Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur l'enseignement professionnel du lycée à la licence professionnalisée, notamment le brevet de technicien supérieur mention "Assistant de gestion PME PMI", Paris le 18 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Claude Allègre, ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, sur l'enseignement professionnel du lycée à la licence professionnalisée, notamment le brevet de technicien supérieur mention "Assistant de gestion PME PMI", Paris le 18 mai 1999.

Personnalité, fonction : ALLEGRE Claude.

FRANCE. Ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie

Circonstances : Intervention de M. Allègre devant la commission CGPME - Association "Université - Entreprise", à Paris le 18 mai 1999

ti : Je vous dis d'abord ma satisfaction pour le travail effectué depuis de nombreuses années et notamment depuis 1990, avec la mise en place de la Commission CGPME - Association " Université-Entreprise ". Cette collaboration a été exemplaire. Vous avez choisi de célébrer aujourd'hui le Brevet de Technicien Supérieur " Assistant de Gestion PME/PMI " dans lequel 13 000 étudiants sont engagés. Vous avez également choisi d'honorer la Maîtrise Universitaire d'Administration, pour Assistant de chef d'entreprise, dans un IUP. Vous savez peut-être que j'ai créé les IUP lorsque j'étais conseiller spécial de Lionel Jospin et j'y suis particulièrement attaché. Vous avez évoqué tout cela avec un souci, dans le dernier cas, d'un aménagement du territoire puisque qu'il y en a à Valenciennes, Tours, Nanterre, Lyon, Pointe-à-Pitre, Clermont-Ferrand, Evry. Vous avez ainsi fait preuve d'un sens des responsabilités remarquable, en partenariat avec l'Education Nationale. Vous êtes impliqués dans divers organismes : la Commission Consultative IUT/IUP, les Commissions Professionnelles Consultatives, les Commissions Pédagogiques Nationales, la Commission du Titre d'Ingénieur et en 1998, grâce à vous, a été créé l'Institut européen PME-PMI à l'IUP de l'Université de Clermont-Ferrand. Vous avez montré la voie d'un partenariat fructueux qui ne demande qu'à s'épanouir.
Je vais vous parler des mesures prises et de celles que nous sommes en train de prendre, à la fois sur la réforme de l'enseignement et sur celle de la recherche et de la technologie. Je vais vous donner des statistiques exactes sur le contrôle des militaires pendant les deux jours. Je recevais hier le général Fassier, qui est responsable de cette question. A 18 ans, 11% des jeunes qui sortent du système éducatif ont des difficultés de lecture. Et il y a 3,5% d'illettrés. En partenariat avec des fondations d'entreprises, en utilisant des cadres d'entreprise, des militaires et des enseignants à la retraite, nous allons faire une grande fondation avec le général Fassier pour faire de la remédiation : de ces 3,5% d'abord, puis des 11% de jeunes dont je parlais précédemment. Ce qui est remarquable dans l'étude militaire, c'est que sur ces 11% qui ont des difficultés de lecture, il n'y en a que 1% qui accepte une remédiation venant de l'école. Les autres refusent catégoriquement cette voie. La seule voie qu'ils acceptent, c'est celle qui se fait en partenariat avec des entreprises. Ils veulent bien rattraper leur retard dans le cadre d'un début d'insertion. C'est à la fois une condamnation très dure de l'Education Nationale et en même temps un hommage de l'attraction qu'ont les entreprises sur ces jeunes. Nous avons besoin de travailler ensemble sur ces domaines.

Pendant des années, nous avons vécu dans ce pays avec un débat complètement idiot qui consistait à opposer culture générale et formation professionnelle. C'est un débat ridicule et dépassé. Il faut que toute personne sortant du système éducatif ait à la fois une culture générale et une formation professionnelle. Sans culture générale de base, les reconversions ne sont pas possibles. Et sans formation professionnelle, l'entrée dans le monde du travail n'est pas possible. Il faut qu'entre un Lycée Général et un Lycée Professionnel, la proportion de formation générale et professionnelle soit différente et qu'elle existe partout. Ca veut dire que dans les lycées généraux, il faut que tout le monde sache écrire une lettre, faire un rapport, lire un tableau de chiffres, un certain nombre de données de base qui sont valables partout. Et ça veut dire inversement que dans les lycées professionnels, on peut avoir droit à un enseignement de musique ou de littérature. Il faut avoir cet équilibre et c'est là l'esprit de cette réforme.

Je vais vous parler plus particulièrement de l'enseignement professionnel intégré, plus que d'enseignement en alternance. Dans l'enseignement professionnel intégré, nous voulons que l'ensemble des lycées professionnels soit impliqué, y compris les enseignants, qui doivent être en contact avec les entreprises pour rester opérationnels. Autrement dit, des relations non pas de contiguïté mais de continuité. Là-dedans, nous avons l'aide à l'élève et celle des éducateurs. Ces aides-éducateurs qui auront une solide formation de 5 ans, je ne souhaite pas en faire des fonctionnaires. Ce serait un vivier pour l'embauche des entreprises, notamment au sein des lycées professionnels.

Je crois que l'orientation se fait au collège. La raison pour laquelle on oriente les élèves en négatif vers l'enseignement professionnel, c'est cet intellectualisme français qui considère que tout ce qui n'est pas ésotérique et dénué de tout rapport avec la réalité prime sur le reste. Confère les mathématiques pures et les mathématiques appliquées. Par ailleurs, les enseignants de collège n'ont aucune culture technologique. L'une des choses essentielles maintenant est de faire en sorte que les gens qui vont orienter les élèves aient une culture technologique, même si cela est difficile. Nous le ferons dans le cadre des IUFM. Et pourquoi ne pas instituer un stage en entreprise obligatoire dans la formation des enseignants, ce qui changera le système de relations.

Sur la mise en place de la mission Education-Economie-Emploi, nous souhaitons adapter qualitativement et quantitativement les formations à l'emploi. Nous constatons aujourd'hui que près de 10% des places en IUT et en BTS ne sont pas pourvues. Par ailleurs, dans certains secteurs tels que la mécanique, l'électrotechnique, l'électronique et l'hôtellerie, il y a une demande sans qu'il n'y ait en face de formation. Nous voulons faire cela en liaison avec le Ministère de l'Emploi et celui de l'Economie et des Finances pour donner une sorte de panorama des formations. Les discussions devront se faire au niveau de chaque Académie car je ne crois pas au gouvernement pas le haut pour ce genre d'adaptation. La CGPME sera dans le Conseil qui va diriger l'ensemble de cette mission Education-Economie-Emploi.

Sur l'harmonisation européenne, il y aura une prochaine réunion à Bologne. 30 pays européens nous ont suivi dans cette idée. Il s'agit d'une harmonisation et non d'une uniformisation européenne. Dans le passé, toutes les tentatives de fabriquer des diplômes uniques européens se sont soldées par un échec, parce que chacun a ses particularités et veut les garder. En fait, il s'agit de trouver des niveaux passerelles qui sont reconnus et qui permettent le passage d'un pays à un autre et de valider les études faites dans un autre pays. Pour la France, nous avons choisi deux niveaux : pré-licence et mastère. Le mastère sera le même partout en Europe. Nous allons pouvoir introduire le mastère dans les grandes écoles et le faire entrer dans le circuit diplômant européen. Nous allons ainsi permettre un rapprochement Universités/grandes écoles et à l'inverse, au niveau licence, il y aura des concours sur titre qui se feront pour l'entrée aux grandes écoles. Nous avons donc assoupli notre système. Le niveau Bac + 3 va concerner la mise en place de la licence professionnalisée. J'ai souhaité que l'espace européen que nous ouvrons ne soit pas réservé aux seuls étudiants des Universités, mais que les diplômes d'écoles d'ingénieurs et de Commerce puissent voir leurs diplômes reconnus à l'étranger. De même, j'ai souhaité que les titulaires d'un DUT ou d'un BTS puissent, soit par une poursuite d'études immédiate, soit par le biais de la formation continue et de la validation des acquis professionnels, atteindre ce niveau de référence européen. C'est en effet le sens initial de notre démarche. Mais depuis un an que nous discutons tous ensemble, les Organisations Professionnelles, le Ministère, les Universités, je pense qu'est née l'idée que ce nouveau diplôme est une nécessité, car il répond à un vrai besoin de nos entreprises. Vous avez d'ailleurs donné un avis positif sur un projet de cahier des charges de cette licence et je m'en réjouis. Nous allons ensemble permettre aux titulaires du diplôme à Bac + 2 professionnalisant d'élargir leurs compétences par le biais de ces formations. Nous allons donner une formation professionnelle en un an aux diplômés d'un DEUG qui souhaitent sortir de l'Université et entrer dans le monde du travail. Par conséquent, nous ne supprimons aucun des diplômes existants : ni DUT, ni BTS.

Pour certains, nous pouvons aller jusqu'à la licence professionnalisée.
C'est ensemble que nous créerons le diplôme national. Nous en prenons le principe cette année. Puis, nous nous donnons un an avec des discussions branche par branche, secteur par secteur, pour le mettre en place à la rentrée de l'an prochain.
L'année dernière, nous avons fait un premier concours sur la formation continue. 13 universités ont été primées. La première condition est qu'elles soient ouvertes 12 mois sur 12, ce qui est quand même une révolution dans ce pays, et de décerner tous les diplômes en formation initiale ou continue en utilisant la validation diplômante des acquis professionnels.
La recherche distribuée ou l'aide à la recherche : dans le plan U3M de l'aménagement du territoire et qui est pour les PME-PMI, ce sont les plates-formes technologiques. Dans les lycées professionnels, dans les IUT, dans les BTS, dans les filières techniques des Universités, il y a d'abord des équipements extrêmement sophistiqués qui ne servent malheureusement au mieux que pendant un tiers de la durée de l'année. Il faudrait que ces équipements puissent être utilisés par les PME-PMI qui en font la demande. Mais plus généralement, nous voudrions monter autour de ces équipements une infrastructure de recherche sur des sujets concrets. Nous allons installer des plate formes technologiques un peu partout en France. Il y a beaucoup de potentialités de recherche qui pourraient être exploitées si les liens avec les entreprises locales se faisaient convenablement. L'aspect juridique est également très important.

Le 3 juin, je présenterai à l'Assemblée Nationale, après l'avoir fait passer au Sénat, la loi sur l'Innovation, qui est une loi importante parce qu'elle donne l'autorisation aux chercheurs, aux enseignants chercheurs et aux enseignants des lycées professionnels de pouvoir aller travailler pendant un certain nombre d'années dans les entreprises ; de pouvoir conseiller les entreprises ; de pouvoir être membre du Conseil d'Administration, alors que c'est interdit aujourd'hui ; de pouvoir faire de la consultance sans perdre le statut de fonctionnaire. Ils pourront être détachés pendant six ans ou créer une entreprise, tout en préservant leur statut. Cela va permettre aux Universités et aux grands organismes de recherche d'avoir des relations contractuelles, commerciales avec l'ensemble des entreprises. Autrement dit, nous ouvrons là des possibilités très importantes sur la collaboration Entreprise/Université. J'ai été très fier que cette loi ait été votée au Sénat, à l'unanimité des groupes.
Concernant la création d'entreprises innovantes, nous avons mis en place un fonds de capital-risque de 600 MF qui est devenu un milliard. 200 MF de fonds d'amorçage, 100 MF pour les incubateurs et 100 MF pour un concours de création d'entreprises innovantes. 1 500 dossiers ont été présélectionnés pour ce concours, sur plus de 4 000 demandes. C'est un concours à idées qui se fait région par région. J'ai obtenu avec difficulté que dans les jurys, il n'y ait pas de fonctionnaires du Ministère. Il n'y aura que des chercheurs et des responsables d'entreprise. Le Concours National aura lieu pour les meilleures idées. Nous devons profiter de cela pour assouplir la réglementation et permettre un essaimage. Pour nous, le partenariat entre les entreprises, l'Education Nationale, la recherche et la technologie, ce n'est pas une idée, c'est une évidence, c'est une nécessité. Dans ce partenariat, chacun reste soi-même en respectant un contrat.

Je pense que la solution du problème de l'emploi, vous l'avez entre vos mains. Si vous l'attrapez à bras-le-corps et si ensemble nous faisons reculer le chômage, vous trouverez dans le gouvernement de Lionel Jospin des gens qui sont prêt à faire que, par toutes les simplifications de procédure et toutes les aides possibles, ensemble, nous gagnions cette bataille de l'emploi, parce que c'est le combat pour notre Pays.

(Source http://www.cgpme.org, le 8 juin 1999)

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