Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé et à l'action sociale, sur le plan de lutte contre le tabagisme, Paris le 26 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de M. Bernard Kouchner, secrétaire d'Etat à la santé et à l'action sociale, sur le plan de lutte contre le tabagisme, Paris le 26 mai 1999.

Personnalité, fonction : KOUCHNER Bernard.

FRANCE. SE à la santé et à l'action sociale

Circonstances : Présentation du plan de lutte contre le tabagisme à Paris le 26 mai 1999

ti : Au moment où l'Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S.) lance une initiative sans précédent pour un monde sans tabac, la France doit apporter un appui explicite, durable et énergique à la lutte contre le tabagisme.

Le tabagisme est un problème de santé publique unique, en ce sens qu'il tue les consommateurs habituels et qu'il est nocif pour les proches exposés à la fumée. Selon le rapport annuel de l'OMS, 4 millions de morts sont imputables au tabac en 1998 dans le monde. 50 % de ces décès surviennent en milieu de vie, et de ce fait, les victimes perdent prématurément en moyenne 20 à 25 années.

Si nous ne faisons rien, dans une génération 10 millions de personnes décéderont chaque année dans le monde d'une maladie liée au tabac.

Dans notre pays, le tabagisme est l'ennemi n° 1 de la santé publique, la première cause de mortalité évitable. On déplore ainsi chaque année en France 60 000 décès prématurés, soit un décès sur neuf, directement causés par ce fléau. Un fumeur régulier sur deux, s'il a commencé dès l'adolescence, mourra victime du tabac. Parmi ces fumeurs, 50 % décéderont avant 70 ans. Chez les hommes de 45 à 65 ans, un décès sur trois est dû au tabac.

Ce fléau frappe tout particulièrement les adolescents, en moyenne dès l'âge de 14 ans. Près de 60 % d'entre eux fument à 18 ans, contre seulement 25 à 35 % des adolescents des pays scandinaves. Les adolescentes consomment de plus en plus, désormais davantage que les garçons, et s'exposent à des risques spécifiques, liés notamment à la prise concomittante de contraceptifs oraux.

Aujourd'hui, une femme enceinte sur 4 fume : ce chiffre a presque doublé en 20 ans. Un nourrisson sur 4 est ainsi exposé au risque d'hypotrophie, le poids de naissance étant statistiquement lié à la consommation de tabac et d'alcool durant la grossesse.

Les méfaits du tabagisme passif, notamment en terme de carcinogenèse, sont établis par d'importantes études épidémiologiques aux Etats-Unis comme en Europe. Le tabac est un facteur de risque majeur de mort subite du nourrisson, d'asthme et de bronchiolite. Les enfants dont les parents fument ont huit fois plus de risque de devenir à leur tour des fumeurs.

Chez les personnes en situation de précarité, on observe plus de 50 % de fumeurs, ce qui accroît l'inégalité face au risque de maladie et de mortalité prématurée.

L'évolution de la consommation de tabac au cours des trente dernières années, avec une augmentation exponentielle de la consommation de tabac chez les femmes, a été telle que l'épidémie des maladies liées au tabac est malheureusement devant nous. Si rien ne change, les épidémiologistes prévoient 165 000 décès prématurés liés au tabac en 2025 dans notre pays. Le nombre de décès féminins serait multiplié par dix. Comme aux Etats-Unis, le cancer du poumon chez la femme deviendrait la première cause de décès par cancer, devant le cancer du sein.

Cette hécatombe peut être évitée, au moins partiellement, par nos décisions d'aujourd'hui. La lutte contre le tabagisme est une priorité nationale. Il importe de rappeler que la France a engagé depuis longtemps cette lutte, que ce soit par des actions nationales ou par un soutien actif aux initiatives que la Communauté européenne a elle-même prises en matière de prévention, initiatives notamment marquées par la directive interdisant la publicité et le parrainage en faveur des produits du tabac ou encore par le programme "Europe contre le Cancer".

L'intention de notre pays est d'intensifier cette lutte. Il convient de renforcer l'information de la population et la protection des non-fumeurs et d'aider les fumeurs à réussir leur sevrage tabagique.

Après le vote de la loi EVIN, la consommation globale de tabac a baissé de 11 % entre 1991 et 1997. Malgré tout, on a observé une légère hausse des ventes en 1998. A la suite de ce constat, le Gouvernement a permis une hausse de 5% des prix du tabac en janvier 99.

L'objectif du plan que je vous propose est de diminuer de 5% chaque année la consommation globale de tabac, de diminuer d'un tiers le nombre de fumeurs chez les adolescents, et de moitié le nombre de fumeurs parmi les femmes enceintes d'ici 3 ans.

Il faut informer les jeunes, très tôt, des méfaits du tabagisme, avant qu'ils ne commencent à fumer. Pour cela, le Comité Français d'Education pour la Santé mènera dès cet été une campagne nationale d'information des enfants et pré-adolescents, utilisant des supports spécifiques tels que des coffrets pédagogiques ou des émissions pour les jeunes.

Les enseignants des classes primaires sont progressivement formés lors de leur passage en Institut Universitaire de Formation des Maîtres. Ils seront bientôt à même d'amplifier les actions de prévention en milieu scolaire.

Pour lutter contre le tabagisme féminin, une campagne nationale aura lieu cet été. Elle a pour objectifs d'informer les fumeuses sur les risques spécifiques auxquels elles sont exposées et de promouvoir l'image de la femme non-fumeuse, en partenariat avec un groupe de presse et les centres de planning familial. Une action ciblée sur les femmes enceintes, expliquant les conséquences néfastes du tabagisme sur le développement foetal, le nourrisson et le jeune enfant, sera menée avec le soutien des gynécologues obstétriciens et des sages-femmes.

Lors de la nouvelle consultation individuelle de préparation à la naissance au 3ème mois de grossesse, on consacrera quarante minutes à des informations de santé publique. Ainsi exposera-t-on systématiquement les méfaits du tabagisme et les possibilités d'aide au sevrage.

Les médecins jouent un rôle important dans les démarches de prévention du tabagisme, de promotion de la santé et d'aide au sevrage. Il est aujourd'hui démontré qu'un simple dialogue sur les risques liés au tabagisme, sur l'intérêt d'un arrêt, ce que l'on nomme "le conseil minimal", aboutit à une démarche de sevrage chez 8 % des fumeurs. Une campagne d'information et de formation sur la dépendance tabagique, la prise en charge du sevrage et les modalités d'aide à l'arrêt du tabac sera proposée aux médecins. L'objectif est de former chaque année plus de 3 000 médecins.

Alors qu'un médecin sur trois fume, il convient de mobiliser la communauté soignante. Un effort particulier sera fait dès la rentrée au sein des facultés de médecine et des hôpitaux afin de sensibiliser les étudiants et l'ensemble du personnel soignant.

250 emplois jeunes vont être créés dès cette année avec pour objectif principal de sensibiliser les jeunes aux méfaits du tabac. Ces jeunes, recrutés dans toute la France, recevront une formation technique spécifique qui pourra être sanctionnée par un diplôme. Ils seront encadrés par les spécialistes du Comité Français d'Education pour la Santé (C.F.E.S.).

Ils interviendront au cours d'actions de promotion de la santé en milieu scolaire ou associatif, ce qui permettra de multiplier les actions de proximité en milieu urbain défavorisé. Ce projet, co-financé par l'Etat et la Caisse Nationale d'Assurance-Maladie des Travailleurs Salariés (C.N.A.M.T.S.), renforce notablement la place de l'éducation pour la santé et les moyens de la lutte contre le tabagisme et les conduites addictives.

Dans le cadre du plan triennal proposé par la M.I.L.D.T., le Comité Interministériel de Lutte contre la Drogue et les Toxicomanies sera saisi de propositions visant à intégrer ces actions dans un programme plus large de prévention et de prise en charge des conduites addictives.

Les premières conclusions du rapport de la mission d'évaluation de la loi n° 91-32 relative à la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme nous ont été transmises aujourd'hui. La Loi EVIN est bien connue du public ; elle a entraîné des modifications positives des comportements. Cependant, elle reste peu appliquée dans de nombreuses administrations et établissements publics et sur les lieux de travail.

Le Gouvernement va veiller à la bonne application de la loi au sein de l'administration et des établissements publics et organismes dont il a la tutelle. Il est important que l'Etat montre l'exemple.

En accord avec les Ministres concernés, les administrations vont mener des actions spécifiques. Au sein des établissements scolaires, les chefs d'établissement veilleront à ce que l'interdiction de fumer soit respectée et à ce que les enseignants et élèves les plus âgés ne fument que dans les endroits réservés à cet effet. L'interdiction de fumer doit être rappelée dans tous les lieux accueillant du public : écoles et universités, centres de vacances, transports en commun, installations touristiques, plateaux de télévision ...

Il faut aider les fumeurs à se sevrer du tabac. Dans les prochaines semaines, des substituts nicotiniques seront mis gratuitement à la disposition des personnes qui consulteront dans les centres d'examen de santé de la C.N.A.M.T.S. puis progressivement dans les centres de consultation ambulatoire et de soins en alcoologie. Plusieurs centaines de milliers de personnes bénéficieront ainsi d'un encadrement médical de qualité et de meilleures conditions pour réussir leur sevrage.

Les substituts nicotiniques seront aussi disponibles dans les établissements de santé afin de répondre aux besoins des personnes hospitalisées empêchées de fumer par leur alitement ou qui souhaitent profiter de leur séjour hospitalier pour débuter un sevrage tabagique sous surveillance médicale.

Afin de faciliter l'accès de tous les fumeurs aux substituts nicotiniques, les timbres seront mis en vente libre en pharmacie dès cet automne et une information spécifique portant sur l'évaluation de la dépendance tabagique délivrée aux pharmaciens. La prise en charge médicale spécialisée des personnes les plus dépendantes du tabac sera parallèlement poursuivie et renforcée.

Pour compléter ce dispositif, le Premier Ministre a confié au Député Alfred RECOURS une mission temporaire sur la fiscalité des produits du tabac. A partir de l'analyse de la situation des autres pays européens, des mesures fortes portant sur le régime des prix et la fiscalité permettront de peser sur la consommation de tabac.

Information de la population, protection des non-fumeurs, aide au sevrage tabagique, voilà les 3 axes principaux du plan que je viens d'exposer et pour lequel j'ai sollicité le soutien actif du Gouvernement. L'effort financier consenti par l'Etat et la CNAMTS est considérable : le budget consacré à la lutte contre le tabagisme est passé de 23 MF en 1997 à 130 MF pour 1999. Cet effort sera amplifié en l'an 2000.

Nous constatons aujourd'hui les dégâts du tabac, mettons en commun nos énergies pour changer l'avenir de nos enfants.


(Source http://www.sante.gouv.fr, le 28 mai 1999)

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