Déclaration de Mme Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, sur la politique du paysage et le suivi photographique des paysages, Paris le 19 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Dominique Voynet, ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement, sur la politique du paysage et le suivi photographique des paysages, Paris le 19 novembre 1998.

Personnalité, fonction : VOYNET Dominique.

FRANCE. Ministre de l'aménagement du territoire et de l'environnement

Circonstances : Remise des prix du concours "Regards sur le développement local", Paris le 19 novembre 1998

ti : Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les Maires,
Mesdames, Messieurs,


Comme vous le savez, depuis 1997, la politique de mise en valeur et de préservation des paysages relève des compétences de mon ministère.

Pour autant, cette clarification " administrative " n'a fait que donner une réalité juridique à un état de fait déjà ancien, puisque le ministère chargé de l'Environnement intervenait depuis de nombreuses années dans le domaine des paysages.

En effet, il a été à l'origine de la plupart des documents, des démarches ou des politiques qui ont tendu à un objectif double : d'une part, renforcer la prise en compte du paysage dans l'ensemble des décisions d'aménagement, qu'il s'agisse de décisions individuelles, comme la construction d'une habitation, ou de décisions d'une collectivité publique, comme la réalisation d'une infrastructure de transports, l'aménagement d'un carrefour, la modification de la place du village, etc. D'autre part, renforcer cette prise en compte du paysage dans tous les documents locaux de planification.

Je suis attachée à la préservation de tous les paysages : qu'ils soient " particulièrement remarquables " - ce sont les sites classés au titre de la loi de 1930 - ; qu'ils soient simplement " ordinaires ", voire carrément sacrifiés - je pense ici à de nombreuses entrées de villes -. Tous les paysages méritent qu'on y porte attention, et qu'on améliore leur aspect et leur perception. Parfois, de simples actions ponctuelles peuvent redonner du sens à un paysage disparu.

La loi dite " paysages ", adoptée en 1993, a créé de nouveaux outils, comme les directives paysagères, destinées à préserver les caractéristiques les plus remarquables d'un paysage de qualité. Le ministère veille à ce que cette loi soit mise en ¿uvre dans toutes ses dispositions. Mais la règle ne peut s'appliquer aveuglément. Elle doit s'appuyer sur la culture et sur l'intelligence. C'est pourquoi mon administration rassemble des atlas de paysages, qui nous donnent une connaissance fine des paysages de toutes les régions, afin que le débat entre l'Etat, les collectivités et les citoyens puisse se fonder sur une même analyse de la richesse des paysages de nos communes.

Je tiens à rappeler quelques idées simples en la matière :

Le paysage constitue un élément d'identification à un lieu, à une culture. Maintenir et développer la diversité des paysages participe de la volonté de s'opposer à la banalisation du cadre de vie et des milieux naturels.

Le paysage est l'affaire de tous. C'est un sujet idéal pour susciter la concertation et le débat entre les habitants, les élus et les professionnels de différentes disciplines.

Le paysage est révélateur : il exprime le projet et, dans l'optique du développement durable, il peut notamment permettre de concilier les intérêts souvent contradictoires de la protection de la nature et de l'aménagement.

Le paysage constitue un capital, un patrimoine culturel, écologique, économique. Les collectivités qui ont intégré cette dimension savent que la qualité de leur paysage représente un atout déterminant pour l'emploi, notamment dans le secteur touristique, mais aussi pour l'installation d'entreprises de technologie de pointe, dont les personnels cherchent un environnement de qualité.

Les Français aiment les beaux paysages : ils attribuent toutes les vertus aux paysages ruraux d'autrefois, et sont inquiets face aux changements, aux travaux et aux aménagements. Ils ont malheureusement souvent raison, et l'enjeu aujourd'hui est de protéger les paysages remarquables, tout en produisant des paysages contemporains dans lesquels les habitants puissent se reconnaître.

Il faut pour cela inscrire systématiquement la dimension sensible du paysage dans tous les projets d'aménagement, et démontrer qu'on sait faire des aménagements modernes de qualité.

La politique du paysage prochainement mise en ¿uvre par mon ministère se développera selon trois axes :

- le développement de la connaissance des paysages dans la population, parce que le paysage concerne la qualité de vie de tous les citoyens ;

- le renforcement de la prise en compte du paysage dans l'ensemble des politiques publiques, à tous les échelons territoriaux ;

- l'amélioration de la formation des professionnels du paysage, face à la demande croissante d'interventions dans ce domaine, et une meilleure reconnaissance de ces professions.


Le ministère de l'Aménagement du territoire et de l'Environnement a mis en place un outil pour développer la culture du paysage : c'est l'observatoire photographique du paysage.

Le principe en est simple. Il consiste à effectuer des photographies d'un même endroit à des époques différentes. Les séries ainsi réalisées, qui montrent les changements du paysage, constituent des témoignages objectifs, et c'est ce qui fait leur force, car la photographie ne trompe pas. Et parce qu'elle affecte directement la sensibilité, l'émotion, cette démarche rencontre un réel succès auprès de tous les publics.

L'observatoire photographique du paysage, qui fonctionne réellement depuis six ans, a ainsi réalisé ou identifié près de 2000 séries photographiques rétrospectives et contemporaines.

Ces séries permettent de constater que le paysage se transforme inéluctablement, que le territoire français du début du siècle était gravement déboisé, mais que l'avancée de la friche et les plantations de résineux entraînent une fermeture des paysages et une perte de la diversité biologique.

On peut également avoir la confirmation que les changements survenus depuis la dernière guerre en ville, dans les banlieues, ou encore le long des routes en milieu rural, ne plaident pas en faveur des aménageurs. Mais les clichés nous révèlent aussi parfois les efforts entrepris par l'Etat et par les collectivités pour pallier cette dégradation. C'est précisément ce que nous montrent les résultats du concours auquel nombre d'entre vous ont participé.

Ce concours a été lancé par le Crédit local de France, en partenariat avec mon ministère, il y a un an, lors du précédent salon de l'Association des maires de France. Il s'agissait de montrer les améliorations du paysage réalisées par vos communes en exploitant les méthodes de l'observatoire photographique. 900 dossiers de candidature ont été retirés et, malgré la difficulté de l'exercice, 50 maires ont répondu.

Les communes que le jury nous propose de récompenser, et auxquelles je suis heureuse de remettre ces prix, sont :

La commune d'Anor (Nord)

Au c¿ur de la commune, une ancienne friche industrielle et une colonie de vacances à l'abandon accueillent désormais un centre, destiné à toutes les générations, qui regroupe la cantine scolaire, des logements pour personnes âgées et un hébergement collectif labellisé Gîte de France.

Cet aménagement témoigne de la volonté de la commune de sauvegarder un lieu auquel la population est attachée, en l'affectant à de nouveaux usages d'intérêt collectif. Un traitement conjoint des abords intègre ce nouveau centre dans l'espace public communal.

La communauté de communes du pays de Châtenois (Vosges)

Depuis 1995, cette communauté de communes mène, avec la direction départementale de l'équipement, une opération visant à mettre en valeur les centres et les traversées de villages, et à en améliorer la sécurité, tout en créant une identité de territoire. Ces aménagements sont réalisés dans un objectif global de rénovation, qui est apparu comme étant l'une des actions prioritaires pour enrayer l'exode rural.

Le jury a apprécié la démarche intercommunale s'appliquant à l'échelle d'un territoire, ainsi que la simplicité des traitements, respectueux des usages de l'espace public.

La commune de Veretz (Indre-et-Loire)

La berge du Cher, canalisé dans cette partie, était devenue inaccessible et dangereuse. Elle a été rendue à la promenade par des travaux d'enrochement et de végétalisation.

La commune a réalisé un aménagement simple et efficace, qui rétablit le lien entre le village et sa rivière, en offrant à la population une nouvelle promenade dans un environnement végétal.

La commune de Beaumont-lès-Valence (Drôme)

Au centre du village et face à l'école primaire, cette ancienne gare restaurée accueille aujourd'hui le club des trois rivières, association ¿uvrant au bénéfice des personnes agées. Sur la façade, une peinture en trompe-l'¿il rappelle la vocation passée du bâtiment.

La reconversion réussie de ce bâtiment s'inscrit efficacement dans l'espace public d'aujourd'hui. Le jury a également apprécié la peinture murale évoquant l'ancienne gare.

Prix spécial : La commune de Bracon (Jura)

Pour sauvegarder ce tilleul âgé de plus de 500 ans, planté sur une propriété privée, et pour l'inscrire durablement dans le patrimoine collectif, la commune a décidé de s'en rendre propriétaire. C'est cette démarche originale que le jury a relevée.

Mesdames et Messieurs les Maires, je suis heureuse de l'occasion qui m'est donnée aujourd'hui de vous encourager à poursuivre vos efforts en faveur des paysages, malgré les nombreuses contraintes auxquelles vous vous heurtez. Toutes les actions en ce sens participent, quelle que soit leur importance, de la sauvegarde de ce patrimoine auquel nous sommes tous très attachés, et qu'il convient de valoriser pour assurer un développement durable du territoire.

Je vous remercie.


(source http://www.environnement.gouv.fr, le 20 septembre 2001)

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