Conférence de presse de M. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'économie des finances et de l'industrie, sur l'ouverture du capital d'Air France, Paris le 9 février 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de M. Dominique Strauss-Kahn, ministre de l'économie des finances et de l'industrie, sur l'ouverture du capital d'Air France, Paris le 9 février 1999.

Personnalité, fonction : STRAUSS KAHN Dominique.

FRANCE. Ministre de l'économie, des finances et de l'industrie

ti : En février dernier, nous vous avions annoncé, Jean-Claude GAYSSOT et moi-même, les principales modalités de l'opération d'ouverture du capital d'Air France. Nous sommes heureux de vous accueillir aujourd'hui pour franchir une étape décisive et vous la commenter.

1) Où en sommes nous aujourd'hui ? Depuis le 27 janvier dernier, au lendemain de l'annonce de la fourchette indicative de prix, le livre d'ordre s'est ouvert pour les investisseurs institutionnels et les particuliers ont pu procéder à des réservations d'actions Air France.

Le niveau de demande enregistré à ce stade est remarquablement élevé. L'offre aux particuliers comme celle aux investisseurs institutionnels sont très largement sursouscrites : je suis ainsi en mesure de vous annoncer que plus de 1,5 millions de personnes ont déjà réservé des actions Air France, ce qui représente une demande de l'ordre de 14 MdsF (plus de 2 Mds euros) couvrant plus de dix fois l'offre initiale (avant toute extension).

Compte tenu du succès rencontré par cette opération, nous avons décidé, en accord avec la Commission des participations et des transferts, de fixer le prix de l'action Air France à 14 euros (91,85 FF) pour les particuliers et à 14,2 euros (93,15 FF) pour les investisseurs institutionnels, ce qui correspond sur la base du capital dilué, à une valorisation d'Air France d'environ 20,5 MdsF (3,1 Mds euros).

Afin de répondre à la demande des particuliers et comme nous nous en étions réservé la possibilité il y a 15 jours, nous avons décidé dès à présent de faire jouer la clause d'extension de l'opération intégralement au profit de l'OPF, dont la taille est portée de 13,5 à 19,9 millions d'actions.

Le livre d'ordres pour les investisseurs institutionnels sera pour sa part clos par anticipation dès demain 10 février.

Les représentants des Agences qui le souhaitent peuvent diffuser ces informations.

Je voudrais maintenant souligner ce qui fait de l'ouverture du capital d'Air France une opération originale et innovatrice.

2) Il s'agit d'un grand succès populaire. Cet engouement démontre à tous ceux qui doutaient de l'entreprise, de son redressement ou de son développement, que les français y croient comme les y invitait d'ailleurs le slogan retenu pour cette opération " vous avez raison d'y croire ". Une nouvelle page de l'histoire d'Air France se tourne : nous y voyons un signal très fort sur l'avenir de l'entreprise. Ceci traduit notamment les efforts financiers, commerciaux et stratégiques déployés par l'entreprise, ses salariés et ses dirigeants.

3) Il s'agit d'une opération qui conduit à un développement exemplaire de l'actionnariat salarié. L'actionnariat salarié n'est pas nouveau à Air France et a été renforcé par un premier échange salaires - actions mené en 1994.

Nous franchissons aujourd'hui une nouvelle étape : la loi DDOEF du 2 juillet 1998 a autorisé l'Etat à mettre en oeuvre un accord d'échange salaires-actions pour les pilotes de la Compagnie. Ce dispositif, qui s'inspire des pratiques du secteur aérien, permet à la fois d'associer davantage les salariés à la gestion de leur entreprise et de réduire les coûts d'exploitation d'Air France.

L'échange salaires-actions avec les pilotes est un succès, puisque près de 79 % des intéressés ont accepté de manière volontaire de réduire leurs salaires pour devenir des actionnaires durables de leur entreprise. Leur participation au capital d'Air France, sur une base diluée, devrait être significative, c'est-à-dire environ 6,8 %.

Par ailleurs, le DDOEF autorise à porter de 10 à 15 % de la taille de l'opération l'offre réservée aux salariés de l'entreprise. Dans ce cadre, et compte tenu du succès que nous souhaitons à cette opération, du nombre de titres offerts au marché, et surtout de la forte demande attendue de salariés très attachés à leur entreprise, nous avons décidé avec J.C. Gayssot de porter à
15 % de l'opération de marché la part des titres réservés aux salariés d'Air France.

Tous éléments confondus, la part de salariés devrait donc atteindre de l'ordre de 15% du capital dilué d'Air France, plaçant cette entreprise au premier rang des grandes entreprises françaises pour l'actionnariat salarié.

4) Enfin, vous me permettrez d'insister sur une dernière caractéristique de cette opération. Il s'agit de la première introduction en Bourse réalisée sur la place financière de Paris en euros.

La fourchette de prix puis le prix définitif de l'opération ont été annoncés en euros. Le succès de la période de réservation témoigne ainsi de ce que l'euro est en train de devenir la monnaie des Français, et je pense notamment aux particuliers qui ont déterminé leur investissement en euros. Quant aux investisseurs institutionnels, l'intérêt très vif qu'ils ont manifesté pour l'opération tout au long de la période de pré-placement est un signe fort de l'attrait de la grande zone d'investissement qu'est la zone euro et, au sein d'elle, de la France.

Air France possède aujourd'hui tous les atouts pour faire jeu égal avec les plus grandes compagnies aériennes mondiales. La société est aujourd'hui redressée et dégage des résultats financiers satisfaisants. Les accords salariaux récents témoignent d'un engagement fort des personnels dans le devenir de leur entreprise. Air France peut également s'appuyer sur les aéroports de Paris et notamment sa plate-forme de Roissy dont le potentiel de développement est le plus important en Europe, et sur sa maîtrise du marché aérien domestique, comme le soulignera J.C. Gayssot.

Ceci permet à Air France de franchir une nouvelle étape. En tant qu'actionnaire majoritaire nous y resterons évidemment très attentifs.


QUESTIONS / REPONSES

1) Quelle est la cohérence des modalités de l'opération avec les orientations retenues en février 1998 ?

En février dernier, nous avions annoncé le principe d'une ouverture minoritaire du capital d'Air France, à hauteur d'environ 20 % du capital, et d'un échange salaires-actions avec les pilotes.

Ces orientations sont aujourd'hui mises en ¿uvre :

- 20 % du capital dilué d'Air France seront en effet cédés par l'Etat dans le cadre de cette opération, dont environ 17.7 % du capital dilué aux institutionnels et particuliers et 3,1 % réservés aux salariés de l'entreprise ;

- le DDOEF (juillet 1998) et l'accord signé avec les pilotes prévoient par ailleurs un échange salaires actions qui devrait permettre aux pilotes de détenir environ 6,8 % du capital. A l'issue de l'opération, après dilution du capital et attribution d'actions gratuites aux personnes physiques, aux salariés et aux pilotes, l'Etat devrait détenir in fine 53 % du capital de la Compagnie.


2) Quel est le calendrier de l'opération ?

L'offre à prix ferme (OPF) pour les particuliers s'ouvre demain, 10 février. Elle s'achèvera le 17 février. Au cours de cette période, les réservations passées par les particuliers deviendront définitives si elles ne sont pas révoquées avant le 15 février ; les particuliers qui n'ont pas réservé pourront passer des ordres d'achat irrévocables. La cotation des actions Air France devrait intervenir le 22 février prochain.


3) Comment évoluera dans les prochaines années la structure du capital d'Air France ?

Le capital d'Air France est composé actuellement d'environ 195 millions d'actions. Près de
25 millions d'actions nouvelles devraient être créées d'ici le premier janvier 2000 :

- en raison de l'exercice des bons de souscription d'actions (BSA) actuellement en circulation (exerçables jusqu'au 31 décembre 1999) ;

-et de la conversion d'obligations remboursables en actions (ORA), prévue au 1er janvier 2000. Le capital d'Air France devrait ainsi s'élever à 220,2 millions d'actions.

Dans ce cadre, ce sont au total 42.5 millions d'actions qui seront mises sur le marché, dont 35.9 millions cédées par l'Etat et 6.6 millions par les autres actionnaires du secteur public. Ces actions seront cédées pour moitié environ aux particuliers dans le cadre de l'OPF et pour l'autre moitié aux investisseurs institutionnels dans le cadre du PGG. A ceci s'ajoutent la part des pilotes (14.1 millions d'actions) et des salariés (6.3 millions d'actions). Si l'option accordée par l'Etat aux banques est exercée, le PGG sera augmenté au maximum de
3.2 millions d'actions.


4) Comment évoluera la part de l'Etat dans le capital d'Air France au cours des prochaines années ?

C'est donc 30.9 % du capital dilué (l'augmentation de capital et donc la dilution peuvent être considérées comme certaines) qui est cédé par l'Etat dont 18.7 % (après distribution d'actions gratuites in fine) aux particuliers et aux institutionnels, 5.4 % aux salariés et 6.8 % aux pilotes (après distribution d'actions gratuites in fine).

La part de l'Etat dans le capital d'Air France (aujourd'hui de 94 %) devrait donc descendre à environ 63 % à l'issue de l'opération, à 56 % environ au début de l'année 2000 (après dilution du capital) et 53 % in fine (après distribution des actions gratuites).


5) Que devient la participation actuelle des minoritaires publics ?

Le capital détenu par des actionnaires minoritaires publics représente environ 3,2 % du capital d'Air France (entre les mains notamment de la SNCF, de la Caisse des dépôts, de CDR, d'une filiale d'Air France ainsi que de nombreuses chambres de commerce et d'industrie). Ces actionnaires céderont aux côtés de l'Etat, dans le cadre du PGG, près de
5,8 millions d'actions au total.


6) Quelle est la valeur de l'entreprise ?

Dans la mesure où l'augmentation de capital peut être estimée comme presque certaine, il convient de calculer la valeur de la Compagnie sur la base du nombre d'actions après augmentation de capital (soit sur 220,2 millions d'actions). La valorisation retenue s'élève à 93,15 FF (14,2 euros), ce qui correspond à une valeur d'entreprise de 20,5 MdsF sur la base du capital dilué.


7) Pourquoi, et est-ce courant, avoir fixé le prix au plus haut de la fourchette ?

Sur la base des indications d'intérêts fournies par les investisseurs institutionnels au cours de la période de pré-placement, il est apparu possible et souhaitable de fixer le prix des actions pour les investisseurs institutionnels au plus haut de la fourchette de prix.

L'Etat a annoncé une fourchette de prix ; il est donc légitime qu'il l'utilise dans sa totalité s'agissant d'une opération ayant connu un important succès lors de la période de pré-placement. Il se trouve que c'est la première fois sur une opération de l'Etat que la borne haute de la fourchette est retenue, mais ceci n'a rien d'exceptionnel dans le cas d'ouverture du capital de sociétés privées.

Je vous rappelle que dans le passé, l'Etat a, en plusieurs occasions, retenu un prix sinon strictement égal du moins très proche du haut de fourchette : ainsi lors de l'introduction en bourse de France Telecom (prix PGG de 187 F pour un haut de fourchette de 190 F), lors de l'opération Bull conduite en avril 1997 (38 F contre 39 F), ou moins près de nous pour les opérations Renault (176 F contre 178 F) ou Seita (133 F contre 134 F).


8) Le prix d'Air France est-il suffisamment élevé?

1/ Ce débat sur le prix est traditionnel pour chaque ouverture du capital de sociétés publiques. Les analyses sont diverses sur ce sujet : je relève, par exemple, que la presse anglo-saxonne a considéré a contrario que la fourchette de prix était plutôt élevée au regard notamment des perspectives économiques générales du secteur " transport aérien " et de la situation relative d'Air France par rapport à ses principaux concurrents européens que sont notamment Lufthansa et British Airways.

2/ Le prix de l'action Air France n'est pas fixé ex nihilo mais est le résultat d'un travail de valorisation mené par les banques conseils de l'Etat et de la Compagnie qui ont une connaissance très fine de la réalité financière de la société. Il est également le fruit de la confrontation de l'offre et de la demande qui s'est exprimée depuis 10 jours au sein du livre d'ordres institutionnel. Il fait enfin l'objet d'une évaluation objective par la Commission des participations et des transferts qui a pu vérifier que le prix annoncé aujourd'hui préservait les intérêts patrimoniaux de l'Etat.

3/ Je vous rappelle enfin que l'Etat reste majoritaire dans la Compagnie. Comme tous les actionnaires d'Air France, l'Etat espère que l'action continuera de s'apprécier au fur et à mesure de son développement, de ses efforts d'économie, de la mise en place d'une alliance internationale forte. Pour le reste, je n'ai malheureusement pas de " boule de cristal " me permettant de prédire l 'évolution du cours pendant les semaines et les mois qui suivront l'introduction !


9) La valeur d'Air France est aujourd'hui proche de 20 MdsF alors que l'Etat a recapitalisé depuis 1994 la Compagnie de 20 MdsF. Faut-il en déduire que la Compagnie n'a pas augmenté de valeur depuis 1994?

1/ Les comparaisons entre 1994 et 1999 sont délicates : le contexte économique a changé, le contour de la société a évolué, les perspectives étaient différentes (un important effort de restructuration était en cours).

2/ Cependant, puisque vous me poussez à cet exercice, je vous livre les éléments suivants :

- en 1994, la Commission des participations et des transferts avait évalué l'ensemble Air France et Air France Europe pour un montant total d'environ 6 MdsF à un moment où la société avait déjà reçu une dotation en capital de 10 MdsF. Depuis cette date, 10 MdsF supplémentaires ont été apportés par l'actionnaire public. Il faut donc schématiquement comparer la valeur de 20 MdsF d'aujourd'hui avec une valeur de 16 MdsF en 1994 (10+6). La société a donc augmenté de valeur grâce aux efforts de redressements et de développement mis en oeuvre.

- La même comparaison entre la valeur de l'entreprise en 1994 et la valeur actuelle peut être effectuée plus simplement sur le prix de l'action : en 1994, il s'élevait à 78 F (prix d'exercice des bons de souscription d'actions distribués) ; aujourd'hui, il s'élève à 93,15 F. On retrouve bien là une augmentation de valeur.


10) Où en est la procédure d'aide d'Etat engagée par la Commission européenne ?

Nous avons toujours travaillé en liaison étroite avec la Commission européenne sur le dossier de la recapitalisation d'Air France. En juin dernier, le Tribunal de première instance des Communautés européennes a annulé la décision de la Commission autorisant la recapitalisation, pour des raisons de forme (un défaut de motivation). La Commission a alors immédiatement repris une décision, conforme aux attentes du Tribunal, confirmant son autorisation sur la recapitalisation d'Air France.


11) L'ouverture du capital d'Air France n'a-t-elle pas lieu au plus mauvais moment ? [le cours des entreprises du secteur aérien a fortement chuté depuis plusieurs mois (l'ouverture est donc trop tardive) et des rumeurs indiquent qu'Air France pourrait conclure un accord d'alliance dans quelques mois (l'ouverture est donc prématurée)]

1/ A posteriori, il est toujours facile de dire que la date optimale d'ouverture du capital était l'été 1998. Simplement, à l'été 1998, Air France n'était pas prêt : le mouvement social des pilotes a décalé les négociations sur l'actionnariat des pilotes et c'est à la fin du mois d'octobre que nous sommes parvenus à un accord équilibré, organisant sur le long terme les relations entre les pilotes et l'entreprise. Le taux de souscription élevé des pilotes au dispositif d'échange salaires-actions montre que nous avons eu raison d'être patients.

2/ Il était inutile d'attendre davantage au motif d'évolutions potentielles sur les alliances. D'une part, Air France dispose d'un réseau qui s'étend à 27 compagnies avec lesquelles la compagnie a mis en oeuvre des accords de coopérations. D'autre part, Air France a annoncé qu'elle souhaitait franchir un pas supplémentaire en rentrant dans une alliance globale. Les rumeurs entendues ces jours derniers sont donc naturelles à partir du moment où Air France a indiqué ces intentions, mais il n'y a pas de sens à spéculer davantage sur le calendrier des négociations que mène la direction d'Air France.


12) Quelle sera la participation des salariés au capital de l'entreprise ?

Les salariés détiendront de l'ordre de 15 % du capital de leur entreprise, compte tenu des actions et des bons de souscription qu'ils détiennent déjà, de l'offre réservée aux salariés - qui a été étendue à 15 % de l'opération de marché par une disposition de la loi DDOEF de juillet 1998 - et de l'échange salaires-actions avec les pilotes.


13) Quel montant de recettes budgétaires attendez-vous de l'opération ?

L'ensemble de l'opération devrait rapporter près de 4 MdsF.


14) Quelles seront les règles de réduction appliquées aux particuliers compte tenu de la sursouscription ?

Comme d'habitude, je déciderai des modalités de réduction à l'issue de la centralisation de l'OPF, qui interviendra en toute fin de semaine prochaine.

Les modalités pratiques de réduction sont bien connues : un nombre fixe d'actions sera alloué à chaque particulier ayant souscrit à l'OPF, puis au-delà de ce nombre l'allocation sera déterminée de façon proportionnelle à la demande de chaque souscripteur, le tout jusqu'à épuisement des titres offerts. Ce mécanisme sera naturellement adapté de façon à respecter la priorité d'allocation revenant aux réservations, qui devront être au moins deux fois mieux servies que les ordres passés dans l'OPF.


15) L'échange salaires-actions était-il particulièrement avantageux pour les pilotes ?

Comme le prévoit la loi, la Commission des participations et des transferts a vérifié que l'augmentation de la valeur de la participation de l'Etat dans l'entreprise due aux économies de salaires des pilotes est au moins égale à la contre-valeur des actions cédées aux pilotes. D'un point de vue patrimonial, l'Etat a donc bénéficié de cet échange salaires-actions, à l'instar d'autres actionnaires de compagnies aériennes ayant opté pour ce type de dispositif, et ses intérêts ont été préservés.

(Source http://www.finances.gouv.fr)

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