Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les mesures gouvernementales destinées à encourager le développement des entreprises françaises de technologie numérique et leurs liens avec l'industrie audiovisuelle et multimedia, ainsi que la préparation de la numérisation du support hertzien français, Paris le 9 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Christian Pierret, secrétaire d'Etat à l'industrie, sur les mesures gouvernementales destinées à encourager le développement des entreprises françaises de technologie numérique et leurs liens avec l'industrie audiovisuelle et multimedia, ainsi que la préparation de la numérisation du support hertzien français, Paris le 9 novembre 1998.

Personnalité, fonction : PIERRET Christian.

FRANCE. SE à l'industrie

Circonstances : Colloque sur les industries de la communication et de la convergence, à Paris le 9 novembre 1998

ti : A l'ère du numérique et de l'accélération de l'innovation technologique, je retiens des échanges qui viennent d'avoir lieu que le succès, pour être durable, résultera d'une adaptation permanente et rapide des entreprises du secteur. Cette adaptation passera par l'acquisition et l'utilisation des innovations technologiques - je pense, par exemple, aux moteurs de recherche - mais aussi par la mobilité stratégique des grands groupes de création et de diffusion, sur un marché d'ores et déjà mondial. Le numérique ouvre à cet égard des perspectives nouvelles : il implique nécessairement des effets de taille et de volume, de plus en plus de canaux de diffusion et de clients et donc de plus en plus de contenus à acquérir mais, en même temps, de plus en plus d'opportunités pour les industries de contenu, y compris sur des marchés de niche, ce qui laisse un champ extraordinaire pour la création d'entreprises innovantes.


Je ferai à cet égard deux constats :

- l'image numérique se banalise et sa maîtrise est une condition nécessaire de compétitivité.

L'image numérique, les effets spéciaux, la réalité virtuelle sont aujourd'hui présents dans notre vie quotidienne. La publicité, l'animation en trois dimensions, les jeux vidéos sont les vecteurs les plus puissants de cette banalisation.

Dans tous les métiers de la communication, la maîtrise de ces nouveaux modes d'expression est devenue indispensable. Si la créativité reste, sans conteste, la base même de la qualité des productions, elle doit aujourd'hui s'emparer de ces nouveaux outils numériques pour répondre aux attentes d'un public toujours plus exigeant.

- deuxième constat : la convergence autorise de nouvelles formes de mise à disposition des contenus qui impliquent elles-mêmes une réflexion sur leur adaptation aux besoins des spectateurs, qui, par l'interactivité, deviennent eux-mêmes acteurs, et sur leur adaption à un marché mondialisé.

A cet égard, les acteurs français du contenu qui sont souvent positionnés sur des marchés de niche et ne disposent pas de la puissance des circuits de distribution américains, doivent considérer Internet comme une véritable opportunité pour rentabiliser leurs investissements et non comme une menace. Le commerce électronique s'adresse aussi à eux et leur ouvre un marché mondial.

J'en donne un exemple : depuis quelques années, les éditeurs de jeux électroniques ont introduit sur leurs sites Web des versions de démonstration de leurs derniers jeux téléchargeables via Internet. Les consommateurs peuvent ainsi les découvrir gratuitement et ensuite, s'ils le souhaitent les commander et les payer directement sur le site Web. Evidemment, pour un particulier, Internet ne permet de télécharger l'équivalent de la taille mémoire d'un CD-Rom mais qu'en sera-t-il demain? Avec l'accès à Internet à haut débit qui sera une réalité pour les particuliers dans un avenir proche, les modes de distribution de contenus seront amener à évoluer.

Je rappelle s'agissant de l'usage d'Internet qu'une enveloppe de 50 MF a été consacrée dès 1998 au développement de ce nouveau média dans les PMI. Cet effort sera reconduit en 1999. Je rappelle également que je me suis attaché dès mon arrivée au Gouvernement et notamment au niveau européen à sensibiliser nos partenaires à la défense de nos intérêts notamment sur le plan des contenus. Naturellement je pense tout particulièrement au contenu francophone.

Ce mouvement vers Internet et le commerce électronique ne se fera que si les acteurs des contenus y trouvent un cadre juridique clair et stable qui assure à la fois une véritable protection des auteurs, des distributeurs et des consommateurs. C'est ce que j'ai eu l'occasion de rappeler il y a quelques jours à la Conférence d'OTTAWA sur le commerce électronique. C'est le rôle de l'Etat de mettre en oeuvre ce cadre juridique et de nombreux travaux sont en cours, les priorités portant notamment sur la signature électronique, la cryptologie et la propriété intellectuelle. Je tiens à rappeler ici que je suis favorable à ce que la liberté d'utilisation de la cryptologie s'étende rapidement jusqu'au seuil de 56 bits.

Nous avons en effet face à nous des marchés émergents qui sont promis à une formidable croissance dans le futur et il convient, dans un secteur très évolutif sur le plan technologique de les aborder avec une démarche prospective et volontariste. Ainsi, les nouvelles relations entre diffuseurs et spectateurs, caractérisées par l'interactivité, perturbent les schémas classiques des médias de masse : il faut prendre en compte cette nouvelle donne et chacun doit y travailler dès à présent. Les pouvoirs publics sont prêts à faciliter ces évolutions. Je pense aussi à la mise en oeuvre du numérique hertzien. Vous devez être aujourd'hui le moteur de cette démarche.

Pour que la France profite au mieux de la convergence, l'apparition de nouveaux supports de diffusion doit s'accompagner d'un renforcement de l'offre de contenus. La multiplication de l'offre de chaînes numériques sur le câble et le satellite est une préfiguration de la situation à venir et montre que nous pouvons faire croître notre capacité en matière de production.

Aujourd'hui la création audiovisuelle et cinématographique dispose d'un environnement technologique et économique favorable :

- d'une part, l'avènement du numérique rend financièrement plus facile le montage de projets ambitieux : l'évolution des performances des matériels informatiques accompagnée d'une baisse de leur prix permettent à de petites sociétés de concurrencer de grands éditeurs de contenus,

- d'autre part, la structure économique de l'audiovisuel est en pleine transformation au niveau mondial. Aujourd'hui, les majors" d'Hollywood font appel à des entreprises du monde entier et des sociétés françaises spécialisées dans les effets spéciaux ou l'animation 3D ont su en tirer parti face à leurs homologues américains. La vitalité des sociétés spécialisées dans l'animation en France est un exemple à suivre dans l'accès aux marchés internationaux.

L'environnement que je viens de décrire dans le cinéma et le secteur audiovisuel, concernent également le monde multimédia. Avec la diffusion de la micro-informatique dans les ménages, - environ 25 % des ménages sont équipés d'un micro-ordinateur selon les dernières enquêtes - les jeux et les oeuvres multimédia sur CD-Rom sont devenus des produits de grande diffusion sur lesquels les acteurs traditionnels de l'édition sont de plus en plus présents. Mais dans ce secteur, la compétition est rude et sur le segment du jeu vidéo par exemple, l'avance technologique d'une société en matière de réalisme et d'effets 3D peut faire d'elle, grâce à un seul produit, un acteur majeur du marché. Seule l'innovation, permet d'assurer la compétitivité.

Face à un environnement technologique fortement évolutif et à l'émergence de nouveaux acteurs du contenu, l'Etat souhaite jouer un rôle actif.

Tout d'abord la France a besoin de conforter un tissu d'entreprises innovantes dans ce secteur.

Vos entreprises illustrent à merveille la nouvelle dynamique que Dominique STRAUSS-KAHN et moi même souhaitons mettre en place en faveur de l'innovation et de la création d'entreprises.

Je ne doute pas que vos entreprises sauront tirer parti des initiatives qui ont été prises par le Gouvernement qu'il s'agisse des fonds de capital-risque et d'amorçage, au travers de l'enveloppe de 600 MF qui a été décidée dans le cadre de l'ouverture du capital de France Telecom, qu'il s'agisse du renforcement des moyens budgétaires consacrés à la recherche industrielle, à l'ANVAR et au programme des technologies clé, qu'il s'agisse des différentes mesures fiscales en faveur des créateurs d'entreprises, comme le nouveau régime applicable aux cessions de parts de créateurs et au réinvestissement du produit de cession de ces parts. Ces dispositifs d'appui sont eux-mêmes relayés par le dynamisme du nouveau marché qui réserve d'ores et déjà une place significative à vos entreprises.

Au delà de ce "New Deal" que nous souhaitons impulser au profit des entreprises innovantes, je souhaite renforcer tout particulièrement les moyens consacrés au soutien du développement technologique de votre secteur. Tout doit être mis en oeuvre pour promouvoir la diffusion des savoir faire et des outils nouveaux de conception et de création, seuls à même de maintenir votre niveau de performances dans la durée.

Je souhaite que le soutien des pouvoirs publics soient l'occasion de nouer des contacts plus riches entre les différents partenaires pour que se développe une nouvelle dynamique de projets et que la qualité de la production française soit reconnue non seulement en France, mais aussi à l'international.

Face à tous ces enjeux, ce qu'il me revient de dire maintenant, ce sont les mesures que j'entends prendre pour encourager cette mobilisation des acteurs de la communication et du contenu.

Un groupe de professionnels pourrait éclairer l'action des pouvoirs publics par une vision prospective des évolutions en cours et des thématiques technologiques prioritaires. Ce groupe pourrait réunir les représentants des forces économiques qui structurent les marchés français de l'audiovisuel et du multimédia et qui sont porteurs de l'offre française à l'international.

Pour traduire en actions concrètes les réflexions issues du collège, j'ai décidé de mettre en oeuvre "un programme d'action pour l'audiovisuel et le multimédia PRIAMM", doté de 100 MF, composante essentielle de notre programme en faveur du développement de la société de l'information. Je me propose dans ce cadre de donner la priorité à trois formes d'actions.

1/ Il faut, tout d'abord, prendre en compte les transformations introduites par le numérique et l'interactivité sur le processus de création, ou plus largement d'ailleurs, sur toutes les étapes du processus technique d'acquisition, de transformation et de stockage des contenus numérisés.

Je souhaite, pour y parvenir, que les industriels, l'INA et les diffuseurs s'associent aux travaux conduits dans les centres de recherche publique comme l'INRIA dont les qualités sont internationalement reconnues, afin de mieux intégrer, au niveau de la recherche, les évolutions du marché et de la demande du public.

J'ai décidé que, dès l'année prochaine, un appel à propositions sera lancé afin de renforcer l'effort de recherche et développement portant sur les nouvelles formes de production et de distribution des contenus. Ce soutien doit favoriser l'établissement de standards communs aux opérateurs, éditeurs ou diffuseurs et faciliter une structuration efficace du tissu des acteurs de l'équipement professionnel.

2/ En second lieu, la diffusion vers la production française du savoir-faire associé aux technologies numériques doit être encouragée. Il faut favoriser le transfert de la connaissance depuis les centres de recherche vers tous nos studios de développement de contenus : producteurs audiovisuels et cinématographiques, producteurs d'animation et développeurs multimédia.

Depuis un an, une réflexion a été lancée avec le Centre National de la Cinématographie sur ce sujet et aujourd'hui nous sommes en mesure de participer conjointement à un programme des technologies numériques vers l'ensemble des acteurs de la chaîne de création de contenu.

3/ Je souhaiterais en troisième lieu vous rappeler l'importance que j'attache au dossier de la diffusion numérique hertzienne en France.

De nombreux pays ont déjà mis en place une stratégie de numérisation du support hertzien, et les premières diffusions ont démarré.

La diffusion numérique terrestre vient de débuter, le 1er novembre dernier, aux Etats-Unis qui ont adopté un calendrier ambitieux de transition totale de l'analogique au numérique : 30 % de la population devra être couverte d'ici mai 1999 et 50 % d'ici un an.

En Europe, la Suède diffuse déjà en numérique et cela devrait être le cas en Grande Bretagne dans quelques jours. La loi espagnole vient d'être promulguée, avec le lancement des appels à candidature pour l'attribution des fréquences d'ici peu et un début de déploiement d'ici l'été 99. L'Allemagne, qui était à l'origine peu motivée, a annoncé une transition totale vers le numérique. Nous ne pouvons pas rester en dehors de ce mouvement.

D'ores et déjà, le 14 septembre dernier, a été inaugurée la première expérimentation française de télévision numérique terrestre, qui se déroule en Bretagne.

Ce processus expérimental devrait permettre aux acteurs français (chaînes, opérateurs, industriels) de prendre pleinement la mesure des possibilités technologiques de la diffusion numérique, et d'acquérir un premier savoir faire. Il permettra de parfaire la qualification de la norme et facilitera l'exercice de la planification fine des fréquences sous l'égide du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et de l'Agence Nationale des Fréquences.

Pour soutenir les industriels et les opérateurs qui s'impliquent dans cette révolution technologique de la diffusion hertzienne numérique, une enveloppe sera disponible dans le programme de 100 MF que je viens d'annoncer. L'aide ira au développement de l'innovation tant pour les matériels de diffusion que pour les nouveaux modes de réception permis par le numérique.

Enfin, la mission que vient de confier Catherine TRAUTMANN à Gérard EYMERY et Jean-Pierre COTTET doit nous éclairer sur la répartition optimale du spectre entre les différents types d'acteurs et de services.

Ainsi la France devrait pouvoir se doter d'un cadre législatif et réglementaire adéquat pour que nos acteurs tirent le maximum de bénéfice de la diffusion numérique hertzienne.


Mesdames et Messieurs, vos débats ont été riches et je n'aurai pas la prétention d'en tirer ce soir des conclusions définitives. Les sujets que vous avez abordés sont complexes et en pleine évolution. Avec le numérique et la convergence, un champ immense nous est ouvert pour innover, créer et réussir. La France maîtrise les technologies et dispose d'un potentiel de création incomparable. Si nous savons collectivement, industriels et diffuseurs, éditeurs et producteurs, chercheurs et techniciens et pouvoirs publics, mettre en oeuvre les synergies permettant de valoriser ces atouts, je suis persuadé avec Dominique STRAUSS-KAHN que votre secteur d'activité sera porteur de succès économiques et financiers pour vos entreprises, créateur d'emplois qualifiés, et source de rayonnement culturel.

Je retiendrai aussi de vos échanges qu'il faut aller vite. Dans votre secteur tout change en 18 mois. Pour les Etats mais cela vaut également au niveau européen, il faut agir dans des délais très brefs pour que nos réglementations ne constituent pas un obstacle à l'innovation et à la création. Vous pouvez compter sur l'implication du ministère chargé de l'industrie pour avancer résolument dans cette voie, vous soutenir et contribuer à votre réussite.


(source http://www.internet.gouv.fr, le 17 octobre 2001)

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