Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur la politique spatiale de la France, Paris le 25 novembre 1998. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Alain Richard, ministre de la défense, sur la politique spatiale de la France, Paris le 25 novembre 1998.

Personnalité, fonction : RICHARD Alain.

FRANCE. Ministre de la défense

Circonstances : Visite de M. Richard au Centre national d'Etudes spatiales, à Paris le 25 novembre 1998

ti : 1. L'espace est un enjeu fondamental pour la nation.

L'espace est à de nombreux égards un enjeu fondamental pour la nation. Je rappellerai d'abord que l'effort spatial français est initialement issu d'une volonté d'indépendance nationale et d'un impératif de souveraineté : très tôt, il était apparu que la France et l'Europe ne pouvaient tenir leur rang qu'en maîtrisant l'espace.

Avec le développement de ce qu'il est convenu d'appeler la société de l'information, les activités spatiales revêtent une importance croissante car elles jouent un rôle multiplicateur dans l'acquisition et la diffusion des connaissances. Les programmes spatiaux offrent en effet des vecteurs puissants de connaissance et d'information, dont je rappellerais quelques exemples : information économique et culturelle, information géographique et stratégique grâce aux satellites d'observation, information de positionnement grâce aux systèmes spatiaux de navigation, etc.

Aujourd'hui l'effort spatial est engagé dans une ère résolument nouvelle, où les enjeux commerciaux et économiques s'ajoutent aux objectifs proprement politiques et technologiques :

- les télécommunications spatiales représentent déjà un marché commercial solidement établi et des opérateurs privés ont consenti des investissements considérables dans des constellations de petits satellites permettant la transmission d'un très grand nombre de données partout dans le monde,

- la navigation par satellite qui permet d'obtenir un positionnement très précis en tout point de la planète au moyen d'un récepteur comparable à un récepteur téléphonique ouvre la voie au développement de services à forte valeur ajoutée et donc à un marché considérable. Ces services vont continuer à révolutionner la vie de nos sociétés dans un grand nombre de domaines : les transports bien entendu mais également l'industrie automobile, le bâtiment, l'agriculture, etc.

- l'observation de la Terre et l'utilisation des photographies spatiales autorise une appréhension globale de notre environnement, utile par exemple aux plans d'aménagement des sols des collectivités locales. La météorologie est un autre exemple où le satellite permet une permanence d'observation et une prédiction particulièrement précieuses à de nombreuses activités économiques.

La maîtrise des technologies spatiales est donc bien un enjeu fondamental et ouvre des perspectives d'activités nouvelles pour notre pays, potentiellement riches en innovation et en créations d'emplois.


2. Le contexte de l'aventure spatial connaît une évolution importante, source de nouveaux défis.

Notre histoire spatiale puise ses succès dans l'excellence technologique des acteurs français, dont fait naturellement partie le CNES, et dans une volonté politique qui ne s'est pas démentie depuis le début des années 60, lorsque le Général de Gaulle engagea la France dans la conquête de l'espace et créa le Centre National d'Etudes Spatiales.

La volonté politique s'est encore exprimée quand, en 1963, les pouvoirs publics décidèrent de constituer, dans la région de Toulouse, un pôle décentralisé qui allait devenir l'un des principaux points d'ancrage des compétences européennes dans le domaine spatial. C'est en effet autour de ce vivier scientifique et technique que se sont constituées les bases de notre industrie dans le domaine des satellites, grâce notamment aux équipes du CNES. Avec près de 20 % des emplois européens dans ce secteur, Toulouse est devenue la capitale européenne de l'espace. Il y a là le signe d'une politique d'aménagement du territoire réussie.

L'industrie spatiale connaît aujourd'hui de profondes évolutions.

Certains marchés, comme celui des télécommunications, développent une dynamique propre. Nous sommes par conséquent en train de passer, dans certains domaines, d'une industrie "de souveraineté", largement liée aux grands programmes publics, à une industrie commerciale, opérant sur des marchés concurrentiels. Les industriels français, et je pense en particulier à Alcatel Space, Matra et Aérospatiale, opèrent avec succès sur des marchés mondiaux, où ils concurrencent les plus grands groupes industriels américains.

L'Etat devrait-il pour autant se désengager de l'activité spatiale pour laisser la place à la seule initiative privée ? Je suis pour ma part persuadé du contraire. Il suffit pour s'en convaincre de regarder l'effort public considérable que maintiennent les Etats-Unis dans ce secteur.

Notre action, qui fut souvent d'inspiration nationale, doit en revanche s'inscrire à l'avenir dans un cadre résolument européen. Nous devons encourager toutes les évolutions en ce sens, en particulier au niveau de l'Agence Spatiale Européenne. Nous disposons en France de compétences remarquables, au sein du CNES comme je l'ai déjà dit ainsi qu'au sein des groupes industriels ; ces compétences doivent nous permettre de jouer un rôle moteur dans l'évolution européenne et d'aborder les nécessaires adaptations avec confiance et sérénité.

La dimension européenne doit également nous permettre de surmonter plus aisément les contraintes budgétaires qui s'imposent au domaine spatial comme à l'ensemble des politiques publiques et qui sont sans doute plus fortes aujourd'hui que dans les années soixante. Je sais que le CNES est conscient de la nécessité d'optimiser les fonds publics consacrés à l'espace. A cet égard, je me félicite que le CNES ait pris l'initiative d'élaborer un plan stratégique, qui sera soumis à ses tutelles, et qui permettra de donner, dans la durée, un cadre cohérent et optimisé aux programmes spatiaux, civils et militaires, et de valider l'adéquation de cette programmation avec les ressources financières disponibles.


3. La politique spatiale militaire, dont je souhaiterais dire ici quelques mots, intègre la dimension européenne.

Tout d'abord, l'espace est un domaine dual par excellence puisque les mêmes applications mettant en jeu les mêmes technologies peuvent être utilisées à des fins civiles ou militaires.

Cependant, dans le cadre de cette activité duale, la Défense a des besoins particuliers qui justifient une contribution spécifique à l'effort spatial français. Ainsi, outre le rôle de tutelle qu'exerce le ministère de la défense sur le CNES conjointement avec le ministère de l'éducation nationale, de la recherche, et de la technologie, le ministère de la défense est un utilisateur important des moyens spatiaux, et ses besoins, liés à la maîtrise de l'information ne sont pas seulement stratégiques, ils sont aussi opérationnels pour les forces armées.

La Défense fournit donc un effort important dans le domaine spatial en relation avec ses besoins propres, avec ses priorités, que sont les télécommunications et l'observation par satellites.

Cet effort a depuis son origine été conduit en synergie avec les programmes civils. Cette synergie unique en son genre a été exemplaire à bien des égards. Elle a abouti notamment à de substantielles économies dans les développements du programme civil Spot et du programme militaire Hélios.

La révolution technologique dans laquelle nous sommes engagés, particulièrement dans le domaine des satellites, nous impose plus encore qu'hier de poursuivre et de renforcer cette synergie et de dépasser le cadre des synergies technologiques pour envisager le cadre des synergies des services entre filières civiles et militaires. Pour cela, il conviendra de consolider et d'optimiser encore les programmations militaires et civiles et de faire preuve ainsi d'encore plus de clarté dans nos objectifs et d'efficacité dans nos investissements.

La Défense s'y prépare à travers deux orientations qui traversent l'ensemble de nos actions : le renforcement des activités duales et un souci affirmé de transparence et d'efficacité dans les investissements financiers.

Dans cet esprit, au titre de son budget pour l'année 1999, la Défense contribue au financement de ses programmes spatiaux militaires à hauteur de 2,5 milliards de francs d'investissements dans l'industrie. Cet investissement porte sur les domaines jugés prioritaires à l'issue de la revue des programmes conduite l'année passée. C'est-à-dire d'une part la poursuite des programmes de télécommunication Syracuse III et d'observation Hélios II, qui viendront assurer la continuité de service aux forces armées et d'autre part la poursuite des travaux d'études pour préparer la nouvelle génération de satellites.

La Défense contribue également au financement de la recherche duale dans le domaine spatial, de façon très substantielle, à hauteur de 900 MF dans le cadre du Budget Coordonné de Recherche et de Développement. J'accorde une grande priorité à cet investissement. Je souhaite, et Claude Allègre avec qui je m'en entretiens souvent partage cet objectif, que nous puissions démontrer en détail l'efficacité de ces crédits consacrés à la recherche et développement duale.


Conclusion.

J'ai évoqué, sans doute trop rapidement, les perspectives de notre politique spatiale. Vous l'avez compris, je souhaite que Ministère de la défense y prenne toute sa part. J'ai confiance dans les acteurs de ce secteur, et en particulier dans les équipes du CNES, pour relever les défis qui nous attendent et conforter la place de la France au sein d'une Europe disposant d'une réelle autonomie dans le domaine spatial.

Je vous remercie de votre attention. Je suis prêt à répondre, si vous le souhaitez, à toutes vos questions.

(source http://www.defense.gouv.fr, le 17 septembre 2001)

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