Conférence de presse conjointe de MM. Jacques Chirac, Président de la République, Helmut Kohl, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne et Aleksander Kwasniewski, Président de la République de Pologne, sur la coopération politique, économique et sociale au sein du "Triangle de Weimar", l'élargissement de l'Union européenne et la sécurité européenne, Poznan le 21 février 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse conjointe de MM. Jacques Chirac, Président de la République, Helmut Kohl, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne et Aleksander Kwasniewski, Président de la République de Pologne, sur la coopération politique, économique et sociale au sein du "Triangle de Weimar", l'élargissement de l'Union européenne et la sécurité européenne, Poznan le 21 février 1998.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques, KWASNIEWSKI Aleksander, KOHL Helmut.

FRANCE. Président de la République; POLOGNE. Président de la République; ALLEMAGNE. Chancelier; ALLEMAGNE. Chancelier; POLOGNE. Président de la République; FRANCE. Président de la République; ALLEMAGNE. Chancelier; POLOGNE. Président de la République; POLOGNE.

Circonstances : Voyage en Pologne à l'occasion du Sommet tripartite entre la France, l'Allemagne et la Pologne à Poznan (Pologne) dans le cadre des réunions du "Triangle de Weimar", le 21 février 1998

ti : M. Aleksander KWASNIEWSKI - Monsieur le Président de la République française, Monsieur le Chancelier de la République fédérale, Mesdames et Messieurs. Tout d'abord, je veux exprimer ma grande joie de voir, à Poznan, au centre, au coeur de l'Europe, la rencontre des Chefs d'Etat de France, d'Allemagne et de Pologne. Nous avons pu, pendant plusieurs heures, être hôtes de la rencontre qui d'une part, souligne ce que nous avons déjà acquis dans l'histoire contemporaine de l'Europe et, d'autre part, est un défi aussi. On sait bien combien il faut encore faire, quelle grande responsabilité repose sur nos pays, sur nos peuples, afin que le processus d'intégration européenne, le processus de coopération en Europe soit à la mesure de l'évolution de nos sociétés au tournant du siècle.

Le triangle de Weimar est né au début des années 90. Il a eu diverses formes, diverses rencontres ont eu lieu au niveau des ministres. Ces rencontres ont inspiré la coopération politique, économique, ainsi que sociale entre nos deux pays.

Aujourd'hui, nous avons atteint le plus haut niveau de ces rencontres. Etant donné que c'est une rencontre des Chefs d'Etat, je peux dire que les expériences du triangle de Weimar ont été très importantes pour le processus d'intégration européenne et ont donné à la Pologne la possibilité de trouver sa place dans les structures européennes.

Je vais exprimer ma reconnaissance à Monsieur le Président Jacques Chirac et à Monsieur le Chancelier Helmut Kohl, pour leur claire et conséquente politique vis-à-vis de l'élargissement de l'OTAN et de l'Union européenne. La Pologne est à la veille de décisions sur son entrée à l'OTAN et, dans quelques semaines, la Pologne entamera les négociations avec l'Union européenne. Nous avons pu compter sur nos partenaires français et allemands, sur nos partenaires et amis, et il résulte de nos entretiens que nous pouvons aussi compter sur eux dans l'avenir.

La France et l'Allemagne sont le plus profondément engagées dans la présence de la Pologne au sein des structures de l'Union européenne et de l'OTAN. Elles sont engagées aussi dans le processus d'intégration européenne qui a ouvert de nouvelles possibilités, de nouvelles chances après l'année 1989.

Nous nous sommes entretenus aussi au sujet de ce que notre coopération peut donner à l'Europe qui est en création, en devenir. En dehors de la coopération politique, notre rencontre en est la meilleure preuve, en dehors de la coopération économique, nous voulons donner à l'Europe une nouvelle dimension, une dimension historique, une dimension culturelle, une dimension de coopération des Etats qui dans leur histoire à des moments divers, ont montré qu'il est possible, indépendamment du passé, de se réconcilier et qu'ils veulent proposer à l'Europe commune, des valeurs culturelles, de civilisation pour nos pays dont la Pologne, la France et l'Allemagne, sont depuis des années porteurs.

Nous avons parlé de la nécessité de développer la coopération culturelle, de la coopération dans sa dimension sociale, des échanges entre les jeunes. Nous avons parlé aussi des initiatives qui vont aider au développement de l'éducation dans nos pays, de sorte que les jeunes générations de Polonais, de Français et d'Allemands, puissent être le plus proche possible les uns des autres, et servir le mieux possible à l'Europe commune.

Nous avons parlé aussi du projet d'Université européenne qui serait située en Pologne et qui pourrait devenir un espace de rencontre de la jeunesse qui pourrait former les jeunes gens, non seulement de nos pays, mais aussi des pays de l'Europe centrale et orientale, pour le bien de cette nouvelle Europe commune du XXIème siècle.

Je veux encore une fois dire, que cette rencontre a été exceptionnelle, une chance exceptionnelle d'échanges de vues, sur toutes les questions importantes aussi bien sur le plan international que tripartite.

Je voudrais encore une fois remercier Monsieur le Président Jacques Chirac et Monsieur Helmut Kohl, Chancelier de la République fédérale d'Allemagne, pour cette rencontre, cette rencontre historique à Poznan.

Le triangle de Weimar a acquis aujourd'hui une nouvelle impulsion. Je suis convaincu que la coopération de Weimar a acquis aussi aujourd'hui une nouvelle dimension.
Je vous remercie pour votre attention. Merci Monsieur le Président, je demande au Président de la République française de prendre la parole.
LE PRESIDENT - Mesdames, Messieurs, le Président polonais a tout dit. C'est vrai que nous avons eu des entretiens à la fois intéressants, agréables et chaleureux, autour d'une idée centrale : la volonté de la Pologne de s'intégrer le mieux possible et le plus rapidement possible dans l'ensemble européen.
Nous fêtons cette année, le 200ème anniversaire de la naissance d'Adam Mickiewicz . Je regardais récemment une de ses remarques dans son ouvrage "l'âme nationale" qui est paru en 1832. Mickiewicz disait quelque chose de fort et d'important pour l'équilibre de l'Europe et pour l'intérêt de la Pologne : "Plus la Pologne sentait et partageait les sentiments familiaux de l'Europe, plus elle était heureuse et célèbre, plus elle se séparait de l'Europe, plus sa faiblesse devenait manifeste, et sa gloire présente (nous sommes en 1832), prouve que la Pologne a pris très à coeur l'esprit européen".

C'est au fond, ce qui sous-tendait l'ensemble de nos discussions. Nous souhaitons, l'ensemble des quinze européens, une entrée aussi rapide que possible de la Pologne dans l'Union européenne et aussi, l'entrée de la Pologne comme il a été décidé récemment dans l'OTAN.

C'est autour de ces idées que nous avons organisé notre discussion. Le Président a dit ce que nous avions dit. Je considère pour ma part, que cette réunion est une réunion utile et positive et qui devra connaître une suite.

L'Allemagne et la France ont été depuis longtemps l'un des moteurs de l'Europe. Je pense que la Pologne, l'Allemagne et la France, peuvent être l'un des moteurs importants de la construction européenne de demain. En tous les cas, c'est ce que je souhaite.

En terminant, je voudrais remercier Monsieur le Préfet, Monsieur le Maire, de Poznan pour leur accueil agréable, sympathique et chaleureux dont nous garderons le meilleur souvenir.
M. Helmut KOHL - Mesdames, Messieurs, je voudrais d'abord saisir l'occasion qui m'est donnée de remercier la population de Poznan, le Maire, le Préfet et tous les citoyennes et citoyens de cette ville, pour cet accueil très chaleureux qui nous a été réservé.

C'est un signal européen que j'ai ressenti ici. Je vous en suis extrêmement reconnaissant.

La journée d'aujourd'hui est très importante pour le développement européen. Des pays qui au fil de l'histoire ont souvent été opposés et qui, malgré tout, par leur culture et leur héritage historique et culturel sont très proches et qui s'affichent face à l'opinion publique européenne, je trouve cela très important. Parce que je sais que dans ce genre de situation, on se demande toujours pourquoi et contre qui ? Là, je crois que l'on peut dire que cela ne se dirige contre personne quand nous nous réunissons tous les trois.

Mais lorsque la France, la Pologne et l'Allemagne -il suffit de regarder la carte de l'Europe pour voir ce que cela représente- lorsque les deux Présidents et le Chancelier se réunissent et disent ensemble à quel point ils sont profondément convaincus que le nouveau siècle, le nouveau millénaire qui va commencer dans deux ans, sera un siècle européen et un millénaire de l'Europe, les Français, les Polonais, les Allemands, justement du fait de leur histoire, précisément du fait de leur histoire et précisément aussi du fait des chapitres les plus sombres de leur histoire, lee Français, les Polonais, les Allemands ont plus que jamais cette vocation à travailler ensemble.

Je crois qu'il est tout à fait bon de parler du triangle de Weimar, parce que ce concept de la ville de Weimar n'est pas lié à des actes guerriers. Au contraire, Weimar, c'est le signe d'une haute culture européenne. Si je le dis aujourd'hui ici, c'est parce que bien avant nous, bien avant notre génération, les esprits les plus fins de l'Europe partageaient cette idée que nous reprenons maintenant, à savoir que nous sommes ensemble en Europe.

Lorsqu'il y a quelques mois le Président de la République française, Monsieur Jacques Chirac et Monsieur Lionel Jospin, le Premier Ministre sont venus nous rendre visite à Weimar, j'ai pu leur remettre l'original de la déclaration de la République française à Schiller et lorsqu'on imagine cela, ce que cela représente pour l'époque ! On était bien en avance sur ce qui se passe plus d'un siècle après. J'aimerais pouvoir dire, ayant moi-même connu la guerre en tant qu'enfant, ayant connu la barbarie nazie, j'aimerais pouvoir dire que nous en sommes enfin arrivés là dans la politique mondiale à pouvoir poursuivre cette mission. Nous avons enfin compris que les grands missionnaires de ce siècle, étaient en fait les seuls réalistes. Pour parler comme les jeunes, notre boulot, notre job, c'est de prendre leur suite.

Cette réunion, c'est le prologue de notre coopération et le résultat doit être ce que nous avons discuté et ce que nous souhaitons, Jacques Chirac pour la France, et moi pour l'Allemagne. Nous parlons au nom de tous nos concitoyens. Nous souhaitons que la Pologne puisse le plus rapidement possible, rejoindre l'OTAN et, naturellement aussi, l'Union européenne.

Pour la République fédérale, je ne peux dire qu'une chose, au sein des organes parlementaires, au cours du mois d'avril, au plus tard au mois de mai, les deux chambres adopteront la décision d'élargissement et le traité d'élargissement sera ratifié. Nous souhaitons maintenant que le plus rapidement possible, à partir du début des négociations, nous puissions travailler à l'adhésion à l'Union européenne. Nous les Allemands, mais je suis sûr aussi que cela vaut pour les Français et pour beaucoup d'autres européens, nous allons contribuer à cette adhésion, nous allons contribuer à aider la Pologne sur la voie des efforts nécessaires que la Pologne doit entreprendre. Nous allons aider la Pologne à s'aider elle-même, puisque les véritables décisions, c'est en Pologne qu'elles doivent être prises.

Je lance un appel à toutes les citoyennes et à tous les citoyens de ce pays magnifique, reconnaissez votre vocation européenne, l'heure est venue et même si cela nécessite de revoir entièrement son mode de pensée, de revoir entièrement ses coutumes et ses habitudes.

Je suis très heureux de pouvoir vivre cette réunion d'aujourd'hui, et ce qui importe maintenant, c'est qu'avec nos collaborateurs, avec les membres des gouvernements nationaux, nous continuions le travail. Cela vaut tout autant dans le domaine de la coopération militaire que dans de nombreux autres domaines, mais cela vaut aussi et surtout pour la dimension culturelle de l'Europe.

Nous avons, dans la dimension culturelle, d'énormes apports communs à faire valoir. Je viens du Palatinat, c'est proche de la frontière française, et depuis des siècles, nous avons une fête qui symbolise un soulèvement des populations contre la classe dominante. Le drapeau allemand, noir, rouge, doré, est né là, ce n'est pas un hasard. Ce sont des Français, des Polonais et des Allemands qui se sont réunis et qui ont, ensemble, lutté pour l'Europe et pour la liberté en Europe.

Nous avons connu des périodes sombres depuis. A la fin de ce siècle, je crois que nous pouvons avoir de nouveau une vision optimiste et réaliste du prochain siècle.
C'est dans cet esprit que je comprends ce siècle, cette réunion d'aujourd'hui, et c'est pour cela que je tiens à vous remercier.
QUESTION - Ma question s'adresse au deux Présidents et au Chancelier fédéral. Vous êtes réunis ici, à Poznan, alors que se déroule la crise irakienne et une importante mission de Monsieur Kofi Annan. Je voudrais savoir si vous êtes d'accord, ensemble, sur la ligne qui est suivie par le Secrétaire Général ? On a cru comprendre ces derniers jours que l'Allemagne et la France n'étaient peut-être pas toujours sur la même position. L'Allemagne fait partie des pays qui ont par avance approuvé une frappe militaire américaine, ce qui n'est pas tout à fait le cas de la France. Je voulais savoir si, en cas de difficulté, voire d'échec de la mission de Monsieur Kofi Annan, l'Europe parlerait d'une seule voix, au moins le moteur de la construction européenne, comme vous le disiez tout à l'heure, parlera d'une seule voix.

M. Aleksander KWASNIEWSKI - Je suis autorisé à faire une brève déclaration à ce sujet. Nous nous sommes entretenus à propos de la situation en Irak. Nous savons que se déroulent à l'heure actuelle des négociations très difficiles et très importantes. Tous les participants de la rencontre à Poznan souhaitent à la mission du Secrétaire Général, Monsieur Kofi Annan, beaucoup de succès. Nous espérons que ces activités seront bonnes. Je le dis dans notre commune conviction que le Secrétaire Général est la bonne personne à la bonne place et au bon moment pour une telle mission diplomatique menée à bien. Merci beaucoup.

QUESTION - Je voudrais vous demander, est-ce que vous avez parlé de la rencontre russo-allemande et française à Ekaterinburg ? Avez-vous parlé de ce sujet ?

M. Aleksander KWASNIEWSKI - Oui, nous avons parlé à de ce sujet.

QUESTION - Monsieur le Chancelier fédéral, est-ce que cela veut dire qu'il y a un nouveau triangle qui apparaît russo-germano français ?

M. Helmut KOHL - Voyez-vous, je suis extrêmement réservé face à ce genre de gros titres, parce que cela peut prêter à une pratique très répandue de "non-pensée". A l'époque que nous vivons, il faut penser. Alors qu'est-ce qui est important ? Le Président Boris Eltsine nous a invité, le Président de la République Jacques Chirac et moi-même. Ce n'est rien de nouveau. C'est un fait bien connu, le Président Chirac et moi-même nous apprécions et entretenons avec Boris Eltsine des contacts qui vont bien au-delà de ce qu'imposent nos mandats. Nous trouvons qu'il est tout à fait souhaitable que les relations entre des pays comme la France et l'Allemagne vis-à-vis de la Russie en cette période de modification dramatique soient soignées particulièrement. C'est pourquoi je le dis encore aujourd'hui en Pologne, cela non plus ne se dirige contre personne. Il est de l'intérêt de la Pologne, il est de l'intérêt de l'Europe, d'ailleurs, si tout le monde comprend bien, c'est aussi de l'intérêt des Etats-Unis d'Amérique, que chacun aide et apporte sa contribution dans la mesure de nos possibilités qui sont, je dois l'avouer, assez limitées.

C'est aussi de l'intérêt des Etats-Unis d'Amérique, que chacun aide et apporte sa contribution dans la mesure de nos possibilités qui sont, je dois l'avouer, assez limitées.

Il est normal que nous fassions tout ce qui est possible pour qu'en Russie, à Moscou, l'Etat de droit, un ordre économique libéral, un système socialement supportable puisse se faire place. Tout ce qui contribue à un redressement de la Russie est une contribution pour la paix. C'est un pays très grand, c'est un des plus grands pays, des plus importants pays de notre planète qui connaît actuellement des bouleversements énormes. Pensez à l'année 1988, ce n'est pas si loin que cela.

Nous voulons donc soigner ces relations avec la Russie, notamment lorsque nous avons parlé de l'élargissement de l'OTAN et de l'élargissement de l'UE, sans la contribution de Jacques Chirac beaucoup de choses ne se seraient pas faites sur la voie de l'élargissement. C'est pourquoi nous voulons aider la Russie, non pas contre quelqu'un, mais dans l'intérêt de la paix et de la démocratie en Europe et dans le reste du monde.

QUESTION - J'ai une question pour M. Kwasniewski. Le Chancelier a dit qu'il voulait vous aider à vous aider vous-même. J'aimerais que vous nous donniez une liste des projets prévus de votre côté en matière "d'auto-aide". J'aimerais savoir ce que vous prévoyez de faire avant d'être vraiment mûr pour l'Union Européenne et ce que vous avez comme projets précis en la matière ?

M. Aleksander KWASNIEWSKI - La Pologne toute entière est en bonne condition économique, les réformes que nous avons entamées en 1989 ont des effets. Nous avons terminé l'année précédente avec une croissance de 7% de Produit National Brut, c'est cela notre "auto-aide" présentée de la façon la plus spectaculaire. La Pologne doit avoir une économie efficace, la Pologne doit soigner la grande compétitivité de ses produits, la Pologne doit être bien organisée, doit être stable politiquement, elle doit être prévisible en ce qui concerne sa politique extérieure. Et je suis persuadé que tous ces objectifs que je viens de citer, nous les atteindrons. Telle est la Pologne. La Pologne de 1998 c'est un pays comme cela et il faut poursuivre la tâche pour les Polonais, pour tous ceux qui veulent que nous entrions dans l'Union Européenne.

Il faut être déterminé, il faut faire en sorte de suivre et poursuivre ce que nous avons commencé, ce que nous avons entamé pour que la Pologne puisse être dans une telle forme que nous puissions être membre de l'Union Européenne.

En ce qui concerne l'aide de nos partenaires, alors tout d'abord je suis reconnaissant aussi bien à la France qu'à l'Allemagne mais aussi je suis reconnaissant personnellement à M. Jacques Chirac et à M. Helmut Kohl, car sans eux, sans leur contribution personnelle, cela nous serait beaucoup plus difficile. On utilise habituellemnet la formule des avocats de la Pologne et bien voilà, Mesdames et Messieurs, vous avez de véritables avocats de la Pologne à cette table, déterminés, conséquents, qui sont très bienveillant et la rencontre de Poznan en est une preuve de plus.

Je suis persuadé que cette étape, celle des négociations avec l'Union Européenne, nous allons la commencer vers la fin mars et que nous pouvons compter sur le soutien franco-allemand mais nous pouvons aussi compter sur les conseils dont nous aurons besoin pour pouvoir résoudre des problèmes concrets. Car face à nous c'est le problème de la restructuration de l'économie, de l'agriculture, de l'industrie lourde, de l'industrie d'armement. Nous avons le problème de la circulation de la main d'oeuvre, problème de la circulation des personnes, des frontières..., des dizaines de questions qui sont détaillées mais qui demandent une discussion vraiment très approfondie. Mais pour pouvoir trouver la solution pour ces problèmes, nous avons besoin de partenaires bienveillants. Et bien en France et en Allemagne nous avons de tels partenaires et je pense que pour nous c'est ce genre d'aide dans notre propre effort qui est vraiment important et il faut que nous soyons reconnaissant pour ces soutiens.
QUESTION - Je voudrais adresser la question à M. Chirac : quelles sont vos attentes vis-à-vis de la politique polonaise orientale, est-ce dans l'intérêt de la France et de l'Allemagne, est-ce bon une activité de la Pologne à l'Est ? Avez-vous besoin d'un tel pont entre l'Ouest et l'Est ?
Et une brève question à M. le Président Kwasniewski : est-ce que la Pologne peut vraiment être l'avocate de la Lituanie et de l'Ukraïne en ce qui concerne leurs aspirations vers l'intégration européenne ? Avez-vous parlé de ces problèmes, et pouvez-vous nous dire si ces promesses que vous avez faites à ces pays, seront tenues ?

LE PRESIDENT - Tout à l'heure le Chancelier Helmut Kohl disait : "La Pologne n'est plus à l'Est, elle est au coeur, au centre de l'Europe de demain", ce qui est tout à fait exact. Cela veut dire que la vocation de la Pologne dans l'Europe de demain c'est effectivement d'être un lien actif avec les pays de l'Est, qu'il s'agisse des pays Baltes ou des autres pays de ce que nous appelons l'Est européen. C'est la vocation et c'est la volonté de la Pologne, nous y sommes naturellement extrêmement favorables.

M. Helmut KOHL - Oui, comme dans beaucoup de cas, vous pourrez le constater, Jacques Chirac et moi sommes entièrement d'accord.

M. Aleksander KWASNIEWSKI - Je voudrais juste dire que bien sûr nous nous sommes entretenus au sujet des pays Baltes et de l'Ukraïne et il n'y a pas de doute dans notre esprit qu'il faut vraiment aider ces Etats dans leur intégration européenne, dans leur recherche de leur place dans l'Europe. Bien sûr il y a beaucoup de facteurs qui doivent être examinés : l'état de leur économie, la situation au sein de l'Union elle-même et de l'OTAN.

Mais en ce qui concerne l'orientation agricole même, il n'y a pas de doute, reste à discuter les questions des mécanismes que ces Etats doivent choisir pour trouver leur place au sein de l'Europe.

QUESTION - J'ai une question pour M. Jacques Chirac et pour M. Helmut Kohl, pourrez-vous donner la garantie que la Pologne sera informée de tous les détails, des entretiens entre la France, l'Allemagne et la Russie. Et à quand la prochaine rencontre entre vous trois ?

M. Helmut KOHL - Naturellement, nous informerons nos amis polonais mais le contexte de votre question traduit une méfiance permanente, on peut le comprendre de part l'Histoire, mais il n'y a plus aucune raison d'avoir cette méfiance. Naturellement, nous allons nous réunir avec nos collègue russes et tout ce qui est important nous le dirons à nos collègues polonais. L'histoire polonaise, l'histoire allemande, l'histoire française, on peut la reprendre mais on risque d'être déçus si on attend le désastre de ce côté-là.

LE PRESIDENT - Je suis tout à fait d'accord, comme d'habitude, avec le Chancelier Kohl.

M. Aleksander KWASNIEWSKI - Mais encore une chose, c'est une information très importante pour le journaliste polonais. Nous avons parlé de la coopération suivante, bien sûr cette coopération sera poursuivie, il y aura une autre rencontre au Sommet, il y a une proposition que cette rencontre ait lieu. M. le Chancelier a proposé que la France reçoive cette rencontre.

QUESTION - En Allemagne il y a un Gouvernement de coalition, en France et en Pologne il y a cohabitation entre un Président et un Gouvernement de tendances différentes. Je voudrais savoir si tous les trois ils vous arrivent d'échanger vos expériences sur ces formes de cohabitation respectives, et qu'est-ce que vous en dites ?

M. Helmut KOHL - Oh, il n'y a pas besoin de faire d'échanges de nos expériences, nous entendons vos commentaires, nous lisons vos journaux, et donc nous sommes informés.

LE PRESIDENT - Et cette lecture est toujours très instructive.

M. KWASNIEWSKI - Et j'apprends beaucoups de mes collègues.
QUESTION - Je voudrais me permettre une constatation à propos de ce que vient de dire M. le Chancelier Kohl. Qu'en fait ce triangle de Weimar est né en 1948.

M. Helmut KOHL - Je serais heureux que vous disiez cela à la télévision polonaise.

QUESTION - Comment voyez-vous les méfiances de certains groupes politiques à l'Ouest pour qui la Pologne en tant que membre de l'Union Européenne deviendrait un partisan trop fort des intérêts des Etats Unis en Europe ?

M. Helmut KOHL - Vous savez il y a toujours des cercles très informés. Dans certains cercles il y aura toujours des gens, certaines personnes qui auront des difficultés. Je viens d'Allemagne, c'est un pays où on paye très cher les gens qui ont des inquiétudes et donc j'ai l'habitude des gens qui ont des doutes. Mais l'avenir de l'Europe c'est une très étroite coopération, c'est une vision européenne, c'est une maison commune européenne. Il y a beaucoup de gens intelligents aux Etats Unis, à Washington ou ailleurs, qui ont bien compris depuis longtemps qu'un pays, qu'une puissance mondiale comme les Etats-Unis auraient tout intérêt à ne pas seulement regarder vers le Pacifique mais aussi vers l'Atlantique et à comprendre que les Européens sont des concurrents dans bien des domaines qu'il faut coopérer avec eux de manière raisonnable.

Vous savez, moi dans ce domaine-là, je ne comprends pas les doutes. Pratiquement, tous les jours je réfléchi pour me dire d'où nous venons. Et aujourd'hui, lorsque je suis descendu de mon avion c'est ce que je me suis dis.

Il y a dix ans seulement on avait encore les débats sur le stationnement des missiles de l'OTAN en Allemagne. Puis aujourd'hui je suis assis, ici, à Poznan avec vous et c'est pour moi beaucoup plus important que toutes les rumeurs et toutes les craintes idiotes que l'on peut inventer.
QUESTION - M. le Président, au moment où l'on célèbre le triangle qui est juste derrière vous, il semble que l'axe entre la France et l'Allemagne ne soit pas tout à fait harmonieux, je pense à l'Irak, bien entendu, je sais que tout à l'heure vous allez repartir avec le Chancelier Kohl pour l'Allemagne. Est-ce que vous allez essayer le convaincre d'être un peu plus de votre côté, ma question est aussi pour le Chancelier, est-ce qu'il est prêt à se laisser convaincre ?

LE PRESIDENT - Je ne sais pas exactement pas à quoi vous faites allusion, je ne me sens pas aujourd'hui dans l'obligation de convaincre le Chancelier, ni d'être convaincu par le Chancelier pour ce qui concerne une vision commune de l'Europe de demain, donc de sa puissance économique, politique, de sa politique étrangère, de sécurité, etc...

QUESTION - Je parlais de l'Irak Monsieur le Président...

LE PRESIDENT - Sur l'Irak, vous comprendrez-bien que nous ne fassions pas aujourd'hui, alors que des négociations importantes sont en cours, tout à l'heure le Président Polonais l'a dit, vous comprendez que nous nous abstenions de faire des commentaires sur ce point.

Je voudrais revenir un instant à la question précédente qui m'était également adressée sur une espèce de vocation que l'on prêterait à la Pologne d'être plus américaine qu'européenne. Je crois que c'est mal comprendre l'évolution du monde, nous sommes un monde qui évolue vers la constitution d'un certain nombre de grands pôles qui sont des pôles de puissance, économique, politique, culturelle, monétaire et c'est cela qui se dessine actuellement et qui caractérisera les cinquante ans à venir. Et à ce titre, la Pologne est dans le pôle européen naturellement et étant dans le pôle européen, elle sera européenne, ce qui ne veut pas dire que le pôle européen ne doit pas avoir ou n'aura pas, bien sûr, des relations extrêmement amicales et d'allié avec le pôle américain. N'oubliez pas que l'Europe des quinze aujourd'hui est déjà la première puissance économique du monde, qu'elle est une puissance culturelle considérable, que demain avec l'Euro elle sera une puissance monétaire de premier plan. L'EURO aura au moins la valeur et l'importance du dollar et par conséquent le pôle européen qui se constitue et qui est heureux -et c'est dans la nature des choses- d'accueillir la Pologne et petit à petit par l'élargissement le reste des pays européens sera européen, point final, et entretiendra naturellement les meilleurs relations avec un des autres pôles que constituerons les Etats-Unis.

M. Helmut KOHL - Je voudrais revenir sur la question de la dernière dame qui est intervenue. La réponse de M. Jacques Chirac, c'est la réponse évidemment, on peut souligner matin, midi et soir que les relations franco-allemandes sont excellentes, mais vous allez vous ennuyer et vous allez nous dire que quelque chose d'aussi ennuyeux cela ne peut pas fonctionner. Donc, en fait nous sommes arrivés en phase de normalité et nous n'avons pas tous les jours quelque chose de fantastique à produire. Cela c'est un petit peu le problème des consultations franco-allemandes. Des gens nous demandent mais vous faites quoi ? vous avez pratiquement un conseil des ministres normal entre les ministres Français et les ministres Allemands, mais c'est bien cela qui est sensationnel. Nous sommes en mesure d'avoir un conseil des ministres tout à fait banal avec des ministres Français et des ministres Allemands, c'est cela qui est sensationnel.

Et si maintenant nous parvenons, pour parler de la Pologne, à faire encore d'avantage, à intégrer encore d'avantage de personnes, et bien c'est quelque chose de fantastique. Alors, évidemment, je vous le concède, les conférences de presse seront ennuyeuses. Mais ce qui est important pour l'Histoire, ce n'est pas que les conférences de presse soient ennuyeuses ou non, les accidents de l'Histoire ont toujours fait de bonnes conférences de presse mais n'ont pas été toujours intéressants pour les peuples.
QUESTION - D'abord une question pour M. le Président Jacques Chirac, voudriez-vous bien nous dire, nous expliquer pourquoi les initiatives politiques russes trouvent un terrain plus propice en France et non pas dans d'autres pays de l'Europe Occidentale ?

Et la question adressée pour M. le Chancelier Kohl est la suivante : le 2 février les ministres Kinkel et Védrine ont publié un communiqué après leur rencontre à Petersberg où ils ont souligné, je cite : "Que la France et l'Allemagne vont soutenir les pays candidats à l'Union Européenne par des projets communs". Pourriez-vous nous présenter quelques uns de ces projets communs ?

LE PRESIDENT - Je ne suis pas très bien sûr d'avoir compris le sens de la question, mais s'il s'agit des initiatives politiques russes, effectivement, en Europe et notamment l'Allemagne, la France sont très attentives et les suivent avec intérêt, tout simplement parce que nous estimons -le Chancelier l'a dit tout à l'heure et je partage tout à fait ce point de vue- nous estimons -qu'il doit y avoir un lien de confiance, je dirais d'amitié, pour l'équilibre et la sécurité de notre continent entre l'Europe Occidentale -si vous voulez- et la Russie. Nous y sommes très attachés, notamment parce que la Russie est un grand peuple, c'est une grande nation qui connaît aujourd'hui des difficultés, des problèmes mais qui les résoudra, naturellement, et qui redeviendra une grande puissance, cela va de soi. Et donc nous sommes très attentifs, le Chancelier et moi, à tout ce qui vient de la Russie et attentifs, à faire en sorte que les liens entre nos deux régions soient des liens de confiance et de sécurité.

M. Helmut KOHL - Je trouve que c'est quelque chose de fantastique, je ne peux que me répéter. Le fait que les Français et les Allemands puissent ensemble s'efforcer, et en Europe Centrale et dans le sud de l'Europe, d'apporter leur soutien à la vocation européenne de ces pays.

Je trouve aussi extraordinaire, d'une manière générale, que les Allemands et les Français puissent ensemble s'efforcer dans cette situation de historique de parvenir à ce que la Russie prenne également les décisions nécessaires.

Vous savez, au sein de l'Union Européenne, nous sommes en train de réfléchir beaucoup sur l'infrastructure de transport. Au cours des années 1880 et 1890, au siècle dernier, les emprunts Français ont permis de construire le chemin de faire de la Russie vers l'Allemagne, alors, évidemment cela avait des intérêts militaires. Aujourd'hui on est en train de réfléchir pour, ensemble, avec les Russes, pour prévoir un train à grande vitesse -ce n'est pas une vision c'est la réalité- qui irait de Londres par Paris, Bonn, Berlin, Varsovie jusqu'à Moscou et Saint-Petersbourg. Evidemment, il s'agit d'un train à grande vitesse qui serait écologiquement acceptable. Alors, pourquoi ne pas être plus intelligents aujourd'hui qu'il y a cent ans ? On voit des raisons importantes d'être plus intelligents et de tirer les leçons de l'Histoire. C'est pourquoi, nous allons appuyer ce genre d'initiative.

En ce qui concerne ce qu'ont dit les ministres des affaires étrangères lorsqu'ils se sont rencontrés, cela je ne sais pas, les ministres des affaires étrangères sont une espèce un peu à part. Mais je sais que ces projets concernent le domaine de l'éducation notamment et beaucoup d'autres domaines.

QUESTION - M. le Chancelier, le chômage est de 3 % à Poznan et de 19 % à Francfort sur Loder, alors est-ce qu'on peut apprendre quelque chose de la Pologne en la matière ?

M. Helmut KOHL - Oui, je pense que si vous posez cette question ce n'est pas vraiment pour obtenir des informations, malgré votre interrogation. Je n'ai pas l'intention de parler de politique intérieure allemande aujourd'hui mais en tout cas si vous voulez poser des questions sur la politique intérieure de l'Allemagne vous pouvez les poser en Allemagne, je connais beaucoup de différence entre Poznan et Francfort sur Loder.

QUESTION - J'ai une question pour M. le Président Chirac et pour M. le Chancelier. L'Union Européenne maintenant, vous deux, la France et l'Allemagne, vous êtes partisans, avocats des intérêts polonais sur sa voie vers l'Union. Comment cela va-t-il se passer lorsque la Pologne deviendra membre de l'Union et lorsqu'il y aura des contradictions dans le partage des subventions de l'industrie métallurgique, du charbon et comment se présentera alors ce soutien pour la Pologne lorsque la Pologne sera membre ?

M. Helmut KOHL - Et bien, cela sera exactement comme dans notre vie privée, nous sommes membres d'une même famille et puis nous n'avons pas toujours les mêmes intérêts pour tout. C'est ce qui se passe entre les couples, c'est ce qui se passe entre les amis, les parents et enfants. Pourquoi voulez-vous que cela soit différent en politique, pourquoi attendre autre chose de la politique que du reste de la nature humaine ? Evidemment, il y aura aussi à l'avenir des différences entre nous. La population agricole en Pologne n'est pas la même que celle de l'Union Européenne donc, il faut s'attendre par avance à des dissensions, mais si on ne veut pas ses dissensions à ce moment-là on ne fait rien ou alors on se dit : on essaye quand même. Et moi je suis pour qu'on essaye et je suis pour qu'on mette un petit peu de côté tout ce qui prête à douter.

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