Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures de développement du spectacle vivant, Paris le 12 janvier 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les mesures de développement du spectacle vivant, Paris le 12 janvier 1999.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

ti : Je voudrais vous présenter aujourd¿hui l¿ensemble des mesures de développement du spectacle vivant.
Permettez-moi de rappeler tout d¿abord que les arts du spectacle vivant représentent un secteur d¿une grande vitalité culturelle et économique : 1500 lieux, 3000 équipes artistiques, un volume d¿emploi de 90 000 personnes, 6 millions de praticiens en amateurs, 460 000 élèves dans l¿enseignement artistique spécialisé : ces chiffres traduisent le dynamisme et l¿importance du spectacle dans la vie culturelle de notre pays.
La vitalité de ce secteur s¿est toutefois trouvé confrontée depuis plusieurs années à une érosion régulière des financements publics et, me semble-t-il, à une absence de vision globale. Il était donc absolument nécessaire d¿engager une inversion radicale de cette tendance et d¿inscrire l¿action du ministère dans la durée.
La première démarche a consisté à réorganiser l¿administration centrale. La création de la direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles mise en oeuvre en septembre 1998 doit permettre d¿apporter rapidement une meilleure réponse à l¿ensemble des questions artistiques, économiques et juridiques qui se posent à l¿ensemble du secteur, tout en préservant la capacité du ministère à tenir compte des spécificités de chaque discipline.
Par ailleurs, la Charte des missions de service public du spectacle vivant rappelle avec force l¿engagement déterminé de l¿Etat en faveur de la création artistique dans le domaine du spectacle vivant et identifie clairement les responsabilités respectives de l¿Etat et des institutions subventionnées.
La charte est un document politique fondamental qui a été établi au terme d¿une large consultation des collectivités territoriales, des associations d¿élus, des administrations et des secteurs professionnels concernés.
Je l¿ai adressée aux préfets en leur demandant d¿engager sur cette base la politique contractuelle entre le ministère et les organismes subventionnés par l¿Etat.
Le budget consacré au spectacle vivant en 1999 traduit concrètement cette nouvelle ambition. Le budget du spectacle vivant augmentera de 5,5 % par rapport à 1998. Il s¿agit là d¿une forte progression qui constitue, après plusieurs années de stagnation, un choix politique majeur.
Pourquoi la priorité donnée au spectacle vivant ?
La musique, la danse et le théâtre n¿ont bien entendu pas le monopole de l¿art.
Ce qu¿ils expriment possède cependant un caractère très particulier qui est de s¿incarner dans un rapport direct et vivant entre des publics et des artistes au coeur de la cité.
Cette caractéristique revêt aujourd¿hui une importance singulière.
Le spectacle vivant est directement en prise avec les évolutions économiques, sociales et idéologiques en France, et dans le monde : la mondialisation des échanges et la prééminence de l¿audiovisuel transforment l¿environnement de la production artistique et les modalités d¿accès à la culture. L¿influence de l¿idéologie libérale se traduit par une contestation croissante, du principe même du financement public de certaines activités. Enfin, la remise en cause, minoritaire mais brutale, des valeurs d¿universalité et de pluralisme, comme on l¿a vu depuis les récentes élections régionales, place l¿art et la culture au c¿ur du débat et des choix politiques.
L¿engagement de l¿Etat en faveur de l¿art et de la culture relève d¿abord d¿une conception et d¿une exigence de la démocratie qui consiste à favoriser l¿accès de tous aux ¿uvres de l¿art comme aux pratiques culturelles et à nourrir le débat collectif et la vie sociale d¿une présence forte de la création artistique.
C¿est autour de ces principes que je souhaite refonder la politique du spectacle vivant pour les années à venir.
Le premier objectif de cette refondation consiste à retrouver une vitalité de la création artistique.
C¿est la création qui permet le dynamisme et le pluralisme de la vie artistique de notre pays. Les écritures d¿aujourd¿hui expriment le regard des artistes sur notre société. Nous avons plus que jamais besoin que le monde soit pensé et représenté par des esprits libres et inventifs. Les oeuvres nouvelles doivent être au coeur de notre politique culturelle.
Ce n¿est pas suffisamment le cas aujourd¿hui : il n¿est pas normal que de grandes institutions comme des orchestres symphoniques, des opéras, des centres dramatiques nationaux ou des scènes nationales réservent une place parfois très faible ou même inexistante aux auteurs, aux créateurs d¿aujourd¿hui.
J¿engage à partir de 1999 une vigoureuse relance de la politique d¿aide aux écritures contemporaines. Les moyens budgétaires seront significativement renforcés. L¿ensemble des procédures de commande et d¿aide à la création sont redéfinies de manière à améliorer leur efficacité. Le but poursuivi consiste à prendre en compte le cheminement complet d¿une ¿uvre, de l¿écriture à la création, de la création à la diffusion.
Dans cette perspective, les résidences d¿auteurs et la création contemporaine seront placées au centre des missions des équipes qui animent les établissements subventionnés, dans les trois disciplines de la musique, de la danse et du théâtre.
Dans la même perspective, je veux également relancer l¿aide aux compagnies dramatiques sur l¿ensemble du territoire.
C¿est en effet au sein des compagnies que se révèlent en priorité les jeunes créateurs, les formes et les esthétiques nouvelles, et j¿inclus bien sûr dans cet ensemble celles qui travaillent dans la rue ainsi que les marionnettistes. L¿ensemble des compagnies bénéficieront de près de 20 MF de mesures nouvelles en 1999. Le conventionnement pluriannuel des compagnies s¿en trouvera en particulier conforté, revalorisé et élargi dès 1999 à plus de trente compagnies.
Dans le domaine de la danse, il faut accompagner l¿émergence de nouveaux chorégraphes de talent. Aussi le ministère veut-il assurer la mobilité des artistes et le partage des outils de travail et de production.
En 1998, les nominations auxquelles j¿ai procédé allaient dans le sens de ce renouveau artistique : Thierry Malandain à Biarritz, Maguy Marin à Rilleux-la-Pape, José Montalvo à Créteil, Hervé Robbe au Havre et Marie-Claude Pietragalla à Marseille.
En 1999, l¿aide aux compagnies chorégraphiques sera donc accrue et la politique d¿ouverture des centres chorégraphiques à ces mêmes compagnies sera poursuivie.
La création de l¿établissement public du centre national de la danse à Pantin vient conforter la politique du ministère dans ce domaine. Le centre abritera les activités consacrées à la formation continue des danseurs et des professeurs, au soutien à la création et à la diffusion des compagnies chorégraphiques, au patrimoine et à la recherche en matière de danse.
Je souhaite que la cinémathèque de la danse déploie certaines de ces activités à Pantin, tout en restant fortement articulée avec la cinémathèque française.
Enfin, pour accompagner le formidable essor de l¿art chorégraphique et l¿engouement croissant du public pour la danse, et notamment la danse contemporaine, j¿ai décidé de lancer une réflexion sur la création à Paris d¿une nouvelle scène consacrée à la danse. Ce projet devra contribuer au développement de l¿ensemble du secteur chorégraphique en France dans un esprit de démocratisation au bénéfice des publics les plus larges, et notamment des jeunes, et être conçu en liaison étroite avec les structures professionnelles existantes, en particulier le centre national de la danse de Pantin.
J¿ai demandé à Anne Chiffert, présidente de cet établissement, en liaison étroite avec la direction de Dominique Wallon, de constituer un groupe de travail qui me fera des propositions précises sur la définition des missions, du statut et des moyens de cette nouvelle scène, ainsi que sur sa localisation.
Mais, la priorité donnée à la création doit tout autant concerner des formes essentielles, par leur vitalité, comme les musiques actuelles, les arts de la rue et les arts de la piste.
J¿ai eu l¿occasion de présenter récemment les mesures en faveur des musiques actuelles. Le développement des scènes de musiques actuelles, la prise en compte des besoins de formation et de professionnalisation, ainsi que des actions spécifiques en faveur de la chanson et du jazz, constituent l¿essentiel de ces mesures qui bénéficieront de 35 MF de crédits supplémentaires en 1999.
Pour les arts de la rue, le plan de développement engagé en 1998 sera amplifié en 1999. Il s¿agit tout d¿abord de conforter le soutien au fonctionnement des principales compagnies de ce secteur, qui bénéficieront d¿un conventionnement. Les lieux de fabrication, véritables creusets où se conçoivent les spectacles urbains, sont aujourd¿hui des outils nécessaires à la vie des compagnies. Nous doterons la dizaine de lieux existants de moyens de fonctionnement permanents.
La diffusion est évidemment une dimension essentielle de la vie des arts de la rue. Le développement du nombre de festivals de rue a créé une émulation et permet aujourd¿hui la rencontre des publics et la mise en place de passerelles entre les diffuseurs, les créateurs et les organisateurs. Les festivals les plus créatifs seront plus fortement soutenus par l¿Etat.
En 1999, nous réfléchirons en liaison étroite avec les professionnels à la question de l¿aide à l¿écriture pour la rue, ainsi qu¿à la formation et à la transmission des savoirs.
Dans le domaine des arts de la piste, un effort tout particulier sera mis en ¿uvre pour améliorer l¿enseignement du cirque. Une charte de qualité préparée avec le ministère de la jeunesse et des sports et la fédération française des écoles du cirque sera conclue en 1999 et constituera un cadre de référence pour la constitution d¿un réseau d¿écoles offrant les garanties nécessaires en matière de sécurité et de compétence artistique et pédagogique.
Les compagnies de cirque bénéficieront d¿aide aux projets de production et le ministère soutiendra la création de lieux spécifiques de diffusion axés essentiellement sur les arts du cirque, comme à Auch ou à Elbeuf.
Quant aux grandes institutions de création et de production artistique comme les théâtres lyriques, les orchestres symphoniques, les centres dramatiques nationaux, je leur donne pour objectif de placer à nouveau la création au centre de leur projet, conformément à la charte des missions de service public du spectacle vivant.
Le soutien apporté aux théâtres lyriques dans les régions doit faire l¿objet d¿un réexamen. Un certain nombre de maisons d¿opéra ne font pas preuve d¿une vitalité artistique suffisante, qu¿il s¿agisse de l¿ouverture du répertoire, de la création ou de la diffusion. Par ailleurs, le poids financier des maisons d¿opéra doit pouvoir être mieux réparti sur l¿ensemble des collectivités publiques.
Ce constat m¿amène à vouloir gérer chaque situation, dans son contexte propre, dans une perspective d¿aménagement du territoire. C¿est ce que nous avons voulu faire à Strasbourg et à Lyon en érigeant des opéras nationaux de région. Des projets sont à l¿étude en ce sens pour Toulouse, Bordeaux et Montpellier. Par ailleurs, les scènes lyriques de Metz et Nancy feront l¿objet d¿une réorganisation concertée.
Parallèlement, le ministère doit accroître son soutien aux associations lyriques chargées de diffuser des créations légères, en particulier lorsque ces associations font précéder leurs spectacles d¿un travail de terrain auprès du public.
La situation des orchestres symphoniques est meilleure que celle des théâtres lyriques du point de vue de l¿activité artistique, de l¿aménagement du territoire et de la répartition des financements. Il convient en revanche de développer la réflexion et la concertation sur le statut des orchestres et des musiciens.
Le conventionnement systématique des orchestres en région sur leurs missions prioritaires de création, de diffusion et d¿action culturelle sera poursuivi et s¿accompagnera de mesures nouvelles en 1999.
Quant aux centres dramatiques nationaux, ils doivent mieux prendre en compte les écritures contemporaines, s¿ouvrir aux metteurs en scène et aux compagnies qui ne disposent pas de lieux et de moyens de production, et accueillir en permanence des comédiens. Les nominations des directeurs de centres dramatiques nationaux intervenues récemment comme celle de Stuart Seide à Lille, Claire Lasne à Poitiers, Olivier Py à Orléans ou Vincent Colin à la Réunion correspondent pleinement à cette démarche.
J¿insiste enfin sur le fait que nos institutions doivent s¿ouvrir résolument aux échanges internationaux et que nos équipes artistiques doivent rayonner dans le monde entier. Pour cela, les actions du ministère de la culture et celles du ministère des affaires étrangères doivent être plus étroitement coordonnées et concertées.
Les quelques objectifs que j¿ai ainsi retracés donneront une nouvelle vitalité à la vie artistique. Mais la relance de la politique du spectacle vivant n¿aura de sens que si elle s¿inscrit dans une dynamique de démocratisation des pratiques culturelles.
Le premier enjeu à cet égard est celui de la diffusion. Le théâtre est généralement représenté dans des lieux qui lui sont affectés en propre, de même qu¿aujourd¿hui les musiques actuelles. En revanche, la danse, la musique contemporaine, la musique classique et l¿activité lyrique ne disposent que beaucoup plus rarement de lieux propres.
Il faut, pour commencer, ouvrir plus largement les scènes nationales à tous les domaines du spectacle vivant, en particulier à la musique et à la danse.
Dans le même esprit, le concept de théâtre missionné sera redéfini et élargi à la musique et à la danse dès 1999. Il s¿agit de conventionner environ 150 scènes en deux ans, à partir du projet artistique du responsable de l¿établissement. Les conventions, d¿une durée de trois ans, pourront être renouvelées après évaluation. Ces scènes conventionnées auront pour objectif de favoriser la diffusion mais également d¿être, au plus près de la population, des lieux de fabrication, de résidence et d¿initiative artistique.
Par ailleurs, je serai particulièrement attentive au développement des quelques lieux exemplaires pour le spectacle vivant, où apparaissent plus qu¿ailleurs l¿innovation et l¿invention de nouveaux rapports à la cité. C¿est le cas de la Friche de la Belle de Mai à Marseille ou de Culture Commune dans le Pas de Calais. Le nouveau projet mis en oeuvre par Christian Tamet à Châteauvallon participe pleinement de cette démarche.
Enfin, je demande aux responsables des structures de diffusion de mener une politique très volontaire de réduction tarifaire. Il convient d¿abaisser le tarif moyen du spectacle vivant et de mettre en ¿uvre des politiques incitatives pour des populations spécifiques, en particulier les jeunes, les demandeurs d¿emploi et les familles. Les théâtres nationaux devront, dans ce domaine, jouer un rôle exemplaire.
J¿annoncerai dans quelques semaines, à l¿occasion d¿une communication en Conseil des ministres consacrée à la politique de démocratisation culturelle, une série de mesures concrètes en matière tarifaire.
La diffusion est une condition nécessaire mais certainement pas suffisante de la démocratisation culturelle : l¿élargissement et le renouvellement des publics de la culture et des pratiques culturelles nécessite un nouveau développement de l¿éducation artistique, de l¿enseignement spécialisé et de la pratique des amateurs.
En matière d¿éducation artistique, le premier niveau d¿exigence nécessite que tout enfant puisse bénéficier d¿une éducation artistique à l¿école, lui offrant la possibilité, s¿il le souhaite, de suivre ultérieurement un enseignement spécialisé et de devenir ainsi, soit un professionnel, soit un pratiquant amateur et un spectateur éclairé.
Pour l¿éducation artistique, le premier objectif est de consolider et de structurer le partenariat entre le ministère de la culture et de la communication et le ministère de l¿éducation nationale. La circulaire du 30 juillet 1998 que j¿ai signée avec Claude Allègre organise une relance de cette collaboration.
La perspective principale consiste en un engagement très fort de l¿Etat sur le développement de l¿éducation musicale dans les écoles. Il s¿agit, par une collaboration plus étroite entre le niveau du primaire de l¿enseignement général et le premier cycle des écoles de musique, de rendre plus efficace l¿initiation à la musique et la découverte d¿une pratique musicale. Des expériences sont actuellement conduites en ce sens à Rouen et Clermont-Ferrand. Elles seront consolidées et progressivement élargies à l¿ensemble du territoire. Ces collaborations supposent l¿engagement des collectivités territoriales et seront encouragées par l¿Etat dès 1999.
Le développement de cette politique nécessite l¿implication et donc l¿amélioration de la formation des artistes concernés : ainsi, les grandes écoles professionnelles devront inclure dans leur cursus des modules de formation pour sensibiliser les jeunes artistes à la transmission de leur art auprès des jeunes en âge scolaire.
Le ministère de la culture encouragera, dans les Instituts universitaires de formation des maîtres et les Centres de formation des musiciens intervenants, le concours des artistes à la formation des maîtres, afin que ceux-ci puissent dispenser une initiation et aider les enfants à développer leur sensibilité artistique. Je compte discuter avec Claude Allègre un plan global de formation des personnels de l¿éducation nationale, de la maternelle à l¿université, de manière à intégrer dans les cursus des futurs enseignants la dimension artistique et culturelle, en particulier pour la danse et le théâtre.
Le développement de l¿éducation artistique passe également par un renforcement spécifique de l¿enseignement spécialisé.
Le réseau des écoles de musique, de danse et d¿art dramatique est extrêmement dense. Il concerne 460 000 élèves et 25 000 enseignants, le ministère assurant le contrôle pédagogique de 400 établissements ainsi que de 260 écoles municipales agréées.
Une charte des missions de service public de l¿enseignement spécialisé analogue à celle qui a été établie pour les établissements de création et de diffusion dans le domaine du spectacle, sera mise au point en 1999. Cette charte ne peut être préparée qu¿en concertation étroite avec les collectivités territoriales et doit permettre de mieux définir les responsabilités des différents niveaux de collectivités publiques et les missions propres des établissements de formation.
L¿enseignement spécialisé bénéficiera de mesures nouvelles en 1999. Ces crédits permettront notamment d¿ouvrir l¿enseignement à des formations plus courtes, permettant de mieux répondre à la demande des jeunes, comme, par exemple dans le domaine des musiques actuelles, de la danse ou encore du théâtre.
L¿enjeu majeur de l¿éducation artistique et de l¿enseignement spécialisé demeure l¿épanouissement personnel et le développement de la pratique des amateurs, car une très faible minorité des élèves sont conduits à une carrière professionnelle.
L¿un des principaux enjeux de la démocratisation culturelle est donc de favoriser l¿épanouissement artistique personnel en facilitant la pratique en amateur.
Avec l¿appui du secteur associatif et du ministère de la jeunesse et des sports, le ministère de la culture s¿efforcera de mettre en place, dans chaque département, des lieux ressources de soutien à la pratique amateur. Ces ressources portent sur l¿information, la formation, l¿offre de stage, les rencontres, l¿aménagement de lieux de diffusion et l¿utilisation de parcs de matériels.
Chaque direction régionale des affaires culturelles établira un schéma de développement de la pratique amateur dans les trois secteurs du théâtre, de la musique et de la danse. Les directions régionales s¿appuieront en particulier sur les associations départementales et régionales pour le développement musical et chorégraphique dont les missions pourront être au cas par cas élargies au théâtre.
C¿est par ces actions de fond, me semble-t-il, et non pas en demandant aux artistes d¿assumer directement sur le terrain un rôle de médecine sociale pour lequel ils ne sont pas faits, que nous pourrons véritablement donner une nouvelle signification à la volonté de démocratisation culturelle.
Mais notre politique de relance du spectacle vivant ne sera complète que si l¿ensemble des acteurs concernés connaissent un environnement économique, juridique et social favorable à leur développement.
De ce point de vue, la période récente a été caractérisée par une grande instabilité.
Les interrogations portant sur le maintien du régime des intermittents du spectacle, les difficultés fiscales qu¿ont rencontrées les associations culturelles et certaines professions du spectacle vivant ont contribué à créer un climat d¿incertitude alors que, là comme ailleurs, les entreprises ont besoin de visibilité à moyen terme pour programmer leurs actions et être capables de s¿adapter à un monde qui change.
L¿Etat a un rôle essentiel dans la fixation des règles qui assurent un environnement juridique stable à l¿ensemble des intervenants dans ce secteur : auteurs, interprètes, metteurs en scène, techniciens, entreprises.
Le premier objectif sera de donner un nouvel élan à la formation professionnelle, en particulier dans le domaine du théâtre. J¿ai demandé à Marcel Bozonnet d¿engager une réflexion sur l¿élargissement des missions du Conservatoire national supérieur d¿art dramatique de Paris en direction de la formation professionnelle aux métiers du théâtre. Cette réflexion devra prendre en compte le rôle de l¿école nationale supérieure des arts et techniques du spectacle désormais installée à Lyon et qui relève du ministère de l¿Education nationale. Elle devra également s¿appuyer sur une consolidation des formations proposées par les centres dramatiques nationaux.
Quant à la musique et à la danse, nous achèverons le développement du réseau des CEFEDEM qui permettent une meilleure qualification des enseignants des écoles de musique et de danse sur l¿ensemble du territoire.
En matière économique, le sujet le plus urgent est bien entendu celui des intermittents du spectacle.
A la suite du rapport Cabanes de 1996, l¿Etat s¿était engagé à conduire un certain nombre d¿actions pour mieux encadrer le régime d¿indemnisation des intermittents. Ces actions ont été menées à bonne fin.
Les travaux d¿une commission mixte paritaire associant les employeurs et les salariés sont parvenus à un accord inter-branches qui précise les conditions du recours aux contrats à durée déterminée dit d¿usage, support juridique de l¿intermittence du spectacle. Cet accord doit permettre de contenir l¿évolution financière du régime.
Parallèlement, le Gouvernement a, comme il s¿y était engagé, présenté au Parlement la modification de l¿ordonnance de 1945 sur les spectacles. L¿examen de ce projet de loi sera prochainement achevé. Le projet maintient un régime d¿autorisation des spectacles qui permet à l¿administration de s¿assurer que les titulaires de cette autorisation respectent bien leurs obligations en matière sociale.
Ces éléments sont de nature à conforter le régime de l¿intermittence, même si, bien entendu, la décision revient aux partenaires sociaux réunis au sein de l¿UNEDIC. Il faut que nous parvenions à une consolidation définitive du régime en 1999.
Dans le domaine fiscal, une circulaire vient de préciser et de clarifier les conditions dans lesquelles les associations culturelles, et tout spécialement celles qui ¿uvrent dans le domaine du spectacle vivant, devront dorénavant être soumises aux impôts commerciaux.
De ce point de vue, la réforme de la taxe professionnelle décidée par le Gouvernement, qui retire progressivement les salaires de l¿assiette de cette taxe, aura des conséquences positives et réduit donc les craintes que nous pouvions avoir à cet égard il y a quelques mois.
S¿agissant de la fiscalité applicable aux salariés, j¿ai obtenu du ministère des finances le maintien d¿un système de déduction forfaitaire pouvant, au choix des intéressés, se substituer à la déduction des frais réels, et qui me paraît constituer une solution équitable, en particulier pour les musiciens, les choristes et les danseurs.
Enfin, je voudrais signaler deux dossiers qui me paraissent particulièrement significatifs de notre volonté de structurer le secteur professionnel du spectacle vivant, tout en améliorant la visibilité des différents acteurs concernés.
Il s¿agit tout d¿abord de la réforme de la taxe parafiscale qui alimente aujourd¿hui le fonds de soutien aux variétés et le fonds de soutien aux théâtres privés. Cette taxe a montré son utilité en permettant une redistribution de moyens financiers, gérés directement par les professionnels du secteur sous le contrôle de l¿Etat.
J¿ai confié au directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles le soin de formuler des propositions d¿extension de la taxe.
Enfin, le ministère de la culture sera très actif dans l¿aboutissement d¿initiatives parlementaires, visant à créer un nouveau statut pour les établissements culturels locaux. Le spectacle vivant est concerné en tout premier lieu compte tenu du nombre des équipements artistiques existant sur l¿ensemble du territoire.
Ce nouveau statut n¿aura d¿intérêt que s¿il permet un véritable partenariat entre l¿Etat et les collectivités locales, tout en garantissant l¿autonomie artistique des établissements.
Telles sont les lignes de force de la politique du spectacle vivant pour les années à venir. Il s¿agit d¿un travail en profondeur qui s¿inscrit avec sérieux et persévérance dans la durée et en concertation étroite avec l¿ensemble des partenaires concernés.
Le conseil national des professions du spectacle que j¿ai réuni récemment, constitue à cet égard le lieu de la concertation entre les agents économiques du spectacle vivant, employeurs et salariés.
Une nouvelle instance de consultation et de propositions représentant les artistes et les gestionnaires des établissements du spectacle sera mise en place auprès du directeur de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles. Ce conseil, dont la composition pourra évoluer en fonction des missions de réflexion et de proposition qui lui seront régulièrement confiées, remplacera les instances existantes, en particulier le conseil supérieur de la danse et le conseil supérieur de la musique.
Enfin, je demande à Dominique Wallon de conduire une concertation régulière avec les élus des collectivités territoriales, qui ont un rôle majeur à jouer dans le développement du spectacle vivant. A terme, elle devrait permettre de redéfinir les rôles respectifs de l¿Etat et des collectivités locales dans le domaine du spectacle vivant.
La concertation est au c¿ur de la méthode que je veux adopter pour faire vivre les relations entre l¿Etat et ses partenaires dans le domaine du spectacle vivant.
Cette concertation doit permettre de définir clairement les missions des uns et des autres, de traduire cette définition dans des contrats, de procéder à l¿évaluation régulière des démarches et des résultats, et d¿en tirer les conséquences, éventuellement sous formes de sanctions, quand c¿est nécessaire.
Nous sommes confrontés à un enjeu majeur pour le spectacle vivant.
Dans ce domaine, gérer l¿existant, ou ne faire que colmater les brèches, serait aller tout droit vers une subordination de plus en plus grande aux forces du marché et voir petit à petit la vie s¿éteindre dans nos théâtres.
Tout au contraire, j¿ai voulu tracer des perspectives, rendre au ministère sa capacité d¿initiative et d¿action, et redéfinir une grande ambition pour le spectacle vivant.


(Source http://www.culture.gouv.fr)

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