. Je sais que beaucoup d'entre vous sont résolument engagés aux côtés des artistes et de la liberté de création. Je saurai être à leur écoute.


(source http://www.culture.gouv.fr, le 12 septembre 2001)

Rechercher