Conférence de presse de Mme Ségolène Royal, ministre déléguée à l'enseignement scolaire, sur les mesures en faveur du collège, notamment la prise en considération des élèves "différents", la diversification des méthodes d'enseignement, et la vie scolaire, Paris le 25 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Conférence de presse de Mme Ségolène Royal, ministre déléguée à l'enseignement scolaire, sur les mesures en faveur du collège, notamment la prise en considération des élèves "différents", la diversification des méthodes d'enseignement, et la vie scolaire, Paris le 25 mai 1999.

Personnalité, fonction : ROYAL Ségolène.

FRANCE. Ministre délégué à l'enseignement scolaire

Circonstances : Conférence de presse sur les thèmes "le collège des années 2000 : un collège pour tous et pour chacun" et "la mutation des collèges pour tous et pour chacun : vers un collège plus juste", à Paris le 25 mai 1999

ti : J'ai voulu, comme vous le savez, prendre pour le collège le temps et les moyens d'un état des lieux sans complaisance. Evaluer objectivement les dispositifs mis en place jusqu'à aujourd'hui. Et donner la parole à celles et ceux qui vivent et font vivre ce maillon essentiel de notre système scolaire. Large collecte sous la conduite de François Dubet et restitution publique de ses résultats. Abondance et franchise de la parole enseignante pour dire l'inconfort des situations vécues mais aussi l'exigence malgré tout maintenue. Le niveau monte mais l'écart se creuse, je l'ai dit à la Sorbonne. Entre les établissements et, au sein des collèges, entre les élèves. C'est cela qu'il faut prendre à bras le corps pour créer les conditions d'un collège plus juste.
Les organisations représentatives associées à cette réflexion collective (syndicats, mouvements pédagogiques, fédérations de parents d'élèves) ont salué l'honnêteté de la démarche et la qualité des témoignages recueillis. Leurs propositions, avec naturellement les inflexions propres à chacun, dessinent des priorités souvent partagées. Je me suis attachée à en tenir le plus grand compte. D'ailleurs le comité de suivi qui les rassemble reste en place dans cette nouvelle phase, celle de l'action.
Nous voici donc en possession d'un bilan contrasté, image, je crois, assez fidèle de la réalité. Celle-ci, en effet, n'est ni uniformément radieuse ni désespérément sombre. Rétive, en tout cas, aux simplifications abusives. Je tiens ici à préciser, une nouvelle fois, le fond de ma pensée sur le collège unique : j'en assume sans réserve l'ambition originelle, la promesse égalitaire et démocratique. C'est pourquoi je crois à l'évolution nécessaire de ses formes pour une prise en compte beaucoup plus attentive de la diversité des collégiens. Car le collège pour tous doit être en même temps celui de chacun si l'on ne veut pas que l'égalité formelle continue de masquer trop d'inégalités réelles. Le collège uniforme doit laisser place à un collège capable de tendre la main, au bon moment, à chaque élève tel qu'il est. C'est la seule façon de conduire tous les collégiens, sans les lasser ni les casser, sur le chemin des apprentissages nécessaires.
La consultation nationale le montre bien : le collège n'est pas victime d'une crise mais appelé à une mutation. Son salut n'est pas dans le repli réactif et défensif mais dans une évolution maîtrisée, seule façon de garantir l'essentiel : ce droit de tous les adolescents de notre pays à une éducation commune et de qualité qui ne fasse l'impasse sur aucun. Leur droit à un socle de compétences qui leur permette de se situer dans une histoire et dans une culture partagées. Qui les aide à trouver leurs marques et à construire leur avenir dans un monde qui bouge. Qui conjugue les connaissances nécessaires et la capacité de faire, l'autonomie pour être et l'aptitude à vivre ensemble.
Difficulté de l'exercice mais noblesse de la tâche : les professeurs en sont les premiers conscients. C'est même au nom d'une haute idée de leur métier qu'ils pointent ce qui, dans le collège d'aujourd'hui, leur semble faire obstacle à l'accomplissement de leur mission. Ils ne tiennent pas là le discours de la plainte. C'est pourquoi victimiser les enseignants serait, au fond, les trahir. Car ils ne cherchent pas des alibis pour baisser les bras mais des points d'appui pour agir plus efficacement.
C'est sûr, le monde a changé et avec lui les conditions d'exercice du métier d'enseignant. Faire classe est moins facile qu'avant dès lors que la nation a fait le choix d'accueillir au collège ceux dont, jadis, les parcours scolaires ne se croisaient pas. Rien, dans les classes n'est donné d'avance : ni le sens des études ni les règles communes. Les adolescents sont sans doute plus durs à convaincre et à tenir, peut-être même à comprendre. L'engagement requis est plus intense, les situations plus déroutantes, le métier plus exposé.
La mission des enseignants n'est donc pas de tout repos car il leur faut aller à l'encontre de tout ce qui voudrait que le destin d'un adolescent soit scellé d'avance et l'école simple gare de triage reflétant la naissance. Cela mérite considération et soutien. J'ai bien entendu que les professeurs n'attendent pas de solutions toutes faites, mais des temps de concertation et de respiration, ainsi que des outils, dans un système dont les performances peuvent et doivent être améliorées. Je veillerai à ce que ces attentes ne soient pas déçues. L'enjeu n'est pas simplement scolaire car réussir la mutation du collège engage l'idée que notre pays se fait de lui-même.
C'est aussi l'affaire des parents. Je comprends le souci que chacun se fait pour son enfant. La hantise que demain il ne trouve pas sa place. L'espoir parfois démesuré que l'école réponde à tout et celui, légitime, qu'elle arme, du mieux possible, pour affronter un avenir incertain. Les parents, tous les parents, doivent être reconnus pour ce qu'ils sont : des co-éducateurs auxquels le collège doit, sans empiètement de l'un sur le domaine de l'autre, dire plus clairement ce qu'il attend des élèves, en quoi consistent ses règles et à quel dialogue régulier il s'engage.
Les premiers concernés sont les collégiens qui doivent trouver, aux études qu'ils poursuivent, un sens qui ne se limite pas à l'obligation de scolarité. Ce sens, sans lequel il n'est pas d'effort possible ni de réussite à la clef, c'est à eux de le construire mais à nous de les y aider. Tout, ici, doit converger : la définition du bagage utile, de bonnes conditions de vie au collège, les coups de main " sur mesure " donnés à temps à ceux décrochent ou peinent à s'accrocher. L'ennui et l'apathie en classe, si souvent évoqués dans la consultation nationale, au moins aussi souvent que les problèmes de violence, ne doivent pas grand chose à la fatalité et certainement pas tout à l'environnement extérieur. Faire en sorte que les élèves soient heureux d'apprendre, c'est aussi le rôle du collège.
Les décisions que je vous présente aujourd'hui n'ont pas germé dans la cervelle de quelques-uns mais s'efforcent de répondre concrètement aux attentes exprimées à l'occasion du débat sur le collège. Elles tirent en même temps parti de ce qui, dans nombre de collèges, se met en place avec une longueur d'avance sur les fonctionnements ordinaires. Leur ambition : que la démocratisation quantitative de la fréquentation du collège se prolonge par sur une démocratisation qualitative des voies et des chances de réussite.
Parmi les actions que je vais mettre en place, certaines sont destinées à tous et d'autres plus ciblées. Un collège capable de s'adapter à chacun pour éviter de reléguer les uns, sans freiner les autres : c'est ainsi que les intérêts des élèves les plus en difficulté comme ceux des meilleurs peuvent non pas s'opposer mais converger. Certaines dispositions sont d'application immédiate. D'autres nécessitent une montée progressive en puissance. Je ne commenterai ici que celles que je considère comme les principaux leviers des changements introduits au collège. Cette mutation nécessaire du collège, comme je l'ai indiqué le 18 mai, s'ordonne autour de 3 objectifs complémentaires :
1) Prendre en considération des élèves différents
dans un collège pour tous.
2) Diversifier les méthodes d'enseignement
pour aiguiser l'appétit d'apprendre et conquérir son autonomie.
3) Mieux vivre dans la " maison collège ".

I.- EN 6ème : DEMARRER DU BON PIED

Un effort tout particulier est fait au bénéfice de la 6ème , cette première marche de l'escalier qui peut être la zone de tous les dangers ou de tous les envols.
1) Les collégiens en herbe, propulsés sans transition du CM2 à la 6ème , se trouvent souvent déroutés par leur nouvel environnement. Il faut les aider davantage à s'acclimater et à démarrer du bon pied. C'est la fonction du nouveau livret d'accueil du collégien, " Mon Journal de 6ème ", qui sera distribué à chacun dès la rentrée. Ces disciplines nouvelles, à quoi ça me sert ? Le collège, comment ça marche ? Et moi là-dedans, comment je m'y prends ? Un petit guide que j'ai voulu résolument non rébarbatif, ayant valeur de rite d'intégration dans la maison collège.
Pour favoriser l'adaptation au collège des élèves issus du primaire, je crois également nécessaire, comme cela se fait d'ailleurs dans de nombreux collèges, que toute classe de 6ème puisse disposer de sa salle à elle, point d'ancrage et territoire dont l'appropriation, la personnalisation même, seront facteurs d'intégration scolaire.
2) Partir des collégiens tels qu'ils sont pour les mener à bon port, cela veut dire ne pas fermer pudiquement les yeux sur ceux, trop nombreux, qui arrivent en 6ème sans maîtriser les bases nécessaires en lecture, écriture, expression orale et en mathématiques. Ceux-là, on le sait, risquent de s'emmurer dans l'échec. De subir leurs années collège comme une contrainte vide de sens ne leur permet même plus l'estime de soi.
Ceci, bien sûr, oblige à renforcer l'efficacité de l'enseignement élémentaire. J'ai annoncé, lors des récents Etats généraux de la lecture et des langages, les dispositions que je compte prendre pour réduire, en amont, la source de ces difficultés (définition plus précise des objectifs de l'école maternelle, relance et rénovation de la politique des cycles, ateliers lecture-écriture pour tous, amélioration des évaluations nationales et de terrain, etc.). Il reste que le collège doit, lui aussi, trouver des réponses adaptées qui conjuguent refus de la relégation et individualisation de l'aide nécessaire.
C'est tout l'objectif des heures de remise à niveau, qui seront mises en place dès la rentrée, dont bénéficieront désormais les collèges qui en ont besoin pour organiser le rattrapage de ce qui n'a pas été acquis et remobiliser les élèves en variant les modes d'apprentissage dans de petits groupes à géométrie et à durée variables. Je souhaite indiquer avec fermeté le but à atteindre tout en laissant, sur le terrain, la souplesse requise pour des solutions ciblées. Cet effort de remise à niveau (jusqu'à 6 heures en 6ème et 3 heures en 5ème) sera mis en place dès la rentrée prochaine. Il nécessite un renforcement très net de la coopération entre maîtres du primaire et professeurs des collèges -comme cela se fait d'ailleurs dans de nombreux collèges que j'ai visités- au bénéfice non seulement d'un diagnostic précoce mais d'une meilleure continuité pédagogique et éducative CM2-6ème, ainsi que des rencontres, une information réciproque, des projets communs. Il requiert de même une collaboration transversale des professeurs des différentes disciplines, la création d'un véritable diagnostic des compétences à l'entrée en 6ème, un dialogue avec l'élève et sa famille.
Ouvertes à tous et assurées par des professeurs de la classe, les études dirigées permettent d'épauler pédagogiquement le travail personnel des élèves de 6ème et de 5ème. Je les crois tout à fait bénéfiques pour de jeunes collégiens en phase d'acquisition de méthodes de travail (notamment documentaires) et, de ce fait, à développer résolument.

II.- TOUT AU LONG DE LA SCOLARITÉ :
PRENDRE EN COMPTE DES ÉLÈVES DIFFÉRENTS DANS UN COLLÈGE POUR TOUS

Tous les collégiens ont en commun un même statut d'élève mais cette identité partagée ne les fait pas identiques. L'élève virtuel ne doit plus faire écran à l'élève réel, celui auquel les enseignants ont affaire. Cette prise en compte plus effective de l'hétérogénéité des publics collégiens est une condition de l'efficacité des apprentissages, une question également de simple justice.
Il ne s'agit donc pas de renoncer aux classes hétérogènes mais de passer d'une hétérogénéité subie, parfois vécue comme laissant sombrer les uns et empêchant les autres d'avancer, à une hétérogénéité maîtrisée, tenant mieux compte des besoins de chaque élève, de ses rythmes, de ses centres d'intérêts, de ses lacunes et de ses points forts. Telle est, là où la mixité n'est plus d'usage, la condition de sa reconquête.
Avant d'en venir aux conséquences pédagogiques qui en résultent pour tous, un mot de quelques dispositions particulières. La méthode, encore une fois, s'inspire de celle mise en oeuvre dans les ZEP et leurs réseaux d'éducation prioritaire : donner plus à ceux qui ont moins mais cette fois-ci sur l'ensemble du territoire et sur l'ensemble des collèges. Les ZEP, sous la pression des difficultés, montrent qu'on peut inventer d'autres façons de faire. Elles administrent aussi la preuve que la remobilisation scolaire est possible et qu'il vaut mieux, pour tirer l'ensemble, viser l'excellence. J'ai augmenté le nombre de collèges classés en ZEP et suis résolue à poursuivre la relance de la politique de l'éducation prioritaire. Mais il faut aussi s'attaquer aux écarts qui se creusent au sein de chaque collège et cela vaut pour tous les quartiers, pour les zones urbaines comme pour les zones rurales.
1) Je souhaite généraliser en 4ème, pour tous ceux qui en ont besoin, les groupes " nouvelles technologies appliquées " : ce dispositif souple permet aux élèves d'expérimenter à travers un projet la cohérence des différents enseignements disciplinaires et aux enseignants de diversifier leur pédagogie dans le cadre d'un travail en équipe. Je crois que chacun s'est aperçu à l'usage que la suppression des 4èmes technologiques, quand elles étaient autre chose que des classes de relégation, était une erreur. Les moyens dont elles disposaient et le meilleur de leur expérience doivent être réinvestis dans ces groupes.
2) Ce suivi plus attentif et plus individualisé des élèves, je souhaite qu'il excède le strict champ des apprentissages et permette, en priorité à ceux qui rencontrent des difficultés de tous ordres (scolaire, familial, relationnel...), de bénéficier d'un tutorat. L'enfant ou l'adolescent pourra ainsi, au sein même du collège, établir une relation privilégiée avec un adulte-tuteur auquel il pourra parler en confiance, qui le suive, l'épaule et fasse le lien avec la famille et avec le professeur principal ainsi qu'avec toute l'équipe pluri-professionnelle de l'établissement. Un dispositif souple, ponctuel ou durable -là aussi repéré dans des collèges- selon les besoins d'accompagnement et les problèmes de comportement éventuellement posés.
3) Un collège accueillant à tous doit aussi s'ouvrir davantage aux élèves handicapés. J'ai tenu à ne pas exclure cette préoccupation à l'occasion du chantier global sur les collèges. Ces élèves sont encore trop souvent orientés, sans nécessité, vers des établissements spécialisés voire déscolarisés : de nouvelles Unités Pédagogiques d'Intégration seront ouvertes, afin de favoriser la continuité éducative en milieu ordinaire. Il est de même nécessaire que l'assouplissement des façons d'enseigner permette un meilleur accueil des enfants atteints de maladies chroniques dont les contraintes pourront être mieux prises en compte afin qu'ils suivent, eux aussi, une scolarité aussi normale que possible. Et j'entends que des collèges exemplaires, de ce point de vue, soient connus afin que leurs actions soient reproduites. Cela, dans le cadre des schémas départementaux d'intégration que j'ai mis en place.

III.- DIVERSIFIER LES MÉTHODES D'ENSEIGNEMENT POUR AIGUISER L'APPÉTIT D'APPRENDRE ET ACCOMPAGNER LA CONQUETE DE L'AUTONOMIE

C'est, je l'ai dit, l'intérêt conjoint des élèves en difficulté et de ceux qui ne le sont pas, des collégiens qui ont du mal à suivre et de ceux qui y excellent. Aucune classe en réalité, fût-ce la plus "homogène", ne constitue un agrégat de d'élèves uniformes calés, un an durant, sur les mêmes rythmes d'apprentissage et les mêmes raisons d'apprendre. Les méthodes d'enseignement doivent s'adapter davantage à cette réalité.
1) Je souhaite à cet égard que chaque élève de 4ème puisse s'investir, avec plaisir et détermination et même avec passion, dans la réalisation de Travaux Croisés, projets pluridisciplinaires valorisants et formateurs, prolongeant et systématisant les " parcours diversifiés " expérimentés en 5ème. Il s'agira pour chaque collégien de mener à bien une production (artistique, scientifique, etc.) correspondant à un vrai centre d'intérêt et mettant en oeuvre, sur quelque support que ce soit, des savoirs complémentaires de différentes disciplines. Son " chef d'oeuvre ", en quelque sorte, réalisé avec l'aide d'enseignants des diverses disciplines concernées, dont la notation sera à terme prise en compte dans les épreuves du diplôme national du Brevet.
2) Dans le domaine, fondamental parce que socle de tout le reste, de la maîtrise des langages, les préoccupations exprimées lors de la consultation nationale collège rejoignent celles des Etats généraux de la Lecture et des langages. Je compte agir dans trois directions :
- la mise en place d'ateliers lecture pour tous car l'incitation à la lecture est une priorité ; il s'agit là d'inscrire à l'emploi du temps de tous les élèves une heure de lecture hebdomadaire obligatoire sous forme de 2 demi-heures prises en charge successivement par les enseignants de toutes les disciplines. En effet, on peut lire aussi bien - quoique pas la même chose - avec le professeur d'EPS ou celui de français, de technologie ou d'histoire et apprendre, ce faisant, à diversifier utilement ses stratégies de lecteur. Je sais bien qu'il se fait déjà en bien des endroits beaucoup de choses sur ce front, c'est pourquoi je crois possible de systématiser une obligation minimum et de généraliser à toutes les disciplines la responsabilité de faire lire les élèves. Cela s'accompagne de la montée nécessaire des objectifs de lecture, en qualité et en quantité, notamment dans le travail personnel des élèves ;
- les pratiques de l'oral (expression, argumentation, écoute...), très insuffisamment travaillées au collège jusqu'à présent mais expérimentées avec succès par certains établissements. Il s'agit de partager plus équitablement ce " pouvoir de dire " qui est aussi pouvoir de penser et de défendre un point de vue face aux autres. Pour inscrire durablement ce travail de l'oral dans les pratiques scolaires, il convient de tendre vers l'intégration concertée de l'évaluation de l'oral (réalisée dans le cadre du contrôle continu) dans le diplôme national du brevet ;
- l'éducation à l'image participe de la même préoccupation de la maîtrise des langages : prise en compte de connaissances élaborées par les élèves hors l'école pour développer des compétences spécifiques (de compréhension et de production) mobilisant les différentes disciplines.
3) Lecture et écriture, articulation texte/image, recherches documentaires.. l'ordinateur est un outil dont le collège ne peut plus se passer : je souhaite donc, en liaison avec les conseils généraux, accélérer l'équipement informatique des établissements pour que chaque élève ait effectivement accès à ces technologies et que toutes les disciplines en fassent le levier de leurs apprentissages.
4) Admettre la diversité des élèves en tenant ferme sur le droit de tous à une éducation commune oblige à rompre avec une conception trop normative de l'évaluation et trop négative de l'orientation.
L'évaluation est encore centrée sur la sanction du manque, la mesure de l'écart par rapport à la norme. Les compétences des élèves sont loin d'être toutes prises en compte, leurs progressions apparaissent peu. C'est pourquoi j'ai décidé, à l'instar de ce qui se fait dans certains collèges, une modification du bulletin trimestriel dans le sens d'une plus juste mesure des progrès accomplis et des points positifs de l'élève, ainsi que d'une meilleure lisibilité. La création d'un Livret des compétences, en complément, doit permettre une mise en valeur plus équitable des différents talents que tout élève manifeste dans la vie au collège et une appréciation plus juste de l'ensemble de ses capacités.
Enfin, il faut que le collège cesse d'opposer, comme c'est encore la tendance dominante, culture savante et culture technique ou professionnelle, savoirs abstraits et capacités de faire, de fabriquer. Pierre-Gilles de Gennes a bien rappelé de quelles affinités entre la main et le cerveau procède tout le développement intellectuel de l'humanité. Il est temps, en effet, de mieux montrer aux collégiens que les cultures techniques et professionnelles ne sont pas des pis-aller mais une dimension essentielle de notre époque et de l'équilibre des savoir-faire.

IV.- MIEUX VIVRE DANS LA " MAISON COLLÈGE "

Dans ce collège où ils étudient tous, les adolescents passent aussi une grande part de leur temps. La qualité de leur vie et celle des enseignants, dans l'enceinte du collège influe sur le climat et la mobilisation scolaires. Je compte donc agir à plusieurs niveaux pour que les collégiens et les collégiennes puissent réellement s'épanouir dans leurs établissements et y vivre, dans toute la mesure du possible, des " années collège " heureuses.
1) La vie au collège, ça se construit. Un beau collège, bien conçu, bien agencé et bien équipé, pensé pour ses usagers en liaison avec les équipes éducatives, ni trop fermé ni trop ouvert à son environnement, c'est un atout pédagogique. C'est aussi un signe de respect, pour les collégiens et pour les professeurs, qui favorise le respect en retour.
C'est pourquoi, outre la partition de quelques gros collèges de plus de 1000 élèves situés dans des zones en proie à de graves difficultés, j'ai lancé (en liaison avec l'association des présidents de conseils généraux) l'élaboration d'une Charte de Qualité des constructions et rénovations scolaires. Désormais, les équipes pédagogiques seront associées aux choix qui seront faits.
Dimension également décisive de la qualité et de l'équilibre de la vie collégienne : les activités physiques et sportives qui ont, à mes yeux, rang de véritables pratiques sociales, civiques et culturelles. Comme le disait Antoine Blondin " le sport est le seul domaine où on peut avoir un prix d'excellence sans être tout le temps le premier de sa classe "... Encore faut-il que les équipements soient mis à disposition de l'ensemble des collèges.
2) La nécessité d'une concertation pédagogique plus étroite entre enseignants d'un même niveau, le besoin - aux deux extrémités du collège - de lier davantage CM2/6ème et, en 3ème, de mieux préparer l'orientation m'ont conduite à souhaiter la mise en place d'un professeur coordonnateur par niveau qui soit, à cette échelle, chargé des mises en synergie pour une meilleure efficacité du collège.
Je voudrais ici m'attarder sur la mission essentielle des principaux et de leurs adjoints, sur la fonction déterminante qu'ils exercent, leur influence majeure sur l'ambiance du collège, la capacité d'entraînement qui doit être la leur, le temps donné, les soucis de la responsabilité. Nous y reviendrons lors des décisions qui suivront le rapport du recteur Blanchet remis récemment à Claude Allègre et à moi-même..
Je souhaite également que le dialogue avec les parents des élèves soit renforcé, au-delà de la traditionnelle réunion de rentrée. Cela signifie des rencontres collectives au moins trimestrielles, des rendez-vous individuels plus fréquents et un effort tout particulier en direction de ceux qui, pour une raison ou une autre, hésitent à franchir le seuil du collège. Dans beaucoup d'établissements, on a su trouver l'art et la manière.


3) La vie au collège, ça se parle et les CPE ont, sur ce plan, tout leur rôle à jouer, rôle que j'entends valoriser. C'est la fonction de " La vie de la classe ", une heure inscrite à l'emploi du temps des élèves (en moyenne, 1 heure tous les 15 jours de la 6ème à la 3ème), qui doit fournir l'occasion d'aborder des questions relatives au fonctionnement du collège, de s'exercer au débat et au règlement des conflits, d'évoquer (en 3ème) les problèmes d'orientation.
Porte-paroles des collégiens, les délégués de classe doivent recevoir, pour exercer pleinement leur mandat et favoriser une participation élargie des élèves, une formation plus soutenue dont chaque établissement devra élaborer le plan.
De nouvelles initiatives (guide pratique relatif au traitement des violences scolaires, parcours civiques, éducation préventive à la santé et à la sexualité, mallettes pédagogiques...) complèteront celles déjà mises en oeuvre en matière de lutte contre les violences au collège. Mais la clef de voûte de règles acceptées par tous, c'est le règlement intérieur. Je souhaite que ce document soit plus explicitement établi dans son rôle de texte fondamental du civisme scolaire et complété, dans les classes, par une Charte des droits et devoirs du collégien à l'élaboration de laquelle les élèves doivent être étroitement associés. Vous le savez, ce chantier-là, dans les collèges, est déjà largement entamé.
Soins, dialogue, éducation à la santé, repérage d'élèves en situation de danger... Je voudrais insister sur le rôle des infirmières au collège qui doit être renforcé, leur nombre si possible augmenté, leur affectation à un établissement de rattachement et leur intégration dans l'équipe éducative plus systématiques. De même, interlocuteurs de proximité des élèves, les aide-éducateurs doivent aussi être associés à la mutation du collège. Sans doute est-il temps de lever un tabou : celui de leur présence dans la classe, expérimentée avec de beaucoup de bonheur par certains collèges, pour des tâches confiées par le professeur.

4) La vie au collège, ça s'évalue : audits des établissements, observatoires régionaux des pratiques pédagogiques, valorisation des innovations et aussi adaptation des formations initiales et continues aux situations concrètes vécues par les enseignants (accent à mettre sur la connaissance des adolescents, l'analyse de l'hétérogénéité des publics, la maîtrise des langages, le travail en équipes inter-disciplinaires...) J'ai demandé à François Dubet, dans le prolongement du travail qu'il a effectué, de réfléchir aux formes que pourraient prendre des audits contribuant efficacement à l'auto-évaluation par les collèges de leurs propres pratiques et résultats. De l'amont à l'aval, je souhaite que les personnels engagés dans la mutation du collège y soient préparés, que les démarches mises en oeuvre soient suivies, expertisées, diffusées au bénéfice de tous. Sur le Web, le site " collège " amorce une mutualisation des pratiques, sous la houlette du CNDP, qui indique, à mon sens, la voie à suivre.

Pour qu'un collège tourne, il ne faut pas seulement que tout le monde soit sur le pont. Il faut que tous fassent effectivement équipe : les enseignants, les CPE, les personnels techniques, ouvriers et de service, les conseillers d'orientation psychologues, les médecins, les infirmières, les assistantes sociales, les surveillants, les aide-éducateurs, sous l'animation et l'entraînement des principaux de collège et de leurs adjoints. Les collégiens ont un flair infaillible pour repérer les défauts de la cuirasse et voir où le front des adultes se fissure. Là où chacun s'isole dans sa spécialité et tient les autres à distance, le collège a parfois des allures de bateau ivre. Là où des équipes solidaires portent un projet collectif pour leur établissement, les résultats sont au rendez-vous. C'est pourquoi les performances des collèges peuvent, dans des contextes socio-économiques équivalents, être si contrastées. Je voudrais saluer ici l'engagement des principaux de collège et de toute leur équipe qui savent, le moment venu, remonter le moral ici, mobiliser là, engager le dialogue avec les familles. Bref, définir l'humeur d'un établissement, celui qui porte à la cohésion d'une équipe éducative, à la cohérence pédagogique et à la réussite des élèves.
" Si l'école ne permet pas de gommer les inégalités sociales, moi, je change de métier ! " : cette phrase entendue lors de la consultation m'a touchée, elle met la barre très haut et témoigne, chez ce professeur, d'un engagement fort. Pour réussir la mutation du collège, certaines rigidités doivent tomber, le respect des initiatives pédagogiques doit être garanti et le pouvoir d'impulsion l'emporter sur le pouvoir d'empêchement. Accompagner, conseiller, encourager, animer : c'est toute une conception du pilotage du système qui se transforme, dont participe également l'évolution nécessaire des pratiques d'inspection qui doivent se tourner davantage vers l'évaluation des équipes sur leur terrain et stimuler l'aptitude à travailler ensemble.
" Enième débat sur le collège... " ai-je parfois entendu. Ses résultats ont, je l'espère, eu raison de quelques scepticismes. Enièmes annonces aujourd'hui ? Pas davantage. Plutôt une mise en mouvement. Des voies sont tracées, de premières décisions sont prises, un processus est lancé. Je compte sur les enseignants pour l'enrichir, chemin faisant, de leurs pratiques : j'y serai attentive. Je souhaite également que les organisations (syndicales, parentales, pédagogiques) qui, au sein du Comité de Suivi, ont participé à la réflexion, continuent d'être associées à l'effort de vigilance que requiert l'engagement pris aujourd'hui pour la mutation du collège. Je les convie donc à poursuivre l'exercice pour que nous allions ensemble vers un collège plus juste.
Assuré de sa tâche, accueillant à tous et attentif à chacun, ancré dans le réel sans soumission au désordre des choses, fort d'une véritable identité, c'est ainsi que je vois ce collège plus juste. Plus juste pour les collégiens qui veulent, à raison, être compris et guidés sur leur trajet. Plus juste pour les enseignants qui y mettent beaucoup d'eux-mêmes. Plus juste pour les parents qui partagent une forte espérance scolaire pour leurs enfants. Plus juste, le collège sera aussi plus efficace.

(Source http://www.education.gouv.fr, le 31 mai 1999)

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