Interviews de MM. François Bayrou (UDF), François Hollande (PS), Robert Hue (PCF), Alain Madelin (DL) et Philippe Séguin (RPR), dans "Le Monde" le 24 février 1999, sur l'avenir du système des retraites par répartition, les projections du Commissariat général du Plan, l'instauration d'un fonds de réserve, les pistes de réformes telles la retraite progressive, les régimes spéciaux et les fonds de pension. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews de MM. François Bayrou (UDF), François Hollande (PS), Robert Hue (PCF), Alain Madelin (DL) et Philippe Séguin (RPR), dans "Le Monde" le 24 février 1999, sur l'avenir du système des retraites par répartition, les projections du Commissariat général du Plan, l'instauration d'un fonds de réserve, les pistes de réformes telles la retraite progressive, les régimes spéciaux et les fonds de pension.

Personnalité, fonction : BAYROU François, HOLLANDE François, HUE Robert, MADELIN Alain, SEGUIN Philippe, BEZAT Jean- michel, MAUDUIT Laurent.

FRANCE. UDF, président; FRANCE. PS, premier secrétaire; FRANCE. PCF, secrétaire national; FRANCE. Démocratie libérale, président;FRANCE. Mouvement Idées action, président; FRANCE. RPR, président

Circonstances : Réunion des partenaires sociaux avec le commissaire au Plan, Jean-Michel Charpin, rapporteur de la mission sur la réforme des retraites, à Paris le 25 février 1999

ti : Le Monde : Que pensez-vous des projections établies par le Commissariat général du Plan ?

Alain Madelin : Pendant trop longtemps, on a pratiqué la politique de l'Autruche, refusé de regarder les réalités de nos régimes de retraites en face. Les projections du commissariat général du Plan ne m'apprennent rien de fondamental. Elles ne font que confirmer ce que, pour ma part, je dis depuis des années. Depuis plus de vingt ans, un nombre considérable de rapports et de livres blancs ont dressé un diagnostic clair et précis sur l'avenir de nos systèmes de retraite. Le problème n'est plus de commenter les rapports mais d'en tirer les conséquences.

LM : Parmi les différentes pistes de réforme possible (modification des règles concernant l'âge du départ à la retraite, modification des règles de calcul des pensions, augmentation des cotisations, etc...) laquelle privilégiez-vous ?

AM : Face à la gravité de la situation, il n'y a pas de potion magique ni de remède unique pour sauver nos retraites. Et il faudra nécessairement combiner l'allongement des durées de cotisations, la modification des règles de calcul des pensions, la création d'un marché du travail pour les travailleurs plus âgés qui sont aujourd'hui mis à la retraite du jour au lendemain à 60 ans, voire 55 ou 50 ans, et se trouvent brutalement exclus de toute activité professionnelle sans l'avoir souhaité pour un certain nombre d'entre eux. Il faut aussi, évidemment, se donner les moyen d'augmenter la population active, notamment au travers dune croissance plus forte. En ce qui concerne les solutions à plus long terme, il faut mettre en oeuvre dès maintenant des fonds de pensions et des systèmes de retraites complémentaires et se poser la question de notre démographie.

LM : La loi de financement de la sécurité sociale pour 1999 a instauré un fond de garantie des retraites, dans lequel 2 milliards de francs ont été versés. Approuvez-vous cette décision ? Le cas échéant, faut-il fortement majorer les versements à ce fonds, et jusqu'à quel niveau ? Comment ce fonds devrait-il être alimenté : par des recettes de privatisations, par une sur-cotisation ?

AM : En 1992, la question sétait déjà posée et javais approuvé la proposition de Pierre Bérégovoy de créer un fond de lissage des retraites alimenté par les recettes des privatisation. Je reste favorable à cette idée mais le fond de garantie des retraites créé par le gouvernement Jospin et la modestie des sommes qui y ont été affectée ne sont pas à la hauteur des enjeux. C'est pourquoi j'ai proposé que l'on engage sur plusieurs années la privatisation d'un certain nombre de grandes entreprises publiques, à commencer par EDF, dont une part importante des recettes de privatisation pourraient être affectées à un fond de garantie.

LM : Le système français des retraites est assis sur des régimes dune extrême diversité. Dans un souci d'équité, faut-il envisager des mesures de portée générale, ou bien des mesures adaptées à chaque régime? Faut-il prendre, en urgence, des premières mesures pour les régimes les plus menacés (régimes spéciaux, etc...) ?

AM : Il ne serait pas raisonnable d'envisager une sorte de grand soir des régimes de retraites. Je suis partisan de prendre des mesures adaptées à chaque régime, mais ceci doit se faire dans un souci déquité en proportionnant leffort demandé aux uns et aux autres. En 1993, Edouard Balladur, qui est le seul à avoir engagé une véritable réforme en matière de retraite, a porté la durée minimale de cotisation, pour ce qui concerne le régime général, de 37,5 ans à 40, et a modifié le montant des pensions calculé désormais sur la base des 25 meilleurs années (au lieu de 10 précédemment). Je pense qu'un effort de même importance devrait être demandé aux salariés du secteur public. S'agissant des régimes spéciaux et des avantages particuliers qu'ils comportent, il faut avoir le courage de certaines remises en cause, même s'il faut procéder avec discernement et prudence. En effet, les avantages acquis de ces régimes résultent de conventions et d'engagement contractuels passés; et les salariés qui ont pu en bénéficier ont fait des choix de carrière et des projets de vie en fonction de ces avantages. On ne saurait donc les remettre en question brutalement. Dautant que certains de ces avantages correspondent par exemple à l'exécution de travaux pénibles qui méritent que l'on parte plus tôt à la retraite.

Cependant il est légitime de demander à ces salariés proportionnellement les mêmes efforts quà tous les autres salariés tout comme il est possible de renégocier ces avantages. Dans telle entreprise publique, par exemple, on pourra troquer tel avantage contre une participation au capital de lentreprise. Enfin, lorsque ces avantages ne sont manifestement pas soutenable pour l'avenir, il est urgent d'en alléger la charge en modifiant les termes des contrats pour les nouveaux entrants dans lentreprises.

LM : Faut-il avancer vers des fonds de pension, et à quelles conditions ?

AM : Cela fait plus de vingt ans que je propose que l'on instaure de tels fonds de pension en France. Mais après plusieurs décennies d'immobilisme, il faut clairement dire aujourd'hui que les fonds de pension ne constituent pas une solution aux graves déséquilibres que connaîtront nos régimes de retraite à l'horizon de 2005. Au milieu des années 80, je me souviens avoir proposé que l'on engage un mouvement massif de privatisations et que l'on affecte le capital des entreprises publiques privatisées à l'amorce de fonds de retraite par capitalisation, les fonds de pension. Il s'agissait dans mon esprit de rendre ces entreprises publiques, financées par largent des Français, à tous les Français, pour leur permettre de préparer de meilleures retraites. Si l'on avait suivi cette voie à l'époque, les problèmes soulevés à l'horizon de 2005 ne se poseraient plus aujourd'hui.

Cela étant, les déséquilibres de nos retraites étant appelés à se prolonger pendant plusieurs décennies, il reste nécessaire et urgent aujourd'hui de créer à notre tour de tels fonds de pension, comme cela se fait partout en Europe et dans le monde. Je suis partisan des formules les plus souples et les plus libérales. Le travail va profondément se modifier dans les prochaines années et les droits à la retraites que les salariés pouvaient acquérir avec de tels fonds de retraites par capitalisation doivent être aisément portables et transportables d'une entreprise à une autre, d'une forme de travail à une autre, d'un travail salariés à un travail indépendant.


(source http://www.demlib.com, le 7 février 2001)

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