Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur la place des femmes dans le domaine de la musique et sur la mixité dans tous les secteurs de la vie sociale, Dammartin en Goële (Seine-et-Marne) le 7 mai 1999. | vie-publique.fr | Discours publics

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Déclaration de Mme Nicole Péry, secrétaire d'Etat aux droits des femmes et à la formation professionnelle, sur la place des femmes dans le domaine de la musique et sur la mixité dans tous les secteurs de la vie sociale, Dammartin en Goële (Seine-et-Marne) le 7 mai 1999.

Personnalité, fonction : PERY Nicole.

FRANCE. SE aux droits des femmes et à la formation professionnelle

Circonstances : Premier festival de musiques dédiées aux femmes "Nuit Decib'elles" à Dammartin en Goêlle (Seine-et-Marne) le 7 mai 1999

ti : C'est avec un vif plaisir que je salue aujourd'hui la création de ces " Nuit Decib'elles " . Ce premier festival naît sous le signe de la solidarité par le choix de ses musiques plurielles qui reflètent si bien les couleurs du monde ; par la complicité que l'on sent entre toutes ces femmes venues de tous les horizons unies par une pensée commune et sans doute par un même combat ; par son originalité enfin, puisque de sa mise en ¿uvre à son expression artistique il est essentiellement porté par des femmes.

J'ai très vite compris votre démarche , au delà du caractère festif de ce festival était clairement posé la question de la place des femmes dans notre société en politique comme dans la création artistique, de nos jours et à travers l'histoire.
j'évoquerai en quelques mots l'éducation des jeunes filles d'autrefois.

Jusqu'au XIXème siècle environ, la musique a toujours fait partie de l'éducation des jeunes filles. Encore faut-il entendre par musique essentiellement l'interprétation et le chant, la composition n'étant pas prévue au programme, car comme le disait Molière nul n'est besoin de leur " farcir l'esprit " des femmes. D'autres disaient que leur cerveau était si limité qu'il ne pouvait créer.

A cette époque les femmes peuvent donc devenir des musiciennes accomplies, respectées de tous¿ à condition qu'elles restent chez elles. Si d'aventure il leur arrivait de franchir le seuil de leur maison pour jouer devant un public, elles devenaient immédiatement, au mieux une femme perdue, de réputation plus que douteuse, au pire elles étaient excommuniées.

Permettez-moi, à ce propos, de citer ici un très bref extrait d'une lettre que le grand Gustav Mahler, âgé de 41 ans, écrivait en 1901 à sa jeune épouse Alma de 22 ans, alors qu'elle manifestait des velléités de compositrice :

-" Et qu'adviendra-t-il lorsque tu te sentiras inspirée et que tu as à t'occuper pour moi du ménage¿Le rôle du compositeur, le travail me revient, à toi celui de la compagne aimante, de la camarade compréhensive "

Puis, peu à peu les femmes ont eu accès à l'enseignement musical dans les conservatoires de musique. Cependant les réticences restaient fortes comme en témoigne ce chroniqueur du début du siècle commentant un palmarès du conservatoire de Paris " ¿malgré toute la grâce possible, le violoncelle n'est pas un instrument aussi féminin que la harpe¿ " !

Aussi choquant que nous paraissent ces propos, ils reflètent bien la culture machiste dont nous sommes tous issus et contre laquelle nous devons continuer de nous battre.

Mais ne soyons pas pessimiste, notre XXème siècle aura vu s'améliorer considérablement les droits des femmes nos plus belles conquêtes restant à ce jour le droit de vote, la maîtrise de notre fécondité et l'accès au savoir.

Néanmoins dans le monde musical, comme d'ailleurs dans l'ensemble du monde économique, les femmes sont encore singulièrement absentes des lieux de pouvoir.

Il est significatif d'observer que très peu de femmes dirigent des orchestres ou des lieux de spectacle, sont productrices de variétés ou manager.

En ce qui concerne les autres métiers de la musique, le bilan n'est guère plus encourageant. Si les femmes occupent facilement des postes administratifs, les métiers techniques leur échappent souvent, rares sont les femmes régisseurs, directrices de scène ou directrices techniques.

En musique classique il est assez troublant de constater que si les femmes sont souvent interprètes, elles se raréfient chez les solistes instrumentistes les chefs d'orchestre et les compositeurs.

Je voudrais à ce sujet citer quelques chiffres : lors du célèbre concours de chef d'orchestre de Besançon dont est notamment issu Michel Plasson entre 1953 et 1993 57 premiers prix ont été attribués : 53 à des hommes et 4 à des femmes.

Dans le domaine musical 80% des artistes de la musique et du chant classiques sont masculins et les artistes de variété sont à 56% des hommes.

Sur les 2 800 musiciens d'orchestre que nous comptons actuellement en France 30% seulement sont des femmes, mais j'ai eu le plaisir d'apprendre que les chiffres les plus récents indiquent une tendance assez nette à la féminisation puisque 45,3% des musiciens ayant moins de 30 ans sont des femmes. Il est ici important de souligner que dans la musique comme ailleurs nous manquons cruellement de données sexuées, ce qui permet de masquer une bonne partie du problème. Un de mes chevaux de bataille est bien d'arriver sur tous les sujets, à obtenir des services administratifs des données sexuées.

Cette sous représentation des femmes dans le domaine musical est bien le fidèle écho de ce que nous pouvons constater dans tous les domaines de notre société.

C'est pourquoi le Premier ministre Lionel Jospin comme Martine AUBRY ont souhaité que soit inscrit dans la Constitution l'égal accès des femmes et des hommes aux mandats et aux fonctions. Le texte que j'ai eu l'honneur de défendre aux côtés de la Garde des Sceaux Elisabeth Guigou, a été voté par notre Parlement. Soutenu par le Président de la République, il doit faire l'objet d'un vote final en Congrès le 28 juin prochain.

La parité des femmes et des hommes dans l'exercice du pouvoir ne concerne pas que le champ politique mais aussi les responsabilités économiques, sociales, associatives, syndicales.

La société est formée de ces deux composantes de base de l'humanité que sont les femmes et les hommes.

Il est de la responsabilité des acteurs de la démocratie, - pouvoirs publics, partis politiques, organisations syndicales et associations- de prendre les dispositions pour mettre fin à ce retard, en permettant aux femmes de s'engager pleinement dans la citoyenneté.

Des femmes beaucoup plus nombreuses dans les lieux de décision auront le souci de rendre plus visibles et de combattre les inégalités que vivent encore beaucoup de femmes dans leurs conditions de travail, dans la nature de leur emploi trop souvent précaire, dans la construction de leur carrière, dans leur salaire - à travail égal on compte encore en France un écart de 12 à 15 % malgré la loi Roudy de 1983 -, dans leur accès à la formation tout au long de la vie... La parité dans la vie politique et dans le monde économique ne sera réellement atteinte que si un changement global, profond, culturel s'accélère au-delà des lois. Je crois à la force d'une éducation non sexiste veillant à offrir aux filles tous les champs professionnels, notamment scientifiques et technologiques, lors de l'orientation scolaire, s'attachant à prévenir les stéréotypes, les images dévalorisantes qui s'inscrivent inconsciemment dans nos esprits et qui alimentent des comportements de domination et de violence.

Ainsi, tant que notre société ne sera pas parvenue à une réelle mixité, je soutiendrai toutes les initiatives qui mettent à l'honneur le travail des femmes dans quelque domaine que ce soit.

Je suis donc particulièrement sensible à ce premier festival de musiques plurielles dédiée aux femmes.

Le choix de votre programmation qui mélange les cultures, les genres, les publics atteste d'un bel esprit d'ouverture citoyen et solidaire.

Les partenariats multiples (collectivités locales, habitants, commerçants, établissements scolaires de Dammartin en Goële, associations, pouvoirs publics médias et entreprises), grâce auxquels ce festival a été conçu et réalisé, sont le meilleur garant d'une manifestation généreuse et promise à un bel avenir.

Puis-je faire un clin d'¿il et souligner l'étonnante situation de Dammartin en Goële : une femme député Nicole BRICQ, une femme Présidente de l'association Festi'Goële Anne PERINET, une femme Conseillère régionale Marie RICHARD, une femme maire de Dammartin en Goële Monique PAPIN, c'est sans doute l'atout majeur qui assurera à ces Nuits Décib'elles une longue et belle réussite.

(source http://www.social.gouv.fr, le 06 juillet 1999)

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