Déclaration de M. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'économie des finances et de l'industrie, sur la diffusion croissante des technologies de l'information dans la société française et sur la nécessité de soutenir le développement et la compétitivité des entreprises françaises dans les domaines de l'informatique, du multimédia et des télécommunications dans le cadre de la coopération européenne, Paris le 4 février 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'économie des finances et de l'industrie, sur la diffusion croissante des technologies de l'information dans la société française et sur la nécessité de soutenir le développement et la compétitivité des entreprises françaises dans les domaines de l'informatique, du multimédia et des télécommunications dans le cadre de la coopération européenne, Paris le 4 février 1999.

Personnalité, fonction : STRAUSS KAHN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie

Circonstances : Matinées du FIHT, à Paris, le 4 février 1999

ti : Mesdames, Messieurs,
Je voudrais tout d'abord vous dire ma satisfaction de pouvoir m'exprimer devant vous dans le cadre du FIHT. Ce salon permet enfin à Paris de reconquérir une place européenne de premier rang dans le monde des grands rendez-vous de l'industrie des technologies de l'information. Il était grand temps que Paris retrouve ce rôle, car nous l'avons tous observé au cours des derniers mois : la France a franchi en 1998 une nouvelle étape majeure dans la diffusion et l'utilisation des technologies de l'information.

Depuis la formation du Gouvernement de Lionel Jospin, il y a maintenant 20 mois, nous nous sommes employés à faire de la diffusion des nouvelles technologies de l'information et des communications l'une de nos principales priorités d'action. Je suis en effet convaincu que la France doit disposer dès aujourd'hui des outils qui, demain, lui permettront d'être un acteur de premier plan dans la nouvelle économie ; une économie où la maîtrise des réseaux, des services et des technologies liées aux réseaux constituera le facteur déterminant de puissance industrielle dans la compétition internationale. La croissance et la puissance se concentreront dans les lieux où seront concentrés ces technologies. Je veux que la France soit l'un de ces lieux.

1 -Depuis 18 mois, la France rattrape son retard

L'accent est souvent mis sur la nécessité de développer dans les entreprises l'utilisation des technologies de l'information et de la communication pour accroître la productivité et la maîtrise des coûts. Les entreprises françaises ont à cet égard atteint un niveau d'automatisation comparable à celui de leurs principaux concurrents. Mais les enjeux liés à la diffusion de l'informatique et des télécommunications sont aujourd'hui d'une autre nature et d'une autre envergure. Ces technologies bouleversent notre manière de travailler, de communiquer ou encore d'apprendre. Dans l'entreprise, elles ne transforment plus seulement les façons de produire mais elles modifient la manière d'acheter, de vendre et d'échanger.

L'année 1998 aura été celle du mouvement. Les ménages, les entreprises et les administrations se sont massivement équipés. Tous les indicateurs à notre disposition en témoignent. Nous avons franchis en 1998 plusieurs seuils symboliques : pour la première fois, il s'est vendu plus d'un million d'ordinateurs en France ; le cap des 10 millions d'abonnés à la téléphonie mobile a été franchi et plus d'un million de Français supplémentaires se sont connectés à Internet dans l'année, portant le nombre des internautes à un peu plus de 3,5 millions de personne. Prés d'un quart des ménages de France est désormais équipé d'un micro-ordinateur.

Les entreprises ont également fortement participé à ce mouvement. La part de l'informatique dans l'investissement des entreprises a encore fortement progressé en 1998 et aujourd'hui près de la moitié des PME sont connectées à Internet alors qu'elles n'étaient que 24 % en 1997.

Toutefois, des progrès doivent encore être accomplis. Les comparaisons internationales ne nous sont toujours pas favorables. Il y a, toutes choses égales par ailleurs, environ 2 fois plus de ménages équipés d'un ordinateur et 2 fois plus d'entreprises ayant un site Web aux Etats Unis qu'en France. Même en Europe, nous n'avons pas encore atteint les taux d'équipement constaté chez nos partenaires les plus avancés dans la mise en ¿uvre de la société de l'information, comme la Finlande, le Royaume-Uni ou l'Allemagne. Nous devons donc poursuivre nos efforts. La France rattrape son retard mais il reste un chemin important à parcourir.

Si le développement de l'utilisation de ces technologies dans notre système productif, et plus largement dans notre société, est essentielle pour la compétitivité de notre économie, la maîtrise de l'offre technologique et industrielle dans ce secteur est un enjeu de long terme.

2 -La diffusion des NTIC doit être complétée par une maîtrise de l'offre

Quand chaque dixième de point de croissance supplémentaire est capital pour l'emploi, on ne peut se désintéresser d'un secteur dont les marchés progressent en moyenne de 8% par an. Certes, la concurrence y est particulièrement vive et dans un certain nombre de domaines la situation des entreprises est fragilisée par d'importantes baisses de prix. Mais nous devons méditer l'exemple américain. Les nouvelles technologies de l'information et des communications y portent la croissance. Il faut participer à ce mouvement. Pour ce faire, la France dispose de nombreux atouts sur lesquels nous pouvons nous appuyer.

Notre compétitivité s'améliore dans ces secteurs. Les exportations représentent désormais presque 90 % de nos importations dans les NTIC. Certes, les situations sectorielles demeurent contrastées : la balance commerciale est toujours fortement excédentaire dans les télécommunications tandis que dans l'informatique et dans l'électronique grand public le déficit est encore conséquent. Le signe probablement le plus fort de cette amélioration on le trouve dans les semi-conducteurs où, à la fin des années quatre-vingt, certains pensaient qu'il fallait abandonner le terrain aux entreprises américaines et japonaises. La situation paraissait désespérée. Aujourd'hui, les exportations y dépassent les importations. Je sais que ce mouvement résulte autant de la réussite de la politique d'attractivité du territoire menée depuis plusieurs années que de l'amélioration de la situation des entreprises françaises. Deux exemples me paraissent de ce point de vue assez significatifs :

- dans le secteur des composants, STMicroelectronics a connu un essor spectaculaire depuis le début des années 1990 et s'est aujourd'hui hissé à la 9ème place du classement mondial ;

- dans l'électronique grand public, Thomson Multimédia, qui a failli être vendu par le précédent Gouvernement dans les conditions que vous connaissez, a amorcé, fin 1997 et en 1998, un redressement impressionnant grâce à une réorganisation complète de l'entreprise. L'entreprise a noué des partenariats stratégiques et durables avec 4 groupes leaders dans leurs métiers, Alcatel, Microsoft, NEC et Direc TV ; ces accords permettront à TMM de se positionner sur les marchés les plus porteurs du multimédia.

Ce dernier exemple illustre une autre tendance de fond des technologies de l'information à laquelle nous devons prêter une attention particulière : l'importance des mouvements de concentration et d'alliances. Ils se sont accélérés ces derniers mois. Des industriels majeurs des télécommunications, comme Lucent qui rachète Ascend ou encore Nortel qui acquière Bay Networks, prennent des positions stratégiques vis à vis de l'architecture Internet. Chez les opérateurs, ATT se positionne sur le câble en rachetant TCI pour tirer profit de la convergence entre les télécommunications et l'audiovisuel. On se souvient du rachat de Digital par Compaq ou plus récemment de Netscape par AOL. Je pourrais multiplier les exemples de ces opérations. Elles témoignent toutes de l'ampleur des mouvements stratégiques en cours. Le rapprochement stratégique entre France Télécom et Deutch Télécom, ou encore le rapprochement de Thomson CSF, Alcatel et Dassault Electronique, marquent la mobilité des groupes français et leur capacité à s'insérer dans ce mouvement.

Par ailleurs, les entreprises françaises doivent développer des programmes de coopération, notamment dans le domaine de la recherche. Si j'évoque plus particulièrement la recherche coopérative c'est parce que je pense que la France pour se construire un avenir dans ces technologies devra maintenir, voire amplifier, ses efforts de recherche. En la matière la France dispose, et c'est là un autre de nos atouts, d'un réseau de recherche de haut niveau qu'il convient de valoriser. C'est en s'appuyant sur ce réseau que notre industrie a acquis des positions fortes dans un certain nombre de domaines. C'est le cas dans les télécommunications où le poids de nos entreprises dans la production mondiale est pratiquement le double de la part de notre pays sur le marché mondial. Cette situation est due au bon positionnement de nos acteurs, notamment Alcatel et France Télécom mais aussi à l'important effort de recherche et développement qui a été mené sous l'égide du CNET pendant plusieurs années. Les services informatiques constituent un autre domaine d'excellence de notre économie. Le savoir faire des entreprises françaises y est reconnu. Cette reconnaissance repose sur la qualité de la formation de nos ingénieurs et là aussi sur la présence de laboratoires de recherches renommés. Je pense notamment à l'Institut National de Recherche en Informatique (INRIA) qui a su développer une recherche orientée vers les besoins des entreprises dans le domaine des technologies de l'information et qui est le chef de file européen du World Wide Web consortium. Je suis convaincu que la qualité et la diversité de nos centre de recherche peut jouer, dans le siècle d'innovation technologique qui s'ouvre à nous, le rôle que notre réseau de fleuves a joué pendanr des siècles dans le développement de notre agriculture.

Nous devons consolider ces acquis d'autant que ces secteurs sont en perpétuel renouvellement. Rien n'y est définitif. Le monde des télécommunications est en effet en pleine mutation et l'ouverture à la concurrence, le développement des réseaux et plus récemment la progression des échanges de données sur Internet constituent de profonds facteurs de changement.

Enfin, notre réussite dans les technologies de l'information et des communications dépendra fortement de notre capacité à participer au mouvement de création et de renouvellement des activités auquel nous assistons dans ces secteurs.

Nous y sommes parvenus dans un certain nombre d'activités qui, il y a quelques années encore n'étaient qu'émergentes. L'industrie des cartes à puce, dominée par Gemplus, Schlumberger et Bull, est de ce point de vue exemplaire. Mais on pourrait également citer les entreprises françaises de l'édition de contenus multimédia qui aujourd'hui font partie des leaders européens. Toutefois, c'est probablement dans le domaine de la création d'entreprises et d'activités nouvelles que les efforts à consentir sont les plus importants. C'est pourquoi j'ai mis en place dans la loi de finances pour 1998 un ensemble des mesures fiscales, qui ont été amplifiées dans la loi de finances pour 1999, pour favoriser l'émergence de nouvelles technologies, de nouveaux entrepreneurs et de nouveaux capitaux pour financer les activités innovantes. Ces mesures ont transformé le paysage du capital-risque français. Je voudrais rappeler le succès du Fonds public pour le capital risque qui mobilise 900 MF pour développer l'offre de fonds propres pour les jeunes entreprises innovantes. Il y avait en France 10 opérateurs de capital risque de taille national fin 1997, ils sont environ 20 aujourd'hui. Certains fonds existant ont triplé leur taille. Les contrats d'assurance-vie investis principalement en actions et dans le risque ont permis de collecter 30 milliards de francs à la fin décembre. Au total, 100 sociétés qui seront bientôt cotées au Nouveau Marché.

Pour cela il faut des entrepreneurs nouveaux, Dans la loi de finances pour 1998 j'avais créé les Bons de souscription de créateurs d'entreprises qui permettent à de jeunes entreprises d'offrir à leurs collaborateurs des options de souscription soumises à un traitement fiscal et social très favorable. Ce dispositif, qui était réservé à l'origine aux entreprises de moins de 7 ans est désormais ouvert aux entreprises de moins de 15 ans. Dans la loi sur l'innovation que le Parlement examinera dans quelques semaines, nous allons encore assouplir les conditions d'utilisation de cet instrument pour que toutes les jeunes entreprises innovantes puissent partager avec leurs salariés non seulement les risques d'échec mais aussi les fruits du succès.

Nos atouts sont donc plus nombreux que nous n'avons tendance à le penser. Il nous faut les valoriser.

3 -Une nouvelle politique industrielle pour les NTIC

Là où l'innovation est sans doute le plus nécessaire... c'est dans les politiques de l'innovation ! Les cycles commerciaux et industriels sont dorénavant beaucoup plus courts ; ce sont ces technologies qui en dictent la durée, et les modes d'intervention publique doivent s'adapter à cette contrainte de temps. Nous avons de brillants chercheurs dans les laboratoires des industriels, dans ceux de l'INRIA, des écoles d'ingénieurs, à l'université, ou au CNRS. Mais, dans ces secteurs où les résultats sont si incertains, où les compétences nécessaires pour réussir sont si variées, il nous faut multiplier les échanges, les collaborations entre les acteurs. Je souhaite donc que des collaborations durables se mettent en place entre producteurs, utilisateurs et chercheurs des NTIC.

Nous allons alimenter ce mouvement en développant avec Claude Allègre les fonds d'amorçage qui permettront à un plus grand nombre de laboratoires publics de transformer leurs innovations scientifiques et technologiques en projets commerciaux en croissance et en emplois. Certaines économies nationales ont pris ce tournant plus rapidement. Aux Etats Unis, dans les pays nordiques, aux Pays-Bas, en Israël, grands industriels, universités, PME et utilisateurs développent ensemble, avant les autres, les produits et services de demain. La vitesse, autant que l'originalité ou la perfection, est essentielle.

J'ai le sentiment que pour cela, nous avons quelques outils en main. Dans les composants, le programme MEDEA succède au programme JESSI, qui a été un vecteur majeur de remise au meilleur niveau de la microélectronique européenne. Dans les logiciels le programme ITEA permettra de soutenir le développement de composants et d'outils de développement logiciels. Au même titre que les composants électroniques il y a dix ans, la situation de l'industrie européenne y est d'une faiblesse inacceptable et il nous faut réagir vite. Dans les télécommunications, le Réseau National de Recherche en Télécommunications est exemplaire dans sa capacité à fédérer les acteurs industriels, recherche publique et administrations, sur les défis de demain. Dans le cadre du développement des services et des technologies supports à la société de l'information, le Programme Société de l'Information soutient les initiatives dans ce qu'on appelle les couches hautes, c'est à dire les systèmes et les services, particulièrement fondamentales pour le développement de la société de l'information, dans les domaines marchands. Dans ce programme, nous accompagnons les acteurs économiques sur des projets risqués , où la visibilité en terme de rentabilité est très faible. Nous avons, par exemple, retenu des projets de commerce électronique, de télémédecine, d'enseignement à distance, ou de développement d'infrastructures haut débit.

Je l'ai dit aux Assises de l'Innovation, ces outils nous devons mieux les utiliser. Tout d'abord, en ce qui concerne les aides à la recherche et au développement, Nous privilégions désormais, dans l'attribution des subventions, les projets coopératifs entre producteurs et utilisateurs, entre producteurs et laboratoires publics ou entre grandes sociétés et PME qui sont positionnés sur la recherche amont et porteurs d'un risque économique fort.

Je souhaite, que nous utilisions tous ces outils pour que l'économie française ne rate pas le tournant de la nouvelle génération d'Internet. L'Europe qui a su proposer au monde la norme GSM doit participer activement à l'effort de recherche de la prochaine génération Internet.

Il nous faut mettre en place une action structurante sur ce sujet s'attachant à la fois à la recherche sur les infrastructures, les plates-formes ouvertes aux expérimentations, les produits et les services. Je souhaite que nous donnions une impulsion et un soutien fort et coordonné aux acteurs économiques pour qu'il soient à même de participer à la nouvelle dynamique qui se créera autour de cette nouvelle phase du développement d'Internet. Pour ce faire, il nous faut des réseaux d'expérimentation à haut débit, fermés, pouvant accueillir de nouveaux protocoles et permettant de tester des résultats de projets de R D en matière d'infrastructures et de services.

C'est tous ensemble, grands industriels, PME, laboratoires publics, utilisateurs que nous pouvons relever ces défis. Les technologies de l'information et des communications constituent le principal enjeux stratégique de notre puissance industrielle pour le siècle prochain, je saurai y consacrer les ressources nécessaires avec ceux qui savent prendre des risques.

( Source http://www.finances.gouv.fr )

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