Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les initiatives des PME en matière de coopération et de concurrence, d'innovation et de rassemblements en "districts technologiques" appelés "initiatives villageoises", Paris le 23 mars 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Laurent Fabius, président de l'Assemblée nationale, sur les initiatives des PME en matière de coopération et de concurrence, d'innovation et de rassemblements en "districts technologiques" appelés "initiatives villageoises", Paris le 23 mars 1999.

Personnalité, fonction : FABIUS Laurent.

FRANCE. Assemblée nationale, président;FRANCE. PS

Circonstances : Ouverture du colloque des "Villages à la conquête du Monde" à l'Assemblée nationale le 23 mars 1999

ti : Mesdames, Messieurs,

Je veux d¿abord saluer les Conseillers du Commerce Extérieur, « anges gardiens » de nos exportations qui ont inscrit cette manifestation parmi celles qui marquent leur centenaire et leur dire qu¿ils portent bien leur siècle. L¿alliance de la technologie et de la mondialisation qu¿incarnent les « villages d¿entreprises » symbolise d¿une certaine façon l¿évolution de leur mission.

Les ingrédients de la réussite de ces initiatives « villageoises » ont souvent été analysés. Spécialisation sur une seule gamme de produits, processus de production intégré, où chaque PME pratique la coopération et la concurrence, communauté locale partageant un système de valeurs homogène, aptitude au changement et à l'innovation, extrême mobilité des salariés : c¿est pourquoi, à ces districts technologiques qui rassemblent des PME d¿un même secteur d¿activités, d¿une même zone géographique, la DATAR porte désormais une attention offensive. C¿est en effet avec les PME qui naissent aujourd¿hui, que le futur de notre économie se joue. Un salarié sur 5 travaille dans une entreprise créée ou reprise voici moins de 5 ans. Demain, elles peuvent faire reculer le chômage. Dans dix ans certaines seront leader sur leur marché et pousseront en avant nos exportations.

En attendant, leur internationalisation n¿est pas encore à la hauteur des succès de nos firmes sur les marchés mondiaux. Certes, les entreprises de moins de 500 salariés fournissent près de la moitié de nos exportations. Mais ce pourcentage est pour partie illusoire. Les 3/4 sont imputables en réalité à des filiales, françaises ou étrangères, de grands groupes. Les « véritables » PME-PMI ne contribuent qu'au quart des exportations de marchandises et cette part a baissé par rapport aux années quatre-vingt. De même, si les PME contribuent pour plus du tiers aux exportations relevant des activités commerciales, elles n'occupent qu¿un peu plus de 15 %, dans les industrielles. On cite souvent le chiffre de 100.000 PME exportatrices. Pour l¿OCDE, il n¿y en a que 3.000 de réellement « mondialisées ». C¿est pourquoi il faut redoubler d¿efforts.

Car avec la mondialisation, la compétitivité des entreprises appelle des stratégies qui ne soient plus uniquement individuelles. L¿enjeu des « villages high tech » est clair : additionner la souplesse de petites sociétés et la synergie née de leur regroupement, afin qu¿elles cumulent les avantages des petites et des grandes entreprises, atteignent une taille critique, soient présentes sur les marchés, jouent de leur notoriété collective, disposent de références techniques, voire de sous-traitants communs. Sur ce schéma, de nombreuses fonctions indispensables à l¿international peuvent être mises en commun par des entreprises fonctionnant en réseau.

Il faut donc en encourager la création et élargir, au-delà de la production industrielle, les secteurs où ces « villages » apparaissent. Par exemple, dans ma région, la Haute Normandie, deux sites pilotes ont été retenus, la pharmacie au Vaudreuil et le flaconnage verrier dans la vallée de la Bresle. Mais on pourrait aussi multiplier les projets avec une « molécule valley », autour d¿Elbeuf, un district industriel « logistique » dans l'agglomération rouennaise ou industrialo-portuaire au Havre, autour de Port 2000. A l¿échelle nationale, les projets retenus par la DATAR représentent de l¿ordre de 200.000 emplois à préserver ou développer. Les contrats de plan en cours d¿élaboration devront les prendre en compte, afin de bénéficier d¿aides spécifiques ou que la politique d'équipements publics en tire les conséquences : réseaux de transports marchandises, politique de formation initiale et professionnelle.

La complexité excessive est un handicap. Le Parlement a sa part de responsabilité. Combien de textes législatifs sont en vigueur, combien se contredisent ? Interrogez un législateur, il n¿en saura probablement rien. Il serait utile que les procédures administratives liées à la création ou à l'extension d'entreprises soient, dans ces « villages », simplifiées, accélérées, standardisées. Un même effort pourrait être accompli pour les aides à l¿internationalisation et à la prospection sur les marchés étrangers. Elles ne profitent pas assez à ceux auxquelles elles sont initialement destinées. Des démarches complexes, la PME qui doit souvent agir dans l'urgence, investir dans des machines, constituer au plus vite un fonds de roulement, augmenter son nombre de clients, n¿a pas de temps à y consacrer. Banques, organismes consulaires, services de l¿Etat, agences d'aide et de conseil, il faut coordonner l'ensemble des acteurs pour que l'entrepreneur sache à qui s'adresser sans perdre de temps, organiser des partenariats, mettre en réseaux les différents interlocuteurs, trouver des tuteurs, aller vers le guichet unique : on répète la nécessité de la simplification depuis 15 ans. Il serait bon qu¿on en fasse une priorité effective du pays. Cela ne coûte rien et peut rapporter beaucoup.

Un mot sur les NTIC qui brisent les hiérarchies, les isolements. Redistribution des informations, partage des connaissances, ce sont les éléments de la nouvelle économie. L¿accès à des infrastructures de communication à haut débit est un facteur de plus en plus déterminant de la localisation de l¿activité économique. Il neutralise l¿éloignement des centres de décision et permet de s¿affranchir de certaines contraintes géographiques dans l¿implantation des entreprises. Pourquoi à cet égard ne pas nous inspirer de ce qui fonctionne bien chez nos voisins d¿Outre-Atlantique ? Nous devrons créer des centres de ressources informatiques qui mettent à la disposition des PME des moyens en matériel, logiciel, accès au réseau Internet, disposant de compétences techniques et donnant les conseils nécessaires à leur meilleure utilisation.

Mais, par delà toutes ces mesures utiles et ponctuelles, la réussite des villages d'entreprises dépendra de notre capacité à conduire une politique économique plus favorable aux PME, car c'est là que réside, et pour longtemps, le principal gisement de création d'emplois. Oui, il faut baisser les charges sociales qui pèsent sur les salaires modestes et éviter de pénaliser les entreprises de main d'¿uvre. Oui, il faut que la deuxième loi sur les 35 heures concrétise la nécessaire remise en cohérence entre le financement de la protection sociale et la priorité donnée à l'emploi. Oui, je souhaite que la prochaine loi de finances abaisse la TVA sur les activités à forte intensité de main d'¿uvre, maintenant que la réglementation européenne, à la demande de la France, en a ouvert la possibilité. Nous ne devons pas nous endormir sur les succès déjà acquis. Nous devons, avec vous tous, aider les villages à partir à la conquête du monde afin d¿aider la France à gagner la bataille de croissance et de l¿emploi. Merci.


(Source http://www.assemblee-nationale.fr, le 24 mars 1999)

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