Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les orientations de la politique musicale mises en oeuvre par le ministère, notamment la réorganisation de la Direction de la musique, l'enseignement musical et le soutien à la création par la commande publique, Paris le 11 juin 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Catherine Trautmann, ministre de la culture et de la communication, sur les orientations de la politique musicale mises en oeuvre par le ministère, notamment la réorganisation de la Direction de la musique, l'enseignement musical et le soutien à la création par la commande publique, Paris le 11 juin 1999.

Personnalité, fonction : TRAUTMANN Catherine.

FRANCE. Ministre de la culture et de la communication

Circonstances : Conférence de presse pour la 18 ème édition de la Fête de la musique à Paris le 11 juin 1999

ti : Mesdames, Messieurs,

Nous allons vivre dans 10 jours la 18e édition de la Fête de la Musique, le temps de la majorité pour l'un des événements majeurs de la vie musicale et sociale de ce pays.
L'an passé en vous présentant l'édition 1998, j'avais eu l'occasion d'exposer les orientations de la politique musicale que je voulais mettre en ¿uvre.
Un an plus tard, vous pourrez constater que nous sommes passés du stade des intentions à celui des réalisations.
La réorganisation de la nouvelle direction de la musique, de la danse, du théâtre et des spectacles est maintenant entrée dans les faits et va porter tous ses fruits. Loin de marginaliser la musique et les musiciens, elle leur donne, au contraire, toute leur place au sein d'une politique culturelle dont le principal objectif consiste à soutenir la vitalité de la création artistique.
C'est elle, en effet, qui garantit le dynamisme et le pluralisme de notre vie artistique. Elle doit être au c¿ur des projets artistiques de nos institutions culturelles comme j'ai tenu à le rappeler dans la charte des missions de service public du spectacle vivant.
Dès cette année, nous avons pu ainsi augmenter notablement le soutien à la création, qu'il s'agisse des aides aux institutions, aux équipements ou aux manifestations spécialisées, comme de l'aide directe aux créateurs par le biais de la commande publique.
Nous étions à l'époque en attente des réflexions de la commission des musiques actuelles, présidée par Alex Duthil. J'ai pu reprendre à mon compte l'essentiel des propositions formulées et d'importantes mesures nouvelles ont pu être mises en ¿uvre dans le budget 1999.
J'avais également mis l'accent sur le nécessaire développement de l'éducation musicale en milieu scolaire. La récente convention que nous venons de signer avec Claude Allègre va permettre de généraliser progressivement l'éducation musicale dans toutes les écoles maternelles et primaires.
Les enseignants de l'école primaires disposeront ainsi d'un document-cadre mettant en ¿uvre un parcours éducatifs continu sur au moins cinq années de scolarité primaire.
Ils pourront plus facilement faire appel aux musiciens titulaires du diplôme universitaire de musiciens intervenants comme aux enseignants des écoles de musique et de conservatoires ou encore aux musiciens dont la compétence professionnelle est reconnue.
Je souhaite de même engager un partenariat avec les collectivités locales qui sont les principaux financeurs des conservatoires et écoles de musique afin que ce réseau qui irrigue profondément le territoire national puisse diversifier ses activités, prendre en compte les esthétiques nouvelles et s'ouvrir plus largement à la vie artistique de la cité et en particulier à la pratique amateur. Une charte de l'enseignement spécialisé sera publiée à l'automne après concertation avec les professionnels et les associations d'élus. Cette charte sera accompagnée de textes juridiques sur les missions et le classement des écoles. Enfin, des contrats d'objectifs seront proposés aux collectivités locales pour chacun de ces établissements.
Mais la vitalité de la vie musicale passe ainsi par la vitalité des pratiques amateurs. La Fête de la musique en est d'ailleurs la parfaite illustration.
La promotion et le soutien aux pratiques amateurs constitue enfin une part importante de la politique de démocratisation culturelle.
Nous continuons donc le travail destiné à mieux connaître les lieux et les conditions de pratique et repérer l'ensemble des ressources offertes dans chaque région et identifier les lieux et équipes qui pourront devenir de véritables centres de ressources.
Nous nous efforçons de mobiliser les écoles de musique, les structures de diffusion et les équipes artistiques pour qu'elles offrent aux musiciens amateurs les formations et les soutiens qui leur sont adaptés.
Enfin, nous renforçons les collaborations avec les fédérations musicales et d'éducation populaire dans le cadre de conventions d'objectifs et nous organisons des concertations régulières et des chantiers communs avec le ministère de la Jeunesse et des sports.
J'entends par ailleurs faire avancer certains grands dossiers institutionnels qui, je le sais, retiennent plus particulièrement l'attention des médias.
J'ai confié, vous le savez, une mission à André Larquié sur la création d'un grand auditorium adapté au travail des grands orchestres symphoniques et aux normes actuelles d'accueil du public et d'animation musicale.
Ce rapport sera dans quelques jours diffusé sur le site Internet du Ministère et communicable à qui le demandera. Ses conclusions sont sans ambiguïté et je souscris totalement à la nécessité d'un tel équipement.
Reste à en préciser la localisation, qui n'est pas sans influence sur le coût. Nous avons besoin de quelques mois avant d'effectuer un choix définitif.
J'ai également demandé que l'on réfléchisse aux conditions dans lesquelles de grandes formations spécialisées dans la musique baroque pourraient être accueillies dans certains établissements prestigieux, capables de leur offrir un cadre de travail plus stable. Je pense pouvoir, en particulier dans le cadre de la réflexion engagée sur l'avenir du théâtre de l'Opéra Comique, apporter des réponses constructives à ce sujet dès la prochaine rentrée.


Sans empiéter sur les questions particulières que vous pourrez poser à Dominique Wallon et Jean-François Millier, je voudrais simplement souligner maintenant quelques grandes caractéristiques de la Fête de la musique 1999 telles qu'elles se dégagent de la lecture attentive d'un programme très fourni.
C'est un fait, la Fête de la Musique est devenue une réalité internationale. Depuis 3 ans, 85 à 98 pays se joignaient à la manifestation française.
Ils seront 102 en 1999.
Dans ce contexte, les relations de la France avec les pays d'Europe se développent de façon privilégiée depuis 1997, à l'intérieur de l'Union européenne comme avec les pays d'Europe centrale et orientale (la Grande Europe).
En 1997 en effet, les partenaires de la Fête en Europe, réunis à Budapest, ont signé une charte de la " Fête européenne de la musique " fixant le cadre de leur collaboration. Ce réseau, qui réunit déjà Barcelone, Berlin, la communauté française de Belgique, Budapest, Prague, Naples, Rome et bien sur Paris, doit accueillir prochainement Athènes et Istambul et, en l'an 2000, Liverpool et Lisbonne.
Comme chaque année, la Fête de la musique est un excellent révélateur des tendances profondes de la vie musicale.
Cette année, la musique techno est présente dans toutes les régions marquant en quelque sorte la reconnaissance de ce qui n'était perçu, il y a encore tout juste deux ans, que comme une pratique musicale marginale et à risques.
Les musiques du monde tiennent quant à elles une place de plus en plus importante montrant qu'il ne s'agit pas là d'une mode passagère mais bien d'un mouvement de fond de rencontres et de confrontation de traditions jusque là étrangères les unes aux autres.
Les scènes jeunes talents et découvertes se multiplient au point de devenir une des caractéristiques de la Fête de la musique 1999, où tous les genres des musiques actuelles seront représentés mais les musiques acoustiques et vocales sont toujours présentes. Grâce notamment aux efforts d'organisation déployés par les municipalités, elles s'exprimeront dans de bonnes conditions.
Plus encore que les autres années, cette prochaine Fête de la musique permettra la cohabitation de toutes les esthétiques comme de celles des musiciens amateurs et professionnels.
Les écoles, grâce au partenariat avec l'Education nationale seront particulièrement active. Dans le cadre de ce partenariat j'attache d'ailleurs une importance particulière à l'opération " livret chanson " qui, autour de quelques titres de chansons très populaires permet de renforcer les liens entre les établissements scolaires et les écoles de musique.
Si la fête de la musique apparaît donc comme une fête de la pratique amateur, - ce qui se justifie par le caractère amplement spontané de la participation et par l'implication des grandes associations ou fédérations de musique amateur-, elle concerne et mobilise, de fait, l'ensemble des acteurs de la vie musicale.
Elle met en évidence l'articulation de tous les domaines qui structurent notre vie musicale, de l'enseignement musical aux formations spécialisées ; des structures de production aux lieux de diffusion, incluant les studios de répétition et d'enregistrement ; des fabricants d'instruments aux magasins qui les diffusent... Chaque année, de nouveaux secteurs de la vie musicale entrent dans la Fête ou accroissent leur participation, telle, par exemple, la facture instrumentale, présente notamment dans cette 18ème édition avec l'ITEMM au Mans.
La Fête de la musique enfin n'ignore plus les technologies du multimédia et de l'Internet. Le site officiel de la fête permet aux organisateurs d'inscrire directement leur concert et de nouvelles initiatives se préparent pour associer des sites musicaux et envisager une cyberfête dont nous avons déjà donné un avant goût le 21 mars dernier à la Cité des Sciences et de l'Industrie. Je serai donc particulièrement heureuse de me rendre le 21 juin chez Nova Multimédia pour l'ouverture de son site consacré aux musiques du monde. Mais, parce que cette fête est et doit être une fête éclectique je serai tout aussi heureuse de venir le soir écouter ici même dans la cour d'honneur du palais Royal le concert donné par l'orchestre philharmonique de Radio France sous la direction de Marek Janowski.


En conclusion, vous me permettrez de me projeter déjà en l'an 2000.
Vous savez en effet que la date du 21 juin 2000 a été retenue comme une date emblématique des célébrations du passage au troisième millénaire.
Deux importantes manifestations sont d'ores et déjà prévues pour la Fête de la Musique du 21 juin 2000 :
- Périphérock qui créera un lien festif et musical entre Paris et les villes de la petite couronne, au nord et au sud du périphérique
- Une création musicale confiée au compositeur Nicolas Frize. Cette ¿uvre qui s'appuiera sur les paroles des enfants à la veille du troisième millénaire fera l'objet, simultanément, de concerts dans une dizaine de villes de France, interprétés, entre autres, par les enfants eux-mêmes, reliés par un multiplex.
Cette Fête de la Musique du 21 juin 2000 s'organisera autour de la thématique générale : " musiques sans frontières ". Les musiques effacent les frontières qui séparent les pays, bien sûr, mais aussi celles qui opposent les cultures, celles qui isolent les centres-villes et leurs périphéries, sans oublier les frontières avec les lieux d'exclusion, les prisons, les hôpitaux et celles qui traversent les genres musicaux, les publics, les générations, les pratiques... Ce thème s'inscrit dans une dynamique d'échanges européens souhaités par le ministère et portés par de nombreuses collectivités : collaborations européennes de ville à ville ou de région à région, échanges transfrontaliers.


La musique est ainsi, plus que jamais, notre bien commun, un art d'échange et de partage. Je tiens donc à saluer la mémoire de Maurice Fleuret, directeur de toutes les musiques comme il se définissait, qui en 1982 a su faire naître cette fête donnant la chance à tous les musiciens de se retrouver fidèles et solidaires, partageant le même enthousiasme.
Je souhaite particulièrement voir tous les musiciens, amateurs et professionnels, ainsi que les institutions musicales, les lieux de présentation et musiques actuelles, les scènes nationales, tous les acteurs de la création, de la production et de la diffusion musicale, mais aussi les collectivités locales et territoriales en France, partenaires en Europe, s'associer à ce thème de " musiques sans frontières ", pour faire du 21 juin 2000 la plus riche et la plus signifiante des Fêtes de la musique.
Tous, je les remercie d'avance de leur participation à ce grand événement, comme je remercie aujourd'hui les nombreux partenaires qui assureront, lundi 21 juin, le succès de la Fête :
· Le Ministère des Affaires étrangères qui mobilise l'ensemble de son réseau culturel français à l'étranger et qui soutient, à travers l'Association française d'Action artistique (AFAA), les échanges artistiques entrant dans le cadre de la Fête européenne de la Musique.
· La Commission européenne qui, depuis 4 ans, a aidé le développement de la Fête européenne de la Musique.
· La SACEM, qui, depuis l'origine de la Fête, accorde une autorisation gratuite pour tous les concerts de musique vivante du 21 juin, sans recette et organisés sans parrainage commercial.
· Radio France qui assure, à travers toutes ses fréquences, une très large diffusion de l'événement et qui offre encore cette année au public un concert prestigieux dans la cour du Palais Royal, avec l'Orchestre Philharmonique
· FIP, la " radio service " de la Fête de la Musique, qui, chaque année, met son standard à disposition des auditeurs à partir du 19 juin pour tout savoir sur les programmes à Paris et en Ile-de-France.
· Le Parisien, qui, depuis 9 ans, publie le programme complet de la Fête de la Musique à Paris et en Ile-de-France.
· RFI, qui depuis plusieurs année s'associe à la Fête de la Musique en proposant des émissions spéciales ainsi que des concerts, à Paris et dans toute l'Europe et en produisant un CD rassemblant les artistes de la Grande Europe présents sur les différentes scènes de la Fête européenne de la Musique.
· L 'Assemblée nationale qui, pour la seconde année consécutive ouvre ses grilles au public et organise un grand concert sur son parvis.
· Le Sénat qui, comme chaque année, offre une belle programmation au Kiosque du Luxembourg, dans le Cour d'honneur et dans ses salons.
· Le Ministère de l'Education Nationale, qui, pour la troisième année consécutive, mobilise l'ensemble de son réseau sur la Fête de la Musique, et fait participer enfants et enseignants à cette grande fête populaire.
· Le Ministère des Affaires étrangères, qui, comme chaque année, offre à un large public un grand concert de musiques du monde dans les jardins du Ministre délégué à la Coopération.
· La Mairie de Paris, qui à travers la Direction des Affaires culturelles et la Délégation générale aux Relations internationales, organise un parcours musical dans les lieux historiques du marais, avec notamment une très belle programmation européenne.
· Ricard Live Music, qui depuis plus de dix ans, organise les deux plus grosses scènes parisiennes
· Le Parc de La Villette et la Cité de la Musique qui s'associent pour une journée de programmation variée, dédiée à un public de tous âges. Cette année, le Parc de la Villette fête la musique en clôturant la manifestation Printemps du Québec, et en accueillant sous la grande halle, pour un concert de près de 5 heures, les jeunes talents québécois.
· L'association Art, culture et foi qui mobilise l'ensemble des églises parisiennes.
· Le Divan du Monde, à Paris, qui s'associe au développement de la Fête européenne de la Musique, en accueillant des artistes de 7 pays de la Grande Europe.
· La SNCF et la RATP, enfin, qui mettent en place un dispositif spécial, avec des trains en circulation toute la nuit sur l'Ile-de-France, permettant ainsi aux franciliens mélomanes d'assister aux concerts jusqu'à une heure avancée de la nuit !
Mes remerciements vifs et chaleureux vont enfin à tous ceux , amateurs passionnés, amoureux de la musique, praticiens et spectateurs anonymes, artistes, associations, institutions : ce sont eux qui font la Fête de la Musique, c'est à eux qu'elle appartient.
Je ne veux pas terminer sans adresser aussi un chaleureux salut à Jean-François Millier et à l'équipe de l'A.D.C.E.P. qui assurent cette année encore la lourde tâche de la coordination de la Fête, et sans dire au groupe TEKAMELI combien je suis sensible à leur présence musicale ici aujourd'hui.
Bonne Fête de la Musique à tous !

(Source http://www.culture.gouv.fr, le 14 juin 1999)

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