Interviews MM. François Bayrou, président de l'UDF et de Force démocrate, Charles Pasqua, conseiller politique du RPR et Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à Europe 1 le 16 mars 1999, sur la démission en bloc des membres de la Commission européenne, les négociations sur les 35 heures et la bataille entre la BNP, la Société générale et Paribas. | vie-publique.fr | Discours publics

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Interviews MM. François Bayrou, président de l'UDF et de Force démocrate, Charles Pasqua, conseiller politique du RPR et Ernest-Antoine Seillière, président du MEDEF, à Europe 1 le 16 mars 1999, sur la démission en bloc des membres de la Commission européenne, les négociations sur les 35 heures et la bataille entre la BNP, la Société générale et Paribas.

Personnalité, fonction : BAYROU François, PASQUA Charles, SEILLIERE Ernest-antoine, ELKABBACH JEAN Pierre.

FRANCE. UDF, président;FRANCE. Force démocrate, président; FRANCE. RPR, conseiller politique; FRANCE. MEDEF, président

ti : Jean-Pierre Elkabbach reçoit Ernest-Antoine Seillière, président du Mouvement des Entreprises de France.

En ligne en début d'emission : François Bayrou et Charles Pasqua en raison de la démission de la Commission européenne

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Président Seillière, merci de comprendre et de vous plier aux exigences de l'actualité. Vous étiez mon invité prévu, mais il y a beaucoup de choses, les 35 heures, etc. Mais sur ce qui vient de ce passer, sur ce qui s'est passé cette nuit, probablement quand vous dormiez vers une heure du matin, quelle peut être la réaction du chef des patrons français ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, écoutez, les entrepreneurs se passionnent pour l'Europe. Ils savent que c'est la dimension qui s'installe pour les décennies qui viennent. Et donc, la manière dont cette Europe est dirigée est pour eux essentielle. A quelque chose, malheur est bon. La crise de la Commission, pour des questions de gestion, c'est-à-dire d'incapacité à faire marcher une administration, etc, va certainement poser le problème de l'évolution des institutions politiques européennes qui est évidemment posé, dès lors qu'on a mis en place à la fois l'espace économique européen et l'euro, de dimension économique et monétaire essentiel.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Est-ce que ça va donner des arguments aux anti-eurocrates, aux adversaires de pouvoirs de la commission de Bruxelles ? Est-ce que c'est mauvais ou sain pour l'Europe ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Moi je crois que c'est finalement sain pour l'Europe parce que c'est une crise d'adolescence et que l'on va traiter maintenant le problème des institutions européennes dont on sait qu'elles sont assez abracadabrantes et qu'on a beaucoup critiquées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et qu'est-ce que vous avez pensé du comportement d'Edith Cresson ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Ecoutez, ce n'est pas à moi de juger. Mais je suis content, en effet que les gens prennent leurs responsabilités. Ca, c'est très important. Les entrepreneurs le comprennent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Oui. Les 19 autres commissaires ont été obligés, ou certains d'entre eux, ont été obligés de suivre, parce qu'ils ont été concernés, mais en même temps parce qu'il y a eu la faute de quelques commissaires comme Edith Cresson, l'Espagnol Marin, le Néerlandais Van der Bruck.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Il n'est pas rare que la faute de quelques uns entraîne de lourdes conséquences.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : A l'unanimité, le MEDEF a voté ses propositions sur la deuxième loi sur les 35 heures adressées au gouvernement Jospin. Dans quel esprit vous l'avez fait ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, dans un esprit très constructif. Les entrepreneurs sont démocrates et républicains. Ils ont largement dit et continué à dire ce qu'ils pensent de cette loi qui n'est pas bonne. Mais elle a été votée et donc elle doit s'appliquer. Ce que nous avons dit, nous, c'est : si elle doit s'appliquer, donnez le temps à la négociation sociale de se développer, n'imposez pas la loi brutalement comme vous avez déjà voulu le faire une fois. Donnez le temps.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : C'est pourquoi vous dites : le vote de la deuxième loi peut avoir lieu cette année en 1999, mais son application un an plus tard, en 2001. Et pour les Pme, au lieu de 2002, vous demandez, président Seillière, que la loi s'applique en 2003.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Vous demandez l'impossible.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Pas du tout !

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et vous voulez faire perdre encore un an à l'économie française.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Pas du tout ! Le politique a voulu installer quelque chose pour en tirer des conséquences politiques et sociale, etc. Nous, nous sommes chargés de faire marcher l'économie et les entreprises. Nous disons : écoutez, soit, après tout, vous l'avez voulu, vous l'aurez. Mais cela dit, nous, il faut que ça marche. Et pour que ça marche, il ne faut pas précipiter les choses et laisser le dialogue social et la négociation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : C'est l'armistice à vos conditions ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Non. C'est la mise en oeuvre de quelque chose pour que ça marche. Je crois que le gouvernement, l'opinion, s'ils veulent les 35 heures, encore une fois c'est leur affaire, ne doivent pas avoir des chutes d'entreprises et moins d'emploi à cause de cela. Et ça... (inaudible)... de leur dire comment le faire marcher.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Est-ce que vous présenterez vos propositions du MEDEF à Lionel Jospin, Martine Aubry, dans les semaines qui viennent ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Bien entendu. Nous allons, en effet maintenant, faire largement connaître à tous ce que le MEDEF a fait, c'est-à-dire des propositions claires et précises. C'est sa responsabilité : faire marcher les entreprises. Ca, après tout, c'est aux entrepreneurs de le faire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et si le gouvernement refuse ce que vous dites, qu'est-ce qui se passe ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, il se passe que l'opinion jugera la réaction des entrepreneurs, que je ne peux pas moi-même aujourd'hui prédire, mais qui sera certainement vive.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : C'est-à-dire ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : C'est-à-dire qu'ils nous diront du terrain comment on fait dans un pays avec des entrepreneurs qui sont en permanence agressés par un gouvernement ou un législateur.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : C'est une forme de chantage ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Pas du tout. C'est la réalité qui l'emportera. Vous savez, de toute manière, derrière la théorie, derrière les visions.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Alors, il y a une autre question. Les banques françaises sont aujourd'hui secouées par une bataille féroce, sans précédent, on la connaît, on en connaît les termes. Le président du MEDEF, l'entrepreneur Ernest-Antoine Seillière, est-ce qu'il conseille aux trois - Pébereau, Lévy-Lang et Bouton - de se rencontrer et si c'est possible, encore, de négocier ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Je n'ai pas de conseils à donner à de grands chefs d'entreprise responsables. Mais j'ai certainement à dire que l'excessif est toujours mauvais. S'il y a des constructions qui sont prévues pour être solides et pour marcher, je crois en effet que l'initiative prise par deux banques de se mettre ensemble est solide et constructive. Vouloir ensuite faire plus, faire plus grand, faire plus fort, au risque de tout brouiller, n'est pas une très bonne chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Ce sont des reproches adressés à la BNP et Michel Pébereau ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Je crois que je n'ai pas de reproches à faire, encore une fois, à quiconque en tant que président du MEDEF, mais nous devons tout même en effet veiller à ce que les initiatives débouchent là aussi sur du concret dans le réel et du possible.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Votre souhait sur la fin de cette histoire ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Mon souhait sur la fin de cette histoire, c'est qu'il y ait une institution bancaire française qui fonctionne.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Qu'est-ce que cela veut dire ? Ca ne veut rien dire, ça. Ca peut être les deux ou les trois banques ?

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Non, ça veut dire que si les deux ont un projet solide, il faut faire ce projet solide. On verra ensuite si les trois peuvent ou non. Mais je crois qu'il ne faut pas tout brouiller.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Monsieur Seillière, vous siégez dans deux conseils d'administration de la Société Générale et de Paribas. Vous choisissez ces deux banques, vous êtes impartial.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Je suis, bien entendu, dans la responsabilité d'exprimer le point de vue des entrepreneurs, mais je suis entrepreneur moi-même et donc, je juge aussi des choses dans la réalité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et alors, pour le capitalisme français qui est en train d'évoluer, on peut se demander d'abord jusqu'où et si le maître absolu, c'est Sa Majesté le marché aujourd'hui.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Le maître absolu, là aussi, c'est la réalité du monde. Nous sommes dans la globalisation, dans l'Europe, et bien entendu, la France doit se mettre à l'humeur du monde. Et il se passe aujourd'hui des choses... N'oubliez pas d'ailleurs que les quatre acteurs concernés - Société Générale, Paribas, BNP et Renault qui lui aussi est dans une grande opération - étaient il y a à peine dix ans tous les quatre nationalisés. Nous sommes en train de changer en effet de société parce que le monde nous le demande.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Et c'est un gouvernement de gauche plurielle qui le laisse faire.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Eh bien, il ne laisse pas faire, mais les choses s'imposent à lui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Merci. Et vous reviendrez. Vous disposez ici d'un crédit d'antenne.

ERNEST-ANTOINE SEILLIERE : Je saurai ne pas en abuser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH : Merci et bonne journée.


(source http://www.medef.fr, le 13 février 2001)

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