Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'ouverture de la nouvelle ligne de métro "Météor", Paris le 15 octobre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Allocution de M. Jacques Chirac, Président de la République, sur l'ouverture de la nouvelle ligne de métro "Météor", Paris le 15 octobre 1998.

Personnalité, fonction : CHIRAC Jacques.

FRANCE. Président de la République

Circonstances : Inauguration de la nouvelle ligne de métro n° 14 Météor à Paris le 15 octobre 1998

ti : Monsieur le Ministre,
Monsieur le Président de la Région Ile-de-France,
Monsieur le Maire de Paris,
Monsieur le Président de la RATP,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi tout d'abord d'exprimer ma reconnaissance et mon estime aux entreprises, aux architectes qui ont pris part à ce grand projet, mais surtout à leurs ingénieurs, leurs techniciens, leurs ouvriers qui ont illustré le savoir-faire de la France.

Je voudrais aussi saluer les représentants présents des agents d'exploitation de la RATP, des Bus, du RER, du Métro et des services de sécurité qui assument leur difficile mission avec courage et avec compétence.

C'est en effet une réussite exceptionnelle qui nous rassemble aujourd'hui. Comme avec le TGV, comme avec Airbus, comme avec tant de brillantes réalisations françaises, nous sommes en train de franchir une nouvelle étape technologique. Certes, nos performances en matière de transports urbains sont moins connues du grand public que nos succès ferroviaires ou aériens. Elles n'en sont pas moins réelles et éclatantes, comme le montrent le VAL de Lille ou de Toulouse, les nouvelles générations de tramway, et maintenant "Météor".

Cette nouvelle ligne 14 et les équipements que nous venons de découvrir sont l'aboutissement d'un beau projet, fruit d'une volonté politique et d'un savoir-faire.

La volonté fut celle des pouvoirs publics. L'Etat, d'abord, qui a porté et co-financé le projet, et je tiens à saluer le ministre des Transports et du Logement, Monsieur Gayssot, pour le rôle qui a été le sien dans la poursuite et l'achèvement de cette belle entreprise. Mais aussi la Région et la Ville de Paris. Bravant les obstacles de tous ordres, les collectivités publiques ont voulu réaliser cet équipement essentiel pour l'agglomération parisienne. Essentiel pour conserver à la technologie française la place éminente qu'elle a su conquérir dans le domaine des transports collectifs. Essentiel pour les conditions de vie des Franciliens.

Il y a une dizaine d'années, en ma qualité de Maire de Paris, j'eus à me prononcer sur la participation de la Ville. La charge financière était lourde et posait aussi une question de principe puisque seuls l'Etat et la Région étaient censés intervenir. Mais les enjeux, enjeux technologiques, mais aussi économiques, sociaux, sociétaux m'avaient convaincu d'aller de l'avant.

C'est ainsi que ce projet a été lancé, avec pour objectif la préparation de l'avenir.

L'avenir, d'abord, en terme de transports collectifs. Il fallait répondre à une triple nécessité : soulager les lignes surchargées du RER et du métro, doubler les grandes dessertes centrales, irriguer les nouveaux pôles d'activités de l'Est parisien. Mais de cette nécessité est née une ambition, celle de penser et de construire le "métro du futur". La RATP, en ouvrant une nouvelle ligne, la première depuis 1935, a eu l'occasion de montrer toute l'étendue de sa compétence et de son savoir-faire.

Cette ligne 14 est une prouesse technologique. Les progrès en matière d'automatisme, de transmission et de traitement de l'information ont permis de multiples innovations dont a bénéficié "Météor".

Avec des pointes de 80 km/h, il est désormais l'un des métros les plus puissants et les plus rapides du monde. Il assure la liaison nord-ouest - sud-est de la capitale et ceci en un temps record. Nous avons mis moins d'un quart d'heure de la station "Madeleine" à cette magnifique station "Bibliothèque-François-Mitterrand", qui dessert la Bibliothèque nationale de France. Et encore avons-nous pris tout notre temps pour mesurer la modernité et la beauté de cette réalisation. Ses usagers feront le parcours eux en moins de 11 minutes.

Dans cinq ans, grâce au prolongement vers Saint-Lazare et, plus tard, vers Gennevilliers et le Sud-Est, Météor aura vraiment rempli tous ses objectifs.

L'ensemble formera alors un maillage serré de gares, d'interconnexions, de correspondances, facilitant les liaisons de banlieue à banlieue et enrichissant la vie économique autour de Paris.

Mais, au-delà de cette prouesse technologique d'un transport collectif qui est à la fois rapide, silencieux et non polluant, et qui compte désormais parmi les vitrines de la capitale, "Metéor" répond à plusieurs préoccupations essentielles de nos concitoyens, dont certaines sont des problèmes politiques majeurs, et c'est aussi à ce titre qu'il a valeur d'exemple.

La création de cette nouvelle ligne a été une occasion privilégiée de placer l'homme, ses souhaits, ses attentes, au coeur d'un grand projet technique.

Répondre aux aspirations de l'homme moderne, c'est lui donner plus de temps, au profit de sa vie familiale et personnelle. Moins de temps dans les transports, grâce à leur rapidité, grâce à leur fréquence, c'est plus de temps pour soi et pour les siens. Cette nouvelle ligne, parce qu'elle est entièrement automatique, et parce qu'elle permet une adaptation immédiate du service à la demande, permet d'assurer cette rapidité et cette fréquence, y compris dans des situations exceptionnelles.

Répondre aux aspirations de l'homme moderne, c'est aussi lui offrir des conditions de transport agréables. "Météor" est une nouvelle manière de penser le métro. Il a joué résolument la carte de l'accueil, des services aux voyageurs et du confort. L'exigence du service du public est toujours présente. La station où nous nous trouvons, véritable cathédrale de lumière, témoigne bien de cette préoccupation.

Bien sûr, un service public se doit d'être accessible à tous, et notamment à ceux des nôtres qui ont du mal à se déplacer et qui furent trop longtemps dans notre pays les oubliés de notre politique des transports et des équipements publics en général. Malgré la loi qui existe depuis plus de vingt ans, il restait et il reste encore beaucoup à faire pour permettre l'accès des personnes handicapées aux transports en commun, et notamment au métro. "Météor" montre la voie et cela mérite d'être salué.

Enfin, les femmes et les hommes d'aujourd'hui aspirent à un meilleur cadre de vie. Les citadins ne sont plus résignés aux nuisances associées à l'automobile. Le bruit, la pollution atmosphérique sont de plus en plus perçus comme des menaces. Le temps passé, et perdu, dans les encombrements est de plus en plus mal ressenti. D'où l'importance qui s'attache à une politique moderne et ambitieuse de transports en commun. Chacun se souvient probablement de l'objectif affiché il y a un certain temps par la RATP qui voulait faire du métro la " deuxième voiture ". Il faut aller plus loin et c'est plus logique. Il nous faut nous donner les moyens de faire du métro la première voiture !

Nous n'y parviendrons que si nous apportons une réponse au problème lancinant de la sécurité.

Ce problème atteint désormais une acuité qui impose aux responsables et aux pouvoirs publics un devoir de vigilance permanente et un devoir d'efficacité.

Tout a été fait pour que cette 14e ligne de métro soit une ligne sûre. Certes, "Météor" n'a pas de conducteur. Mais l'important pour l'usager, pour se sentir en sécurité, c'est de savoir que grâce à un système de surveillance très perfectionné, dans les stations et à l'intérieur même des trains, des hommes veillent, prêts à intervenir à tous instants.

La sécurité, c'est en effet la prévention, qui passe par la présence humaine. C'est le cas pour "Météor", qu'il s'agisse de la sûreté des voyageurs, de l'accueil en station, du contrôle d'exploitation ou de la maintenance d'un matériel de haute technologie. Je sais que ce souci de prévention habite tous les responsables, tous les agents de la RATP et des transports en commun en général, sur l'ensemble des réseaux.

Mais la prévention, qui doit naturellement être renforcée, ne suffit pas. La sanction est son corollaire, une sanction claire, rapide, certaine et dès la première faute pour tous ceux qui commettent des agressions de toutes sortes allant de la violence à l'incivilité.

A l'heure où les auteurs de violences sont de plus en plus jeunes, il est urgent de responsabiliser véritablement l'ensemble de notre corps social, notamment les jeunes et leurs parents, et de s'en donner les moyens. Oui, les employés des transports en commun -conducteurs, contrôleurs, agents- doivent pouvoir travailler en paix et en sûreté. Oui, les passagers doivent pouvoir emprunter les transports en commun sans craindre pour leur personne ou pour leurs biens.
Mais il est une autre exigence que je veux rappeler : c'est celle de la continuité du service public. La grève est un droit et on peut comprendre les réactions fortes que suscitent les humiliations et les violences. Mais l'accès au service public est aussi un droit. Et je souhaite que soient explorés, dans la concertation -comme le fait déjà la RATP- les moyens de concilier ces deux droits l'un et l'autre essentiels.

Enfin, "Météor", ce sont des emplois. Ceux de son exploitation bien sûr. Mais aussi ceux qui naîtront de l'exportation de cette superbe réalisation industrielle et commerciale. Et je voudrais saluer, ici, la présence d'un certain nombre d'ambassadeurs de pays concernés ou intéressés par la technologie française et aussi les représentants de certaines grandes entreprises de transports collectifs à l'étranger. J'ai rencontré, tout à l'heure, le responsable du métro de New York, celui du métro de Moscou, d'autres sont là. Ce sont pour nous de futurs clients et je tiens à les saluer et à les remercier.

Je suis convaincu qu'une fois encore la technologie, le savoir-faire français s'imposeront parce qu'une fois encore nos chercheurs, nos ingénieurs montrent qu'ils sont parmi les meilleurs dans le monde.

La France est traditionnellement un grand exportateur dans le domaine des transports, en particulier des transports ferroviaires et des métros. Elle a fourni le métro de Santiago du Chili et vient encore de remporter plusieurs brillants succès dans des villes aussi diverses que Singapour, Varsovie, Shanghaï et New York. Je sais que nous avons d'autres chantiers et d'autres projets, tous créateurs d'emplois. Avec "Météor", la France conforte sa place de leader et prouve sa capacité à incarner le progrès technique mais aussi une conception humaniste de la technique.


Voilà, Mesdames et Messieurs, les réflexions que m'inspire cette réalisation exemplaire.

Et je tiens donc, terminant par où j'ai commencé, à saluer et à remercier à nouveau celles et ceux qui, à un titre ou un autre, ont donné vie à ce projet. Et tout particulièrement les entreprises, les architectes, les cadres, les techniciens et les ouvriers qui en ont été les maîtres d'oeuvre. Je les félicite et je souhaite bonne chance, Monsieur le Président, à "Météor", qui nous fait d'ores et déjà entrer dans le XXIe siècle et qui portera -j'en suis sûr- haut et loin les couleurs de l'industrie française.

Je vous remercie.

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